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Dharmasindhu, ou Océan des rites religieux/Chapitre II

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Dharmasindhu, ou Océan des rites religieux
Texte établi par Musée Guimet, Ernest Leroux (Tome 7p. 164-170).

CHAPITRE II

Voici la description (de ce qui doit être observé au moment) de l’entrée du soleil dans les signes du zodiaque.

Quand le soleil entre dans le signe du Bélier, le temps propice (pour la célébration des rites religieux) est 15 ghatikas (voir note 31) avant et 15 ghatikas après cet événement ; cependant certains autours n’admettent que 10 ghatikas avant et 10 après. Quand il entre dans le Taureau, ce sont les 16 ghatikas qui précèdent qui sont propices ; dans les Gémeaux, les 16 qui suivent ; dans le Cancer, les 30 qui précèdent ; dans le Lion, les 16 qui précédent ; dans la Vierge, les 16 qui suivent ; dans la Balance, les 15 qui précèdent et les 15 qui suivent, ou, selon d’autres, 10 ghatikas avant et 10 après ; dans le Scorpion les 16 qui précèdent ; dans le Sagittaire les 16 qui suivent ; dans le Capricorne les 40 qui suivent ; dans le Verseau les 16 qui précèdent et dans les Poissons les 16 qui suivent.

Si le soleil entre dans les Gémeaux, la Vierge, le Sagittaire, les Poissons ou le Capricorne à la fin du jour, alors qu’il ne reste plus que deux ghatikas ou environ, le temps qui précède cette entrée est propice (au lieu du temps qui la suit, ainsi qu’il était indiqué précédemment) ; si le soleil entre dans le Taureau, le Lion, le Scorpion, le Verseau ou le Cancer de très grand matin, alors qu’il n’y a encore que deux ghatikas du jour, ou environ, de passées, le temps qui suit son entrée est propice (et non le temps qui précède comme ou l’a dit ci-dessus). Cependant en ce qui concerne l’entrée du soleil dans le Cancer au matin, quelques auteurs affirment que le jour qui précède doit être considéré comme son temps sacré.

Voici, maintenant, ce qui doit être observé quand le soleil entre pendant la nuit dans un dos signes du zodiaque. Si l’événement a lieu avant minuit c’est l’après-midi du jour qui précède qui est le temps propice ; mais si son entrée a lieu après minuit, c’est la matinée du jour suivant qui est propice. S’il entre juste à minuit, l’après-midi du jour précédent et la matinée du jour suivant sont propices. Cette règle doit être suivie pour l’entrée nocturne du soleil dans tous les douze signes du zodiaque, à l’exception du Capricorne et du Cancer. Si, au solstice, le soleil entre de nuit dans le Capricorne, le jour suivant tout entier est sacré ; pour le Cancer, c’est le jour précédent (tout entier) qui est sacré.

Trois ghatikas après le coucher du soleil constituent le crépuscule du soir. Si le soleil entre à ce moment dans le Capricorne, le jour précédent est sacré.

Trois ghatikas avant le lever du soleil constituent le crépuscule du matin. Si, à ce moment, le soleil entre dans le Cancer, le jour suivant est alors son temps sacré.

Telles sont les propriétés des crépuscules enseignées dans les livres sacrés d’astronomie.

Voici, maintenant, ce qui concerne les présents (qu’on doit faire aux Brahmanes) à ces moments. Quand le soleil est dans le Bélier, il faut offrir un bélier ; quand il est dans le Taureau, une vache ; dans les Gémeaux, des vêtements, des provisions, etc. ; dans le Cancer, du beurre clarifié et une vache ; dans le Lion, un parasol et de l’or ; dans la Vierge, une maison et des vêtements ; dans la Balance, de la graine de sésame et du lait de vache ; dans le Scorpion, une lampe ; dans le Sagittaire, des vêtements et un chariot ; dans le Capricorne, du combustible et du feu^^32 ; dans le Verseau, une vache, de l’eau^^32 et de l’herbe ; dans les Poissons, des champs et des colliers ; et tous les autres dons qu’on peut trouver indiqués (dans d’autres livres sacrés).

