Mozilla.svg

De la génération des vers dans le corps de l’homme (1741)/Chapitre 13

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Veuve Alix ; Lambert et Durand (Tome IIp. 631-648).
◄  Chap. XII
Chap. XIV  ►


CHAPITRE XIII.

Aphorismes sur les Vers du corps de l’homme.



J’ai cru devoir terminer ce Traité par des maximes qui en fissent comme une récapitulation générale, & dont quelques-unes pûssent servir d’éclaircissement & de supplément à l’Ouvrage. Ces maximes sont courtes, & quelquefois exprimées à demi mot. Pour les bien entendre, il faut avoir lu tous les Chapitres.


Section I.


I. Le Ver est un Animal complet, & aussi complet qu’aucun autre Animal qui soit dans la Nature.

II. Le Ver respire, & a des poûmons.

III. Tous les Vers ont du sang, quelques petits qu’ils soient.

IV. Ce n’est point par la couleur rouge que le sang est sang, c’est par l’usage auquel il sert.

V. Il y a des Vers qui ont plusieurs cœurs & plusieurs poûmons.

VI. Les Vers, ainsi que tous les Animaux, viennent de germes, où ils sont renfermés en petit.

VII. Plusieurs œufs de Vers entrent dans notre corps avec l’air & les alimens, & souvent dans notre chair par dehors.

VIII. Quand les œufs des Vers sont en nous, les Vers renfermés dans ces œufs éclosent, pourvu qu’il y ait en nous une matière propre à les faire éclorre.

IX. Il en est des œufs des Vers, comme des graines des plantes, qui ne poussent pas en toutes sortes de terres.

X. Comme les Vers s’engendrent par des germes, il est impossible d’en voir des espéces nouvelles.

XI. La plupart des Vers qui s’engendrent dans la chair corrompus d’un Animal mort, y étoient déjà en œuf, du vivant de l’Animal.

XII. Certains grains d’avoine ne laissent pas que de pousser, après avoir été enfermés dans le ventre du Cheval, les œufs de Vers que l’Animal a avalés, produisent tout de même leurs Vers après la mort de l’Animal.

XIII. L’air est rempli de semences de Vers ; l’eau de pluye, le vinaigre, le vin poussé, la vieille biere, le cidre, le lait aigre en sont tout pleins.

XIV. Toutes les parties du corps sont sujettes aux Vers, sans en excepter aucune.

XV. Le sang & l’urine en sont quelquefois tout remplis.

XVI. Les grains de la petite vérole renferment quelquefois des Vers.


Section II.

I. Les Vers des intestins sont de trois sortes ; les Strongles[1], les Ascarides, & les Tænia. Les Strongles sont ronds & longs, les Ascarides longs & courts, & les Tænia longs & plats.

II. Le Ver Solitaire, ou Tænia, s’engendre en l’homme dès le ventre de la mere.

III. Le Ver Solitaire est d’une longueur excessive, il a ordinairement cinq à six aulnes, & quelquefois beaucoup au-delà.

IV. Le Solitaire est ordinairement seul de son espèce dans le corps de l’homme. Il ne s’y rengendre plus quand il en est une fois sorti.

V. Le Solitaire ne sort presque jamais sans remede ; c’est un seul Ver, & non plusieurs Vers joints ensemble.

VI. Les Vers qui se produisent hors des intestins, s’engendrent à la tête, aux oreilles, au nez, au foie, au cœur, &c.

VII. Les Vers du cœur causent quelquefois des morts subites.

VIII. Les Vers qui s’engendrent dans le sang, n’empêchent point le sang d’être vermeil.

IX. Les Vers Cutanés font quelquefois des fosses sous la peau, comme les Taupes en font sous la terre ; & de même que celles des Taupes se connoissent par la terre qu’elles ont élevées, celles des Vers se connoissent quelquefois par des espéces de cordes qui s’élevent sur la peau, & qui sont semblables à la broderie qu’on remarque sur l’écorce des melons. Ces cordes pénétrent fort avant, & on les enleve avec la pointe d’une aiguille.

X. Il y a des personnes qui ont les pieds si gâtés de ces cordes, qu’ils ne peuvent marcher. Il y a quelque temps que je fus appellé chez une Dame, pour voir un mal qu’elle avoit aux pieds, & ce mal se trouva être de ces cordons, qui lui rendoient la peau des pieds comme une écorce de melon.

