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Deux proses/Sylvie

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Le Roman du LièvreMercure de France (p. 305-306).
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SYLVIE


Que les anémones sont jolies à la lisière du bois… Viens-y, toi que j’ai aimée d’un amour romantique, de quand les vieux parents, à l’angle du comptoir, se demandaient : Que donc fait cet enfant dans cette Capitale ?

Ô Sylvie légère aux bas blancs, rappelle-toi… Chardieu le carabin ne croyait pas aux femmes. Tu lui disais : Oh ! monsieur Chardieu, c’est vilain d’être athée… Ce beau paysage de Meudon ne vous dit-il donc rien ?…

Lui répondait : Ma fille, tu me fais Eugène suer ! Mon oncle mort, et une pipe de tabac !…

Viens, ô Sylvie !… Sous la diligence massive le blanc samedi poudroiera !… On loge à pied et à cheval… Ta peau sera d’azur dans la rudesse du lit… Aime-moi dans l’éclat de rire de tes seins tendus…

Charmante !… De ta crinoline écraseras-tu les muguets-de-Salomon ?… Les beaux messieurs de Bois-Doré sont-ils venus ? Où s’est perdue l’âme de Mimi sous les tilleuls ?…

Oh ! nous inventerons des rossignols… Et l’ombre d’Alfred va venir.

… Il est venu, le séraphin des nuits d’Octobre… Il est venu courroucé et la bouche amère de jalousie… Il a pesté… Ses blonds cheveux pendaient sur sa joue, lissés… Il mâchait un cigare… Il a battu l’infidèle… Son pas était d’un homme ivre, le lourd chapeau haut de forme en arrière, les guêtres en désordre…

Et puis il est parti pour les Marais Pontins… La Sand le suivait, chargée d’ailes… Ils s’abhorraient et ils s’adoraient…

Sylvie, recueille-toi !… Défleuris, en soupirant, cette bruyère…

C’est dans un bois pareil, peut-être, à celui-ci, qu’il s’en vint au crépuscule, les bouteilles dans l’eau du courant, disserter avec Desgenais sur l’existence de Dieu…