De la vie à la mort/Chapitre III

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Maisonneuve (p. 87-168).



CHAPITRE III


La Jeunesse, les Amours, les Conscrits


1° La jeunesse


Le premier avril, on joue des tours aux jeunes apprentis dans les ateliers. On les envoie chez un voisin demander à emprunter la corde à tourner le vent. On dit aux fillettes d’aller chez l’apothicaire demander de l’huile de pieds de tortue.

Les enfants cherchent à attraper les passants : Ils déposent sur la rue un cornet de papier rempli de cendre, et si quelqu’un se baisse pour le ramasser, ils sortent sur les portes en criant : « Poisson d’avril ! Poisson d’avril ! »

Les ouvriers forgerons, dans les campagnes, percent une pièce de deux sous et la clouent au milieu de la rue avec une pointe d’une telle longueur qu’il est impossible avec les doigts de la détacher du sol. Lorsque des personnes cherchent à s’en emparer les ouvriers les plaisantent et leur rappellent qu’elles ont oublié la date du premier avril.

Une assemblée pour les domestiques de la campagne qui désirent se gager, a lieu à Rennes, sur le Champ-de-Mars, le jour Saint-Pierre (29 juin de chaque année).

Cette foire aux gens est bien étrange en cette fin de siècle, et fait l’étonnement des étrangers qui se trouvent de passage à Rennes ce jour-là. Et cependant c’est une fête pour ces jeunes paysans qui en parlent toute l’année et s’y donnent rendez-vous.

Garçons et filles sont là, debout, par groupes attendant qu’on vienne les demander. Quelquefois c’est leur maitre de l’année agricole écoulée, qui contracte avec eux un nouveau marché.

Les domestiques des deux sexes qui veulent se gager pour l’année entière portent : les gars une rose au chapeau et les filles un bouquet au côté. Presque tous ont une petite gaule à la main.

Les charretiers ont leur fouet autour du cou.

Les hommes, et parmi eux souvent des vieillards, qui ne veulent prendre d’engagement que pour le temps de la moisson (qu’on appelle la métive), ont un épi de blé vert au chapeau.

Lorsque le marché est conclu, maîtres et valets vont boire ensemble sous les tentes dressées à cet effet.

Quand les maîtres sont partis les gars offrent aux filles des tournées de café et de petits verres d’eau-de-vie ou de liqueurs qu’ils absorbent en poussant des cris sauvages.

Il y a des fermes où les domestiques sont considérés comme étant de la famille, où ils sont bien payés, bien nourris, leur linge raccommodé, leurs vêtements entretenus. C’est à qui naturellement cherchera à entrer dans ces maisons. Aussi les maîtres choisissent-ils leurs serviteurs parmi les jeunes gens du pays, travailleurs, honnêtes et de bonne conduite.

Ces agriculteurs ne vont point aux assemblées, et il faut entendre les fermières, dire avec dédain :

Fille d’assemblée,
Fille éventée.

Des assemblées créées dans le même but ont lieu à Ercé-en-Lamée et à Bourg-des-Comptes, le dimanche qui suit la Saint-Jean. À Pléchâtel, c’est le dimanche qui suit la Saint-Pierre.

Là, les filles ont une gaule à la main et les garçons une rose au chapeau.

À Vitré, le lundi qui suit la Saint-Georges (23 avril), les cultivateurs louent leurs domestiques qui n’entreront chez eux que le premier novembre.

Ce marché a lieu à Vitré, place Saint-Yves.

Les filles ont un fuseau à la main et les garçons le fouet autour du cou.

Le marché n’est conclu que lorsque maîtres et serviteurs ont bu une chopine ensemble, et que le denier à Dieu a été compté.

La foire des Terreneuvas

Le lundi 7 décembre de chaque année, a lieu à Miniac-Morvan, la Foire des Terreneuvas.

C’est dans cette assemblée, célèbre chez les gens de mer, que se fait l’embauchage annuel des marins pour la campagne de pêche de Terre-Neuve. Plus de deux mille pêcheurs accompagnés de leurs familles s’y rendent de tous les points du littoral.

Les engagements se font à salaire fixe ou à la part. Toujours, la nourriture et le transport sur les lieux de pêche sont compris dans la paie. Dans les deux cas, les armateurs font des avances discutées comme les autres parties de l’engagement ; ces avances varient de 200 à 400 fr., suivant l’homme, ses capacités et sa fonction à bord.

L’embauchage se pratique dans les cabarets, sans écriture ; la tape donnée dans la main et la bolée de cidre bue au tonneau de la foire servent de signature.

Dans les environs de Vitré, pendant les veillées d’hiver, les domestiques de ferme fabriquent des vans, des manches de fouet et des fourches de bois pour faner le foin. Ces objets leur appartiennent. Ils vont les vendre à Vitré dans la matinée du jeudi saint.


2° Les amours


Dans la nuit qui précède le premier mai, les jeunes gars des bourgs et des villages de l’Ille-et-Vilaine vont attacher un bouquet, qui s’appelle un Mai, à la porte de leurs fiancées ou de leurs bonnes amies, et ceux dont les avances n’ont pas été agréées, accrochent, pour se venger, un grand chou fleuri à la porte des insensibles.

Dès trois heures du matin, les curieux se lèvent pour aller voir les Mais attachés aux portes.

Dans quelques communes des environs de Redon, une autre coutume est encore en usage : Une bande de garçons s’en va, dans la soirée du 30 avril, quêter des œufs en chantant les couplets suivants :

« Voici le mois de mai tout rempli de violettes ;
Les fill’s et les amants changeront d’amourettes ;
Ils partiront, sans fair’ tort à la loi,
À la sorti’ du mois d’avril,
À l’arriver du mois de mai.
Entre vous, bonnes gens, qu’avez de la volaille,
Mettez la main au nid, n’apportez pas la paille ;
Apportez-nous la douzaine et demie
Et n’apportez pas les pourris.
Si vous n’voulez ren nous donner,
Donnez-nous la servante ;
La fille du logis est bien notre demande,
Je la mèn’rons cette nuit o nous
Et la ramènerons au point du jour.
En vous remerciant, le maître et la maîtresse
De nous avoir donné des œufs par la fenêtre,
Nous prierons Dieu et l’bon saint Nicolas
De garder vos poules du rumas[1].
Nous prierons Dieu et l’bon saint Nicolas
De marier vos filles avec nos gas. »

Lorsqu’on ne leur donne pas d’oeufs, les chanteurs s’en vont en criant :

En vous remerciant, bonn’ femme, cul creux,
Qui n’avez pas v’lu nous donner d’z’œufs,
Le cul à vos poul’s périra.
Alléluia ! alléluia !

Aux environs de Rennes, à Betton notamment, on chante la chanson de Mazi-Mazette à la porte des fermes dans la nuit du 30 avril au premier mai. C’est une variante de la précédente.

Mazi Mazette
I
Mazi-Mazette,
Voulez-vous l’écouter ?
À votre porte
On va vous la chanter :
II
Le joli mois d’avril
Où l’on marie les filles,
Je le vois bien par ma,
Car mon père m’y marie.
S’il me marie, ce n’est pas malgré ma
À l’arrivée du joli mois de ma (mai).
III
Le joli mois de ma,
Le mois le plus plaisant,
Où les filles, les garçons,
Auront de la souvenance ;
Vous les verrez deux à deux par sous l’bras,
À l’arrivée du joli mois de ma.
IV
Le joli mois d’avril,
Qui met sa femme en couche,
Il n’a rien à lui donner,
Qu’une pochée de croûtes.
Donnez-lui va du vin, elle en boira
À l’arrivée du joli mois de ma.
V
Le maître de la maison,
Qui descend dans la cave
Le piché dans la main,
Le ver’ dessus la table.
Versez-en va au moins cinq à six fas (fois),
À l’arrivée du joli mois de ma.
VI
Le maître de la maison
Qui couche o la maîtresse,
Si vous n’la caressez pas,
Elle n’en s’ra pas ben aise.
Caressez-la au moins cinq à six fas,
À l’arrivée du joli mois de ma.
VII
Bonnes gens, vous qui dormez,
Nous qui somm’s dans la peine,
À chasser les renards
Qui sont dans vos avaines (avoines).
Ils mangeront vos poul’s et vos dindons,
Tout alentour de vos jolies maisons.
VIII
Donnez-nous va des œufs,
Des œufs de vos poulettes,
Une douzaine ou deux
Pour mettre o d’la vinette[2].
Donnez-nous va des œufs ou de l’argent,
On s’en ira ben pu joyeusement.
IX
Si v’n’avez ren à nous donner,
Donnez-nous la servante,
Ou la fill’ de la maison,
C’est cor’ la plus plaisante ;
Nous la promèn’rons tout’ la nuit o nous,
Nous la ramèn’rons d’main au point du jour.

