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Cycle/Symboles

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CycleAlphonse Lemerre, éditeur4 (p. 239-240).


Symboles



Jai vu les légères colombes
Dans nos lacs se baigner, soupirer dans nos bois,
Et lisser leur plumage argenté sur les tombes.

J’ai vu les noirs corbeaux de leurs lugubres voix
Effrayer la montagne et sur les pourritures
Hideusement chercher leurs infectes pâtures ;

Puis un être chagrin, sombre ennemi du beau,
À la face blèmie, à l’œil bilieux et triste,
Admirait l’animal dévorant ; à la piste
Il semblait tout au loin flairer quelque lambeau.

« Ô colombes ! laissez son horreur au tombeau !
Criait-il, par la mort et l’effroi l’homme existe. »
Un latin avait dit, sage et riant artiste :
« On blâme la colombe, on pardonne au corbeau. »

 

II

Quand ton corps s’étendra dans la couche de terre
Sans chaleur, sans couleur, forme sans mouvement,
Le corbeau, ton ami, lentement, lentement,
De loin arrivera vers toi, parleur austère ;
 
Tu l’entendras, perché sur l’if du cimetière,
Emplir le lieu bénit de son croassement,
Horreur ! et sur ton lit s’ébattre bruyamment,
Et son bec dur sonner sur l’argile et la pierre…
 
Toi qui portes toujours le rameau d’olivier,
Colombe, viens alors vers ton censeur morose :
Le fiel ne pèse pas dans ton cœur un gravier.
 
Que sur son tertre en fleur ton aile se repose,
Puis viens en roucoulant boire à son bénitier,
Légère colombe au pied rose !