De la politique extérieure de la France depuis 1830/01

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De la politique extérieure de la France depuis 1830
Revue des Deux Mondes, période initialetome 24 (p. 5-31).
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DE LA
POLITIQUE EXTÉRIEURE
DE
LA FRANCE DEPUIS 1830.




PREMIÈRE PARTIE




Nous ne sommes plus à l’époque où quelques hommes à qui le repos public pesait sans doute à leur insu, et qui, de propos délibéré, s’étaient placés en dehors des partis légaux et au-dessus de la constitution, répétaient tristement cette parole orgueilleuse et frivole : La France s’ennuie ! Ceux qui maudissaient ainsi la monotonie de notre histoire contemporaine ont eu depuis la chance singulière d’y faire eux-mêmes brusquement invasion. Il leur a été donné de pouvoir, un beau matin, reconstruire à leur idée, d’après tous les caprices de leur imagination, à leur usage pour ainsi dire personnel, ces institutions qui avaient eu le tort de ne point les divertir assez. Hâtons-nous de le reconnaître : du jour où, pour tromper la désespérante uniformité des temps, pour occuper plus agréablement nos loisirs et les leurs, ces hommes de bonne volonté ont consenti à prendre en main nos destinées, de ce jour-là nous avons, comme par miracle, cessé de ressentir les atteintes de ce mal funeste de l’ennui ; mais aussi, pendant quatre mois, que de soins pris pour notre guérison ! quelle prodigieuse activité ! quelles admirables inventions ! et surtout quelle habile mise en scène ! — Proclamations sur proclamations, décrets sur décrets, tous solennels, dramatiques, propres à agiter profondément les masses et à renouveler la face de la terre ; aux momens de joyeuse humeur, des pompes splendides, et, dans des cortéges mythologiques, les demi-dieux du jour se proposant à l’adoration de leurs fidèles ; Paris lui-même transformé ; la cité paisible devenue tout à coup un vaste et bruyant forum, bientôt après un camp immense tout hérissé de baïonnettes ; ces mouvemens un peu vulgaires d’une multitude incessamment occupée de ses affaires ou de ses plaisirs remplacés chaque matin par les impétueux éclats des manifestations soi-disant populaires, chaque soir par le bruit des pas réguliers des patrouilles et par les qui vive des sentinelles ! — Ces premières émotions devenues fades par l’habitude, de plus fortes ne nous ont point fait défaut ; rien ne nous a manqué, ni les appréhensions de la guerre civile, chaque jour plus imminente et plus audacieusement préparée sous nos yeux, ni les anxiétés d’une lutte mortelle engagée quatre jours durant entre citoyens d’une même ville, ni même la triste joie d’un triomphe acheté par trop de ruines et de sang ! Redisons-le, afin d’être juste envers qui de droit : sous l’étrange gouvernement que chacun sait, et qui a duré du 24 février au 25 juin, non vraiment ce n’est pas d’ennui que la France a souffert ; ce n’est point pour échapper à l’ennui que notre pauvre société française, naguère si polie et si fière de sa civilisation, si libre et si jalouse de son indépendance, s’est réfugiée frémissante sous le sabre d’un soldat énergique et implore aujourd’hui comme faveur singulière le maintien des bienfaits de la dictature et des douceurs de l’état de siége. Le mérite principal du chef qui, au moment suprême, a bravement accepté l’honneur de sauver l’état en péril, des généraux qui l’ont brillamment servi de leur épée, ce n’est pas seulement d’avoir les premiers attaqué résolûment et vaincu l’émeute ; nous leur devons quelque chose de plus et de mieux : à défaut d’autres freins, ils ont fait revivre dans la capitale la rigide autorité des règles militaires, et cette forte discipline n’a pas tardé à porter ses fruits naturels. Comme de coutume et par une heureuse liaison, l’ordre matériel a ramené avec lui un peu d’ordre moral. Le calme une fois rétabli dans les carrefours et sur les places publiques, la paix s’est faite peu à peu d’elle-même dans les intelligences. Les ames se sont apaisées et rassises. Remis de son premier étourdissement et regardant derrière lui les voies dans lesquelles il s’était laissé conduire, le public n’a pu se défendre de quelque surprise, de certains scrupules, on dirait presque d’un peu de remords. Le public, en effet, ne se soucie pas d’être long-temps ou complice ou dupe de qui que ce soit, et, s’il aliène parfois son indépendance, il réserve toujours son jugement. On pressent le moment, moins reculé que certaines gens ne s’en étaient flattés, où le procès déjà instruit au fond d’un grand nombre de consciences va être porté devant un tribunal dont les plus superbes ne peuvent fuir la juridiction ni rejeter entièrement les sentences.

Comment l’opinion publique ne reviendrait-elle pas douloureusement sur l’origine de notre gouvernement républicain ? L’origine des gouvernemens importe à leur honneur autant qu’à leur durée. Croit-on que la Suisse eût gardé religieusement pendant six cents ans son régime démocratique, s’il ne rappelait à sa mémoire la gloire de Guillaume Tell et les exploits des valeureux paysans qui ont chassé de leurs montagnes les descendans de la maison d’Habsbourg ? Les états fédérés de l’Amérique du Nord seraient-ils, à l’heure où nous écrivons, si attachés à leurs institutions populaires, si elles ne leur avaient été rendues sacrées par le souvenir des vertus de Washington et par la mémoire des hauts faits de la lutte contre l’ancienne métropole ? Au début de tous les empires durables apparaissent toujours quelques grands hommes jetant sur l’œuvre de fondation nouvelle un lustre qui la rehausse à la fois dans le présent et la consolide dans l’avenir. Quoi de semblable parmi nous en février 1848 ? Quelles actions d’éclat notre révolution léguera-t-elle à l’admiration des générations futures ? Quels noms donnera-t-elle à retenir à nos enfans ? Soyons-en donc persuadés : ou la république ne parviendra pas à s’établir en France, ou ceux qui lui seront le plus attachés seront bientôt les plus embarrassés de la misère de ses commencemens, les plus portés à s’en inquiéter, les plus ardens à s’en plaindre. Le rouge leur montera au visage, quand ils songeront dans quel berceau l’enfant de leur prédilection a pris naissance, quels bras l’ont d’abord reçu, à quels égaremens il a été tout d’abord entraîné. Les républicains sincères, ayant un peu souci du vrai, du juste, de l’honnête, tels qu’il en existe déjà, nous le croyons, tels qu’il s’en comptera tous les jours davantage, nous le souhaitons, auront à demander des comptes sévères aux premiers patrons de la jeune république. Pour nous, dont les récens événemens ont heurté toutes les convictions, froissé tous les sentimens, qui nous reconnaissons sans qualité pour être jaloux de l’honneur du régime nouveau, nous ne serons point partie au débat ; mais nous pouvons prévoir à l’avance quels seront les accusateurs et quels seront les griefs. Les vainqueurs de février ne seront pas accusés d’avoir fait brutalement appel à la violence et à la force : la force et la violence ont fondé d’autres gouvernemens qui ont trouvé grace devant l’histoire ; ils ne seront pas non plus condamnés pour avoir, dans une heure de colère, foulé aux pieds ce qui autrefois semblait aux hommes digne de tout leur respect, la royale inviolabilité d’un vieillard, la faiblesse d’une femme, l’innocence d’un enfant : notre siècle est un siècle plein de rudesse, sans pitié pour les augustes infortunes ; il a tranquillement assisté à la ruine d’un autre vieillard, d’une autre femme et d’un autre enfant. Ce qui leur sera plus difficilement pardonné, c’est d’avoir fait tout cela sans avoir osé revendiquer aucun droit, arboré durant le combat aucun drapeau, c’est d’avoir procédé clandestinement, par surprise, et, ce qui est pire peut-être, sans vraie et sérieuse passion, de telle sorte que l’avènement du principe républicain, qui aurait pu être légitime, venu à son heure, se produisant sous son vrai nom, marchant enseignes déployées à la conquête du pouvoir par la domination des intelligences, n’apparaîtra de long-temps, secrète et éternelle douleur de ses loyaux partisans, que comme le triomphe fortuit de quelques fauteurs d’émeutes, aidés d’un petit nombre de rêveurs et des conspirateurs de tous les régimes.

Cependant je ne prends point la plume pour dire ce que je pense de quelques hommes déjà tout près d’être oubliés, si sûrs de l’être le jour où ils cesseront d’être redoutés ; je ne me propose même pas d’exprimer un jugement sur l’ensemble des faits survenus depuis le 24 février. D’un côté, je me mépriserais de les absoudre lâchement, de les apprécier avec complaisance ; de l’autre, à les représenter tels qu’ils ont été, à les qualifier comme à mes yeux ils méritent d’être qualifiés, je craindrais d’affaiblir l’autorité, de gêner l’action de ceux à qui le cours des événemens a fait passer le dangereux héritage, et qui font tardivement effort pour en répudier les plus tristes portions. Le plaisir des faciles représailles ne me tente pas non plus ; je n’ai pas goût à ramasser et à retourner contre la république les armes perfides dont elle se servait de si grand cœur contre la monarchie. Les lois d’août dernier (sauf le respect que je leur dois), si semblables aux lois de septembre, pourraient sans doute être éludées comme elles. Entre les mailles resserrées de ce réseau, refait naguère de main de maître, il y aurait peut-être moyen de passer encore et de faire accroc ; je m’interdis de l’essayer. D’anciens adversaires, les puissans du jour, se sont convertis à mes opinions, c’est un honneur ; ce n’est pas un motif pour m’accommoder de celles dont ils ne veulent plus. Arrivés aux affaires, ils se sont aperçus qu’un gouvernement avait décidément le droit d’empêcher qu’on discutât son principe. Au lieu d’équivoquer contre eux, de leur faire remarquer que l’assertion parfaitement logique sous un régime de liberté limitée devient moins évidente sous un régime de liberté indéfinie, j’admire en eux l’action de la grace, j’applaudis au progrès et j’obéis. Assis au sommet de la hiérarchie sociale, ils ont reconnu et ils publient bien haut que le pouvoir représente théoriquement le pays lui-même, et qu’à ce titre il a droit aux égards et au respect de tous. Cette maxime a toujours été la mienne, la pratique en est seulement rendue un peu plus méritoire ; n’importe, je me soumets, et je fais effort pour ne pas faillir.