Le premier vendredi de chaque mois, la jeune fille des environs de Rennes qui veut connaître le jeune homme qu’elle épousera, fait ses prières du soir, monte dans son lit le pied gauche le premier, en disant :

Que Dieu me fasse voir en dormant,
Celui que j’épouserai de mon vivant.

Lorsqu’une jeune fille désire voir en rêve le jeune homme qu’elle doit épouser, elle met, le cinq janvier, la veille des Rois mages, trois feuilles de laurier sous son oreiller et dit en se couchant :

Gaspard,
Balthazar,
Melchior,
Dites-moi en dormant,
Qui j’aurai de mon vivant ?

(Bain.)

À Montfort, la jeune fille qui désire connaître son futur époux doit, dans la nuit de la Chandeleur (du premier au deux février) descendre de son lit, au coup de minuit, le pied droit le premier, et aller regarder dans un miroir devant lequel sont placées deux chandelles qu’elle aura eu soin d’allumer avant de se coucher. Elle y verra l’image de celui qui sera un jour son mari.


À Saint-Armel, les filles vont piquer des épingles dans le tombeau de saint Armel encastré dans un mur. Elles espèrent, par ce moyen, faire venir les amoureux.

Les jeunes filles du canton de Bain qui sont pressées de se marier, se rendent à la chapelle du Coudray et récitent la prière suivante :

Ma bonn’ sainte Vierge,
Donnez-moi un homme,
J’vous donnerai un cierge ;
Donnez-le-moi bientôt,
J’vous l’donnerai bien gros.

Dans le canton de Louvigné-du-Désert, les menhirs et les dolmens sont nombreux, et chacun d’eux a sa légende.

Quelques-unes de ces pierres sont appelées Roches Écriantes (roches glissantes). Elles sont visitées par les jeunes filles à la recherche de maris. Elles y vont en cachette le matin ou le soir, s’asseyent sur le haut de la pierre et se laissent glisser jusqu’en bas. Elles déposent ensuite des bouts de rubans pour permettre aux fées d’attacher la filasse de leurs quenouilles, et l’année ne s’écoule pas avant qu’elles soient mariées. Elles s’y rendent seules et sans être vues, personne autre que les fées ne devant posséder le secret de leur cœur.

Dans la commune de Miniac-sous-Bécherel, est une épine à trois branches, connue dans tous les environs sous le nom d’Épine du Breil.

Les filles qui ont envie d’un époux doivent aller, certain jour, en faire le tour trois fois de suite, sans parler ni rire. Elles sont certaines d’être mariées dans l’année.

On cite dans le pays de nombreux mariages accomplis par des jeunesses qui avaient rempli, en tous points, les conditions prescrites.

Une autre épine blanche qui se trouve près de la chapelle de l’Épine, dans la commune de Saint-Briac, a le même pouvoir.

Une foire importante a lieu, chaque année, le mercredi de Pâques, dans la commune de Saint-Pern, au milieu de la vaste prairie qui a remplacé l’ancien étang de Légouyer, aujourd’hui desséché. Les jeunes filles venaient jadis à cette foire (qui se tenait alors sur les bords de l’étang) chercher des maris qu’un arbre antique avait la vertu de leur procurer au seul contact de son écorce. On ajoute même que quelques-unes d’entre elles tenaient à traverser l’étang sur le dos de leurs fiancés pour éprouver leur sincérité.

À Concreuil, dans le canton de Guemené-Penfao (Loire-Inférieure), mais tout près de l’Ille-et-Vilaine, les jeunes filles ont toutes des clous sous leurs sabots, et chacune d’elles a des clous différents. Tantôt c’est une étoile, un triangle ou bien les initiales du nom de la propriétaire des sabots. De sorte que les garçons peuvent facilement, en remarquant l’empreinte des clous sur le sol, suivre leurs bonnes amies et aller les rejoindre, soit aux champs, soit à l’église.

Les filles de la campagne sont devenues coquettes : Elles vont dans les petites boutiques des bourgs demander pour deux sous de suivette. C’est une mauvaise eau de Cologne dont elles se parfument et qui, disent-elles, fait que les gars les suivent à la sente. De là vient le nom de suivette donné à ce parfum.

Au milieu de la forêt de Rennes, on voit encore les ruines d’une vieille chapelle qui était jadis sous l’invocation de saint Denis.

Une assemblée a lieu le dimanche qui suit le neuf octobre, jour de la fête de ce saint. Elle se tient au rond-point de la mi-forêt.

Toute la jeunesse de Rennes s’y rend et l’on dit à cette occasion :

À l’assemblée de Saint-Denis des bois,
On y va deux,
On en revient trois !

Sur le territoire de la commune de Combourtillé, est un rocher compris dans le fief Robert, autour duquel les jeunes gens fiancés vont, la nuit, à cloche-pied, afin de ne pas être Robert, une fois mariés, c’est-à-dire trompés par leurs femmes.

On dit, dans le canton de Bain, d’une femme qui a la coiffe inclinée de côté sur la tête qu’elle guigne[3] un veuf.

À Bruz, quand une fille a son châle de travers, on dit également qu’elle guigne un veuf.


Dans la commune du Pertre est une chapelle dédiée à saint Léonard, le protecteur des amoureux qui viennent le prier d’exaucer leur vœu le plus cher.

Voici le récit de deux mariages, — non pas dans le peuple, mais dans le grand monde, — que l’on attribue à l’intervention de saint Léonard :

Il y a trente ans environ, une demoiselle *** avait connu à l’île Maurice un jeune officier de marine, M. de B*** qui, sans s’en douter, avait ravi son cœur. De retour en France, la pauvre jeune fille pensait toujours au bel officier, désespérant de ne plus le revoir, ignorant même le pays où il se trouvait.

Un jour qu’elle faisait ses confidences à l’une de ses amies, chez laquelle elle était venue passer quelques jours en Bretagne, celle-ci lui parla de saint Léonard et de la puissance qui lui était attribuée, lui conseillant d’aller à la chapelle du Pertre en pèlerinage, et lui proposant même de l’accompagner. Toutes les deux s’y rendirent et prièrent ardemment saint Léonard d’exaucer leur vœu.

Il y avait à peine huit jours que Mlle *** était de retour à Paris, lorsqu’elle rencontra M. de B***. On renouvela connaissance, des visites furent échangées entre les deux familles, une demande en mariage fut faite et la noce eut lieu. Depuis cette époque, Mme de B***, dont le mari est actuellement capitaine de vaisseau, envoie chaque année un cadeau à la chapelle de Saint-Léonard.

Voici le second récit :

M. P***, aujourd’hui procureur général en retraite, dont la famille habita longtemps les environs de Rennes, avait, étant substitut dans une petite ville, demandé la main d’une demoiselle H***, qui devait être une riche héritière.

Malheureusement pour lui, le jeune magistrat n’avait pas de fortune et, pour ce motif, se vit refuser la main de celle qu’il aimait, et dont il était aimé.

Les parents emmenèrent leur fille en voyage pour la distraire.

Deux années s’écoulèrent et M. P*** revint en Bretagne, dans l’arrondissement de Vitré, où il entendit vanter les miracles de saint Léonard.

Il n’avait pas oublié Mlle H*** et, entraîné, lui aussi, par des dames amies de sa famille, alla en pèlerinage à la chapelle du Pertre.

