De la fluxion périodique des yeux et de l’immobilité/De la fluxion périodique

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DE LA FLUXION PÉRIODIQUE DES YEUX


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La fluxion périodique, encore appelée ophthalmie périodique ou intermittente, ophthalmie rémittente, ophthalmie interne ou essentielle, ophthalmie interne rémittente, lune, mal de lune, fluxion lunatique, etc., est une maladie inflammatoire du globe oculaire, se montrant par accès plus ou moins rapprochés et entraînant presque toujours la perte de la vue.

Elle est assez fréquente chez le cheval, très-rare chez le mulet et l’âne. Rhodes, Lapoussée et M. Lafosse l’ont constatée chez le bœuf ; enfin l’homme aussi, paraît-il, serait exposé à la contracter.

Cette maladie est héréditaire. Elle peut se montrer en même temps sur les deux yeux ou successivement sur chacun d’eux, ou enfin sur un seul de ces organes. Ce dernier cas est celui que l’on voit le plus souvent. Quand l’un et l’autre sont affectés simultanément, la marche de l’accès est toujours plus avancée dans l’un d’eux.


Symptomatologie. — Lorsque ce processus pathologique suit une marche régulière, on peut y distinguer trois périodes : début, état, déclin.

Je dois faire remarquer que, si ces divisions sont trèsbonnes en théorie, il est presque impossible, dans la pratique, de préciser exactement le montent où une période finit et celui où l’autre commence.

Première période. Début. — On constate à cette période les symptômes de l’inflammation rarement précédés de phénomènes généraux, tels que tristesse, abattement, perte de l’appétit, fièvre.

L’œil est douloureux, devient bientôt larmoyant ; les paupières sont infiltrées, rapprochées si la lumière est vive ; la sensibilité de cet organe est augmentée, il y a photophobie. Les cils s’abaissent, quittent leur direction horizontale pour devenir obliques par en bas. Les larmes sont limpides, irritent la peau et provoquent une dépilation sur le chanfrein. Vers le troisième ou le quatrième jour, l’inflammation étant intense, le trouble de la cornée apparaît et se manifeste de la périphérie vers le centre ; les vaisseaux de la partie troublée forment des arborisations rougeâtres et se disposent en rayons convergents ; la pupille est légèrement contractée. Il y a alors des symptômes généraux. La durée moyenne de cette période est de quatre à six jours. Pendant ce temps, la résolution se produit ou bien la deuxième période commence.

Deuxième période. État. — Il y a à ce moment diminution des signes de l’inflammation. Les larmes sont moins abondantes ; les humeurs de l’œil se troublent ; des flocons albumineux très-petits se condensent, viennent se réunir dans le bas de la chambre antérieure et constituent l’hypopion (de ὑπό, sous, et, πῦον, pus). Une fois ce dépôt formé, les humeurs placées au-dessus recouvrent leur transparence. Le fond de l’œil a une teinte de feuille morte ou cendrée. Le nuage adhère quelquefois aux appendices de l’iris désignés sous le nom de grains de suie, et communique même dans la chambre postérieure.

Cette période dure à peu près le même temps que la précédente.

Troisième période. Déclin. — A cette époque, le caractère principal consiste dans la résorption de l’hypopion. Il y a réapparition des premiers symptômes ; les flocons coagulés se dissolvent peu à peu et troublent l’humeur aqueuse ; puis enfin, insensiblement, la résorption s’opère et l’œil reprend ses caractères physiologiques, à quelques modifications près. L’hypopion peut aussi quelquefois se dissoudre sans qu’un nouveau trouble se produise. La durée de cette période est de cinq à six jours.

Variétés. — Cette régularité dans les périodes s’observe rarement ; aussi est-il parfois très-difficile de les distinguer et d’affirmer, par le simple examen des parties malades, l’existence réelle de la maladie.

Au premier accès, l’affection acquiert une très-grande intensité, ou bien les symptômes sont à peine visibles. Dans ce dernier cas, on constate un gonflement des paupières, un larmoiement, un léger trouble des humeurs, un resserrement de la pupille ; puis, cet état disparaît insensiblement pour être suivi, au bout d’un certain temps, d’un autre plus grave et mieux caractérisé.