Afin de mieux observer tant de règles si rigoureuses, je voudrais essayer de détourner mon attention et celle du lecteur des préoccupations actuelles. Le présent me paraît à la fois agité et vide, propre à irriter la curiosité, mais plus propre encore à la fatiguer par son mouvement incessant, désordonné, sans limite et sans but. D’ailleurs, comment parler avec détail des affaires publiques ? Qui se soucie aujourd’hui des discussions un peu élevées et développées ? Ce n’est assurément pas l’assemblée des représentans, encore moins le pouvoir exécutif, et, en conscience, il serait injuste de leur en faire un reproche. À quoi bon débattre longuement des questions dont on ne possède pas les solutions, dont on sait qu’on n’est point maître ? Ne sommes-nous pas entraînés sur des courans irrésistibles, par des vents que rien n’arrête et qui déchirent toutes voiles ? Chacun ne sent-il pas sur lui la rude étreinte d’une main qui nous a saisis et nous pousse vers un but encore inconnu ? Ce n’est point à dire que les déterminations de chaque instant soient devenues indifférentes. Loin de là, elles décident plus que jamais du salut ou de la perte, de la vie ou de la mort ; mais il est évident qu’elles ne peuvent plus être prises après délibération et par réflexion. Sans doute les distinctions invariables du bien et du mal, du juste et de l’injuste, subsistent encore, mais toutes les autres règles sont comme suspendues et n’ont plus rien à faire chez nous. Chez nous, de long-temps les mesures politiques ne seront plus ni bonnes ni mauvaises en elles-mêmes ; elles seront de simples machines de guerre, des moyens de passer un mauvais pas, de simples expédiens, admirables s’ils nous sauvent, détestables s’ils nous perdent. La constitution nouvelle qui s’élabore, les lois organiques qu’on veut bien nous promettre, ne devront pas elles-mêmes être appréciées à un autre point de vue. Les plus jeunes ou les plus inexpérimentés parmi nos nouveaux législateurs pourraient seuls s’imaginer qu’on attend d’eux quelque œuvre de belle et symétrique proportion. L’homme sensé qui a pris au sérieux la tâche difficile de nous gouverner, et ceux qui vont, comme lui, au fond des choses, savent bien qu’on sera moins exigeant à leur égard, et que tout édifice semblera bon, sous lequel on pourra s’abriter la tête pendant la tourmente. Pourquoi me faire le pédagogue ennuyeux, et, à bon droit, fort peu écouté d’une société qui se noie et se rattrape où elle peut ? Ne vaut-il pas mieux se rejeter vers le passé comme vers un refuge ? Et dans ce passé si près de nous par le temps, déjà si loin par les événemens, à quoi se prendre, sinon, à ce qui est immuable, aux intérêts nationaux du pays ? Quand tout nous échappe ou se retourne contre nous, quand les excès de la multitude dégoûtent presque de la liberté, quand les rudesses du pouvoir compromettent peut-être la cause de l’ordre, quand on se sent près d’hésiter entre les impulsions de l’ame qui se soulève à l’aspect des chaînes nouvelles et les conseils de la raison qui commandent une douloureuse résignation, quand on est las des querelles de parti et harassé des perpétuelles récriminations du moment, à quoi vouer un dernier culte, sinon à la patrie elle-même, considérée dans ses rapports avec les nations étrangères ? À ce point de vue, je ne suis pas, je l’avoue, complétement détaché du gouvernement actuel. Il m’apparaît toujours, quoi que j’en aie, comme le représentant du pays au dehors. Je sens que ses paroles et ses actes nous engagent tous, tant que nous sommes, et, loin de le vouloir juger sévèrement, je lui souhaite sincèrement en toute occasion habileté, sagesse et succès. L’impartialité est-elle impossible pour le passé seulement ? Ai-je tort d’en demander un peu pour la politique extérieure de l’ancien gouvernement ?

Selon moi, cette politique a été non-seulement mal appréciée, mais, si je ne me trompe, souvent très peu connue. Les documens officiels produits aux chambres et les discours des hommes parlementaires ont quelquefois servi à obscurcir la vérité qu’ils étaient censés révéler. En d’autres occasions, par routine et par paresse d’esprit, défauts plus communs chez nous qu’on ne pense, on n’a pas même essayé de percer les premiers voiles, on s’en est volontairement tenu aux apparences. De là de singuliers changes donnés à l’opinion publique. Peut-être un exposé impartial de la diplomatie des dix-huit dernières années et le récit fidèle de quelques incidens qui ont passé inaperçus, ou qui n’ont point été présentés sous leur vrai jour, auraient-ils quelque chance d’éveiller la curiosité. Peut-être aussi ne serait-ce pas faire acte de mauvais citoyen que d’aider les esprits droits et sérieux de tous les partis à faire justice des fausses versions trop accréditées et des lieux communs qui ont eu trop long-temps cours. Pourquoi les hommes consciencieux qui ont jadis blâmé la direction donnée à nos affaires extérieures trouveraient-ils mauvais qu’on les invitât à instruire une seconde fois cette cause, à se former une nouvelle opinion, si on était en mesure de leur produire des pièces qu’ils n’ont pas connues, de leur raconter des épisodes qu’ils ont ignorés ? Pendant dix-huit ans de luttes parlementaires, l’ancienne opposition constitutionnelle a rempli brillamment le rôle assigné dans les pays libres à ceux qui savent user des droits garantis par les institutions et s’y renfermer. Par leurs talens, par l’autorité de leurs jugemens, ses orateurs ont continuellement tenu en éveil les ministres qu’ils combattaient. Leurs critiques, leurs exigences, même excessives, ont servi la chose publique en obligeant les dépositaires du pouvoir à maintenir leur politique à un niveau élevé. Quel gouvernement a été jamais libre de tout embarras, exempt de toutes fautes, et n’a parfois donné raison à ses adversaires ? L’opposition ne saurait-elle convenir à son tour qu’elle a été entraînée un peu loin par l’ardeur de la lutte ? Elle n’a pas toujours tout su, et il n’a pas toujours été possible de tout lui dire. Un gouvernement qui a de la dignité, du bon sens, qui se croit de l’avenir, ne met pas le public dans la confidence de tous les obstacles cachés qu’il rencontre, de tous les mauvais vouloirs qu’il surmonte, de tous les coups détournés qu’il lui faut parer. Il ne se vante pas de tous les avantages remportés dans ses démêlés avec les gouvernemens étrangers. Il sait qu’à crier bien haut ses mérites sur les toits, à enregistrer bruyamment les bulletins de ses victoires, il risquerait de ne pas triompher long-temps. De tels éclats effarouchent ceux avec lesquels il doit continuer à traiter, et les mettent aussitôt sur leurs gardes. La dignité des nations étrangères, grandes ou petites, alliées ou rivales, a droit à des égards infinis, aussi bien que celle des agens qui les représentent. Il n’est ni convenable, ni prudent de les blesser jamais. En diplomatie, les longs ménagemens font seuls les succès durables. Si le régime déchu a fidèlement suivi cette règle, jusqu’au point de se nuire dans l’opinion des personnes mal informées, ses anciens et loyaux adversaires seront sans doute les derniers à le lui reprocher ; peut-être, au contraire, lui sauront-ils gré d’avoir, au demeurant et sans l’afficher bien haut, pratiqué une politique digne, mais peu bruyante. Quant aux partis qui ne l’ont jamais attaqué que pour le renverser, qui ne se proposaient pas de le conseiller, mais de le perdre, qui lui imposaient l’impossible, afin d’avoir la joie de le voir périr à la peine, ceux-là ont eu, quoique pour d’autres causes, une si complète satisfaction, qu’à eux-mêmes cette tardive justice ne doit pas aujourd’hui coûter beaucoup.