32 On est assez étonne de rencontrer dans cette liste établie par la rapacité des Brahmanes des présents aussi faciles à se procurer que le feu et l’eau, et souvent, dans la discussion, les Brahmanes se servent de ces deux exemples comme preuves de leur désintéressement. H est évident qu’ils peuvent bien les avoir inventés dans le but même de feindre cette vertu. De plus il ne faut pas oublier que le feu et l’eau ne doivent jamais s’offrir sans les vases de cuivre ou de bronze (et quelquefois d’or, à ce qu’on m’a dit) qui les contiennent.

Quand le soleil entre dans les deux signes solsticiaux (Cancer et Capricorne) ou dans les signes (les deux signes équinoxiaux) du Bélier et de la Balance, on doit jeûner, se baigner, et faire des dons pendant le jour ou pendant les trois jours qui précédent l’événement. Le dernier jeune doit être observé pendant tout le jour et la nuit de l’entrée du soleil, nu pendant tout le jour et la nuit de sou temps propice, selon que celui-ci a lieu (d’après les règles données plus haut). Le maître de maison qui n’a pas de fils[1] doit pratiquer ce jeune avec le désir d’expier son péché. Il doit être observé volontairement et dans un but spécifié ; car ce n’est pas un des rites obligatoires et à périodes fixes.

Les rites funéraires en l’honneur des mânes, accomplis au moment de l’entrée du soleil dans un signe du zodiaque, ne comportent pas les boules de riz (habituelles)^^34 ; mais s’ils sont célébrés à l’entrée du soleil dans les signes solsticiaux (Cancer et Capricorne) alors ils sont obligatoirement réguliers.

Ainsi qu’au moment du passage du soleil dans certains signes, on doit faire certains dons, de même avant qu’il entre dans le signe, à son passage dans une « partie » du cours solaire semestriel, il faut faire les dons, les oblations, etc., qui sont propres à la conjonction (suivante). Ces « parties » sont indiquées dans les livres sacrés d’astronomie. Il y a dans cette présente année 1712 de l’ère de Shâlivâhana^^35 vingt et une « parties » du cours solaire demi-annuel^^36. Ainsi le temps sacré de la « partie » est le vingt et


34 À ces époques, on offre des boules de riz, de l’eau et d’autres provisions aux mânes des ancêtres qui sont censés se nourrir de l’essence de ces offrandes.

35 L’ère de Shâlivâhana, qui porte le nom de Shaka, commence en l’an 78 après J.-C. Elle est adoptée dans toute l’Inde méridionale, au sud de la Nerbudda et des monts Vindhya. Les populations qui se trouvent entre les monts Vindhya et les Himalayas emploient l’ère de Vikramâditya, nommée Samvat, qui commence en l’an 57 avant J.-C. Ces deux ères se composent d’années lunaires de 354 jours qui, maintenant, concordent avec l’année solaire au moyen d’intercalations ; on ignore à quel moment les intercalations y furent introduites (voir note 23).

36 Le mot que je traduis par « cours solaire demi-annuel » est Ayana (voir note 28). Ayana-ansha signifie donc « partie du cours solaire demi-annuel » et représente communément un degré de l’écliptique. L’écliptique est divisé ainsi qu’il suit :

Tout le Bhâgana ou écliptique se divise en 12 Râshi ou signes du zodiaque.

Le Râshi se divise en 30 ansha ou degrés. unième jour précédant l’entrée du soleil dans le signe zodiacal. Telle (du moins) doit être sa signification réelle et il faut calculer ces « parties » suivant que la date de l’ère est plus haute ou plus basse.

L’aṉsha en 60 kala ou minutes.

Le kala en 60 vikala ou secondes.