L’accès se continue parfois pendant un temps très-long sans que l’on puisse remarquer les paroxysmes ; mais, ordinairement, les symptômes étant peu intenses, l’œil semble revenir à l’état normal au bout de cinq à huit jours, de telle sorte qu’il est souvent impossible de reconnaître les traces de l’affection.

Dans quelques circonstances, l’œil, sans inflammation préalable, présente tout à coup un énorme dépôt de teinte jaune feuille morte qui remplit la moitié inférieure de la chambre antérieure. Les paupières, la conjonctive, la cornée peuvent alors conserver leur aspect physiologique ; la souffrance est peu intense ; cependant, au bout de quelques jours, l’animal perd la vue. L’inflammation peut acquérir, au premier accès, une telle intensité, que l’œil prend un volume considérable par suite d’une hypersécrétion des membranes internes. La cornée peut alors se déchirer et donner issue aux parties renfermées dans la chambre antérieure. Cette forme de la fluxion est très-rare ; elle a pour résultat d’entraîner la perte immédiate de la vue.

Durée des accès. — La durée des accès est, en général, de douze jours à trois semaines. Il en est cependant qui ne durent que six, huit jours et même moins ; les périodes sont alors très-peu distinctes. Sur les animaux lymphatiques, surtout s’il y a eu déjà plusieurs accès, la durée augmente en proportion de leur nombre et peut être de plus de trois semaines.

Durée des rémissions. — Elle est très-variable ; mais le terme moyen est d’environ trente jours. Quelquefois plusieurs accès se manifestent dans cet espace de temps ; d’autres fois, les rémissions durent deux, trois mois et même une année.

Causes provocatrices des accès. — Les causes d’irritation agissant sur l’œil ou même sur le système muqueux, ou l’ensemble de l’économie, ont une influence sur le retour des accès. La poussière, les vapeurs irritantes, les vents violents, les courants d’air, l’action soutenue d’une vive lumière, l’émigration vers des contrées humides, l’éruption des dents, la gourme, etc., sont les causes excitantes ordinaires des accès, bien qu’ils puissent se manifester en l’absence de ces conditions.

Causes qui retardent les accès. — Un régime substantiel, l’émigration vers des contrées sèches et chaudes peuvent modérer l’intensité de l’affection et en éloigner les paroxysmes. Les marchands de chevaux de la Catalogne connaissent si bien l’influence de cette condition, qu’ils ne craignent pas d’acheter dans nos contrées des sujets fluxionnaires, persuadés que la maladie s’arrêtera lorsque les animaux seront conduits dans leur pays.

État de l’œil pendant les rémissions. — Ordinairement, les lésions consécutives à un premier accès ne sont saisissables que par un examen très-attentif ; d’autres fois, ces lésions sont tellement graves que l’œil a complètement perdu ses facultés fonctionnelles.

On constate souvent à la suite d’un premier accès une teinte terne, feuille morte ou glaucome, reflétée par les milieux de l’œil, le rétrécissement de la pupille, la déviation de l’axe visuel par en bas. Il y a moins de vivacité dans le regard ; le globe oculaire a quelquefois diminué de volume, et l’on aperçoit dans la chambre postérieure de petits filaments qui paraissent suspendus au milieu des humeurs et qui, suivant certains auteurs, appartiennent exclusivement à l’ophthalmie périodique.

Après le deuxième et, à plus forte raison, le troisième accès, ces lésions sont mieux accusées et l’on peut constater en outre le rapprochement des paupières qui fait paraître l’œil rapetissé ; la supérieure présente, vers la partie moyenne de sa longueur, un pli qui détruit la régularité de l’arc qu’elle décrit, de sorte que l’angle nasal de l’œil devient droit au lieu d’être aigu comme à l’état physiologique. Les cils sont souvent tombés et les larmes ont creusé un sillon sur le chanfrein ; la cornée n’est plus aussi limpide ; les filaments déjà indiqués se montrent dans la chambre postérieure ; des points blancs, opaques ou noirs se font remarquer sur le cristallin ; la vue s’obscurcit et l’animal devient ombrageux.