Ma sollicitude pour notre avenir national me porte aussi à essayer cette justification du passé. Un des ministres actuels disait naguère à la tribune : « Nous n’avons rien à apprendre de la monarchie. » Je doute fort que cela soit vrai en finances ; en politique internationale, cela est radicalement faux. Les régimes politiques qui se succèdent se servent de bases les uns aux autres, ils s’appuient mutuellement, et le dernier venu ne peut tenir en l’air. La république de 1792, la première effervescence une fois passée, n’a pas repoussé toutes les traditions diplomatiques de l’ancien régime. On sait si l’empire s’est empressé de reprendre les vieux erremens. Le gouvernement de juillet a emprunté lui-même à la restauration. C’était, pour tous ces gouvernemens, moins une affaire de goût que de nécessité. La nouvelle république aurait tort d’être plus dédaigneuse que ses devanciers et de rejeter en bloc l’héritage qui lui est échu. Il ne paraît pas d’ailleurs qu’elle ait cette intention. Lors de son avénement, elle a trouvé résolues bien des affaires qui avaient eu dans le temps leurs difficultés. Les questions de Belgique, d’Égypte, de Maroc, du droit de visite, de Taïti, sont aujourd’hui réglées. Rien n’indique, de la part du gouvernement de février, l’intention de les reprendre pour son propre compte. Nous n’avons pas entendu dire qu’il se proposât de réunir la Belgique à la France, de rendre la Syrie au vice-roi d’Égypte, ou de conquérir le Maroc. Son ambassadeur à Londres n’a pas été chargé jusqu’à présent de dénoncer les traités sur le droit de visite. Les journaux ne nous ont point appris qu’aucun vaisseau français soit parti de nos ports pour aller détrôner la reine Pomaré. La république n’a pas, à la connaissance de qui que ce soit, pris une attitude nouvelle en Europe, en Orient, au Maroc, sur la côte occidentale d’Afrique, dans la mer Pacifique. Soit qu’elle y pense ou qu’elle n’y pense pas, par la force des choses ou par sa volonté, elle maintient les résultats acquis. Bien plus, elle vit de ces résultats. Elle leur doit de n’avoir, sur aucun de ces points, aucun grave embarras à surmonter, aucune grave question à résoudre. La république recueille les fruits de l’ancienne politique extérieure. Ce sont les positions prises, les difficultés résolues par cette politique qui lui font sa sécurité et ses loisirs. N’a-t-elle pas intérêt à savoir comment ont été obtenus les bénéfices qu’elle entend bien conserver ? Ne lui importe-t-il pas de connaître comment, au milieu de mille embarras, sous le feu croisé d’attaques incessantes, portant le fardeau des affaires intérieures et tout le poids de la chaleur des jours, les hommes d’état du régime précédent ont peu à peu, sans jamais reculer d’un pas, réussi à gagner en Europe le terrain qu’il s’agit de ne pas perdre aujourd’hui ?

Je ne suivrai pas, pour remplir ma tâche, l’ordre chronologique des temps, et je ne parlerai pas de toutes les affaires importantes qui ont tour à tour fixé l’attention publique. Il me suffira d’indiquer les vues principales qui ont surtout dirigé la politique extérieure du dernier gouvernement. Mon but sera atteint, si, en faisant choix de certains épisodes peu connus ou mal appréciés, je réussis à établir que les personnages éminens qui ont eu successivement l’honneur de présider à cette portion la plus délicate peut-être du service public se sont, avec les seules différences résultant de la diversité des temps et des caractères, montrés tous, en somme, et chacun à son jour, gardiens fidèles et serviteurs habiles des intérêts essentiels de la France.

Quels sont les intérêts essentiels de la France au dehors ? Ils sont, je crois, très nombreux et très variés, plus nombreux et plus variés que ceux d’aucune autre nation. On peut cependant les résumer ainsi :

Intérêts de circonstances accidentelles ou de révolution ;

Intérêts de nation permanente ou de traditions ;

Intérêts de nationalité générale ou de civilisation.

Voilà les trois intérêts qu’il ne faut jamais perdre de vue, qu’il s’agit de faire marcher ensemble, qui peuvent être tour à tour subordonnés les uns aux autres, mais qui ne doivent jamais être entièrement sacrifiés. Sans nul doute, un de ces intérêts peut à bon droit prendre sur les autres un ascendant marqué, et réclamer, dans un moment donné, une attention presque exclusive. Au lendemain d’une révolution, par exemple, il devient souvent nécessaire d’abandonner à peu près complètement la politique traditionnelle. Les circonstances nouvelles font loi ; elles interdisent pour un temps les longues vues d’avenir, et forcent à se confiner dans les préoccupations du présent. Elles peuvent obliger de rompre avec de vieux alliés et à se rapprocher momentanément d’anciens adversaires. Des situations ainsi forcées ne peuvent sans dommage se prolonger indéfiniment. S’il y a sagesse à les accepter franchement, il y aurait imprudence à s’y renfermer au-delà du temps nécessaire. Il y a plus, tout bon gouvernement doit chercher à sortir le plus tôt possible de la politique accidentelle pour rentrer dans la politique permanente. À cette condition seule, il peut rendre au pays toute sa force et toute sa liberté, le remettre à sa vraie place, le faire peser de son poids réel dans la balance des puissances européennes. Le rôle permanent de la France est un rôle honorable et brillant. C’est celui de promoteur de la civilisation et des idées libérales, de protecteur de l’indépendance des petits états. Quand la France est en monarchie, les intérêts de la dynastie régnante se confondent, à un certain degré, avec les intérêts nationaux ; ils sont, dans la plupart des cas, étroitement unis, souvent identiques, et se soutiennent les uns les autres. À ce titre, les intérêts dynastiques ont droit, eux aussi, à être pris en sérieuse considération. C’est un des mérites de l’institution monarchique qu’elle place dans le gouvernement lui-même un élément permanent comme la nation, et donne ainsi aux intérêts permanens de la nation un organe et une garantie.

Quand le gouvernement fondé en juillet est tombé, il était précisément en train de substituer la politique permanente ou nationale à la politique révolutionnaire. Il y avait à peu près réussi, ou du moins il avait déjà fait en sorte que la politique nationale ne fût pas en toute occasion asservie à la politique accidentelle ; il n’a pas péri parce qu’il a franchi ce pas scabreux ; sa chute est venue d’une autre cause. Quels ont été son langage et sa conduite dans les deux situations que je viens d’indiquer ? Comment a-t-il passé de l’une à l’autre ? L’attitude révolutionnaire a-t-elle été abandonnée sans motifs, sans dignité, par faiblesse, comme on déserte une position dont l’ennemi va vous déloger ? ou bien le retour aux traditions de notre ancienne diplomatie a-t-il été fait avec choix et maturité et pour le plus grand profit du pays ? C’est ce dont nous allons tâcher de rendre compte en examinant successivement quelles ont été, à différentes époques, les relations du gouvernement déchu avec les grandes puissances du Nord, avec l’Angleterre, avec les états de second rang.


I

La monarchie de 1830 n’a pas eu à choisir, à son début, entre plusieurs systèmes de politique étrangère. Elle était tenue de donner satisfaction, à l’extérieur aussi bien qu’à l’intérieur, au mouvement populaire dont elle était à la fois le produit et l’expression. Sans doute, la dynastie qu’elle remplaçait n’était pas tombée sous les attaques dirigées contre sa diplomatie. La violation flagrante du pacte fondamental avait surtout déterminé son renversement. Cependant les amères récriminations ne lui avaient pas été épargnées sur les circonstances de son origine et sur les conditions mêmes de son existence en Europe. On avait pris soin de rappeler incessamment au pays cette coïncidence fatale du triomphe de ses ennemis et du retour de ses anciens maîtres. Leur avénement s’était confondu dans sa mémoire avec les défaites de nos armées, avec l’invasion de notre territoire. Les mêmes traités qui avaient relevé le trône des Bourbons avaient amoindri la France : ils lui avaient enlevé ses plus belles colonies, ils n’avaient pas même respecté son vieux sol. Landau donné à la Bavière, Sarrelouis remis à la Prusse, Huningue rasé, avaient ruiné du même coup nos moyens d’attaque et compromis les ressources de notre défense. — Le congrès de Vienne n’avait eu qu’un seul but : nous affaiblir de toutes les façons, nous surveiller toujours et nous contenir partout. En outre, il avait toujours paru impossible au gros de la nation qu’un gouvernement qui lui avait marchandé si fort les libertés publiques, qui s’était si opiniâtrement débattu contre l’application des règles constitutionnelles les moins contestables, eût jamais été, au dehors, un partisan bien sincère de l’indépendance des états et de l’affranchissement graduel des peuples. Les hommes que le mouvement de 1830 venait de mettre à la tête des affaires avaient tous professé ces opinions et contribué plus ou moins à les propager. Leurs actes ne pouvaient pas ne pas se ressentir de leurs anciennes paroles. Pour la réputation, je dirais presque pour la sécurité de la révolution de 1830, il fallait qu’elle portât en Europe ses conséquences naturelles ; mais que ne feraient point les cabinets étrangers pour l’empêcher !