Il est clair qu’Ayanâṉsha signifie un degré de l’écliplique ; mais il est aussi évident que dans le texte ci-dessus Ayanâṉsha a un sens particulier, car l’auteur dit que, dans l’année 1712 de l’ère de Shalivâhaṉa (voir noie 33), il y avait vingt et une de ces parli » s ou degrés. Je pensai d’abord qu’il ne s’agissait que d’un calcul purement astrologique ; mais en réfléchissant que même, ces nombres astrologiques sont presque toujours liés à quelque fait réel, je me mis à chercher de quelle manière on avait obtenu ce nombre 21. J’eus beau interroger souvent et soigneusement des astrologues et d’autres brahmanes versés dans les livres sacrés, je ne pus rien apprendre, si ce n’est que dans l’année 1880, ou 1802 de l’ère de Shâlivâhana, il y avait vingt-deux de ces parties plus une forte fraction ; ils ignoraient eux-mêmes le sens ou la manière de faire ce calcul, ou bien, ce qui est plus probable, il ne voulaient donner aucun éclaircissement sur ce sujet. Après avoir fouillé un grand nombre de traités d’astronomie et d’astrologie, je trouvai dans le Grahalâgbava, traité composé au commencement du quinzième siècle, le court passage que voici relatif à l’Ayanâṉsha de notre texte : Atha vedâbdyabdhyûnah kharasahritashshakoyanâṉshâh. Ce qui veut dire : « De (l’année courante de) l’ère de Shâlivâhaṉa, il faut soustraire les Védas, la mer et encore la mer, diviser le reste par cavité et goût et on aura l’Ajanâṉsha ». D’après le sens symbolique des mots employés dans l’astronomie pour la rendre obscure à celui qui n’est pas initié Védas représente le chiffre 4, chacune des Mers figure également le chiffre 4, ce qui fait en numération 444, qui est la somme à soustraire ; Cavité représente le chiffre 0, et Goût le chiffre 6, qui renversés donnent le diviseur 60.

Si maintenant de l’année indiquée dans le texte ci-dessus 
 1712
nous retranchons 
 444
il nous reste 
 1268


nombre qui, divisé par 60, nous donne 21 Ayanaṉshas ou degrés avec une fraction de 8 kalas ou minutes La même opération laite pour l’année 1802 de l’ère de Shâlivâhana donnera 22 degrés avec une forte fraction de 38 minutes, exactement le nombre mentionné ci-dessus. Voilà pour le calcul. Voyons maintenant ce que peuvent représenter le soustractande 444, le diviseur 60 et le quotient 21, l’ayanâṉsha du texte. A cet égard le texte concis du Grahalâghava n’autorise même aucun soupçon ; mais ua commentaire de cet ouvrage, écrit au commencement du seizième siècle, dit, à propos des mots mêmes que nous avons cités du Grahalâghava, que la première fois qu’on se servit pour mesurer l’ombre du soleil d’un certain instrument (le gnomon), dont il donne une description minutieuse « en l’année 444, au temps de l’équinoxe de printemps, et au milieu du jour » aucune ombre ne se projeta à la base de l’instrument, mais que l’année suivante à l’équinoxe de printemps, on observa une ombre d’un kala, ou minute, et que l’ombre grandit d’une minute chaque année. Comme il y a 60 minutes dans un degré ou ayanâṉsha, et comme chaque année n’ajoute qu’une minute à l’ombre, il suffît pour trouver le nombre d’ayanâṉshas écoulés d’une simple division de l’ère par 60, en ayant soin toutefois de soustraire préalablement du chiffre de l’ère le nombre 444, c’est-à-dire, la date avant laquelle on ne savait rien de ces ayanâṉshas et on n’en avait l’ait aucun calcul.

Pour quiconque nous a suivi attentivement jusqu’ici il doit être évident que les ayanânshas représentent lesdegrès de ce que nous appelons « précessioa des équinoxes », phénomène découvert en 130 avant J.-C. par le grec Hipparque. La précession équinoxiale d’une minute par an est évidemment exagérée, puisque selon l’astronomie exacte, elle n’est que de 50" 1/3 ; mais cette faible différence peut facilement être mise sur le compte de l’imperfection toute primitive des instruments employés (d’après la description du commentaire du Grahalâghava), de la pénombre dont il n’est pas tenu compte, et aussi de ce que les petites fractions en plus ou en moins étaient négligées, ainsi qu’on le voit, dans tous les calculs de ce genre et comme le dit clairement le commentaire que nous citons. Les astronomes indigènes connaissent parfaitement bien le défaut d’exactitude de leurs calculs, car un traducteur et commentateur Marâthj du Grahalâghava dit que 210 ans après que cet ouvrage eut été composé l’astronome Vishvanâtha Deivajna découvrit des erreurs et les corrigea au moyen d’additions et de soustractions. Il est impor