Enfin, à la suie du quatrième accès et des suivants, des altérations plus graves se manifestent. Ainsi, la cataracte, les taies, l’albugo, l’hydrophthalmie, l’atrophie de l’œil, l’épiphora, l’onglet, l’adhésion du cristallin, de l’iris avec le reste de la vitre, l’entropion, l’ectropion, etc. L’amaurose est aussi parfois le résultat de la fluxion périodique.

L’examen comparatif des deux yeux permet souvent de distinguer plusieurs de ces symptômes ; cependant, dans quelques cas, ils sont peu apparents ou siègent dans des parties de l’œil difficiles à explorer ; on pourrait alors, pour les étudier, se servir de l’ophthalmoscope.

Terminaisons. Lésions. — La fluxion périodique a pour terminaison à peu près constante la cécité presque toujours complète ou permettant encore à l’animal de se diriger seul au grand jour. Ce résultat se produit après un nombre variable d’accès.

L’amaurose est aussi une des terminaisons de cette maladie. Elle existe en général avec dilatation de la pupille. Celle-ci présente, d’ordinaire, un contour parfaitement régulier et semblable, sauf les dimensions, à celui de la pupille normale ; quelquefois, au contraire, ce contour est comme déchiré et montre des débris flottants, dont on peut constater la mobilité lorsqu’on imprime des mouvements à l’humeur aqueuse en pressant sur le globe de l’œil. La pupille est plus rarement resserrée. Dans ce cas, son ouverture est presque entièrement close par les grains de suie, et le fond de l’œil a un reflet noirâtre. Une lésion très-commune que l’on observe à la suite de la fluxion périodique, c’est la cataracte. M. Hamon aîné s’exprime ainsi au sujet de cette altération : « Sur vingt chevaux atteints d’ophthalmie interne rémittente, dix-huit au moins sont affectés de cataracte ; elle commence toujours par un ou plusieurs points blancs argentés, qui demeurent quelquefois stationnaires pendant longtemps, mais qui, le plus souvent, envahissent le cristallin au fur et à mesure que les accès se font sentir, finissent par se confondre et le rendent tout à fait opaque et imperméable aux rayons lumineux. Ce n’est guère qu’au bout d’un an ou deux qu’on distingue bien les altérations survenues à tout le globe oculaire ; alors, on ne distingue plus de pupille ; le cristallin occupe la place de cette ouverture ; il paraît comme hypertrophié, irrégulièrement bosselé et flottant dans la chambre de l’œil. »

Voici les principales lésions que laisse encore l’ophthalmie intermittente : une opacité, une coloration variable des humeurs qui peuvent être augmentées ou, le plus souvent, diminuées ou altérées. Le cristallin, plus ou moins opaque, s’est avancé parfois jusque dans la chambre antérieure et adhère, soit à la cornée, soit à l’iris. Celui-ci est ridé, flétri ; il se confond avec les autres parties ou bien il présente une ouverture très-élargie. La rétine, la choroïde, les procès-ciliaires se confondent, se ramollissent et même disparaissent. Le tapetum est modifié dans sa couleur et devient parfois d’un vert jaunâtre ; le nerf optique est atrophié ou ramolli. Rodet a noté l’injection de ce nerf et des couches d’où il émerge chez un cheval fluxionnaire, abattu pour cause de morve.

Diagnostic différentiel. — Au début, on peut confondre cette maladie avec l’ophthalmie ordinaire ; mais, en suivant la marche de l’affection, il est permis de faire la distinction. Dans quelques cas cependant, on est obligé d’attendre le retour d’un paroxysme pour se prononcer.

Quelques conjonctivites se présentent par accès, séparés par des intervalles assez longs. Les paupières sont alors gonflées, la muqueuse est injectée, mais l’intérieur du globe reste intact.

La pneumonie, la bronchite, la gastro-hépatite, le coryza aigu retentissent quelquefois sur l’appareil de la vision et donnent naissance à des ophthalmies symptomatiques dont le diagnostic devient difficile à faire, par suite de la ressemblance des symptômes avec ceux de la fluxion périodique.