Il a toujours été dans les destinées de la France de causer par sa puissance de l’inquiétude à ses voisins, et de les tenir à son égard dans un état de perpétuelle appréhension. Cette jalousie de l’Europe contre nous est inscrite à toutes les pages de notre histoire ; nous n’avons cessé de la mériter et d’en souffrir. Risquer de rencontrer à chaque pas qu’elle veut faire tous ses ennemis ligués contre elle et prêts à lui barrer le chemin, telle est bien le plus souvent la condition politique de la France. C’est son honneur, c’est son danger. Ce danger ne fut jamais plus grand qu’en 1830. Les différens cabinets de l’Europe ne tardèrent pas, il est vrai, à reconnaître le gouvernement issu de la révolution de juillet, et plusieurs ministres étrangers se sont depuis disputé l’honneur de l’initiative ; mais il est curieux de savoir cependant quels étaient, dans les premiers momens, en dehors des relations officielles, les sentimens des principaux personnages de l’Europe. Les premières communications arrivèrent de Londres : c’était une réponse du duc de Wellington à une lettre particulière de l’un des hommes considérables qui entouraient alors le nouveau roi. Le duc de Wellington, dont l’autorité était si grande dans les conseils de l’ancienne Europe, chef du cabinet dont lord Aberdeen était le ministre des affaires étrangères, ne cachait pas le chagrin que lui causait la chute des Bourbons. Il convenait du droit de la nation française de faire ce qu’elle avait fait ; il annonçait l’intention de reconnaître officiellement le nouveau gouvernement, à la condition toutefois qu’il respecterait tous les traités existans, et ne chercherait pas à jeter l’Europe dans de nouvelles commotions. Le ton et la teneur de cette lettre pouvaient se résumer ainsi : Nous ne vous aimons pas, cependant nous ne vous ferons pas la guerre ; nous vous reconnaîtrons, mais nous vous observerons. Les correspondances venues de Berlin, les conversations du général Belliard avec le prince de Metternich à Vienne, n’annonçaient pas d’autres dispositions. À Saint-Pétersbourg, elles étaient moins bonnes encore. L’empereur d’Autriche, le roi de Prusse et l’empereur de Russie protestaient de leur ferme intention de ne susciter aucun embarras au gouvernement nouveau, de leur sincère désir de vivre en bonne intelligence avec lui ; mais ils annonçaient, en termes tout aussi formels, leur résolution de maintenir le statu quo territorial de l’Europe, tel qu’il avait été réglé par le congrès de Vienne, et de ne souffrir aucune tentative de propagande révolutionnaire. On le voit, si les dispositions étaient pacifiques, la guerre n’en pouvait pas moins sortir des conditions mises au maintien de la paix. En effet, le contre-coup des événemens de Paris ne pouvait tarder à se faire sentir au dehors et à mettre bientôt face à face des intérêts trop opposés. Si la France et les puissances étrangères persistaient de part et d’autre dans leurs mutuelles déclarations, les causes de collision allaient surgir partout à la fois. Qui céderait ? Le nouveau gouvernement français, mis à une première épreuve, n’hésita pas à poser un de ces principes qui décident de tout un avenir et engagent pour long-temps le sort même des nations. M. Molé, ministre des affaires étrangères à cette époque où furent jetés les premiers jalons de la nouvelle diplomatie française, mit en avant à la tribune et dans ses correspondances officielles le système qu’on a appelé depuis de non-intervention. Aujourd’hui moins que jamais, et aux hommes qui nous gouvernent moins qu’à personne, il n’est nécessaire de rappeler combien ce système était, au moment où il fut produit, conforme aux intérêts de la France. Ce qu’ignorent peut-être ceux qui combattirent cette détermination des premiers ministres de la monarchie de juillet, et qui, placés depuis dans des circonstances analogues, n’ont trouvé rien de mieux à faire que de les imiter, c’est la mauvaise humeur que l’attitude prise par le gouvernement français causa aux cours du Nord. Ces cours ne se faisaient pas d’illusion sur la vraie portée du principe qui venait d’être pris pour point de départ de notre politique extérieure. Ce principe ne les garantissait qu’en apparence ; en réalité, et dans l’état actuel de l’Europe, il ne pouvait pas ne pas tourner contre elles. Aucun homme d’état n’en était plus convaincu que le chancelier autrichien. Les dépêches que notre chargé d’affaires écrivait de Vienne à cette époque étaient remplies de ses incessantes protestations contre la prétention étrange du gouvernement français d’introduire, pour sa convenance, un nouveau droit des gens dont on n’avait jusque-là jamais entendu parler, et qui était purement et simplement le renversement de toutes les règles qui avaient jusqu’alors présidé à la politique des états européens.

Les événemens de Belgique justifièrent bientôt les appréhensions du prince de Metternich. En Belgique, plus que partout ailleurs, l’application du principe posé par nous était bien de nature à émouvoir les cabinets étrangers. Comme triomphe d’une population insurgée, la révolution belge portait une première atteinte aux droits des souverains légitimes, et l’admission de cette nouvelle nationalité parmi les états de l’Europe ouvrait la brèche dans les actes du congrès de Vienne. Les raisons mêmes qui portaient la France à soutenir les Belges contre les Hollandais poussaient les cours du Nord à aider le roi de Hollande contre ses sujets rebelles. La tentation était forte surtout pour le roi de Prusse, beau-frère du roi de Hollande. Dans les premiers jours de septembre, on apprit à Paris qu’un corps d’armée prussien était réuni sur la frontière hollandaise, prêt à appuyer une tentative du roi Guillaume contre Bruxelles. Le moment était venu de montrer à l’Europe que le principe de non-intervention, sérieusement proclamé, serait, au besoin, fermement soutenu. M. Molé fit prier M. le baron de Werther de venir causer avec lui. M. de Werther, ministre de Prusse à Paris, n’avait pas encore été autorisé à entretenir des rapports officiels avec le nouveau gouvernement. Il eut quelque objection à se rendre au cabinet du ministre des affaires étrangères de France, mais il se dit tout prêt à aller s’entretenir avec M. Molé des intérêts des deux nations. Ce fut dans la maison de M. Molé qu’eut lien l’entrevue. La conversation fut intime comme entre personnes qui se connaissaient de longue date, pressée et rapide comme les événemens du temps. « Est-il vrai que vous avez un corps d’armée réuni sur la frontière hollandaise et que vous avez l’intention d’intervenir dans les affaires de Belgique ? — Oui, vraiment. — Mais c’est la guerre. — Comment ! la guerre ? Votre armée française est toute désorganisée ; vous ne sauriez réunir quatre régimens. — N’en croyez rien, répondit M. Molé, vous risqueriez de vous tromper beaucoup ; nous avons de fort bons régimens, qui s’acheminent en ce moment vers le nord. Tenez pour certain que les soldats prussiens ne mettront pas le pied en Hollande sans rencontrer l’armée française entrant par la frontière de Belgique. La guerre, je vous le répète, est au bout de mes paroles ; sachez-le, et mandez-le à votre cour. » M. de Werther se récria, protesta, mais demeura convaincu, au sortir de cette entrevue, que la détermination du gouvernement français était bien arrêtée, et que, le cas échéant, les actes suivraient de près les paroles. Les dépêches de notre chargé d’affaires, M. Mortier, témoignent de la surprise et de la colère qu’excita à Berlin la déclaration du gouvernement français. Le ministre des affaires étrangères de Prusse se laissa aller à de violens accès d’indignation contre les prétentions de notre cabinet de lui lier ainsi les mains. Cependant l’armée prussienne cessa d’avancer. La résolution hardie du ministre de la révolution de juillet préserva la Belgique et ne compromit pas la paix.

Je ne suivrai point les phases si longues des négociations ouvertes à Londres au sujet de la reconnaissance du nouvel état belge. Sans l’assistance que le cabinet anglais nous prêta dans cette question, il ne faut pas douter que les cours du Nord ne se fussent opposées à la dislocation du royaume de Hollande. Beaucoup de bons esprits s’étonnèrent, à cette époque, de voir l’Angleterre, protectrice séculaire de la maison d’Orange, prêter elle-même les mains au dépouillement d’un monarque protestant, dont l’alliance était nationale dans les hautes régions du monde politique de Londres, comme dans les moindres tavernes de la cité. C’était l’opinion bien arrêtée du prince de Talleyrand, que le cabinet tory, présidé alors par le duc de Wellington, pouvait seul prendre la responsabilité du premier consentement, et imposer à l’opinion publique anglaise ce pénible sacrifice, nécessaire au maintien de la paix. À son avis, les ministres whigs n’auraient pas risqué à ce point leur popularité.

Il ne faudrait pas conclure cependant qu’ayant, en cette occasion, si grand intérêt à nous ménager le concours de l’Angleterre, nous n’ayons marché qu’à sa suite, sans oser rien entreprendre par nous-mêmes. Tout le monde sait que la première entrée des troupes françaises en Belgique fut un acte spontané du gouvernement français, qui, sous le coup de l’invasion hollandaise, n’hésita pas à porter ce défi de guerre à l’Europe entière. Un fait moins connu peut-être, c’est la manière dont fut décidé le siége d’Anvers. La prise d’Anvers par l’armée française était la mise à exécution, par la force même des armes, des nouveaux arrangemens territoriaux que la France réclamait de l’Europe au nom de la révolution de 1830. Le projet de cette expédition avait été concerté avec le cabinet britannique ; mais les pourparlers se prolongeaient indéfiniment à Londres : on ne tombait point d’accord ni sur le moment de l’expédition ni sur le mode d’exécution, et cependant les événemens pressaient. Le cabinet du 11 octobre s’assembla un matin en conseil, sous la présidence du roi. M. de Broglie, ministre des affaires étrangères, fit ressortir la gravité des circonstances et l’urgence d’une prompte et sérieuse démonstration ; M. Thiers, ministre de l’intérieur, insista avec une rare vivacité. La résolution fut prise séance tenante, tous les ordres militaires immédiatement expédiés par le télégraphe. L’assentiment définitif de l’Angleterre n’arriva que fort avant dans la nuit.

La Belgique n’a été finalement constituée qu’en 1838, par le traité des 34 articles. Ainsi, huit ans furent nécessaires au roi Guillaume pour reconnaître que les chances de guerre avaient disparu de l’Europe. Il lui avait fallu huit ans pour se persuader que les puissances alliées avaient sincèrement et de bonne foi abandonné, à leur grand détriment et au bénéfice évident de la France, la défense de l’intégrité des traités de Vienne.