XI. Les cancers sont tout pleins de petits Vers imperceptibles, qui rongent les fibres des parties, & tous les cribles des glandes ; en sorte que les glandes, recevant presque tout ce qui se présente, grossissent d’abord outre mesure ; ensuite ces Vers s’augmentant, continuant de ronger ce qu’ils trouvent, ils ulcerent souvent la partie & la consument.

XII. L’hydropisie peut être quelquefois causée par des Vers.

XIII. Les Vers peuvent causer des tumeurs au corps & des excroissances, comme ils en causent aux feuilles de chêne, où par leur piquure ils empêchent le suc de la feuille de circuler à l’ordinaire : ce qui produit sur sa feuille cette excroissance, qu’on appelle noix de galle, & qu’on regarde mal-à-propos comme un fruit.

XIV. Il y a certaines difformités, qu’on apporte en naissant, lesquelles peuvent venir quelquefois de Vers, qui auront rongé les parties tendres du fœtus, & par ce moyen auront causé des tumeurs, ou des tortuosités.

XV. Plusieurs maladies, qu’on attribue mal-à-propos à des sorts, viennent de Vers.

XVI. Dans la jaunisse, les intestins sont quelquefois attaqués de Vers.

XVII. Les Vers Umbilicaux ne sont, selon toutes les apparences, que des Vers des intestins.

XVIII. Les Crinons passent pour des Vers, & il y a bien de l’apparence qu’ils n’en sont pas.

XIX. Les Crinons & les petits Dragons sont différens.

XX. Le petit Dragon est un véritable Ver, ce n’est ni une varice, ni un abscès.


Section III.

I. Dans quelque maladie que tombent les enfans, il faut se défier des Vers, ou d’une matiere vermineuse.

II. Les enfans sont plus sujets aux Vers que les autres, & entre ceux-ci les pituiteux plus que les bilieux.

III. Quand les enfans portent souvent leurs mains à leur ventre, on doit craindre qu’ils n’ayent des Vers, particulièrement s’ils se plaignent de quelques tranchées.

IV. Perdre la voix, être tout à coup attaqué de manie, sont quelquefois des effets de Vers.

V. S’éveiller avec surprise & alarme, particulierement dans les enfans, est un signe certain de Vers ou de petite vérole.

VI. Il y a une certaine haleine aigre, qui est une marque assurée de Vers.

VII. Etre toûjours affamé, quoiqu’on mange beaucoup, signe assez ordinaire de Vers.

VIII. Les Vers longs & ronds piquent souvent, & font sentir de grandes douleurs ; les Vers plats ne piquent pas.

IX. Les yeux caves, le visage bleuâtre, & en même temps une fiévre intermittente, sont assez souvent des effets & des signes de Vers.

X. Le Solitaire, ou Tænia, se connoît par de petites portions, faites en forme de graines de citrouille, qui se trouvent dans les excrémens.

XI. Les petites portions en forme de graines de citrouille, qui se trouvent dans les excrémens de ceux qui ont le Solitaire, sont des portions de ce Ver, qui se rompt facilement.

XII. Le Solitaire consume le chyle le plus pur.

XIII. Le Solitaire cause quelquefois des apparences de grossesse.

XIV. Le Pays & la Saison peuvent souvent servir à confirmer les signes de Vers.

XV. Trois choses rendent nos corps sujets aux Vers ; le mauvais air, les mauvais alimens, & l’excès des bons.

XVI. Le vinaigre qui tue les Vers de terre, ne tue pas toujours ceux du corps ; il y en a de ces derniers qui y vivent quelquefois fort long-temps.

XVII. Les pignons sont pernicieux quand on a des Vers.

XVIII. Les melons causent des indigestions, qui souvent servent à faire éclorre des Vers dans les intestins.

XIX. Les champignons sont capables de produire beaucoup de Vers dans le corps.

XX. Souvent les enfans deviennent sujets aux Vers, à cause qu’on leur donne trop tôt de la bouillie, ou que cette bouillie est faite avec de la farine crue, qui n’a pas été cuite sur le feu, ou dans le four.

