Dernier Sonnet

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L’IdoleAlphonse Lemerre, éditeur (p. 38-39).




DERNIER SONNET





Après les yeux, après la bouche, après l’éclat
Des cheveux, pourſuivant la grâce du poëme,
Je ne rencontrais pas une beauté ſuprême
Qu’une autre, ſans pouvoir lui nuire, n’égalât.

Mais ce ſiècle eſt menteur bien plus que délicat ;
Sa pudeur a pouſſé les feintes à l’extrême.
Voici qu’il a flétri ce dernier ſujet, même
Avant qu’un ſimple trait de plume le marquât.


Donc mon œuvre ſera par moi-même meurtrie :
Au lieu du nu superbe, un pli de draperie
Dérobera la fuite adorable des flancs.

Encore il ſe peut bien qu’un vil regard indique
Ce voile, malgré ſoi moulant les contours blancs,
Comme une invention de Vénus impudique.