Le temps nous a depuis rendus peu à peu indifférens à l’acte de réparation obtenu, sans coup férir, par la révolution de 1830. Les militaires et les personnes qui ont quelquefois réfléchi aux éventualités possibles d’une guerre avec les puissances du Nord savent combien il importait à la France, surtout avant la création des fortifications de Paris, de reprendre à d’anciens adversaires et de remettre à des alliés naturels les places fortes de la Belgique. Ces redoutables forteresses avaient été pour la plupart construites autrefois contre nous ; elles avaient été achevées à nos frais, car une portion des contributions de 1815 avait servi à réparer et agrandir celles dont les positions étaient les plus menaçantes pour nous ; leur entretien en bon état d’armement avait été stipulé par des conventions spéciales qui obligeaient le roi de Hollande, et donnaient même à ses alliés un droit spécial de surveillance et d’inspection. Par suite de la constitution du nouveau royaume de Belgique, quel changement à notre profit ! Ce qui avait fait notre faiblesse fait dorénavant notre force. Les postes avancés de la sainte-alliance sont devenus, par un heureux revirement, les premiers boulevards de notre défense nationale. La révolution de février, qui a rendu tant de chances à la guerre, ne doit pas dédaigner ce résultat du premier succès diplomatique de la révolution de 1830.

Le principe de la non-intervention a garanti la nationalité belge ; malheureusement, appliqué à la question polonaise, il ne pouvait sauver l’héroïque nation qui venait de tenter, en 1831, un effort désespéré pour recouvrer son antique indépendance. La voie des remontrances amiables était seule ouverte. La correspondance de l’ambassade de France à Vienne prouve que rien ne fut épargné pour obtenir le concours moral de l’Autriche pour un but de paix et d’humanité ; mais les intérêts particuliers de l’Autriche et la crainte de blesser les susceptibilités de l’empereur de Russie s’opposèrent constamment au succès des démarches pressantes du gouvernement français. Il ne faut pas penser toutefois qu’au milieu des témoignages de sympathie que la cause polonaise rencontrait dans plusieurs provinces de la monarchie autrichienne, en Hongrie principalement, la cour de Vienne et le ministre qui dirigeait ses affaires extérieures restassent complètement indifférens à tant de malheurs et d’intrépidité. Croit-on, dit un jour le prince de Metternich à l’ambassadeur de France, que, comme homme, je puisse être insensible à la vue de tant de courage ? et pense-t-on que, comme ministre, je n’aimerais pas mieux avoir pour voisin une Pologne toujours bienveillante et toujours amie, plutôt qu’une Russie toujours envieuse et toujours envahissante ? Ces paroles remarquables prouvent que dans d’autres circonstances, et s’il eût été possible de séparer la cause des Polonais du principe insurrectionnel qui leur avait mis les armes à la main, le prince de Metternich ne serait peut-être pas resté sourd aux suggestions du cabinet français ; elles s’accordaient d’ailleurs avec le regret souvent exprimé par le même ministre de la facilité imprévoyante avec laquelle l’Autriche, dirigée par M. de Kaunitz, avait, à une autre époque, consenti au partage de la Pologne. Les efforts de notre gouvernement pour entraîner le cabinet de Vienne à une intervention pacifique, soit pendant la lutte, afin d’arrêter l’effusion du sang, soit quand vint l’issue fatale, afin de prévenir l’atteinte dont les traités étaient menacés, ne furent malheureusement accueillis que par des réponses évasives, ou de stériles protestations. La conduite des autorités autrichiennes envers les malheureux Polonais obligés de se réfugier en Gallicie ne fut rien moins que généreuse. Il semblait que la cour de Vienne fût portée à mettre d’autant plus d’éclat dans les témoignages de son zèle pour la cause du czar, qu’elle sentait le besoin de lui déguiser son penchant réel, peut-être même de lui faire oublier certaines démarches moins publiques tentées lors de la dernière campagne de Turquie, et qui n’avaient point échappé à son inquiète surveillance. Ce qui est avéré, c’est que les bons offices du gouvernement français ne firent nulle part défaut aux courageux défenseurs de la nationalité polonaise. De vives remontrances furent adressées au cabinet de Berlin, qui l’empêchèrent de prêter au czar une assistance trop directe. Rien ne fut épargné pour engager l’Angleterre à intervenir avec nous par voie de médiation. Son cabinet hésita d’abord, puis finit par éluder nos propositions. Partout et toujours nous nous montrâmes disposés à faire pour les Polonais ce que comportaient le temps et les circonstances. Cependant nous ne les avions point encouragés dans leur noble, mais périlleuse entreprise. D’autres sont venus, en 1848, qui, sans lever un soldat, sans dépenser un écu, n’ont pas craint, par leurs folles déclamations, d’envoyer périr au fond des sables de l’Allemagne ces pauvres exilés, surpris de ne plus trouver une patrie à servir, ni même un champ de bataille où tomber glorieusement.

Le cabinet de Vienne avait donc pris, on le voit, une part assez restreinte aux conférences de Londres, ou du moins il n’était intervenu avec un peu d’activité, comme représentant des intérêts de la confédération germanique, que dans la question spéciale soulevée au sujet du Luxembourg. Il s’était, autant qu’il avait pu, tenu à l’écart dans la question polonaise. Les événemens qui éclatèrent à deux reprises dans le nord de l’Italie pendant les années 1831 et 1833 le touchèrent de plus près, et multiplièrent ses points de contact avec le gouvernement français.

En Italie, les vues de la France et de l’Autriche étaient directement opposées. La France avait un intérêt évident, celui de l’indépendance des états italiens ; l’Autriche, un intérêt non moins considérable, celui de leur tranquillité. Les chances de collision entre les deux politiques étaient d’autant plus probables, que le cabinet de Vienne, faisant pour lui-même une question d’existence du maintien des gouvernemens italiens, se croyait en droit d’agir immédiatement par la force même des armes aussitôt qu’un autre mode d’action viendrait à lui échapper. Afin de diminuer le mérite des actes de vigueur auxquels le gouvernement français a dû plusieurs fois avoir recours pour écarter de l’Italie le fléau d’une occupation autrichienne permanente, on a souvent avancé que l’Autriche n’avait point sérieusement songé à intervenir par les armes dans les révolutions intérieures des états italiens, et qu’elle bornait son ambition à préserver de toute commotion la Lombardie et les états vénitiens. Rien de moins fondé que cette opinion. Avant même qu’aucune insurrection eût éclaté en Italie, les résolutions du gouvernement autrichien étaient parfaitement arrêtées. Dès la fin de l’année 1830, la cour de Turin ayant témoigné quelques appréhensions à l’égard d’un corps de réfugiés piémontais qui cherchait à s’organiser sur la frontière de France, le cabinet de Vienne en prit occasion pour se prononcer sur les nécessités politiques qui devaient, à ses yeux, l’emporter sur le désir même de la paix, et pour déclarer qu’une révolution dans le Piémont devant avoir pour suite inévitable un soulèvement dans la Lombardie, il se croyait obligé de prendre, à tout prix, les mesures les plus propres à étouffer dès le principe une tentative de cette nature. Tous ses désirs se bornaient en Italie à maintenir ce qui existait ; mais toute insurrection voisine des provinces lombardes lui créait un danger avec lequel il ne pouvait transiger. La question du Piémont était pour lui celle de l’Italie tout entière, et, si le principe de non-intervention à l’aide duquel la France venait de constituer la Belgique lui était opposé, il protestait à l’avance contre l’impossibilité de le reconnaître, quelles que pussent être d’ailleurs les conséquences de la détermination que lui dictait l’intérêt de la monarchie. Il n’y avait pas lieu à se tromper sur les dispositions véritables du prince de Metternich. Les instructions envoyées à tous les ambassadeurs d’Autriche en Italie, les dispositions militaires prises sur les frontières de la Lombardie s’accordaient de tous points avec son langage, et ce langage n’était lui-même rien moins qu’arrogant, et témoignait d’une volonté froidement mûrie. Les gouvernemens ne pouvaient souffrir, disait le prince chancelier, qu’en vertu d’un principe inapplicable, on restreignit ainsi la sphère de leur action politique. La vraie doctrine était, selon lui, que chacun d’eux pouvait agir comme bon lui semblait. Il déclarait que, pour établir le droit d’intervention des gouvernemens, il était prêt à s’exposer à l’intervention des peuples, parce qu’alors la question nettement posée deviendrait une question de force ; qu’il aimait mieux périr par le fer que par le poison, car, les armes à la main, il avait du moins une chance que le poison ne lui laissait pas ; qu’en un mot, si l’intervention de l’Autriche en Italie devait amener la guerre, il était prêt à l’accepter, car, péril pour péril, il préférait un champ de bataille à une révolution.

Les doctrines et les déclarations du cabinet autrichien restèrent invariables sur le droit qu’il avait d’intervenir en Italie, et sur le devoir que lui imposait le soin de sa propre conservation de ne souffrir aucun mouvement révolutionnaire dans le voisinage immédiat de ses possessions italiennes. J’en ai dit assez pour faire comprendre combien il a dû en coûter à Vienne, après la première occupation de Bologne et de la partie septentrionale des états pontificaux, pour céder aux vives représentations du général Sébastiani, et pour prendre à l’instant même, en 1831, l’engagement de faire retirer les troupes qui avaient déjà occupé tous les petits états du nord de l’Italie et une partie des possessions du saint-siége. On sait que l’exécution de cet engagement fut complétée, au mois de juillet, par l’évacuation de la place d’Ancône et des Légations. Ce qui n’est peut-être pas aussi généralement connu, c’est que, la première irritation causée à Paris par cette brusque invasion étant un peu calmée, le cabinet autrichien essaya d’éluder sa promesse en la subordonnant, pour l’exécution complète, à la garantie que les ambassadeurs de France et d’Angleterre, réunis à Rome, donneraient au saint-père pour le maintien de son pouvoir temporel et l’intégrité de son territoire. La fermeté que mit le général Sébastiani à rappeler que les engagemens relatifs à l’évacuation des états pontificaux avaient été pris envers lui seul, et indépendamment de toute garantie, ramena la question à ses véritables termes. L’Autriche dut se résigner de bonne grace à remplir une promesse sur l’exécution de laquelle notre cabinet ne voulait admettre aucune discussion.