Presque aussitôt il reçut une lettre, datée de Nice, dans laquelle M. H*** lui annonçait qu’en présence de l’état de santé de sa fille qui pensait toujours à lui, il le priait, s’il était encore dans l’intention de l’épouser, d’aller les rejoindre immédiatement.

M. P*** partit aussitôt ; mais quel ne fut pas son désespoir en retrouvant celle qu’il avait connue si belle, si fraîche, aujourd’hui pâle, amaigrie et pouvant à peine se soutenir ! Il n’y avait pas d’illusion à se faire, la mort était proche. Mlle H***, de son côté, ne se dissimulait pas qu’elle n’avait plus que peu de jours à vivre. Mais avant de quitter ce monde, elle appela celui qu’elle aimait toujours et lui fit promettre, — ce qui d’ailleurs s’est réalisé, — qu’il épouserait sa sœur un peu plus jeune qu’elle.

La pauvre mourante voulut ainsi que les deux êtres qui lui étaient chers fussent unis par ses soins, et peut-être espéra-t-elle ainsi n’être pas oubliée.

Les Chansons des Amours
Ah ! revenez, revenez, revenez.
Il est venu hier au soir,
Trois galants me demander (bis).
Ma mère était en colère,
Les a tous trois renvoyés.
— Ah ! revenez, revenez, revenez,
Ma mère a dit que vous m’auriez.
Ma mère était en colère,
Les a tous trois renvoyés (bis).
Moi, j’étais encor’ jeunette,
Je me suis mise à pleurer.
— Ah ! revenez, revenez, revenez,
Ma mère a dit que vous m’auriez.
Moi, j’étais encor’ jeunette,
Je me suis mise à pleurer (bis).
— Qu’as-tu donc, petite sotte ?
Qu’as-tu donc à tant pleurer ?
— Ah ! revenez, revenez, revenez,
Ma mère a dit que vous m’auriez.
— Qu’as-tu donc, petite sotte ?
Qu’as-tu donc à tant pleurer (bis) ?
— Ce sont mes galants, ma mère,
Que vous avez renvoyés.
— Ah ! revenez, revenez, revenez,
Ma mère a dit que vous m’auriez.
— Ce sont mes galants, ma mère,
Que vous avez renvoyés (bis).
— Va-t’en donc, petite sotte,
Va-t’en donc les rappeler.
— Ah ! revenez, revenez, revenez,
Ma mère a dit que vous m’auriez.
— Va-t’en donc, petite sotte,
Va-t’en donc les rappeler (bis).
J’ai monté sur une butte
Et me suis mise à crier :
— Ah ! revenez, revenez, revenez,
Ma mère a dit que vous m’auriez.
J’ai monté sur une butte
Et me suis mise à crier (bis).
Le plus beau, le plus aimable,
Est revenu le premier.
— Ah ! revenez, revenez, revenez,
Ma mère a dit que vous m’auriez.
Le plus beau, le plus aimable,
Est revenu le premier (bis).
Il a embrassé ma mère,
Et moi par-dessus l’marché !
— Ah ! revenez, revenez, revenez,
Ma mère a dit que vous m’auriez.

(Bain de Bretagne.)

L’Alouette
Tout bon valet qui sert son maître,
Ne fait pas l’amour quand il veut ;
Quand il veut aller voir sa belle,
Faut demander congé à deux :
— Mon maître et aussi ma maîtresse,
Vous plairaît-il que j’irais voir
Ma mienne amie en cette nuit ?
Le maître et aussi la maîtresse,
Son congé ils li ont donné.
Tout dret à la porte à sa belle,
Trois petits coups s’en va frapper.
— Ah ! dormez-vous, réveillez-vous,
P’tit cœur joyeux,
Voici venu à votre porte
Votre amoureux.
N’ont point été deux heur’s ensemble,
L’alouette a chanté le jour.
— N’entends-tu pas sa voix qui tremble,
Annoncer la fin des amours ?
— Belle alouett’, belle alouette,
Je te maudis ;
Ce n’est pas là le point du jour,
C’est le minuit !

(Redon.)

Le Tur lu tu tu
En m’en allant sous la coudrette,
Le long de ces tur lu tu tu,
Le long de ces lanla de lirette,
Le long de ces verts prés.
Dans mon chemin, j’ai fait rencontre,
D’une jeune tur lu tu tu,
D’une jeune lanla de lirette,
D’une jeune beauté.
Et je me suis approché d’elle,
C’était pour l’em tur lu tu tu,
C’était pour l’em lanla de lirette,
C’était pour l’embrasser !
Elle attira sa quenouillette,
C’était pour m’en tur lu tu tu,
C’était pour m’en lanla de lirette,
C’était pour m’en frapper.
— Tout doux, tout doux, ma jeune fille,
Je suis votre tur lu tu tu,
Je suis votre lan la de lirette,
Je suis votre berger.
— Les bergers de notre village
Ne sont point si tur lu tu tu,
Ne sont point si lanla de lirette,
Ne sont point si osés !
Ils ont des flût’s dans leur pochette,
C’est pour nous fair’ tur lu tu tu,
C’est pour nous fair’ lanla de lirette,
C’est pour nous faire danser !
Dansez, dansez, les jeunes filles,
Quand vous êt’s en tur lu tu tu,
Quand vous êt’s en lanla de lirette,
Quand vous êt’s fill’s à marier !
Car, quand vous serez en ménage
Vous aurez des tur lu tu tu,
Vous aurez des lanla de lirette,
Vous aurez des enfants gâtés !
L’un vous dira : — Je veux à boire,
L’autre voudra tur lu tu tu,
L’autre voudra lanla de lirette,
L’autre voudra… manger !

(Le Grand-Fougeray.)

La Veuve qui veut se remarier
En revenant de Nantes,
Mignon de la goguett’ tout doux,
Cheminant vers Paris,
Landeri, landera, landeri,
Cheminant vers Paris (bis).
J’ai rencontré trois dames,
Mignon de la goguett’ tout doux,
Qui chantaient à loisir,
Landeri, landera, landeri,
Qui chantaient à loisir (bis).
Ell’s m’ont demandé : — Belle,
Mignon de la goguett’ tout doux,
Que n’chantez-vous aussi ?
Landeri, landera, landeri,
Que n’chantez-vous aussi (bis) ?
— Comment donc chanterais-je ?
Mignon de la goguett’ tout doux,
J’ai perdu mon mari,
Landeri, landera, landeri,
J’ai perdu mon mari (bis).
Il eut les grand’s coliques,
Mignon de la goguett’ tout doux,
Et la migraine aussi.
Landeri, landera, landeri,
Et la migraine aussi (bis).
Il fut trois mois malade,
Mignon de la goguett’ tout doux.
Il en est mort… tant pis !
Landeri, landera, landeri,
Il en est mort… tant pis (bis) !
Et v’là qu’j’en cherche un autre,
Mignon de la goguett’ tout doux,
Pour calmer mes soucis,
Landeri, landera, landeri,
Pour calmer mes soucis (bis).
— Les bons maris sont rares,
Mignon de la goguett’ tout doux,
Par tous ces pays-ci,
Landeri, landera, landeri,
Par tous ces pays-ci (bis).
— J’en voudrais un commode,
Mignon de la goguett’ tout doux,
Pas mal riche et jouli,
Landeri, landera, landeri,
Pas mal riche et jouli (bis).
Qui m’fît porter la bourse,
Mignon de la goguett’ tout doux,
Et la culotte aussi !
Landeri, landera, landeri,
Et la culotte aussi (bis) !
Qui n’but point trop d’chopines,
Mignon de la goguett’ tout doux,
Ren qu’en nout’ compagnie,
Landeri, landera, landeri,
Ren qu’en nout’ compagnie (bis).
Qui n’battît point sa femme,
Mignon de la goguett’ tout doux,
Comm’ nout’ défunt mari,
Landeri, landera, landeri,
Comm’ nout’ défunt mari (bis).
Dites-ma donc, les filles,
Mignon de la goguett’ tout doux,
Y’en a-t-il par ici ?
Landeri, landera, landeri,
Y’en a-t-il par ici (bis) ?
J’entends votre réponse :
Mignon de la goguett’ tout doux,
Ma foi non, que nenni,
Landeri, landera, landeri,
Ma foi non, que nenni (bis) !