Le passage du soleil dans le Taureau, le Lion, le Scorpion et le Verseau est appelé le « Pied de Vishnu^^37 ; son passage dans les Gémeaux, la Vierge, le Sagittaire et les Poissons est nommé le « Quatre-vingt-six »^^37 ; son passage dans le Bélier ou la Balance est appelé « Équinoxial »^^37 : et son passage dans le Cancer et le Capricorne porte le nom de « Solsticial »^^37. Parmi ces quatre séries de passages, chaque suivante est plus sacrée que celle qui la précède.

Quand il s’agit de cérémonies de réjouissance, célébrées au moment de l’entrée du soleil dans un des signes du zodiaque, il faut ordinairement rejeter 16 ghaṭikas avant et 16 ghaṭikas après l’entrée. Mais si c’est la lune ou quelque autre des planètes qui entre dans les signes du zodiaque, il faut rejeter avant et après l’entrée dans leur ordre respectifs, 9, 2, 84, 6 et 150 ghaṭikas^^38.

Quelques-uns disent que quand le soleil entre dans un des signes du zodiaque pendant la nuit, il faut suivre les règles établies pour les éclipses, c’est-à-dire, que les dons et les ablutions doivent se faire de nuit. Pourtant, presque tout le monde est d’accord, et c’est la règle suivie dans la plupart des

37 Je n’ai pu découvrir pour quelle raison les deux premiers portent ces noms. Le sens des deux derniers noms est évident en soi.

38 Ceci se rapporte aux sept premières planètes des astronomes indous, soit : le Soleil, la Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus et Saturne. Les règles concernant le Soleil ayant été données précédemment l’auteur n’avait plus qu’à établir les règles relatives aux six autres planètes ; ce qu’il fait ici, chacun des six nombres du texte correspond dans son ordre respectif à chacune de ces six planètes. contrées, que les ablutions, etc., doivent être faites de jour, et non de nuit, quand le soleil entre pendant la nuit dans un des signes du zodiaque. Si le soleil entre dans un des signes du zodiaque pendant la constellation natale d’un individu, celui-ci est menacé de perdre ses biens, etc. Pour annihiler cette influence, il faut se baigner dans de l’eau parsemée de feuilles de la fleur du lotus.

Si le soleil entre dans les signes équinoxiaux (du Bélier et de la Balance) ou dans les signes solsticiaux (du Cancer et du Capricorne) pendant le jour, il faut s’abstenir d’enseigner et d’étudier pendant ce jour et pendant les deux nuits qui l’enclavent ; mais s’il y entre pendant la nuit, on ne doit ni enseigner, ni étudier pendant cette nuit et pendant les deux jours qui l’encadrent. C’est ce qu’on appelle le passage solaire Pakshini[2] et ceci a été ainsi établi pour permettre le repos de l’étude pendant douze veilles[3].

Quant aux autres particularités, on les verra par la suite quand il s’agira (de la description) de l’entrée du soleil dans les signes solsticiaux (du Cancer et du Capricorne).

Tel est le second chapitre traitant du passage du soleil dans les signes du zodiaque.


    l’existence d’un autre cycle, en dehors du cycle de Jupiter, également de 60 ans et de l’époque védique, car je n’ai jamais étudié ce prétendu calendrier dont les principes se trouveraient reproduits, dit-on, dans le grand poème épique du Mahâbhârata.