La hardiesse de l’occupation d’Ancône frappa tous les esprits ; mais, de peur d’avoir à le louer de cet acte de rigueur, les adversaires obstinés de l’ancien gouvernement donnèrent à entendre que l’intervention simultanée de la France et de l’Autriche avait été consentie avec le cabinet de Vienne. C’est le contraire qui est la vérité. Les personnes bien informées savent que l’expédition d’Ancône fut arrêtée par M. Périer dans la matinée même du jour où il apprit la seconde entrée des Autrichiens dans les Légations. Les ordres furent tout aussitôt donnés à nos forces militaires et navales. La résolution avait même été si soudaine, que notre ambassadeur à Rome, chargé, quelque temps auparavant, d’entretenir le cardinal secrétaire d’état de la nécessité où serait peut-être le gouvernement français de prendre position dans les états du saint-siége, pour contenir les mouvemens de l’Autriche, avait été tout récemment autorisé à lui annoncer que ce projet était, pour le moment, abandonné. Cette circonstance, jointe aux détails de l’occupation de la ville, opérée de nuit et sans avis préalable, avec toutes les apparences d’une attaque de vive force, causèrent beaucoup d’humeur au gouvernement pontifical. Quant à l’irritation du prince de Metternich, il faut renoncer à la raconter, car elle fut telle que le chancelier d’Autriche n’hésita pas à déclarer que la mesure elle-même et les circonstances qui l’avaient accompagnée en devaient faire nécessairement une affaire européenne, tous les cabinets étant également intéressés dans les questions que soulevait une si audacieuse violation du droit des gens. Bientôt après cependant, soit que la colère du prince eût été trop violente pour n’avoir pas eu quelque chose de factice, soit qu’il désespérât d’agir sur le cabinet français par de semblables éclats, les dispositions devinrent plus calmes. La cour de Vienne dut se résigner et souffrir ce qu’elle n’avait pu empêcher.

Nous venons de voir comment les affaires de Belgique, de Pologne et d’Italie nous ont successivement donné maille à partir avec les cabinets de Berlin, de Saint-Pétersbourg et d’Autriche. L’attitude et le ton de notre diplomatie les avaient surpris et froissés. Leur mauvais vouloir était grand contre nous, et cela était naturel. Rien ne leur avait réussi depuis 1830 ; tous les événemens, conséquences de notre révolution, tournaient contre eux. Les idées du siècle les environnaient de toutes parts comme une marée montante, et c’était à la voix de la France que ces flots redoutables semblaient obéir. Comment les faire reculer ? comment conjurer les périls suscités par une ancienne ennemie dont on avait bien compté n’avoir plus jamais rien à redouter ? N’était-ce pas le cas ou jamais de recourir à ce système de coalition dont on s’était jadis si bien trouvé ? Quelque ferme résolution préalablement arrêtée entre les trois grandes puissances, signifiée solennellement, ne suffirait-elle pas pour donner à réfléchir au gouvernement français, pour l’empêcher de pousser trop rudement ses avantages ? L’essai, au moins, n’en devait-il pas être tenté ?

Le public a peut-être un peu perdu aujourd’hui la mémoire, si tant est qu’il y ait jamais fait grande attention, des promenades que, de 1830 à 1833, les souverains du nord de l’Europe avaient pris l’habitude de faire régulièrement dans le nord de l’Allemagne. On ne passait point d’été sans apprendre que l’empereur d’Autriche, ou le roi de Prusse, ou l’empereur de Russie, ou leurs ministres dirigeans, s’étaient tout à coup et fortuitement rencontrés dans je ne sais quelle petite ville d’Allemagne dont le nom à demi barbare résonnait pour la première fois aux oreilles des nouvellistes. Dans ces entrevues, d’ailleurs assez courtes, mais qui causaient grand émoi aux diplomates de tous les pays, s’agitait périodiquement la question, tous les ans plus embarrassante, de la conduite à tenir vis-à-vis de la France. Chacun des princes apportait dans ces entretiens intimes ses impressions particulières, résultant soit de la position spéciale de son gouvernement à notre égard ; soit de ses sentimens personnels envers la nouvelle dynastie française. L’empereur Nicolas, provocateur ordinaire de ces conciliabules, en était l’ame ; il aurait bien voulu en être le conseiller exclusif et au besoin le chef unique. Le czar affichait, à cette époque, une aversion profonde pour notre révolution, qui avait si fort dérangé tout son système de politique extérieure, et à laquelle il avait hautement prédit une très médiocre durée. Il ne pouvait lui pardonner de n’avoir point encore vérifié sa prophétie, et de n’avoir, en maintes occasions, opposé à ses boutades de mauvaise humeur que la plus tranquille indifférence. C’était donc lui qui mettait en avant les résolutions extrêmes, qui cherchait à jeter les souverains de Prusse et d’Autriche dans quelques-unes de ces manifestations qui lient irrévocablement ceux qui s’y sont une fois laissé entraîner. Le plus souvent, les aventureux projets de l’empereur Nicolas étaient de prime abord écartés. Quelquefois le roi de Prusse et l’empereur d’Autriche proposaient d’autres plans, dont l’insignifiance révoltait leur impétueux allié. À son tour, il préférait l’inaction à leurs demi-mesures, et les augustes interlocuteurs se séparaient, non point sans avoir échangé beaucoup de témoignages de confiance et d’amitié réciproques, non point sans s’être promis, le cas échéant, un mutuel appui, mais sans avoir pu tomber d’accord de la marche à suivre pour contenir cette France, objet de leur constante préoccupation. Au milieu de l’automne de 1833, le czar obtint cependant un demi-succès. L’état de l’Europe et les événemens survenus depuis les dernières entrevues l’aidaient merveilleusement à triompher des hésitations contre lesquelles il avait échoué jusqu’alors. Les conférences de Londres approchaient de leur dénoûment ; le royaume de Hollande allait être, suivant toute apparence, pacifiquement scindé en deux petits états indépendans, dont l’un au moins devait se jeter dans notre alliance. À Madrid, le roi Ferdinand, en abolissant la loi salique, en convoquant les cortès pour reconnaître les droits à la couronne de sa fille Isabelle, au détriment de ceux de son frère don Carlos, venait, sur le déclin de ses jours et par une inconséquence que ses antécédens n’avaient pas fait prévoir, d’en appeler imprudemment à l’opinion de son peuple et de rouvrir pour lui la carrière des révolutions. En Portugal, dom Pedro luttait avec un avantage marqué contre dom Miguel. L’Italie ressentait, comme de coutume, le contre-coup des mouvemens de la péninsule espagnole, et le roi Charles-Albert venait d’être obligé de réprimer sévèrement, à Gênes et à Chambéry, des tentatives révolutionnaires, qui, à tort ou à raison, passaient pour avoir été tramées sur le territoire français par des réfugiés trop peu surveillés. Aux portes de l’Autriche, la république helvétique travaillait avec succès à modifier son pacte national dans un esprit moins aristocratique et plus conforme aux idées dominantes. À Francfort, au siége même de la confédération germanique, des troubles sérieux avaient éclaté, et la ville avait dû être occupée par les troupes autrichiennes et prussiennes. Jamais la vieille Europe ne s’était sentie aussi ébranlée. Les communications des souverains du Nord entre eux et les allées et venues des diplomates allemands devinrent plus fréquentes. Le roi de Prusse, qui s’était rendu à Tœplitz, en Bohême, se rencontra, le 14 août, avec l’empereur d’Autriche au château de Theresienstadt, où MM. de Metternich et Ancillon avaient accompagné leurs souverains. Le 9 septembre, l’empereur Nicolas, précédé de son vice-chancelier, M. de Nesselrode, arriva à Munchen-Graetz, bourg de la Bohême, où se trouvait déjà l’empereur d’Autriche, où le prince royal de Prusse s’était aussi rendu de son côté.

Ce fut pendant leur séjour d’une semaine à Munchen-Graetz que les trois grands personnages que nous venons de nommer tombèrent d’accord de la démarche dont nous allons parler. À leurs yeux et à ceux de leurs ministres, il était évident que les changemens dont certains états européens placés sous leur influence étaient menacés n’avaient de chance de réussite définitive qu’autant qu’ils seraient, comme la révolution belge en 1830, assurés de rencontrer, une fois accomplis, l’adhésion et au besoin la protection de la France. Quelle force n’auraient point, au contraire, ces gouvernemens aux prises avec leurs populations, si, préservés d’un semblable péril, ils pouvaient compter sur l’appui des trois cours absolutistes ! Cette conviction inspira les termes d’une déclaration qu’on convint d’adresser au gouvernement français. Il avait d’abord été question d’en rendre la rédaction identique, afin de mieux constater le parfait accord des trois cours. Le vieux roi de Prusse, animé, dès cette époque, à notre égard des sentimens bienveillans que sa participation au mariage du duc d’Orléans fit plus tard mieux connaître, obtint, si je ne me trompe, à grand’peine, que chaque cabinet rédigerait séparément une note qui serait remise par son ambassadeur à Paris, et qui renfermerait seulement à la fin, en termes exactement semblables, les déclarations convenues. Tous ces pourparlers avaient amené de longs retards ; l’hiver approchait, et le ministre des affaires étrangères du cabinet du 11 octobre ne songeait déjà plus guère au congrès de Munchen-Graetz, quand les ambassadeurs des trois cours se présentèrent successivement dans son cabinet et lui remirent les communications officielles de leurs gouvernemens. La circulaire suivante, écrite sur-le-champ par M. de Broglie à nos agens du dehors, fera connaître l’esprit de ces communications, l’attitude prise en cette circonstance par les divers ambassadeurs étrangers chargés de les notifier, et les réponses du gouvernement français.

