De l’Imitation de Jésus-Christ (Brignon)/Livre 3/59

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Traduction par Jean Brignon.
Bruyset (p. 289-292).


CHAPITRE LIX.
Qu’il faut mettre toute sa confiance en Dieu.

SEigneur, qu’y a-t-il dans tout ce monde visible, en quoi je mette ma confiance, & d’où j’attende ma consolation ?

Je n’espere rien que de vous, ô mon Dieu : dont la charité n’a point de bornes.

Où me suis-je bien trouvé sans vous ? & où ai-je été mal avec vous ?

J’aime mieux vivre dans la pauvreté pour l’amour de vous, que dans l’opulence sans vous.

Ce seroit pour moi un moindre avantage d’être dans le Ciel sans vous, que de demeurer sur la terre, quoique voyageur, & étranger avec vous.

Partout où vous êtes, on trouve le Paradis, & par tout où vous n’êtes pas, on trouve la mort & l’enfer.

Tous mes desirs sont pour vous, & avant que je puisse vous posseder pleinement, je ne fais que soûpirer après vous.

Enfin vous êtes le seul, en qui j’ose me confier, & de qui j’attends du secours dans mes besoins.

Vous êtes mon esperance, mon réfuge, mon consolateur, mon ami constant & fidéle.

Tous cherchent leurs interêts[1] : mais vous, mon Dieu, vous ne cherchez que mon salut & ma perfection, & vous rapportez toutes choses à mon avantage.

Car encore que vous m’exposiez à beaucoup de tentations & d’adversitez, vous n’avez jamais en vûë que mon bien, parce que ceux que vous aimez le plus, & que vous voulez sauver, sont ceux que vous éprouvez le plus rudement, en mille manieres.

Mais pour cela même je ne suis pas moins obligé de vous aimer & de vous loüer, que si vous me combliez de consolations.

Je mets donc en vous, Seigneur, toute ma confiance ; & c’est à vous seul que je veux avoir recours dans toutes mes peines : car je ne trouve dans les creatures que foiblesse & qu’inconstance.

En effet, je n’ai hors de vous, ni ami qui m’assiste, ni protecteur qui me defende, ni maitre qui m’instruise, ni livre qui me console, ni richesses qui me soûtiennent, ni azile, où je sois en assurance ; en un mot, tout m’est inutile, si vous ne daignez être vous-même mon appui, ma force, ma consolation, mon conseil, & ma défense.

Tout ce qui semble devoir contribuer à mon repos & à mon bonheur n’y contribuë rien, lorsque vous êtes éloigné de moi.

C’est donc en vous qu’est le comble de tous les biens ; c’est vous qui faites tout ce qu’il y a de plus souhaitable & de meilleur dans la vie ; & c’est dans vous que se perd toute l’éloquence humaine.

Enfin l’esperance que vos serviteurs ont en vous, est ce qui les soûtient, les anime, & les fortifie.

Mes yeux sont tournez vers vous : j’attens tout de vous, ô mon Dieu, qui etes le Pere des miséricordes.

Benissez moi, & sanctifiez moi : versez dans mon ame vos bénedictions célestes ; faites-en un temple si saint, si digne de vous, que votre gloire y conserve son éclat, & qu’il n’y paroisse rien, qui puisse déplaire à votre divine Majesté.

Je vous conjure, par votre miséricorde infinie, de jetter les yeux sur moi, & d’écouter la priére du dernier de vos serviteurs, qui manque de tout en cette malheureuse terre où il est banni, & où loin de la véritable Patrie, il se trouve enseveli dans les ombres de la mort.

Protegez mon ame, & conservez là toute pure, au milieu de la corruption du siécle ; conduisez tellement mes pas, qu’avec le secours de votre grace j’arrive enfin, par le chemin de la paix, à la gloire éternelle. Ainsi soit-il.


Fin du troisiéme Livre.
  1. Phil. 2. 21.