(Janzé.)

Perrine la Brailleuse
Ma Perrine se lève,
La tra la la li dera lon la,
Ma Perrine se lève
Trois heures avant le jour (ter).
Ell’ prend sa quenouillette,
La tra la la li dera lon la,
Ell’ prend sa quenouillette
Et s’y met à filer (ter).
Au troisièm’ tour qu’elle file,
La tra la la li dera lon la,
Au troisièm’ tour qu’elle file,
Elle s’y mit à brailler (ter).
— Ne braille pas, ma fille,
La tra la la li dera lon la,
Ne braille pas, ma fille,
Car je t’y marierai (ter).
Avec le fils d’un prince,
La tra la la li dera lon la,
Avec le fils d’un prince
Ou le siun[4] d’un baron (ter).
— J’veux pas du fils d’un prince,
La tra la la li dera lon la,
J’veux pas du fils d’un prince
Ni du siun d’un baron (ter).
J’aime mieux le gars Pierre,
La tra la la li dera lon la,
J’aime mieux le gars Pierre,
C’ti-là qu’est en prison (ter).
— Non, tu n’auras pas Pierre,
La tra la la li dera lon la,
Non, tu n’auras pas Pierre,
Car je le brandouillerons[5] (ter).
Si v’brandouillez l’gars Pierre,
La tra la la li dera lon la,
Si v’brandouillez l’gars Pierre,
Brandouillez-ma é tout (ter).

(Montauban de Bretagne.)

La Fille qui veut se marier
— Bonne maman, je viens vous demander,
(C’est à savoir si vous me l’accord’rez),
J’ai calculé mon âge.
J’ai bientôt dix-huit ans ;
De me mettre en ménage,
Je crois qu’il en est temps,
Pan, pan, pan,
Je crois qu’il en est temps.
— Ah ! tais-toi donc, ma petit’ Louison,
À dix-huit ans penser aux garçons,
Tu as le cœur trop tendre,
Tu n’as pas de raison,
Et si tu t’y entêtes,
Nous jouerons du bâton.
Pan, pan, pan,
Nous jouerons du bâton.
— Bonne maman, c’est un charmant garçon,
Rempli de charmes et de bonn’s raisons ;
Il a un avantage
D’accomplir mes amours ;
Et de cet avantage
Il en est le vainqueur,
Pan, pan, pan,
Il en est le vainqueur.
Bonne maman, regardez bien mes yeux,
Prenez bien gard’ de frapper sur les deux.
Vous feriez mieux, ma mère,
D’accomplir mes amours ;
Car vous seriez grand’mère
Et moi mère à mon tour,
Pan, pan, pan,
Et moi mère à mon tour.

(Betton.)

La jeune Amoureuse
Une jeun’ fille âgée de quinze ans,
Va dire à sa mer’ : — M’y faut un amant.
— Un amant, ma fill’, tu n’y penses pas,
Car d’avoir un homm’, c’est un embarras.
Faut t’y mettre en têt’ d’aller au couvent
Pour apprendre à lire, à passer ton temps.
bis.
— Au couvent, ma mèr’, non, je n’irai pas.
Le chasseur que j’aim’ je n’ le quitt’rai pas.
Le chasseur que j’aim’ n’est pas loin d’ici,
Ma très chère mèr’, je le vois veni.
bis.
L’amant à la porte à l’instant frappa.
Ne voyant qu’la fille, il la salua.
Lui disant : — Petit’, t’en ressouviens-tu ?
Tes jolies promesses les tiendras-tu ?
bis.
— Ah ! oui, mes promesses, je les tiendrai.
En dépit d’ma mèr’, je t’épouserai.
Ma mère est cruelle, elle ne veut pas,
Ce sera quand mêm’, ne t’embarrass’ pas.
bis.
Mon père a l’cœur tendre, il se calmera ;
Me voyant éprise, il me mariera ;
Puisque c’est la mod’ d’y faire l’amour,
Puisqu’on se marie chacun à son tour.
bis.
M’y voilà mariée, et dans ma maison,
Mais au lieu d’un homm’, j’n’ai qu’un vagabond.
Au long de la semaine il est toujours soûl
Sans s’y mettre en pein’ d’y gagner cinq sous.
bis.
D’y boir’ la chopine on n’t’en empêch’ pas,
D’caresser les fill’s ça n’t’appartient pas.
Laisse la pratique à ces jeun’s garçons,
Car c’est la ruine de notre maison.
Monte dans ma chambr, voilà l’escalier,
Nous parl’rons ensemble en sécurité.
bis.
(Betton.)
La Fille qui se noie en voyant son amant partir soldat
C’était une jeun’ fille,
Buvons et nous n’allons (bis),
Qui voulait s’y marier,
Buvons, puisqu’il faut boire,
Qui voulait s’y marier,
Buvons et s’en aller.
Son amant vint la voir,
Buvons et nous n’allons (bis),
Un soir après souper,
Buvons, puisqu’il faut boire,
Un soir après souper,
Buvons et s’en aller.
Il la trouva seulette,
Buvons et nous n’allons (bis),
Sur son lit qui pleurait,
Buvons, puisqu’il faut boire,
Sur son lit qui pleurait,
Buvons et s’en aller.
Il lui demanda : — Belle,
Buvons et nous n’allons (bis),
Qu’avez-vous à pleurer ?
Buvons, puisqu’il faut boire,
Qu’avez-vous à pleurer ?
Buvons et s’en aller.
— J’ai beau pleurer, dit-elle,
Buvons et nous n’allons (bis),
Vous allez m’y quitter,
Buvons, puisqu’il faut boire,
Vous allez m’y quitter.
Buvons et s’en aller.
Pliez-moi mes chemises,
Buvons et nous n’allons (bis),
Et mes mouchoirs dressés,
Buvons, puisqu’il faut boire,
Et mes mouchoirs dressés.
Buvons et s’en aller.
Conduisez-moi, dit-elle,
Buvons et nous n’allons (bis),
Jusqu’au bord du rocher,
Buvons, puisqu’il faut boire,
Jusqu’au bord du rocher.
Buvons et s’en aller.
Tant qu’elle a pu les voir,
Buvons et nous n’allons (bis),
Ell’ les a regardés,
Buvons, puisqu’il faut boire,
Ell’ les a regardés.
Buvons et s’en aller.
Quand ell’ ne put les voir,
Buvons et nous n’allons (bis),
Dans la mer a sauté,
Buvons, puisqu’il faut boire,
Dans la mer a sauté.
Buvons et s’en aller.
— Oh ! mang’, beau poisson rouge,
Buvons et nous n’allons (bis),
Tu as du bon manger,
Buvons, puisqu’il faut boire,
Tu as du bon manger.
Buvons et s’en aller.
Tu as la mer pour boire,
Buvons et nous n’allons (bis),
Et ma mie pour manger,
Buvons, puisqu’il faut boire,
Et ma mie pour manger.
Buvons et s’en aller.
Tu as la plus bell’ fille,
Buvons et nous n’allons (bis),
Qu’il ya dans l’évêché.
Buvons puisqu’il faut boire,
Qu’il ya dans l’évêché,
Buvons et s’en aller.
Elle a les cheveux d’or,
Buvons et nous n’allons (bis),
Et les sourcils dorés,
Buvons, puisqu’il faut boire,
Et les sourcils dorés.
Buvons et s’en aller.
Et la bouche vermeille,
Buvons et nous n’allons (bis),
Tout’ prête à m’y parler,
Buvons, puisqu’il faut boire,
Tout’ prête à m’y parler.
Buvons et s’en aller.

(Bécherel.)