    Maintenant, avant de terminer sur ce sujet, nous allons donner la clef des dénominations symboliques des chiffres, telles qu’on les rencontre dans le Grahalâghava et dans son commentaire. Mais il est bien entendu que nous ne pouvons donner ici, chaque fois, qu’un seul des nombreux noms des objets symboliques employés et que naturellement toutes les autres appellations du même objet doivent avoir le même sens et la même valeur numérique. Par exemple, le chiffre 4 est représenté indifféremment parles mots : samvdrak, sâgarah, abdhih, udadhih, sindhuh, etc., qui tous signifient « mer ». Je ne puis indiquer ici que leurs noms sanscrits, me réservant d’expliquer plus tard leurs sens inhérents, qui composent à eux seuls tout un vaste chapitre de l’histoire et de la mythologie indoue.

    (0) shûnya, hha, ahâsha ; (1) eka, prithvî, candra, rûpa : (2) dvau, ashvi, paksha, akshi, doscha, yama ; (3) tri, hrama, grâma, râma, pura, loka, guna, agni ; (4) ćatvâr, samudra, veda, yuga, krita ; (5) panca, bdna, vdyu, bhûta, aksha ; (6) schat, rasa, anga, ritu, tarka ; (7) sapta, rischi, svara, turaga, parvata ; (8) aschtn, vasu, sarpa, matangaja ; (9) nava, sankhyû, nanda, randhra, nidhi, go, anka, nahhashcara ; (10) dasha, âshà, shûnya, abhra ; (11) ekddasha, maheshvara ; (12) dcâdasha, arka ; (13) trayodasha, vishva ; (14) caturdasha ; manu, indra, bhuvayia ; (15) pancadasha, tithi ; (16) schodasha, kola, aschti, râjâ ; (17) saptadasha, atiaschti, ghana ; (18) aschtdiasha, dhriti ; (19) ekona’i21shali, atidhriti ; (20) vinshati, kritinakha, anguli ; (21) ekavinshati, svara, prakriti, mûrckanCt, svah : (22) dvâvinshati, j’tti ; (23) trayovinshati, âkriti, vikriti, sanskriti, arhat ; (24) jina, siddha, ćaturviṉshati ; (25) pancavinshati, tatva, atikriti ; (26) schateinshati, ahokriti ; (27) saptavinshati, nakshatra ; (32) dvâtrinshati, daskana, dvija ; (33) trayastrinshati, sura ; (49) ûnapanćâshat, tâna.

    tant de se rappeler aussi que c’est à peu près à cette époque que vivait le grand mathématicien Aryabhatta, père de l’astronomie indoue, à qui on attribue l’introduction de la connaissance de la précession des équinoxes dans l’astronomie de l’Inde (voir Lassen : Indische Alterthumskunde, p. 1144). Le commentaire de l’Aryabhattija dit qu’Aryabhatta naquit à la fin du trente-sixième siècle du Kaliyuga, et puisque le Kaliyuga commence en 3102 avant J.-C., Aryabhatta doit être né après l’an 500 de notre ère, fait qui corrobore notre opinion que les Ayanaushas (pris dans le sens de notre texte, c’est-à-dire de précession des équinoxes) ont été calculés pour la première fois en 444 de Shalivahana, ou 522 après J.-C. (Voir : On the alphahetical notation of the Hindus, par C. M. Wish, dans Trans. of the Lit. Soc. of Madras, t. I, p. 54)

    D’après ce que nous venons de dire, il y a trois points évidents :

    1° Aucun rite se rattachant à ces Aynâṉshas, ou degrés de la précession des équinoxes, ne peut avoir été célébré avant l’année 444 de l’ère de Shâlivâhana ;

    2° Tous les traités ou livres contenant une allusion quelconque à la précession des équinoxes (c’est-à-dire, Ayanâṉsha pris dans le sens de notre texte), ou à des rites liés à ces Ayanâṉshas doivent avoir été écrits après l’année 444 de l’ère de Shâlivâhana ;

    3° La découverte de la précession des équinoxes par le Grec Hipparque est antérieure de 652 ans à la connaissance de ce phénomène dans l’Inde.

