Découvertes de Fossiles en Amérique

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DÉCOUVERTES
DE FOSSILES EN AMÉRIQUE

La Nature a donné le résumé des découvertes paléontologiques du professeur Marsh, mais nous ne connaissons pas encore en France toute la richesse de l’Amérique du Nord en espèces animales fossiles. Les trouvailles d’un autre chercheur dans les territoires de Colorado, Wyoming, Idaho, pays montagneux traversés par la partie la plus considérable et la plus escarpée des montagnes rocheuses, pourront en donner une idée. Ce professeur Cope, qui a également exploré tout l’État de Kansas, a été attaché à l’expédition de Hazain dans le Colorado ; et c’est dans la partie de ce territoire qu’on nomme les mauvaises terres, the Bad Lands, qu’il a fait ses plus riches découvertes. Il y a là un vrai cimetière d’animaux éteints.

C’est par centaines qu’il faut compter les espèces, représentées par une variété infinie d’individus, que l’on doit à ce laborieux professeur. Depuis les restes énormes du mastodonte jusqu’aux os des plus petits rongeurs, tout a été mis au jour, même des débris d’insectivores, de talpidés. La délicatesse et la finesse de ces petits ossements donnent à leur conservation merveilleuse un intérêt particulier. Les restes de grands quadrupèdes sont des plus nombreux : on trouve notamment des spécimens de races chevalines primitives ; ce qui est d’autant plus curieux que, dans notre période géologique, le cheval n’existait pas en Amérique avant l’arrivée des Européens.

Le Colorado, aux époques géologiques précédentes, a dû renfermer un nombre très-considérable de rhinocéros ; M. Cope n’en a pas déterminé moins de sept espèces. Le plus beau spécimen est un crâne complet avec les dents : il est parfaitement caractéristique. D’étranges individus de cette remarquable famille ont été ainsi mis au jour, par exemple une espèce cornue, se rapprochant de l’éléphant. Ces animaux devaient être un peu plus grands que l’espèce actuelle; l’une des variétés les plus grosses avait une corne au-dessus de chaque œil, et une sur le nez. Ce qu’il y a d’intéressant dans cette découverte, c’est que — pourvu que tous les travaux postérieurs continuent à maintenir les restes découverts dans la tribu des rhinocéros, — elle montrera la nature s’écartant des lois que les savants admettent, et prouvera sans doute, que la science moderne a une tendance exagérée à réduire le nombre des espèces de ruminants.

Les carnivores abondent. Ce sont des caniens et des félins. On remarque surtout une nouvelle espèce du genre chien, dont la particularité est d’être grande comme un ours. Enfin les reptiles ne manquent pas à l’appel : ce sont des tortues, des lézards, des serpents de toute taille et de toute figure. La faune des Bad Lands à l’époque tertiaire devait être d’une richesse incroyable.

Il est impossible de donner de très-amples détails sur les découvertes du professeur Cope. On le comprendra, quand on saura que la science lui doit la détermination d’au moins trois cents espèces de vertébrés, dont plus de la moitié sont entièrement nouvelles. Plutôt que de s’engager dans une multiplicité si grande, il vaudra mieux plus tard faire connaître individuellement au lecteur européen quelques-unes de ces espèces nouvellement exhumées. Qu’il suffise pour le moment d’avoir signalé leur existence et montré l’immense richesse en fossiles des territoires des montagnes rocheuses. H. de la Blanchère.