La jeune Fille qui se tue pour sauver son honneur
Ce sont trois jeunes filles,
Demeurez là,
Mettez le pied là,
Allant s’y promener,
Mettez là le pied !
Dans le chemin rencontre,
Demeurez là,
Mettez le pied là,
Un Monsieur à leur gré,
Mettez là le pied !
La plus jeun’, la plus belle,
Demeurez là,
Mettez le pied là,
Dans sa chambre a mené,
Mettez là le pied !
Quand ell’ fut dans la chambre,
Demeurez là,
Mettez le pied là,
Ell’ se mit à pleurer,
Mettez là le pied !
— Qu’avez-vous donc, la belle ?
Demeurez là,
Mettez le pied là,
Qu’avez-vous à pleurer ?
Mettez là le pied !
— C’est ma mèr’ qui m’attend,
Demeurez là,
Mettez le pied là,
C’est pour aller souper,
Mettez là le pied !
— Ne pleurez point, la belle,
Demeurez là,
Mettez le pied là,
Avec moi vous soup’rez,
Mettez là le pied !
Quand la belle eut soupé,
Demeurez là,
Mettez le pied là,
Ell’ se mit à pleurer,
Mettez là le pied !
— Qu’avez-vous donc, la belle ?
Demeurez là,
Mettez le pied là,
Qu’avez-vous à pleurer ?
Mettez là le pied !
— C’est ma mèr’ qui m’appelle,
Demeurez là,
Mettez le pied là,
Pour aller me coucher,
Mettez là le pied !
— Ne pleurez point, la belle,
Demeurez là,
Mettez le pied là,
Avec moi vous coucherez,
Mettez là le pied !
— Prêtez-moi votre lance,
Demeurez là,
Mettez le pied là,
Pour couper mon lacet,
Mettez là le pied !
— Elle est de sur la table,
Demeurez là,
Mettez le pied là,
Prenez et vous servez,
Mettez là le pied !
La belle a pris la lance,
Demeurez là,
Mettez-le pied là,
Dans l’cœur s’est enfoncée,
Mettez là le pied !
— O lance, ô maudit’ lance,
Demeurez là,
Mettez le pied là,
Ma mie elle a tuée,
Mettez là le pied.

(Communiquée par Léonie Robert, de la Boufetière, commune de Pancé.)

Le Retour de l’Amant
Chez mon pèr’ nous étions trois filles
Jolies,
Toutes trois couchées dans un lit
Joli.
Moi qui étais la plus jeune,
Jolie,
Je ne pouvais pas dormi,
Jolie,
J’ n’entendis ni caill’s, ni perderix,
Jolies,
Que le rossignol sauvaige,
Joli.
Qui disait dans son langaige,
Joli,
Votre amant n’est pas t’ici,
Joli.
Il est à la Normandie,
Jolie,
Qui détourne à s’en reveni,
Joli.
J’ai trois pomm’s dans ma pochette,
Jolies,
Toutes les trois seront pour lui,
Joli.
Y en a une de rainette,
Jolie ;
Les deux autres sont d’oranger,
Joli.

(Saint-Seglin.)


La Fille qui prend la place de son amant dans la prison
Dessur les ponts de Nantes,
J’allis m’y promener,
J’y rencontris ma blonde,
Voulus la caresser ;
Mais les juges de Nantes,
M’ont rendu prisonnier.
Elle s’habillit en page,
En papillon joli,
Dans les prisons de Nantes,
La belle s’y rendit.
— Prenez mon habit d’ femme,
Enfourchez mon cheva.
Au bout de quinze jours,
Elle fut condamnée.
On la jugit à pendre,
Sur la place de Nantes,
À pendre ou à brûler
Par un jour de marché.
Du haut de l’échafaud,
La belle s’écria :
— Messieurs de la justice.
Vous n’avez pas raison
De fair’ mourir un’ fille,
Sous l’habit d’un garçon.
— Si vous êt’s une fille,
Dites-moi votre nom.
— Je m’appell’ Marguerite,
Marguerit’ c’est mon nom ;
La fill’ d’un capitaine,
D’une riche maison.
— Allez-vous-en, la belle,
Marchez tout doucement,
Allez hors de la ville,
Rejoindre votre amant.
Il est là-bas qui pleure,
À la port’ d’un couvent.
Quand ell’ fut sur les landes,
Ell’ s’y mit à chanter :
— Je m’y fous de ces juges,
De ces bonnets carrés,
Aussi des robes rouges,
Mon amant je l’aurai !

(Chanté par Léonie Robert, du village de la Boufetière, commune de Pancé.)

Les Trois Tambours
Trois jeunes tambours
S’en revenant de guerre,
bis.
Oh, ri, oh, ra, ra pa ta pla,
S’en revenant de guerre.
Le plus jeune des trois,
Dans sa main tient une rose,
Oh, ri, oh, ra, ra pa ta pla,
Dans sa main tient un’ rose.
La fille du roi,
Était à sa fenêtre,
Oh, ri, oh, ra, ra pa ta pla,
Était à sa fenêtre.
— Ô jeune tambour,
Veux-tu m’donner ta rose ?
Oh, ri, oh, ra, ra pa ta pla.
Veux-tu m’ donner ta rose ?
— Ô fille du roi,
Veux-tu être ma mie ?
Oh, ri, oh, ra, ra pa ta pla,
Veux-tu être ma mie ?
— Ô jeune tambour,
Va d’mander à mon père ;
Oh, ri, oh, ra, ra pa ta pla,
Va d’mander à mon père.
— Sire le Roi,
Veux-tu m’donner ta fille ?
Oh, ri, oh, ra, ra pa ta pla,
Veux-tu m’ donner ta fille ?
— Ô jeune tambour,
Tu n’es point assez riche ;
Oh, ri, oh. ra, ra pa ta pla,
Tu n’es point assez riche.
— Sire le Roi,
J’ai trois vaisseaux sur mer,
Oh, ri, oh, ra, ra pa ta pla,
J’ai trois vaisseaux sur mer.
L’un chargé d’or,
L’autre d’argenterie,
Oh, ri, oh, ra, ra pa ta pla,
L’autre d’argenterie.
Et le troisième,
Est pour porter ma mie,
Oh, ri, oh, ra, ra pa ta pla,
Est pour porter ma mie.
— Ô jeune tambour,
Tu auras donc ma fille,
Oh, ri, oh, ra, ra pa ta pla,
Tu auras donc ma fille.
— Sire le roi,
Je me fous de ta fille,
Oh, ri, oh, ra, ra pa ta pla,
Je me fous de ta fille.
Dans mon pays
Y en a de plus gentilles,
Oh, ri, oh, ra, ra pa ta pla,
Y en a de plus gentilles.

(Janzé.)

Vive le Roi, la Reine !
Comme j’étais petite, — vive le roi,
Petite à la maison, — vive le roi, la reine,
Petite à la maison, — vive le roi bourbon !
On m’envoyait à l’herbe, — vive le roi,
Pour y cueillir du jonc, — vive le roi, la reine,
Pour y cueillir du jonc, — vive le roi bourbon !
J’en cueillis trois javelles, — vive le roi,
M’y couchai tout du long, — vive le roi, la reine,
M’y couchai tout du long, — vive le roi bourbon !
Par le grand chemin passent, — vive le roi,
Trois cavaliers barons, — vive le roi, la reine,
Trois cavaliers barons, — vive le roi bourbon !
Qui me demandèrent : Belle ; — vive le roi,
— Pêchez-vous du poisson ? — vive le roi, la reine,
Pêchez-vous du poisson ? — vive le roi bourbon !
— Comment en pêcherais-je ? — vive le roi,
Je suis coulée au fond, — vive le roi, la reine,
Je suis coulée au fond, — vive le roi bourbon !
— Que donnerez-vous, belle ? — vive le roi,
Nous vous retirerons, — vive le roi, la reine,
Nous vous retirerons, — vive le roi bourbon !
— Retirez-moi, dit-elle, — vive le roi,
Après ça, nous verrons, — vive le roi, la reine,
Après ça nous verrons, — vive le roi bourbon !
— Quand ell’ fut retirée, — vive le roi,
Ell’ dit une chanson, — vive le roi, la reine,
Ell’ dit une chanson, — vive le roi bourbon !
— Ce n’est point ça, la belle, — vive le roi,
Que nous vous demandons, — vive le roi, la reine,
Que nous vous demandons, — vive le roi bourbon !
— C’est votre cœur pour gage, — vive le roi,
Savoir si nous l’aurons, — vive le roi, la reine,
Savoir si nous l’aurons, — vive le roi bourbon !
— Mon petit cœur, dit-elle, — vive le roi,
N’est point pour des barons, — vive le roi, la reine,
N’est point pour des barons, — vive le roi bourbon !
Mais bien pour des gens d’guerre, — vive le roi,
Qu’ont d’la barbe au menton, — vive le roi, la reine,
Qu’ont d’la barbe au menton, — vive le roi bourbon !

