De la Rive/2

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LE PORTRAIT D’AUGUSTE DE LA RIVE

Cicéron a dit de l’orateur vir bonus dicendi peritus. Cette admirable définition peut s’appliquer aux hommes de science avec autant de vérité. Il n’y a pas de physicien complet qui n’ait été un homme honnête dans toute l’acception du mot. Sous ce point de vue, Auguste de la Rive peut être considéré comme un modèle. Les détails que nous avons donnés sur sa vie[1], n’auraient-ils point été incomplets si nous avions omis de représenter l’homme lui-même ? Dans les relations privées et dans sa vie publique, de la Rive était la droiture et la fidélité incarnées. Jamais dans ses mémoires ou dans ses livres il ne hasardait un mot sans en avoir scrupuleusement pesé la valeur. C’est une qualité qu’il tenait de sa famille, et qui avait frappé l’esprit d’Arago : « Ces de la Rive » disait-il, « font de la physique en partie double comme l’on tient des livres ; » cette phrase était certainement le plus bel éloge que pût faire des physiciens de Genève, le fougueux enfant d’Estagel.

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De la Rive.

Plus concentré, moins bouillant que son compatriote Agassiz, Auguste de la Rive n’aurait pas rencontré en Amérique un accueil en

Les Américains n’auraient pas facilement compris cette nature d’élite faite pour séduire les membres de la plus haute aristocratie anglaise. On peut comparer le grand physicien à ces fleurs des Alpes qui ne peuvent vivre sous d’autres climats. Il avait certainement autour de lui, dans la laborieuse et rigide cité de Calvin, le milieu qui convenait à ses habitudes intellectuelles et à ses facultés natives.

La plupart de ceux qui ont connu cet homme de bien s’accordent à rendre hommage à l’étonnante égalité de son caractère, à sa rare bienveillance, à la finesse de son esprit, comme à l’étendue de son intelligence. Tout le monde admirait ses vertus, et personne n’enviait son génie.


  1. Voy. le premier article.