XXI. Ce qui engendre le plus de vermine dans les corps des enfans, est la pernicieuse coûtume que l’on a de leur refuser dès qu’ils sont nés, le lait que la nature prépare dans les mammelles des nouvelles accouchées, & de leur donner des nourrices, qui sont relevées de couche depuis long-temps, & dont le lait par conséquent est plus nourrissant, qu’il ne faut alors.

XXII. Les remedes qui désobstruent le foye, sont de bons préservatifs contre les Vers.

XXIII. Le lait des nourrices peut être quelquefois plein de Vers ; pour le connoître, il en faut examiner quelques gouttes avec le microscope.

XXIV. Quand le lait d’une nourrice est plein de Vers, il faut changer la nourrice, sinon on expose l’enfant à des maladies mortelles.

XXV. La plupart des nourrices de la campagne sont sujettes aux Vers, parce qu’elles mangent beaucoup de laitage & de fruits.


Section IV.

I. La sortie des Vers, bien considérée, sert à faire des prognostics justes de ce qu’il y a à craindre, ou à espérer pour le Malade.

II. Il faut considérer dans la sortie des Vers l’état de la personne qui les rend ; le temps de la maladie, dans lequel ils sortent ; le lieu par lequel ils sortent ; les excrémens dans lesquels ils sont ; la quantité, la couleur, la grosseur des Vers, & s’ils sont morts ou vivans.

III. Quand on est en santé, & qu’on rend des Vers, sans avoir rien pris qui les puisse chasser, il en faut tirer un bon augure.

IV. Les Vers qui sortent par le nez, viennent quelquefois des intestins.

V. Quand les Vers sortent sur le déclin de la maladie, le signe est bon  ; quand ils sortent au commencement, il est mauvais.

VI. Au commencement, ou dans l’état de la maladie, il vaut toujours mieux que les Vers sortent avec les déjections, que tout seuls, à moins que ce ne soit par l’effet de quelque médicament.

VII. Après avoir rendu des Vers par haut, vomir une matiere noire semblable à de l’encre, est un signe mortel, sur-tout au commencement de la maladie.

VIII. Quand les excrémens, qui sortent avec les Vers, sont de couleur jaune, c’est un bon signe ; s’ils sont blancs, le Malade est en danger.

IX. Si l’on se porte bien, il n’importe que les Vers sortent morts ou vivans. Mais dans le commencement ou dans l’état de la maladie, c’est un mauvais présage qu’ils sortent morts.

X. Il n’arrive guères qu’aux Vers plats de sortir rompus.

XI. Quand une partie du Ver plat est sortie, & que l’autre demeure dans le corps, pourvu que la tête soit dehors, il n’y a rien à craindre.

XII. Quand les Vers sortent enfermés dans des envelopes, c’est souvent le présage d’une prompte guérison.

XIII. Les envelopes où sont renfermés les Vers, sont tissues par les Vers, comme la toile de l’Araignée est tissue par l’Araignée, & comme la coque du Ver à soie, est tissue par le Ver à soie.

XIV. Les Vers du corps se réduisent quelquefois tout en eau après être sortis ; ils se fondent souvent de la sorte dans le corps même.

XV. Quand les Vers sortent en glaires & fondus, le signe est bon.

XVI. De l’eau à la glace jettée sur des Vers, qui viennent de sortir du corps, les fait quelquefois tomber tout d’un coup en eau.

XVII. Quand les Vers sont rouges, le prognostic est mauvais ; les blancs ne présagent ni bien ni mal par leur couleur ; les jaunes & les livides n’annoncent rien de bon.

XVIII. Les Vers minces sont d’un présage moins mauvais que les gros.


Section V.

I. On employe souvent contre les Vers, des remedes qui sont plus capables de les multiplier que de les tuer.

II. La poudre de Vers desséchés, est un mauvais remede contre les Vers : elle en produit d’autres.

III. Le mercure est bon contre les Vers ; mais il a de fâcheuses suites, & on ne doit guères l’employer que lorsque les Malades sont attaqués de Vers vénériens.

IV. Il faut éviter contre les Vers, le semen contra.

V. Si l’on met dans de l’esprit de vin, des Vers du corps, qui soient vivans, ils y vivent quelque temps ; ils vivent long-temps dans du jus de limon.

VI. Le jus d’oignon, la vieille urine mêlée avec un peu de miel, le suc de calamenthe, le lait de femme rayé dans l’oreille, tout cela sont de bons remedes contre les Vers auriculaires.