(Combourg.)

Vive l’Amour !
I
De bon matin je m’ suis levée,
Plus matin que ma tante (bis) ;
J’ai descendu dans mon jardin,
Cueillir la rose blanche.
Ah ! ah ! ah ! ah ! vive l’amour,
Cela ne dur’ dur’ dure,
Ah ! ah ! ah ! ah ! vive l’amour,
Cela n’dur’ pas toujours.
II
J’ai descendu dans mon jardin,
Cueillir la rose blanche (bis) ;
Je n’en ai pas cueilli trois brins
Que mon amant y entre.
Ah ! ah ! ah ! ah ! vive l’amour,
Cela ne dur’ dur’ dure,
Ah ! ah ! ah ! ah ! vive l’amour,
Cela n’dur’ pas toujours.
III
Je n’en ai pas cueilli trois brins
Que mon amant y entre (bis),
Et il me dit dans son latin :
— Marions-nous ensemble.
Ah ! ah ! ah ! ah ! vive l’amour,
Cela ne dur’ dur’ dure,
Ah ! ah ! ah ! ah ! vive l’amour,
Cela n’dur’ pas toujours.
IV
Et il me dit dans son latin :
— Marions-nous ensemble (bis) ;
Tous mes parents le veulent bien,
Il n’y a que ma tante.
Ah ! ah ! ah ! ah ! vive l’amour,
Cela ne dur’ dur’ dure,
Ah ! ah ! ah ! ah ! vive l’amour,
Cela n’dur’ pas toujours.
V
Tous mes parents le veulent bien,
Il n’y a que ma tante (bis) ;
Si ma tante ne le veut pas,
Nonne j’irai me rendre.
Ah ! ah ! ah ! ah ! vive l’amour,
Cela ne dur’ dur’ dure,
Ah ! ah ! ah ! ah ! vive l’amour,
Cela n’dur’ pas toujours.
VI
Si ma tante ne le veut pas,
Nonne, j’irai me rendre (bis) ;
Je porterai le voile blanc,
Et la robe traînante.
Ah ! ah ! ah ! ah ! vive l’amour,
Cela ne dur’ dur’ dure,
Ah ! ah ! ah ! ah ! vive l’amour,
Cela n’dur’ pas toujours.
VII
Je porterai le voile blanc
Et la robe traînante (bis) ;
Le chapelet à mon côté,
Le bréviair’ dans ma mante.
Ah ! ah ! ah ! ah ! vive l’amour,
Cela ne dur’ dur’ dure,
Ah ! ah ! ah ! ah ! vive l’amour,
Cela n’dur’ pas toujours !
VIII
Le chapelet à mon côté,
Le bréviair’ dans ma mante (bis) ;
Je prierai Dieu pour mes parents,
Et le diabl’ pour ma tante.
Ah ! ah ! ah ! ah ! vive l’amour,
Cela ne dur’ dur’ dure,
Ah ! ah ! ah ! vive l’amour,
Cela ne dur’ pas toujours !

(Retiers.)

J’entends la Caille
— Mon père veut me marier,
J’entends la perdrix dans les blés,
Un laid vieillard veut m’y donner,
— Entends-tu, Michaud ? Ho !
— J’entends la caille,
Parmi la paille,
J’entends la perdrix dans les blés.
Un laid vieillard veut m’y donner,
J’entends la perdrix dans les blés,
Qui n’a ni maille, ni denier.
— Entends-tu, Michaud ? Ho !
— J’entends la caille,
Parmi la paille,
J’entends la perdrix dans les blés.
Qui n’a ni maille, ni denier,
J’entends la perdrix dans les blés,
Qu’un gros bâton de vert pommier
— Entends-tu, Michaud ? Ho !
— J’entends la caille,
Parmi la paille,
J’entends la perdrix dans les blés.
Qu’un gros bâton de vert pommier,
J’entends la perdrix dans les blés,
Pour servir à me régenter.
— Entends-tu, Michaud ? Ho !
— J’entends la caille,
Parmi la paille,
J’entends la perdrix dans les blés.
Pour servir à me régenter,
J’entends la perdrix dans les blés ;
Vieillard, si tu m’y bats mésé[6],
— Entends-tu, Michaud ? Ho !
— J’entends la caille,
Parmi la paille,
J’entends la perdrix dans les blés,
Vieillard, si tu m’y bats mésé,
J’entends la perdrix dans les blés,
J’te plant’rai là, je m’en irai.
— Entends tu, Michaud ? Ho !
— J’entends la caille,
Parmi la paille,
J’entends la perdrix dans les blés.
J’te plant’rai là, je m’en irai,
J’entends la perdrix dans les blés,
Je m’en irai au bois jouer.
— Entends-tu, Michaud ? Ho !
— J’entends la caille,
Parmi la paille,
J’entends la perdrix dans les blés.
Je m’en irai au bois jouer,
J’entends la perdrix dans les blés.
Apprendre aux garçons à danser,
— Entends-tu, Michaud ? Ho !
— J’entends la caille,
Parmi la paille,
J’entends la perdrix dans les blés.
Apprendre aux garçons à danser,
J’entends la perdrix dans les blés ;
Chanter, danser, c’est mon métier.
— Entends-tu, Michaud ? Ho !
— J’entends la caille.
Parmi la paille,
J’entends la perdrix dans les blés.

Variante aux deux derniers couplets :

Avec de bons gars sabotiers,
J’entends la perdrix dans les blés,
Ils m’apprendront, j’leur apprendrai,
— Entends-tu, Michaud ? Ho !
— J’entends la caille,
Parmi la paille,
J’entends la perdrix dans les blés.
Ils m’apprendront, j’leur apprendrai,
J’entends la perdrix dans les blés,
Le jeu de cart’s, celui de dés.
— Entends-tu, Michaud ? Ho !
— J’entends la caille,
Parmi la paille,
J’entends la perdrix dans les blés.

(Pléchâtel.)

La Bergère et le Chasseur
L’autre jour dans la plaine,
En gardant mes moutons,
Je rêvais en moi-même,
Chantant une chanson (bis).
J’entends un bruit de chasse,
Tout près dedans ces bois ;
Je vois un équipage
S’avançant devers moi (bis).
— Eh ! bonjour ma bergère,
Me dit un jeun’ chasseur,
N’appréhend’ pas, ma chère,
Je ferai ton bonheur (bis).
N’as-tu pas vu la chasse,
Qui est là dans ces bois ?
Dis-moi par où l’on passe
Pour voir le rendez-vous (bis) ?
— Oh ! lui dit la bergère,
Votr’ chemin n’est pas loin,
Mon seigneur, à votr’ droite,
C’est le plus court sentier (bis).
— Que ta beauté m’enchante,
Me dit-il en riant ;
Tu es belle et charmante.
D’quoi vis-tu, belle enfant (bis) ?
Vivrais-tu comme un’ reine,
Pain blanc, bécass’s, perdrix ?
— Mon seigneur, rien n’vous gêne,
Que d’mandez-vous ainsi (bis) ?
Du pain bis et des pommes,
La soup’ au lard seul’ment,
Les fill’s, les femm’s, les hommes,
Ne vivent pas autrement (bis).
— Pour boisson, ma bergère,
Bois-tu de l’hypocras,
Du vin blanc de Tonnerre,
Le matin l’chocolat (bis) ?
— De l’eau de cett’ fontaine,
Mon seigneur, que voilà,
Nous est cent fois plus saine,
Que tout’s ces drogues-là (bis).
Fallut que je m’approche,
Il voulut m’embrasser,
Mit la main dans sa poche,
Pour me récompenser (bis).
Cent louis d’or me donne,
En me disant bonsoir ;
Prends soin de ta personne,
Je viendrai te revoir (bis).