Ces ophthalmies sont entièrement subordonnées à ces maladies et, d’habitude, ne laissent pas de lésions. De plus, elles existent en général aux deux yeux, tandis que la fluxion périodique n’attaque ordinairement qu’un seul de ces organes, ou lorsque les deux sont atteints, il y en a toujours un de plus malade que l’autre.

Bouley jeune, Verheyen ont admis qu’il existait alors un dépôt floconneux en tout semblable à l’hypopion. M. H. Bouley pense que cette dernière lésion est pathognomonique de l’ophthalmie rémittente, et qu’on a affaire à cette affection quand on constate l’hypopion dans les cas de gastro-hépatite, de pneumonie, etc. M. Mariot-Didieux, ainsi que M. Hamon, ont souvent constaté l’influence que les affections intestinales exercent sur le développement de la fluxion périodique.

L’amaurose se caractérise en ce qu’elle ne se présente pas par accès ; la pupille est dilatée, la vue presque abolie, etc. ; mais les humeurs conservent leur transparence et les autres parties de l’œil ne sont nullement modifiées.

Enfin, dans quelques circonstances, la généalogie, la provenance, le mode d’élevage de l’animal fournissent au vétérinaire de précieux renseignements pour le diagnostic.

La description sommaire que je viens de faire de la fluxion périodique m’a paru utile pour rendre plus faciles à comprendre les questions qui vont être exposées à propos de la jurisprudence.

Je n’ai pas cru devoir m’étendre davantage sur ce point, craignant d’être entraîné au-delà du cadre que je me suis tracé, et préférant renvoyer le lecteur à l’excellent ouvrage de M. Lafosse et à l’article : Fluxion périodique, publié dans le Nouveau Dictionnaire pratique de MM. Bouley et Reynal.

Jurisprudence commerciale. — Expertise. — La fluxion périodique des yeux se trouve placée en tête des vices réputés rédhibitoires par la loi du 20 mai 1838. pour le cheval, l’âne et le mulet, avec trente jours de garantie.

Cette maladie était considérée comme devant entraîner la résiliation de la vente par les anciens usages et coutumes. Huzard, Chabert, Fromage de Feugré et les auteurs du Code rural avaient également pensé qu’elle devait donner lieu à la rédhibition.

Elle réunit, en effet, les conditions voulues pour être comprise dans la catégorie des vices inscrits dans la loi du 20 mai. Il est possible qu’elle soit déterminée par des causes éloignées et cachée au moment de la vente ; elle déprécie considérablement l’animal : enfin, elle ne se manifeste que par accès, et il est souvent impossible de constater les traces de son existence.

Quelques questions qu’il est bon d’examiner tout d’abord, ont donné lieu à des interprétations diverses.

1° La périodicité doit-elle être constatée pour pouvoir conclure à l’existence de la fluxion périodique ? Cette manière de voir a été acceptée par les anciens vétérinaires ; mais on comprend qu’elle est contraire au texte et à l’esprit de la loi du 20 mai, ainsi crue l’a fait observer M. Renault. Par le mot périodique, en effet, le législateur a voulu simplement spécifier la maladie qui devait être rédhibitoire et non pas exiger que l’expert constatât la périodicité. Ce dernier doit donc se prononcer pour l’affirmative, sans attendre l’apparition d’un nouvel accès si, au moment de la visite, il aperçoit des signes certains de cette affection. Il est évident qu’il aura rempli sa mission s’il peut reconnaître la périodicité sans être obligé de constater en fait la succession de plusieurs attaques. Il ne doit ajourner son jugement que lorsque les symptômes sont trop peu accusés, pour qu’il puisse affirmer qu’ils ne dépendent pas d’une autre maladie de l’œil, d’une ophthalmie interne, par exemple.

