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Deux proses/Clitie

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Le Roman du LièvreMercure de France (p. 307).
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CLITIE


Tu aurais été Philis, Eucharis ou Clitie, dans la prairie d’or vert fréquentée de la belette et du lapin, non loin du marécage fleuri, glauque de carpes. Le château eût été fiancé à la forêt par l’anneau bleu-de-paon d’un ruisseau.

L’ombelle rose de l’angélique se fût harmoniée avec ta robe imposante, et l’iris mauve avec la hauteur de tes jeunes cheveux blancs.

Nous, heureux dans ces asiles, je t’aurais dit : Clitie, ne laisse point s’enfuir l’amour volage. Mire, au cristal de cette onde, tes charmes. Si tu veux, dans le grenier de ma ferme, là où il fait chaud, par quelque jour d’orage où les rats du Fabuliste rongeront les dépouilles du maïs de l’année passée, nous nous posséderons, toi sur mes genoux de faune, ta bouche dans la mienne.

Et tandis que s’alanguira, lentement, le dernier frisson de nos caresses, la tiède et large pluie d’été crépitera sur les peupliers noirs.