(Bain-de-Bretagne.)

Mariez-moi, ma petite maman
— Mariez-moi, ma p’tit’ maman,
J’aurai bientôt seize ans.
Il me faudrait un mari,
Qui soit bien joli, qui soit bien gentil,
Qui serait toujours complaisant
Pour moi, ma chèr’ maman.
— Ô ma fille, ne m’en parle pas,
Tu me casses les bras ;
Tu as l’air trop éveillée,
Pour t’y marier, pour t’y marier !
Ah ! change vit’ de sentiment,
Car tu n’es qu’une enfant.
— Un beau garçon vient tous les jours,
Me raconter ses amours,
Moi j’lui cont’ les mienn’s aussi,
C’est mon favori, c’est mon favori !
Oui je l’aurai pour mon époux,
En dépit des jaloux.
— Ô ma fille, n’m’en parle pas,
Tes parents n’voudront pas.
Quand ton papa saura cela,
Il t’y frappera, il t’y frappera !
Et pour en finir au plus court,
Faut le quitter ce jour.
— Ma foi, non, je ne quitt’rai pas
Un amant plein d’appas.
Il a pour moi d’l’amitié,
Ma foi je l’aurai, ma foi je l’aurai !
Il est jeune et rempli d’honneur,
Il posséd’ra mon cœur.

(Langon.)

Oh ! non, n’m’en parlez pas
— Ma fille, il faut vous marier,
Vous avez bientôt vingt ans d’âge.
— Ma mère, est-c’que vous y pensez
De me mettre dans le ménage ?
Oh ! non, n’m’en parlez pas,
Du mariag’, du mariage,
Oh ! non, n’m’en parlez pas,
Du mariag', car j’n’en veux pas !
Ma mère, souvenez-vous-en,
Que mon père était en colère,
Et qu’il vous menaçait souvent
De vous jeter par la fenêtre.
Oh ! non, n’m’en parlez pas,
Du mariag’, du mariage,
Oh ! non, n’m’en parlez pas,
Du mariag’, car j’n’en veux pas !
Ma mèr’, rappelez-vous le fait,
Que mon père était en colère,
Vous ramassiez votre bonnet,
Vous essuyant les yeux, ma mère.
Oh ! non, n’m’en parlez pas,
Du mariag’, du mariage,
Oh ! non, n’m’en parlez pas,
Du mariag’, car j’n’en veux pas.

(Bain-de-Bretagne.)


3° Les conscrits


Les parents des conscrits mettent dans la poche de ces derniers une araignée vivante pour qu’ils obtiennent un bon numéro au tirage au sort. Il y a quelques années dans l’un des cantons de la ville de Rennes, le nombre des jeunes gens qui prenaient part au tirage s’élevait à 143. Les mères de deux conscrits leur ayant mis des araignées dans la poche, ceux-ci obtinrent les numéros 141 et 143.

Si, malgré le talisman un mauvais numéro sort de l’urne, c’est que l’araignée a été blessée ou bien s’est enfuie, a été écrasée ou, enfin, n’appartient pas à l’espèce qui procure la chance.

À Bruz, les parents des conscrits mettent dans un pli de la blouse du jeune homme qui doit tirer au sort, sans que celui-ci s’en doute, l’anneau de mariage de sa mère ou un trèfle à cinq feuilles. Ces objets doivent lui faire obtenir un bon numéro.


Autrefois, les jours du tirage au sort et du conseil de révision, les conscrits de communes différentes se battaient pour les motifs les plus futiles, souvent pour un sobriquet attribué aux habitants de chaque localité.

Ces rixes étaient terribles entre jeunes gens, surexcités par la boisson, et les accidents graves quand la mort ne s’ensuivait pas.

On parle encore, dans l’arrondissement de Fougères, de la rixe épouvantable qui eut lieu entre conscrits, à l’assemblée de Vendel, dans le canton de Saint-Aubin-du-Cormier.

Quatre vigoureux gaillards se précipitèrent sur un nommé Montjarret qu’ils jetèrent brutalement par terre. Ce dernier se releva vivement, et voyant que la partie n’était pas égale, dit : « Le premier qui m’approche, je l’éventre ! »

Montjarret effectivement avait ouvert son couteau, mais pour éviter un malheur, il prit la fuite, suivi de ses adversaires qui l’acculèrent à la rivière.

Forcé de se défendre ou de se jeter à l’eau, il se détourne et envoie un coup de couteau dans le ventre d’un sieur Chauvin, le plus acharné de ses assaillants. Celui-ci tombe par terre, un autre, appelé Graisley, arrive à son tour et est frappé à la cuisse. Enfin le dernier, du nom de Chantrel, en est quitte pour deux ou trois blessures légères.

Cette défense énergique sauva Montjarret ; mais le lendemain, quand la gendarmerie vint sur les lieux, accompagnée d’un médecin, elle trouva le malheureux Chauvin sur le terrain de la rixe, dans un état désespéré. Malgré les soins qui lui furent prodigués, il ne tarda pas à mourir.

Graisley et Chantrel furent transportés à l’hôpital de Fougères.

Montjarret, en apprenant la mort de Chauvin, se constitua prisonnier.

Aujourd’hui, il n’en est plus ainsi fort heureusement. S’il y a encore quelques rivalités entre jeunes gens de diverses communes, cela se borne à des disputes dans les cabarets, mais il est rare que des coups soient échangés.

Les conscrits dans l’Ille-et-Vilaine composent leurs chansons eux-mêmes. La plupart du temps, ce n’est qu’un couplet qu’ils recommencent sans cesse :

Habitants de Rennes,
Sortez d’vos maisons,
Car les rues sont pleines,
De joyeux garçons.
S’ils font du tapage,
C’est par leurs chansons.
N’est-ce pas le tirage
Des enfants Bretons ?
Nous n’verrons plus Marion,
Ma lon lan la ;
Nous n’verrons plus Marion,
Car ell’ s’en va !
Je n’ai plus qu’un an, Nanon,
La belle, attendez-ma donc ;
Attendez-ma donc, la belle,
La belle, attendez-ma donc.
J’avons bu et je bairons,
J’casserons les verres, j’les paierons !
À une heure sur la branche,
Le rossignol chantait.
— Que chantais-tu ? que disais-tu ?
— Que l’jeun’ conscrit est revenu.
À deux heures sur la branche, etc.

Cette chanson de marche dure pendant toute la route du village au bourg.

Ma poule n’a plus qu’un poulet (bis),
Qu’un poulet sur onze,
Marchons à la ronde,
Marchons à la ronde,
Petite,
À la marche ronde.
Dixième artillerie du train,
Nous partons demain ;
Nous partons demain,
Le sabre à la main,
Jusqu’en Tunisie,
Rejoindr’ nos amis,
Pour les soulager
Ces braves, ces braves,
Pour les soulager,
Ces braves guerriers.
Le tambour bat,
Ce jeune et ce jeune.
Le tambour bat,
Ce jeune soldat.
Ya-t-un navire à Bordeaux.
Nous boirons d’ce vin nouveau,
Gai, gai, nous v’là-t-en ville,
Bon, bon, nous arrivons.
Bonnes gens des villes,
Sortez d’vos maisons,
Car les rues sont pleines
De joyeux garçons.
Gai, gai, nous v’là-t-en ville,
Bon, bon, nous arrivons.
Ma moman veut bien
Que je m’y marie ;
Jul’s Grévy n’veut pas,
Qu’on fasse d’embarras.
Gai, gai, nous v’là-t-en ville.
Bon, bon, nous arrivons.
J’avions-t-un capitaine,
Qu’était brav’ comm’ z’un lion,
Il est mort d’une engelure
Qu’il avait au talon.
Gai, gai, nous v’là-t-en ville,
Bon, bon, nous arrivons.