2° Quelles limites doit-on assigner au temps consacré à l’expertise ? Des dissidences nombreuses ont existé sur ce point. À la Société centrale de Médecine vétérinaire cette question a été vivement débattue ; et MM. Renault, H. Bouley, Bouley jeune, Vatel ont admis que ce délai ne devait pas s’étendre au-delà de trente jours. Ces auteurs se sont appuyés pour émettre cette opinion sur le texte de la loi de 1838. Le législateur, en donnant en effet trente jours de garantie, a admis implicitement que cette maladie devait se développer dans cette période de temps chez l’acheteur. Par conséquent. les accès ne se produisant pas dans les trente jours qui suivent le temps de la garantie légale, l’expért pourra conclure. Il pourra se tromper scientifiquement, mais il sera d’accord avec le texte et l’esprit de la loi. Les attaques peuvent il est vrai, ne se manifester qu’au bout de trois, quatre, cinq mois ; mais ce sont là des exceptions dont l’expert n’a pas à se préoccuper. (Bouley et Reynal. Dict.)

À l’exemple de mon savant professeur M. Lafosse, je vais considérer l’expertise comme pouvant avoir lieu dans trois conditions particulières.

Le vétérinaire appelé à procéder à l’examen de l’animal qui est l’objet d’une contestation, peut trouver la fluxion, soit à la première période, soit à la deuxième ou à la troisième, ou enfin dans quelques cas, en état de rémission.

Premier cas. — On observe les principaux symptômes, tels que trouble de l’œil, hypopion ; puis, retour de l’œil à son état de transparence, dissolution de l’hypopion et trouble des humeurs ; enfin, disparition du trouble, mais avec persistance des altérations plus ou moins prononcées de la rémission. Le diagnostic est alors très-facile et peut être porté sans attendre un nouvel accès.

Deuxième cas. — Il devient alors difficile de donner une solution précise ; cependant, on ne saurait admettre sans réserve l’opinion de M. Mignon, prescrivant la fourrière comme étant indispensable, vu l’impossibilité où l’on est de reconnaître la nature périodique de l’affection à cette époque. L’expert peut, en effet, observer certains symptômes ayant une grande valeur diagnostique, qui suffiront pour motiver une décision affirmative. Ainsi, la présence de l’hypopion avec transparence des humeurs, sans aucun indice d’autres maladies pouvant retentir sur l’appareil de la vision, constitue une altération très-importante. Cette lésion s’accompagne, en outre, de larmoiement, de rapprochement des paupières, de resserrement de la pupille, de teinte feuille morte du fond de l’œil. Ensuite, lorsque la dernière période arrive, apparaissent tous les signes d’une ophthalmie interne, qui disparaissent bientôt sans aucun soin, ce qu’on ne remarque guère dans les affections non périodiques des yeux. La troisième période terminée, on peut voir enfin les caractères plus ou moins accusés de la rémission.

Dans cette succession de symptômes, il y a certainement des raisons suffisantes pour faire admettre à l’expert l’existence de la fluxion périodique.

Troisième cas. — Deux conditions peuvent alors exister : il n’y a pas de lésions ou elles sont insignifiantes, ou bien des altérations assez accusées se montrent dans l’œil.

Dans la première condition, l’animal a les yeux nets, sa vue est bonne ; il n’y a donc pas de vice rédhibitoire ; inutile de mettre le sujet en fourrière. D’ailleurs, l’acheteur n’aurait pas alors de raisons pour intenter l’action en résiliation.

Dans la seconde condition, c’est-à-dire lorsque les yeux sont malades, si l’on remarque les principales lésions qui ont été décrites pour l’œil à la période de rémission, on pourra reconnaître là, comme au moment de l’accès, l’existence de l’ophthalmie rémittente, surtout si l’animal qui les présente à une tête empâtée, une ganache très-forte, les yeux rapprochés, un tempérament lymphatique, n’a pas dépassé sa septième année et si l’on ne peut distinguer aucune cause évidente d’ophthalmie. Il n’y a donc pas lieu, dans ce cas, d’attendre un nouvel accès.

Cet ajournement sera encore inutile si l’expert est appelé lorsque l’accès est à sa troisième période ; car il y a alors une ophthalmie interne assez intense, qui se dissipera promptement d’elle-même et qui sera suivie de la période de rémission, laissant apercevoir les lésions déjà indiquées.