Le ministre des affaires étrangères à M. N…
« Paris, 6 novembre 1833.

« M. N…, le chargé d’affaires d’Autriche, m’a donné lecture, il y a peu de jours, d’une dépêche que M. de Metternich lui a adressée à la suite et en conséquence des conférences de Bohême. Le chancelier d’Autriche, après y avoir longuement développé l’opinion que la propagande révolutionnaire est un fléau européen que tous les gouvernemens doivent repousser par des efforts communs et combinés, établit que si la France, qui a si bien su se défendre elle-même des tentatives des perturbateurs, ne réussissait pas désormais à déjouer également les machinations auxquelles ils se livrent, sur son territoire, contre les états étrangers, il pourrait en résulter pour quelques-uns de ces états des troubles intérieurs qui les mettraient dans l’obligation de réclamer l’appui de leurs alliés ; que cet appui ne leur serait pas refusé, et que toute tentative pour s’y opposer serait envisagée, par les trois cabinets de Vienne, de Saint-Pétersbourg et de Berlin, comme une hostilité dirigée contre chacun d’eux.

« Bien que la dépêche de M. de Metternich, dans sa rédaction vague et confuse, et au milieu des éloges qui y sont prodigués à l’habileté et à l’énergie du gouvernement du roi, n’ait pas, à beaucoup près, le caractère hostile et tranché qu’on pourrait lui supposer d’après le seul énoncé des argumens et des conclusions dont elle se compose, je n’ai pas cru pouvoir me dispenser de les réfuter avec force.

« J’ai répondu à M. de Hügel que, si je ne devais voir dans le document qu’il venait de me lire qu’une profession de foi plus ou moins contestable, je croirais superflu de la discuter, mais que, comme cette communication était sans doute autre chose qu’une manifestation de principes, j’étais amené à chercher quel pourrait en être le but.

« Aurait-on voulu, ai-je dit, insinuer que nous favorisons la propagande révolutionnaire ? Je ne le pense pas.

« Si j’avais à cet égard la moindre incertitude, je repousserais par le démenti le plus formel l’apparence d’une imputation dans laquelle le gouvernement du roi verrait une injure gratuite qu’il est décidé à ne pas tolérer. Vous apprendrez bientôt que notre envoyé auprès de la cour de Stockholm a, conformément aux ordres que je lui ai transmis, quitté cette capitale sans prendre congé du roi Charles-Jean, parce que ce prince avait cru pouvoir lui exprimer, sur la politique du gouvernement du roi, des soupçons analogues à ceux auxquels je fais allusion.

« Penserait-on seulement que, sans favoriser l’action des propagandistes réfugiés parmi nous, nous la laissons s’exercer trop librement ? Ce que je puis vous dire, c’est que nous avons fait pour la réprimer tout ce que nous permettent les lois qui nous régissent. Nous ne pouvons, nous ne voulons pas aller au-delà.

« Quant à l’espèce d’intimidation que semble renfermer la fin de cette lettre de M. de Metternich, voici ma réponse : Il est des pays où, comme nous l’avons déclaré pour la Belgique, pour la Suisse, pour le Piémont, la France ne souffrirait à aucun prix une intervention des forces étrangères. Il en est d’autres à l’égard desquels, sans approuver cette intervention, elle peut ne pas s’y opposer, dans une circonstance donnée, d’une manière aussi absolue. C’est ce qu’on a pu voir lorsque l’armée autrichienne est entrée en Romagne. Ce qu’il faut en conclure, c’est que, chaque fois qu’une puissance étrangère occupera le territoire d’un autre état indépendant, nous nous croirons en droit de suivre la ligne de conduite que nos intérêts exigeront, c’est que ce sont là de ces occasions où, les règles du droit commun n’étant plus applicables, chacun agit à ses risques et périls.

« M. de Hügel s’est récrié contre l’interprétation que je semblais donner à la dépêche de M. de Metternich ; il m’en a relu plusieurs passages pour me convaincre qu’elle était conçue dans un sens bienveillant. Je me suis borné à lui répliquer que mes réponses n’étant basées que sur les suppositions que j’avais cru pouvoir rattacher à la dépêche autrichienne, elles tombaient d’elles-mêmes, si ces suppositions n’étaient pas fondées.

« Le lendemain, M. le ministre de Prusse et M. l’ambassadeur de Russie sont venus me faire des communications conformes, au fond, à celles que j’avais reçues de M. Hügel, mais bien différentes dans la forme.

« Une très longue dissertation sur la propagande, les protestations les plus multipliées et les plus vives d’affection et d’estime pour le gouvernement français, l’éloge le plus complet, non-seulement de la vigueur et de l’habileté qu’il a mises à combattre ses ennemis intérieurs, mais encore des mesures qu’il a prises à l’effet d’empêcher les révolutionnaires d’abuser de son hospitalité pour troubler les états voisins, l’espérance que, s’affermissant chaque jour davantage, il pourra rendre ces mesures plus complètes encore : tel est le fond de la dépêche de M. Ancillon, dont M. de Werther m’a donné connaissance. Seulement, à la fin on y trouve textuellement reproduites les conclusions de la lettre de M. de Metternich sur les dispositions où sont les trois cours de secourir les gouvernemens qui réclameraient leur appui contre des troubles intérieurs, et de considérer comme autant d’hostilités dirigées contre chacune d’elles les tentatives faites pour s’y opposer ; mais, dans le document prussien, le morceau est si peu en rapport avec ce qui le précède, qu’il semble y avoir été introduit après coup par une main étrangère.

« La dépêche de M. de Nesselrode se termine également par ces mêmes conclusions littéralement répétées. M. le comte Pozzo s’est borné à m’en lire les dernières phrases, paraissant n’attacher aucune importance à la démarche dont il était chargé, et n’y voir qu’une de ces formalités oiseuses dont les hommes de sens et d’expérience savent apprécier la portée véritable. J’ai cru que ma réponse aux trois envoyés devait être conforme à la couleur que chacun d’eux avait donnée à sa communication ; de même que j’avais parlé à M. de Hügel un langage raide et haut, je me suis montré bienveillant et amical à l’égard de la Prusse, un peu dédaigneux envers le cabinet de Saint-Pétersbourg. Ce qui a dû clairement ressortir de mes paroles pour mes trois interlocuteurs, c’est que nous sommes décidés à ne tolérer l’expression d’aucun doute injurieux sur nos intentions, que les insinuations et les reproches seraient également impuissans à nous faire dévier d’une ligne de conduite avouée par la politique et par la loyauté, et qu’en dépit de menaces plus ou moins déguisées, nous ferons en toute occurrence ce que nous croirons conforme à nos intérêts.

« Vous pourrez, monsieur, faire part du contenu de cette dépêche au ministre du gouvernement auprès duquel vous êtes accrédité. »


Ainsi, les déclarations concertées des trois puissances du Nord venaient se heurter contre d’autres déclarations non moins catégoriques du cabinet français. On lui annonçait l’intention d’intervenir, si l’on en était requis, pour protéger certains gouvernemens menacés ; il répondait que lui aussi interviendrait, le cas échéant, pour garantir certaines nationalités compromises. Au droit revendiqué par ses adversaires, il opposait son propre droit d’agir en chaque occurrence suivant ses intérêts du moment, sans faire autrement compte de l’espèce d’injonction qui lui était adressée. Enfin il signifiait à l’avance son intention bien arrêtée de ne souffrir en aucun cas, à aucun prix, l’intervention de forces étrangères en Belgique, en Suisse et en Piémont. Le chancelier d’Autriche admit tout d’abord, sans trop de difficultés, les déclarations de la France par rapport à la Belgique et à la Suisse : il reconnut qu’il y avait là pour nous un intérêt majeur sur lequel nous ne pourrions transiger ; mais ce qui regardait le Piémont lui tenait plus à cœur, il avait même donné à entendre au cabinet de Berlin que la réponse française n’avait point été aussi nette pour le Piémont que pour la Suisse et la Belgique. On verra, par l’extrait suivant de la correspondance de Vienne, que la rare présence d’esprit de notre ambassadeur ne permit pas au prince chancelier d’entretenir de longues illusions.