Voici d’autres chansons plus sérieuses :

La Fille qui suit son Amant au Régiment
— Éveillez-vous, la belle,
Je viens vous avertir
bis.
Qu’la patrie nous appelle,
Adieu, il faut partir (bis).
— Ne verse pas de larmes
Galant, ne pleure pas,
bis.
Oui, si tu prends les armes,
Je ne resterai pas (bis).
— Ah ! reste là, ma belle,
Attendre mon retour,
bis.
Et sois toujours fidèle
Et aime-moi toujours (bis).
Ne viens point z’à la guerre
Car il faut trop souffrir,
bis.
On couche sur la terre,
Ça te ferait mourir (bis).
— De coucher sur la terre
Auprès de son amant,
bis.
De coucher sur la terre,
Ce n’est pas un tourment (bis).
— Sur le champ de bataille
Au milieu du danger,
bis.
L’éclat et la mitraille
Pourront bien te tuer (bis).
— Sur le champ de bataille
Au milieu du danger,
bis.
J’affront’rai la mitraille
Comme un vrai grenadier (bis).
— Si cela te contente
Si ça te fait plaisir,
bis.
Que rien ne te tourmente,
Je te laiss’rai partir (bis).
Les Reproches d’Eugénie
— Eugénie, les larmes aux yeux,
Je viens te faire mes adieux ;
Nous partons pour l’Amérique,
Nous allons au régiment.

Adieu donc, belle Eugénie,
Nous mettons la voile au vent.

— La voile au vent, mon bel amant,
Pour moi, quel désagrément.
Tu m’avais promis pour gage,
Ton honneur, aussi ta foi,
Aujourd’hui tu m’abandonnes,
Tu t’en vas bien loin de moi.

Marinier, beau matelot,
Tu t’en vas bien loin sur l’eau,
Et s’il arrive un orage,
La tempête, aussi le vent,
Briseront ton équipage,
Moi je n’aurai plus d’amant.

— Eugénie, pas de danger,
Tant que nous serons sur l’eau ;
Je connais le pilotage,
Je suis fier de mon état,
Il n’arriv’ra aucun naufrage
Tant que je serai soldat.

Eugénie, à mon retour,
(Sois sincère dans nos amours),

Je te promets, ma mignonne,
De m’en rev’nir au pays,
Nous nous marierons ensemble,
Pour le sûr, mon Eugénie.
La Godinette
(Chanson de marche des conscrits allant rejoindre leur régiment.)
Sur la lisièr’ du petit bois,
Jubilant, jubilo, zizi pan pan,
Toc toc la Godinette,
Jeannette passait une fois,
Pan jubilant, pan pan la Godinois.
Ell’ rencontra le p’tit François,
Jubilant, jubilo, zizi pan pan ;
Toc toc la Godinette,
Qui s’en allait gauler des noix.
Pan jubilant, pan pan la Godinois.
L’apercevant, le fin matois,
Jubilant, jubilo, zizi pan pan,
Toc toc la Godinette,
Lui dit : — Veux-tu faire avec moi,
Pan jubilant, pan pan la Godinois ?
Veux-tu faire un tour dans le bois ?
Jubilant, jubilo, zizi pan pan,
Toc toc la Godinette,
J’te montrerai, gentil minois,
Pan jubilant, pan pan la Godinois.
— P’tit François, j’irais ben o toi,
Jubilant, jubilo, zizi pan pan,
Toc toc la Godinette,
Seul’ment j’ai peur de perdre… — Quoi ?
Pan jubilant, pan pan la Godinois.
J’te montrerai certain endroit,
Jubilant, jubilo, zizi pan pan,
Toc toc, la Godinette,
Où l’on est mieux à deux qu’à trois,
Pan jubilant, pan pan la Godinois.
— D’ma mèr’ j’ai peur de perdr’ la croix,
Jubilant, jubilo, zizi pan pan,
Toc toc la Godinette,
Car je n’la r’trouv’rais pas, je crois,
Pan jubilant, pan pan la Godinois.
Attach’-la ben, li dit François,
jubilant, jubilo, zizi pan pan,
Toc toc la Godinette,
Puis, ils entrèrent dans le bois,
Pan jubilant, pan pan la Godinois.
De suit’ ils fir’nt pendant trois fois,
Jubilant, jubilo, zizi pan pan,
Toc toc la Godinette,
Le tour des p’tits sentiers étroits,
Pan jubilant, pan pan la Godinois.
N’ont-ils fait qu’ça ? j’l’ignor’, ma foi,
Jubilant, jubilo, zizi pan pan,
Toc toc la Godinette,
Y n’s’en sont pas t’nus là, je crois,
Pan jubilant, pan pan la Godinois.
Car entrés deux dedans le bois,
Jubilant, jubilo, zizi pan pan,
Toc toc la Godinette,
L’histoir’ dit qu’ils revinrent trois,
Pan jubilant, pan pan la Godinois.
C’est ennuyeux pour une fois,
Jubilant, jubilo, zizi pan pan,
Toc toc la Godinette,
Quand on s’en va gauler des noix,
Pan jubilant, pan pan la Godinois.
Pour un’ malheureus’ petit’ fois,
Jubilant, jubilo, zizi pan pan,
Toc toc la Godinette,
D’attraper un’ fluxion d’neuf mois,
Pan jubilant, pan pan la Godinois.

Dans les communes du canton Sud-Ouest de Rennes, les jeunes gens qui doivent tirer au sort en février portent, depuis le jour où ils sont appelés à la mairie pour se faire inscrire sur les tableaux de recensement, le nom de jeunes gens de la classe,

À partir de ce moment ils se réunissent fréquemment le dimanche, dînent ensemble, se promènent de commune en commune.

Ils ont un drapeau, acheté au moyen de cotisations, et ils le portent avec eux chaque fois qu’ils sortent.

Celui des conscrits qui a le plus bas numéro en devient le propriétaire. À Bourgbarré, le drapeau, après le conseil de révision, est coupé par morceaux et distribué à chaque conscrit.

Voici deux de leurs chansons :

Voilà vingt ans,
J’étais petit enfant,
J’étais petit enfant,
Sur le bras de ma mère,
Aujourd’hui je suis grand,
Je pars au régiment.
Refrain :
Le tambour bat,
C’te jeun’, c’te jeune,
Le tambour bat,
C’te jeun’, soldat.
Vous ne nous verrez pas longtemps,
Bons pères de famille,
Vous ne nous verrez pas longtemps
Faire l’amour à vos filles.
Le tambour bat, etc.
Tu ne me verras pas souvent,
Ma petite Jeannette,
Tu ne me verras pas souvent
Pendant trois ans.
Le tambour bat, etc.
Oh ! qu’importe le numéro
Que notre main amène,
Mettons-le donc à nos chapeaux,
Amis, buvons sans gêne.
Le tambour bat, etc.
Amusons-nous, joyeux conscrits.
Nous voilà tous réunis ;
Buvons le vin de nos aïeux.
Et soyons tous heureux.
Le tambour bat,
C’te jeun’, c’te jeune,
Le tambour bat,
Cte jeun’ soldat.
À deux heures sur la place,
Nous avons tiré ?
bis.

Nous avons tiré
Notre sort, la belle,
Nous avons tiré
Notre liberté.
À la première auberge,
Nous avons bu ;
bis.
Buvons, chantons,
Faisons l’amour aux filles.
Soyons contents
D’aller au régiment.

Dans les jours qui suivent le tirage, les conscrits se cotisent entre eux pour acheter des bouquets de fausses fleurs qu’ils vont offrir aux filles nées la même année qu’eux et qui sont, disent-ils, de leur année de tirage. Celles-ci, en recevant les fleurs, embrassent les jeunes gens et leur offrent du vin.



  1. Maladie des poules.
  2. Avec de l’oseille
  3. Qu’elle le désire ; qu’elle cherche à l’accaparer.
  4. Sien
  5. Brandouiller est synonyme de tuer.
  6. Désormais.