    Le lecteur trouvera peut-être moins concluante la conjecture que ces 60 années concordantes avec les 60 Ayanâṉshas de la précession des équinoxes concordent aussi avec le célèbre cycle de 60 ans appelé par les auteurs modernes « Cycle de Jupiter », que nous avons expliqué dans la note 21, et que son origine, qu’on n’a pas encore expliquée ou même soupçonnée, doit être cherchée précisément dans ces Ayanâṉshas. Il est évidemment superflu de démontrer qu’aucun chercheur sérieux ne peut se contenter de l’hypothèse de quelques auteurs modernes qui voient dans ce cycle de Jupiter de 60 ans un simple calcul fictif basé sur la multiplication d’un cours de Jupiter équivalant à 12 années par un nombre mystique 5, et je prétends qu’on doit tenir pour absolument impossible que l’origine de ce cycle, connu et appliqué partout et par toutes les sectes dans l’Inde, puisse reposer sur une autre base qu’un fait astronomique réel, tel que, par exemple, le phénomène astronomique des Ayanâṉshas de notre texte qui correspondent dans toutes leurs parties avec le cycle de Jupiter. La date de l’origine de ces Ayanâṉshas c’est-à-dire, l’an 444 de l’ère de Shâlivâhana, convient aussi parfaitement à notre théorie de l’origine de ce cycle, car il est bien établi (voir Lassen : Indische Alterthumskunde) que le cycle dit de Jupiter est de l’époque post-védique et qu’on n’en retrouve la trace que jusqu’au temps de Vahâra Mihîra qui vivait précisément à cette date de 444 de l’ère de Shâlivâhna. On ne nous embarasse pas en objectant que si ce cycle porte le nom de « Cycle de Jupiter » il doit avoir quelque rapport avec la planète de ce nom. À cela nous répondons : premièrement, que cette appellation est d’origine moderne et fut inventée probablement après qu’on eût imaginé la fallacieuse multiplication de 12 par 5 dont nous venons de parler ; secondement, que s’il se trouvait que cette appellation fût de date plus ancienne cela ne prouverait absolument rien, puisque Jupiter est par dessus tout le grand et savant précepteur des dieux et qu’on attache toujours son nom à toutes sortes de recherches scientifiques. Est-il donc si difficile de comprendre que ce cycle de 60 ans reposant sur la savante découverte de la précession des équinoxes ait été attribué à Jupiter et qu’on lui ait donné son nom ? On pourrait nous faire cet autre objection tout aussi audacieuse que si le cycle avait commencé avec les Ayanâṉshas en 444 de Shâlivâhana l’année 1802 (1880 de notre ère) devrait porter le nom de Krodlii (suivant la note 21) tandis que dans le pays de Mahârashtra, par exemple, elle est dénommée Pramathi. Mais il est bien établi que si dans toute l’Inde et dans toutes les sectes indoues on se sert du cycle de 60 ans, il ne commence pas partout par la même année et que l’année 1802 porte des noms différents dans les différents pays et même dans les divers calendriers d’un même pays. Quant à ce fait que les astronomes indous ont dans leurs traités des computations d’après lesquelles l’ensemble du Kaliyuga (voir note 00) est divisé en cycles de 60 années, il faut se rappeler qu’ils divisent ainsi non seulement le Kaliyuga, mais aussi tout leur Kalpa, période de 4,320,000,000 d’années et que tout cela n’est évidemment qu’un procédé après coup.

    Je ne puis exprimer aucune opinion en ce qui concerne la croyance de quelques auteurs à

  1. Suivant les Écritures indoues, ce qu’est qu’un fils qui peut accomplir les rites funéraires obligatoires dans lesquels l’âme du père décédé doit entrer dans l’espace, quelquefois pendant des siècles, sans aucune satisfaction et à l’état d’esprit privé de corps. On considère donc le manque de progéniture mâle comme une punition des dieux pour un péché commis, soit dans cette vie, soit dans une phase précédente de l’existence transmigratoire. De là, la célébration de cette fête dans le but d’écarter la malédiction et de regagner la faveur des dieux.
  2. Pakshini est une sorte de mesure du temps qui se compose d’un jour et des deux nuits qui le précédent et le suivent, ou bien d’une nuit et des deux jours qui l’enclavent.
  3. Une veille est égale à 7 ghaṭikas 1/2, ou à trois heures de notre système.