De l’Équitation (Trad. Talbot)/08

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Traduction par Eugène Talbot.
De l’ÉquitationHachetteTome 1 (p. 337-339).



CHAPITRE VIII.


Du saut des fossés, du galop dans les descentes et dans les montées. Manœuvre préparatoire à la guerre.


Comme il faut que le cheval, suivant l’occurrence, coure sur des pentes rapides, droites, obliques, qu’il saute en long, de bas en haut et de haut en bas, le cavalier doit apprendre toutes ces manœuvres et y exercer son cheval, moyen infaillible de se sauver et de se servir l’un l’autre. Si l’on croit que nous tombons dans une redite, parce que nous avons parlé de cela plus haut, nous répondons que ce n’en est pas une. En effet, quand il s’agissait de l’achat, nous recommandions d’essayer si le cheval serait propre à ces manœuvres ; à présent, nous disons qu’il faut l’instruire, et nous allons exposer comment on l’instruit.

Quand on a un cheval qui ne sait pas du tout sauter un fossé, on le prend par la longe, qu’on tient lâche, et l’on saute le premier ; puis on tire la longe à soi pour le faire sauter ; s’il refuse, on a là quelqu’un muni d’un fouet ou d’une baguette, qui le pousse vigoureusement. Il saute alors, non pas ce qui est nécessaire, mais beaucoup plus qu’il ne faut. À l’avenir, il n’y aura plus besoin de le frapper ; dès qu’il sentira quelqu’un derrière lui, il sautera. Une fois accoutumé à sauter ainsi, on le monte et on le présente à de petits obstacles, puis à de plus grands : au moment où il va s’élancer, on l’éperonne. Pour sauter de haut en bas et de bas en haut, on l’éperonne de même : car, en se ramassant pour le mouvement, il est bien plus sûr pour lui même et pour le cavalier, que s’il s’arrêtait sur cul dans le fossé, la descente ou la montée.

Pour l’exercer à la descente, on choisira d’abord une terre molle : l’habitude une fois prise, il courra plus volontiers en descendant qu’en montant. Ceux qui redoutent de briser les épaules de leurs chevaux en galopant dans les descentes, qu’ils se rassurent : les Perses et les Odryses font tous des courses sur des pentes rapides, et leurs chevaux sont aussi nets que ceux des Grecs.

Nous ne manquerons pas de dire comment l’homme doit se comporter dans chacun de ces mouvements. Quand le cheval part tout à coup, il faut d’abord porter le corps en avant, afin que le cheval puisse moins se dérober et jeter à bas son homme ; l’instant d’après, s’il s’arrête court, on le porte en arrière, ce qui affaiblit la secousse. Quand on saute un fossé, ou qu’on gravit une montée, il est bon de prendre une poignée de crins, afin d’éviter que le cheval soit gêné à la fois par la nature du terrain et par l’appui du mors. À la descente, on portera le corps en arrière et on soutiendra la bride, de peur que homme et cheval ne culbutent.

Il n’est pas mauvais de varier le lieu des exercices, et de les faire durer tantôt plus, tantôt moins. Le cheval se dégoûte moins que s’il travaille toujours de la même manière et dans le même endroit. Comme il est nécessaire par tous pays que le cavalier, en galopant, soit bien lié à sa monture, et qu’il puisse de dessus son cheval bien user de ses armes, il ne faut pas blâmer l’exercice de la chasse à courre sur des terrains favorables et giboyeux. Si l’on n’en a pas à proximité, voici un bon exercice : deux cavaliers se concertent : l’un fuit à toute bride sur toute espèce de terrains et s’éloigne la lance en arrière ; l’autre le poursuit avec des javelots arrondis par le bout et une lance de même forme. Il faut qu’arrivés à la portée du trait, ce dernier lance ses javelots arrondis sur le fuyard, et que, à portée de la lance, il le frappe de son arme. C’est encore une chose excellente, quand ils en viennent aux mains, de tirer à soi son adversaire, puis de le repousser tout à coup ; rien ne vaut mieux pour le jeter à bas. De son côté, celui qui est tiré fera bien de lancer aussitôt son cheval. Par là, il culbutera son adversaire, au lieu d’en être culbuté.

Supposons maintenant deux camps assis l’un en face de l’autre ; on escarmouche des deux parts : on poursuit ses adversaires jusqu’à la phalange opposée, et l’on se replie ensuite sur la sienne. Or, voici, en pareil cas, ce qu’il est bon de savoir : tant que l’on n’est pas loin de son parti, le meilleur et le plus sûr, c’est, après une demi-volte, de se lancer sur l’ennemi et de lui tenir vigoureusement tête ; puis, quand on arrive près du parti opposé, de retenir son cheval en main. De la sorte, on fait certainement du mal aux ennemis, qui ne peuvent vous faire aucun mal.

L’homme a dans la parole, que lui ont donnée les dieux, le moyen d’enseigner à l’homme ce qu’il doit faire ; mais il est clair qu’on ne peut, avec le même moyen, rien apprendre au cheval. Fait-il ce que vous voulez, caressez-le ; châtiez-le, s’il désobéit : voilà comme il apprendra à bien faire son service[1]. Ceci, toutefois, n’est pas long à dire, mais exige une pratique continuelle de l’équitation. Le cheval recevra le mors plus volontiers si, en le recevant, il en résulte pour lui quelque bien ; il sautera les fossés, il s’élancera de bas en haut, il fera tout ce qu’on exigera de lui, si l’obéissance lui procure un peu de repos.



  1. Nous pouvons expliquer cette phrase en disant que le cheval trouvera sa récompense par la conduite sage et la douceur de son cavalier, qui saura, à propos, le retenir s’il fait mal, le laisser aller s’il fait bien, et qu’alors l’animal, étant mis à son aise, ira toujours convenablement, parce qu’il sait qu’il peut compter sur une récompense. L. B.