Dans la rue (Bruant)/Sous la Pluie

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Ernest Flammarion (Volume IIIp. 119-123).


SOUS LA PLUIE


Cochon d’temps ! Vrai, c’est épatant !
V’là ’core un été-z-à la manque ;
I’ pleut toujours… i’ pleut si tant
Que j’peux pas décarrer d’eun’ planque
Sans êt’ traversé jusqu’aux os !
Quiens !… v’là la plui’ qui m’débarbouille,
A’ m’coul’ jusque dans l’bas d’mon dos…
Et ma rai’ lui sert ed’ gargouille.


Cochon d’temps ! Vrai, c’est épatant !
Ça dégouline et ça dégoutte.
Avec ça… j’ai rien dans l’battant…
C’est dur ed’ trimer su’la route
Par es’ temps-là. Vrai, qué turbin !
Avec ma chaussur’dépiotée,
J’ai l’air ed’ marcher dan’ un bain,
Su’des s’mell’ en galett’ feuill’tée.

Parbleu ! c’est sûr qu’i’ s’en fout bien
C’ui-là qu’a son cul su’ sa chaise,
Au coin d’son feu… Ça n’y fout rien…
Tandis qu’moi, j’ai l’cul mal à l’aise
Dans mon falzar mouillé, crotté
Par l’eau qui gicle des ornières,
Et cell’ qui coule d’chaq’ côté
D’mes jamb’s qu’a l’air ed’ deux gouttières.


Et tous les ans c’est bourrico.
Ça va pus… Ça marche d’traviole…
L’bon Dieu s’a mis ça dans l’coco
Dedpuis qu’il a soupé d’not’ fiole.
Dame, c’t homme, il est dégoûté :
On l’rase avec la politique…
Paraît qu’i’ pleut comm’ ça l’été,
Parc’ qu’i’ n’veut pus d’la république.