De l’Esprit/Avertissement

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Œuvres complètes d’Helvétius. De l’Esprit
P. Didot (tome 1p. v-x).


AVERTISSEMENT
Sur cette Édition des Œuvres completes d’Helvétius.


Peu d’ouvrages ont été plus souvent réimprimés que ceux d’Helvétius : on a défiguré ceux qu’il avoit faits ; on lui en a donné qui ne lui appartenoient pas. Qu’importe aux libraires ? Le public achete ; cela leur suffit.

Le C. Didot l’aîné, qui fait autant d’honneur à son art par la beauté de ses éditions que par le soin qu’il met à rechercher les meilleurs textes des ouvrages qu’il imprime, est le seul qui, voulant enrichir la littérature d’un nouveau chef-d’œuvre de ses presses, ait consulté la famille d’Helvétius avant de donner une nouvelle édition de ses écrits. J’avois préparé depuis long-temps cette édition sur les manuscrits qui me furent légués, et qu’il ne m’a pas été possible jusqu’ici de mettre au jour, pour des raisons qu’il est inutile de détailler.

Le livre de l’Esprit a toujours été réimprimé avec les cartons que les persécuteurs d’Helvétius obligerent ses amis d’insérer dans la premiere édition.

Le livre de l’Homme ne fut imprimé, après sa mort, que sur une copie envoyée, en 1767, à un savant de Nuremberg, qui devoit le traduire et le faire paroître d’abord en allemand ; moyen qu’on avoit cru propre à épargner de nouvelles persécutions à l’auteur de la part de l’ancien despotisme. Le savant mourut avant d’avoir achevé sa traduction. L’on ne sait comment, sur cette copie, a été faite, en Hollande, la premiere édition de cet ouvrage, qui servit depuis aux éditions multipliées répandues en France et dans toute l’Europe, avec les fautes nombreuses qu’y ont encore ajoutées l’ignorance et l’avidité des contrefacteurs. Depuis l’envoi de cette copie en Allemagne, Helvétius avoit corrigé et perfectionné son ouvrage ; beaucoup de notes en ont été retranchées ou fondues dans le texte ; des chapitres entiers ont été refaits ou supprimés : c’est dans cet état, et tel qu’il me l’a laissé, que je le donne aujourd’hui au public.

Il me semble que les circonstances ne pouvoient être plus favorables au succès de cette nouvelle édition. La premiere partie du livre de l’Homme n’est qu’un développement des principes du livre de l’Esprit ; la seconde partie, pleine de grandes vues législatives, nous paroît propre à ramener l’attention générale sur les vraies sources du bonheur public.

Au reste, je n’ai plus à prévenir les amis de la raison et de la saine philosophie sur les éloges que méritent les ouvrages d’Helvétius ; les nombreuses éditions qui en ont été faites, toutes défectueuses qu’elles sont, démontrent assez qu’aucun philosophe n’a été plus lu, n’a révélé aux hommes pour leur bonheur de plus importantes vérités. J’en appelle à la jeunesse sans préjugés, qui aime à s’instruire, et pour laquelle seule Hélvétius écrivoit.


LA ROCHE.


À Auteuil, ce 12 ventose,
l’an 3e de la République.