Dans quelques circonstances, à la vérité, il sera très-difficile de réunir tous ces signes et de porter un diagnostic sur ; mais ce n’est point là un motif assez puissant pour faire déclarer que la fluxion, à cette période, ne saurait jamais être reconnue.

Difficultés. — Au moment de l’examen de l’animal, il existe quelquefois une ophthalmie symptomatique dont l’expression ressemble beaucoup à la fluxion périodique. Quels sont les moyens qui permettront de faire la distinction et comment doit agir l’expert ?

Les caractères distinctifs ont été déjà exposés ; mais je crois bon de désigner de nouveau, comme un signe des plus importants, l’absence, après la résolution de la phlegmasie oculaire, des signes caractéristiques de l’ophthalmie périodique pendant la rémission. Il faut aussi considérer l’âge, le tempérament, la conformation, etc. ; en un mot, les différentes conditions indiquant une prédisposition à la fluxion.

Les anciens vétérinaires avaient pensé que l’hypopion était un symptôme pathognomonique de l’ophthalmie périodique, ce qui simplifiait beaucoup le diagnostic ; mais MM. Verheyen, Bouley jeune, Drouard, etc., ayant reconnu qu’il y avait des ophthalmies symptomatiques présentant cette lésion, la position est devenue, par suite, plus embarrassante pour le vétérinaire. Cependant ces maladies peuvent, ainsi que MM. Mariot-Didieux et Hamann aîné l’ont observé, déterminer la cécité, et ont parfois une si grande ressemblance avec la fluxion, qu’on peut bien les considérer alors comme devant entraîner la rédhibition. Il en sera ainsi, par exemple, lorsqu’on pourra constater le trouble de l’humeur aqueuse, l’hypopion la dissolution et la résorption de ce produit morbide. Il y a là des signes qui doivent engager l’expert à ne pas prolonger indéfiniment la fourrière pour attendre un accès qui pourrait ne pas venir, et occasionner ainsi des frais qui, joints à ceux qu’entraînent les lenteurs de la procédure, sont quelquefois supérieurs à la valeur de l’animal.

Un des cas les plus embarrassants est celui qu’offre un sujet chez lequel se montrent des taches de la cornée, du cristallin, la cataracte, l’amaurose.

Ces maladies chroniques ne peuvent pas empêcher l’expert de se prononcer pour l’existence de la fluxion, pourvu qu’il en distingue les signes dans l’œil. Mais souvent ces caractères ne se remarquent point. Or, on sait que si ces altérations sont parfois la conséquence de l’ophthalmie périodique, elles peuvent être aussi l’expression d’autres maladies des yeux. Comme il n’y a alors que présomption et non certitude, il faudra ou mettre l’animal en fourrière, ou engager l’acquéreur à renoncer à l’action rédhibitoire.

On a pensé que les traces de sétons, les vésicatoires, l’épilation de la face, la chute des cils, etc., pouvaient servir au diagnostic de la fluxion périodique ; mais ces altérations ne sont pas nécessairement des conséquences de cette maladie et ne dépendent pas toujours du traitement qu’on lui a opposé.

Lorsque l’œil est atteint d’une ophthalmie aiguë, on doit attendre la guérison et, s’assurer, avant de porter un jugement négatif, qu’il n’existe pas des lésions de la fluxion périodique en rémission. L’ophthalmie simple peut n’être, en effet, qu’un signe précurseur de cette affection.

Dans certaines contrées de la France, il règne des ophthalmies internes très-graves qui déterminent fatalement la cécité. L’expert peut-il alors se prononcer ? Il le peut, s’il a constaté les caractères des trois périodes ou au moins des deux dernières périodes de l’accès ; dans le cas contraire, il ne doit point conclure affirmativement. Ces ophthalmies se présentent ordinairement au début avec les caractères d’une conjonctivite plus ou moins intense ; il y a trouble de l’humeur aqueuse ou seulement quelques points blanchâtres qui flottent dans cette humeur, sans formation de dépôt floconneux. Cette affection disparaît sans laisser de traces ; mais elle se manifeste de nouveau après un certain temps avec les symptômes primitifs, et alors elle amène la cécité que l’on s’explique surtout par les lésions existant sur le cristallin et l’iris.