M. de Sainte-Aulaire à M. de Broglie.
« Le 20 novembre 1833.

« … La dépêche achevée, sans attendre mes observations, le prince a commencé la lecture du rapport par lequel le baron de Hügel lui rend compte de l’entretien qu’il a eu avec votre excellence. Le rapport m’a paru fait dans un bon esprit, et en général avec exactitude. Une omission fort remarquable a cependant donné lieu à un incident dont je vous dois un compte détaillé. Votre excellence a signifié très positivement au baron de Hügel que la France ne tolérerait à aucun prix une intervention étrangère en Suisse ou en Belgique. Après avoir lu ce passage, le prince s’est interrompu pour louer votre prévoyance et pour approuver cette restriction, conforme de tout point aux intérêts de la France et aux principes du droit public. « La Suisse est un état fédératif qui a ou doit avoir en lui-même les moyens de pourvoir à sa conservation. Sa neutralité est d’ailleurs reconnue par toutes les puissances de l’Europe. La neutralité de la Belgique l’est aussi, et cette circonstance, commune aux deux états, les place dans un cas exceptionnel qui légitime tout-à-fait la doctrine de M. le duc de Broglie sur la non-intervention. »

« J’ai admis ce plaidoyer en votre faveur, monsieur le duc, ajoutant qu’une explication peut-être plus directe encore de vos principes se trouvait dans la position territoriale des états dont il s’agit, position qui ne permettrait pas à la France, dans l’intérêt de sa dignité, d’admettre l’action d’une force étrangère. Le prince de Metternich, sans me répondre, a repris son papier et continué sa lecture ; mais, comme j’ai remarqué qu’elle le conduisait à un autre sujet, j’ai demandé s’il ne passait pas quelque chose. « Non, m’a-t-il répondu en me montrant la dépêche du baron de Hügel. — En ce cas, ai-je répliqué, je m’étonne qu’un rapporteur exact et consciencieux ait pu faire une omission si grave. M. de Broglie n’a certainement pas parlé de la Suisse et de la Belgique sans parler aussi du Piémont… »

« Après l’affirmation répétée par moi, que vous aviez toujours considéré le Piémont comme un territoire sacré, dont la France ne souffrirait à aucun prix l’invasion, le prince de Metternich a répliqué avec un calme assez solennel : « Rien de pareil ne m’est dit, vous le voyez, au nom de votre gouvernement ; mais voulez-vous me le dire ? prenez-vous sur vous de me le déclarer ? — Sans hésiter, ai-je répliqué vivement. Je n’ai certes nulle mission pour vous faire une déclaration de guerre éventuelle ; mais, si vous avez la moindre confiance dans l’intelligence que j’ai des intérêts de la politique de mon pays, tenez pour certain, sur ma parole, qu’un corps de troupes autrichiennes en Piémont y rencontrerait bientôt une armée française. »

« Cette vivacité tranchante, qui n’est pas dans mes habitudes de discussion, a paru faire impression sur le prince de Metternich… »

Le ministre des affaires étrangères du 11 octobre répondit à M. de Sainte-Aulaire par la dépêche qu’on va lire, et qui ne pouvait laisser subsister aucun doute sur l’intention du gouvernement français de s’opposer au besoin par la force des armes à toute intervention de l’Autriche en Piémont.

M. de Broglie à M. de Sainte-Aulaire.
« Paris, 7 décembre 1833.

« Monsieur le comte, j’ai reçu les dépêches que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire. Je n’ai pas lu sans quelque surprise celle où vous me rendez compte de l’entretien que vous avez eu avec M. de Metternich, relativement à mes réponses aux déclarations des envoyés d’Autriche, de Prusse et de Russie…

« Je n’ai pas besoin de vous dire qu’alors même que je n’aurais pas eu connaissance de ce qui avait eu lieu entre vous et M. de Metternich, je n’eusse pas hésité un instant à repousser de pareilles assertions. J’aime à croire que M. Ancillon n’a pas bien saisi le sens des informations qu’on lui a adressées, qu’il se l’est au moins exagéré ; mais l’objet dont il s’agit est trop grave pour qu’il ne soit pas nécessaire de dissiper toute incertitude sur les intentions du gouvernement du roi. Aussi n’ai-je pas perdu un moment pour charger M. Bresson de rectifier la manière de voir du cabinet de Berlin, en lui donnant connaissance du texte même de votre dépêche du 20 novembre. De votre côté, monsieur le comte, vous voudrez bien demander à M. de Metternich quelle peut être l’origine d’un si étrange malentendu. Vous lui direz de plus que, puisque les déclarations que j’ai faites de vive voix aux envoyés des trois cours, et particulièrement au chargé d’affaires d’Autriche, ne paraissent pas avoir été partout comprises dans le sens et la latitude que nous y attachons, nous ne faisons aucune difficulté de les reproduire.

« J’ai dit, je le répète, à M. de Hügel, à M. de Werther et à M. le comte Pozzo, en termes également formels, bien qu’avec les modifications naturellement amenées par la différence de leur attitude, qu’à nos yeux les questions d’intervention étaient des questions exceptionnelles dans lesquelles, les règles du droit commun n’étant plus applicables, chacun agit suivant ses convenances à ses risques et périls ; que de même que les trois cours se réservaient le droit d’intervenir, lorsqu’elles le croiraient utile à leurs intérêts, dans les affaires d’un état indépendant, la France, le cas échéant, serait bien certainement libre de s’y opposer, si elle croyait devoir le faire.

« J’ai dit de plus à M. de Hügel, dont la communication provoquait plus spécialement cet éclaircissement, que la Belgique, la Suisse et le Piémont étaient au nombre des pays où nous ne tolérerions, dans aucun cas, une intervention étrangère.

« Vous pourrez, monsieur le comte, donner lecture de la présente dépêche à M. de Metternich.

« Je vous envoie ci-jointe la copie d’une circulaire que je viens d’écrire à toutes nos légations ; le texte même en explique assez l’objet pour que je n’aie pas à m’y arrêter ici. »


Cette dernière note, qui n’admettait guère de réplique entre gouvernemens qui ne voulaient pas pousser les choses à leurs dernières extrémités, termina la série des communications officielles échangées à la suite du congrès de Bohême. Les trois cours du Nord avaient été suffisamment édifiées sur la manière dont seraient reçus à Paris leurs essais collectifs d’intimidation ; elles se gardèrent de les renouveler, et reprirent peu à peu, et chacune pour son propre compte, les relations que comportait leur situation particulière vis-à-vis de la France.


Je ne crois pas me tromper beaucoup en plaçant à peu près à cette époque le moment où la coalition européenne étant, au moins ostensiblement, rompue, et le mauvais vouloir des cours du nord de l’Europe fort diminué à notre égard, notre gouvernement quitta insensiblement l’attitude que j’ai appelée accidentelle ou révolutionnaire. Pendant cette première période, qui n’a pas duré moins de quatre ans, les hommes d’état qui ont eu l’honneur de traiter au nom de la France ont-ils fait preuve de faiblesse ou d’impéritie ? Mieux que les faits que j’ai rapportés, les pièces officielles que j’ai citées détruisent de banales accusations. Ces pièces sont rangées, à leur date et à leur numéro, dans les archives du ministère des affaires étrangères ; elles sont dans les cartons de nos ambassades, aux mains des nouveaux fondés de pouvoir de la république, qui peuvent, s’ils le veulent, en faire leur profit ; il n’y a donc pas moyen d’en nier l’authenticité. Elles n’ont jamais été produites aux chambres, et le public n’en a jamais eu connaissance ; il n’est donc pas possible d’insinuer qu’elles ont été écrites pour les besoins des discussions parlementaires. En résulte-t-il que, dans les affaires de Belgique, de Pologne, d’Italie, le gouvernement tombé se soit montré insouciant ou si faible ? Sans doute il ne s’est pas amusé à convier d’anciens ennemis à se liguer de nouveau contre lui ; mais ses ministres et ses ambassadeurs, quand ils les rencontraient réunis devant eux pour d’assez douteux desseins, savaient, ce me semble, trouver naturellement au bout de leurs lèvres d’assez fermes paroles. Je l’avoue donc, j’ai peu compris le dédain superbe naguère affiché dans le Moniteur pour la diplomatie du dernier règne. On aurait dû laisser ces allures magnifiques à ceux qui ont organisé la burlesque échauffourée de Risquons-tout comme pendant du siége d’Anvers, et préparé le sauvage guet-apens de Chambéry, à défaut de l’expédition d’Ancône. Les hommes nouveaux, s’ils ne veulent point prêter à rire, doivent se garder de semblables inadvertances. On dirait qu’ils ne peuvent se faire à leur nouvelle situation, qu’ils oublient qu’ils sont le pouvoir et qu’ils ne sont plus l’opposition. Par un coup de la Providence qui est devenu leur arrêt de condamnation, ces mêmes questions de Belgique, de Pologne, d’Italie, ne se sont-elles pas ranimées brûlantes à l’avénement de la république ? Qui les a empêchés de conquérir la Belgique, de reconstruire la Pologne, d’émanciper l’Italie ? La Belgique n’est-elle plus à nos portes ? la Pologne est-elle plus loin de la France en 1848 qu’en 1830 ? Les cimes des Alpes sont-elles devenues plus élevées ? Non. Les hommes qui nous gouvernent aujourd’hui ont seulement un peu plus de bon sens qu’ils n’en avaient jadis. Ils ne se croient pas liés par leurs folles paroles d’autrefois. Ils ont pris sur eux, sans trop de remords, de nouer de pacifiques relations avec la Russie, avec la Prusse, avec l’Autriche. Grace au concours de l’Angleterre, ils espèrent fonder paisiblement un royaume de Lombardie, comme autrefois il a été fondé un royaume de Belgique, à coups de protocoles ; ils ont soin d’avertir, toujours dans le Moniteur, qu’ils ne prétendent pas cependant imposer leur volonté. Ils ont mille fois raison, et nous les en louons. La bonne politique n’appartient exclusivement à personne, et la république a raison de la prendre à la monarchie, si elle peut. Il n’y a pas de honte. Ce qui est honteux, c’est d’insulter ceux que l’on imite. Pourquoi maudire ? Est-ce de peur de paraître converti ?

Nous achèverons de dire prochainement quelles ont été, jusqu’en 1848, les relations de la France avec les trois cours du Nord, et nous étudierons la nature des rapports particuliers entretenus avec l’Angleterre.


O. d’Haussonville.