VII. L’esprit de sel mêlé dans un peu d’eau, est un bon remede contre les Vers des dents, aussi-bien que la racine de plantain mâchée.

VIII. C’est une fable que ces Vers, qu’on dit s’envoler avec la fumée de la graine de jusquiame.

IX. Le suc de marrube, mêlé avec un peu de miel, est bon contre les Vers pulmonaires.

X. La poudre de Cloportes est bonne contre les Vers hépatiques.

XI. L’ail, les raifforts, le cresson, la racine de gentiane, celle de pivoine, la myrrhe, sont souverains contre les Vers cardiaires.

XII. Le jus de cerfeuil s’employe avec succès contre les Vers sanguins.

XIII. Le sel végétal chasse les Vers vésiculaires.

XIV. Quand un enfant est sujet aux crinons, il faut le baigner dans de l’eau tiede, puis le frotter avec du miel auprès du feu, & ensuite lui passer un linge rude sur le corps.

XV. Laver le corps avec de l’eau où a bouilli de la racine de gentiane, est un bon remede contre les Cirons, & contre les Vers nommés Bouviers.

XVI. L’huile d’olive & de noix tuent les Vers promptement.

XVII. Le grand jeûne est contraire à ceux qui ont des Vers dans les intestins.

XVIII. Quand on fait des remedes contre les Vers des intestins, il faut les interrompre de temps en temps.

XIX. La fougere femelle, & l’écorce de racine de meurier, sont spécifiques contre le Solitaire.

XX. La raison pourquoi certains Vers sortis du corps, vivent dans le vinaigre, c’est que la plupart de ces Vers se nourrissent d’une matiere aigre qui est dans le corps.



Voilà ce que je m’étois proposé d’écrire sur les Vers qui s’engendrent dans le corps humain. J’aurois pu rapporter ici un grand-nombre de remedes qui sont répandus dans la plupart des Livres de Médecine, & remplir ce Traité de plusieurs formules différentes que je n’y ai point mises ; mais j’ai cru qu’il valoit mieux m’en tenir à peu de remedes, & en choisir de bons, que de faire un amas de receptes, qui auroient rendu ce Livre plus gros, sans le rendre meilleur.

En fait de remedes, nous n’avons pas d’autre chemin à suivre, que la voye des observations ; & vouloir découvrir par la raison seule, la vertu des médicamens, c’est ne vouloir jamais trouver ce qu’on cherche. Attachons-nous donc à l’expérience, & laissons ces chicanes & ces vaines subtilités, qui selon la pensée d’un Ancien[2], nous rendent semblables à ces petits Insectes qui ne se plaisent que dans les brossailles. Evitons cette Médecine Scholastique, qui n’est bonne que pour la dispute, & faisons-nous une Médecine positive qui nous puisse servir dans la Pratique. Par une Médecine positive, je n’entend pas une positive d’autorités, laquelle consiste à sçavoir les sentimens de divers Auteurs sur un même point, comme est la positive de Théologie. J’entends une positive de faits, laquelle nous prenne ce qui a réussi le plus souvent dans les mêmes circonstances, & je dis que cette Médecine positive, réglée par la méthode, est la véritable Médecine.

La Médecine Scholastique nous rend habiles à la repartie, pour nous tirer adroitement d’une objection ; & l’autre nous rend sensés & prudens pour ne rien ordonner que de convenable : l’une fait des entêtés & des opiniâtres, l’autre des Médecins de bonne foi, qui ne cherchent qu’à s’instruire, & à être utiles : l’une ne s’applique qu’à forger des systêmes, & l’autre s’étudie principalement à regler sa conduite ; l’une cherche des détours pour se défendre, & l’autre des remedes pour guérir les maladies : l’une consulte ses préjugés, & l’autre consulte la raison & l’expérience : l’une fait des Pédans, & l’autre des Médecins.


  1. Ainsi appellés du mot Grec στρογγύλος longs & ronds.
  2. Reperias quosdam in disputando mirè callidos, cum ab illâ cavillatione discesserint non magis sufficere in aliquo graviore actu, quùm parva quaæ animalia, quæ in angustiis mobilia campo detrahenduntur. Quintil. Institut. Orator. Lib. XII.