Il arrive souvent que ces maladies n’ont pas la physionomie de la fluxion malgré leur intermittence. On ne voit pas la formation et la résorption successives des produits morbides avec retour de l’œil à son état habituel d’intégrité.

La rédhibition doit être admise quoique l’affection fût visible au moment de la vente ; elle doit l’être aussi quand on reconnaît son existence, alors même que les deux yeux sont perdus.

Un cheval est vendu quelquefois comme borgne, comme ayant perdu un œil à la suite d’une fluxion périodique : l’expert constate la netteté de l’autre œil ; mais il ne peut rien assurer pour l’avenir. On pourrait espérer davantage de ne pas voir le retour de l’affection s’il y avait eu un accident, une contusion ou l’introduction d’un corps étranger dans l’organe détruit.

Règles de l’expertise. — L’examen des yeux doit être fait avec la plus grande attention pour déterminer la nature de la maladie.

Fréquemment, l’expert reconnaît la nécessité de soumettre l’animal à plusieurs visites, pour suivre la marche de l’affection, pour la distinguer des autres maladies avec lesquelles on pourrait la confondre.

Dans les cas douteux, la fourrière est utile, mais il ne faut pas oublier ses inconvénients. Il importe de savoir, si l’on attend un accès, que le repos en retarde l’apparition, tandis que le travail la favorise ; de là l’indication de soumettre le sujet à un exercice de chaque jour.

Il n’est pas utile de faire un procès-verbal suspensif, lorsqu’il y a eu plusieurs visites ; un procès-verbal ordinaire doit suffire, indiquant ce qui a été fait et observé.

On engage ordinairement l’acquéreur à demander par écrit, une prolongation de garantie d’un mois au vendeur pour que l’affection ait le temps de se dévoiler. J’ai vu souvent employer ce procédé par mes professeurs de clinique. Mais beaucoup de vendeurs se refusent à donner cette prolongation, fût-elle seulement de quatre ou cinq jours. Alors, pour peu que l’on reconnaisse quelques signes appartenant à la fluxion, on doit conseiller l’action rédhibitoire.

Expertise en cas de mort de l’animal. — La fluxion périodique n’entraîne jamais la mort du sujet qui en est atteint ; aussi le droit de recours pour un tel cas n’est-il pas réclamé. Néanmoins, dans l’hypothèse d’un tel résultat, est-il possible d’assurer que les lésions rencontrées dans l’œil appartiennent à une ophthalmie continue ou à l’affection intermittente ? M. Mignon ne le pense pas. « On peut bien soupçonner, dit-il, que ces lésions dépendent de la maladie rémittente ; mais il est impossible de l’affirmer. »

Un animal meurt, pendant l’instance, d’une maladie non réputée rédhibitoire par la loi du 20 mai 1838, et, dans le délai de la garantie, on a constaté un accès de fluxion périodique. Qui doit supporter la perte ? M. Lafosse, consulté à ce sujet, a émis l’opinion qu’elle devait être supportée par l’acheteur, à la condition, pour le vendeur, de restituer une partie du prix proportionnée à la moins-value résultant du vice rédhibitoire reconnu. Il faut alors considérer la valeur de l’animal vendu comme fluxionnaire, et faire la différence entre cette valeur et le prix d’achat.

Desiderata. — Sous ce titre, M. Lafosse examine les lacunes que présente la loi du 20 mai au sujet de la durée de la garantie et de la fourrière. Le délai de la garantie devrait être réduit à trois jours pour la fluxion périodique, et l’amaurose ainsi que la cataracte être réputées rédhibitoires. De cette manière, le vendeur ne serait point responsable des faits devant être imputés quelquefois à l’acheteur, et l’expert ne trouverait plus les mêmes difficultés à se prononcer. La gravité de toutes les maladies internes de l’œil, leur distinction souvent impossible à faire, leur caractère chronique, prouveraient leur existence avant la vente, surtout si la garantie était fixée à trois jours.

M.H. Bouley propose d’admettre comme rédhibitoires toutes les maladies anciennes des yeux, quelles qu’elles soient, lorsque ces maladies n’ont pas pour conséquence d’altérer la transparence de la cornée vitrée.

