De l’Imitation de Jésus-Christ (Brignon)/Livre 1/12

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Traduction par Jean Brignon.
Bruyset (p. 23-24).


CHAPITRE XII.
De l’utilité des souffrances.

C’Est un bien pour nous que de tems en tems il nous arrive des afflictions ; parce que l’adversite nous fait rentrer en nous-memes, nous apprend que nous sommes sur la terre comme dans un lieu de bannissement, & nous oblige de mettre nôtre confiance en aucune créature.

Ce nous est encore un avantage que de souffrir quelquefois des contradictions & des opprobres, & qu’on ait mauvaise opinion de nous, quoy que nos intentions & nos actions soient bonnes.

Car cela nous aide souvent à acquerir l’humilité, & nous garantir de la vaine gloire.

D’ailleurs rien ne nous porte davantage à rechercher au dedans de nous le témoignage & l’approbation de Dieu, que quand nous voyons que le monde nous méprise & nous condamne.

On devroit donc s’attacher tellement à Dieu, qu’on n’eut pas besoin d’aller mandier au dehors les consolations & les loüanges des hommes,

Quand un homme de bien se sent affligé ou tenté ou combattu de pensées mauvaises, il connoît alors mieux que jamais combien le secours de Dieu lui est necessaire ; & que sans cela il ne peut rien faire de bon.

C’est aussi en ce temps-là qu’il a recours à la penitence, qu’il gemit, qu’il demande au Ciel du soulagement dans les maux.

Il s’ennuye même de vivre, & souhaite de mourir, afin qu’étant dégagé des liens du corps, il soit éternellement avec Jesus Christ[1].

Il est enfin convaincu que dans le monde on ne sçauroit jouir d’un parfait repos.

  1. Phil. 1. 23.