Quant au délai de la fourrière, il devrait être fixé par le législateur. Sa durée, dit M. Lafosse, serait calculée sur la durée moyenne de la rémission, prolongée de celle du dernier stade de l’accès qui est ordinairement de cinq ou six jours, et de celle des deux premiers stades qui est de dix à douze jours.

Cette fixation du temps est basée sur ce que si l’expert, à sa première visite qui a lieu, par exemple, à l’expiration du délai de trente jours, trouve la maladie à sa deuxième période, il lui sera facile de distinguer la nature du mal en suivant l’accès jusqu’à sa fin. S’il éprouve, au contraire, de l’embarras par suite de son examen fait au moment du dernier stade, il pourra étudier l’œil pendant la rémission et même assister peut-être à la manifestation des deux premières périodes d’un autre accès.

Ruses. — Le vendeur, pour masquer la maladie, peut donner un coup sur l’œil affecté ; l’acheteur, de son côté, agir de la même manière, s’il n’est pas content de l’animal. Mais l’expert ne sera point trompé s’il ne porte point un jugement avant de s’être assuré de la présence ou de l’absence des caractères de la fluxion périodique. Cependant il arrive quelquefois, ainsi que l’a observé M. Dayot, que ces violences extérieures, exercées sur de jeunes sujets nés et élevés dans les pays où cette maladie est fréquente, peuvent provoquer son apparition. On sait qu’il suffit, en effet, d’une action irritante portée sur un organe pour amener le développement d’une affection à laquelle cet organe est prédisposé. Ces cas ne sauraient être prévus, et par conséquent peuvent induire en erreur. Heureusement, ils ne doivent se présenter que dans des circonstances très-rares.

Déceptions de l’expert. — La fluxion périodique est considérée comme incurable, quoique le mal disparaisse parfois spontanément ; la guérison est, il est vrai, un fait exceptionnel. Il en résulte que l’expert qui a affirmé l’existence de ce vice, peut être mis, plus tard, en présence du même sujet dont les yeux seront intacts ; ou bien un sujet déclaré non fluxionnaire présentera, quelque temps après, les signes de l’ophthalmie rémittente. Dans ces cas, l’expert à la conscience d’avoir bien agi ; mais il ne doit pas néanmoins oublier de prévenir les parties de ce qui peut arriver.

Moyens de conciliation. — Dans les cas difficiles à juger, pour éviter les inconvénients d’une longue fourrière ou d’un diagnostic hasardé, l’expert doit engager les parties à la conciliation.

M. Lafosse propose les moyens suivants :

1° Maintenir la vente moyennant une indemnité accordée à l’acquéreur, basée sur la dépréciation occasionnée par la maladie.

2° Résilier la vente, l’acheteur restituant au vendeur une partie du prix basée sur la dépréciation résultant de la divulgation du défaut présumé, sur les embarras qu’éprouve quelquefois le vendeur du remplacement qu’il a fait de l’animal qu’il reprend, et des pertes dont, par suite, il se trouve menacé.

Dans les deux cas, les frais doivent être supportés également par chacune des parties.

3° L’animal est laissé entre les mains de l’acheteur afin d’éviter les frais de fourrière, et parce que le vendeur, qui veut employer la fraude, a plus de moyens pour retarder l’apparition de l’accès que ne peut en avoir l’acquéreur pour la provoquer. Si, chez ce dernier, il existait des conditions propres à favoriser le développement de la fluxion périodique, l’expert devrait conseiller une prolongation de courte durée.

Dans ces circonstances, l’expert pourra être désigné par les parties comme amiable-compositeur, et prononcera sans appel, ou bien il remettra le procès-verbal d’expertise, et les tribunaux rendront jugement.

Souvent on fixe par un compromis le temps pendant lequel on doit attendre la manifestation d’un accès. Ce délai expiré, la vente est définitive, si l’accès ne s’est pas montré. En général, le délai de trois mois est suffisant, et c’est l’expert qui est chargé de prononcer sans appel.

Les frais sont supportés, dans tous les cas, par la partie qui succombe.


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