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Dharmasindhu, ou Océan des rites religieux/Chapitre III

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Dharmasindhu, ou Océan des rites religieux
Texte établi par Musée Guimet, Ernest Leroux (Tome 7p. 171-180).

CHAPITRE III
DESCRIPTION DES MOIS INTERCALAIRES

Il y a deux sortes de mois intercalaires, soit, le mois additif et le mois soustractif.

Le mois pendant lequel il ne se présente aucun passage du soleil dans les signes du zodiaque est un mois additif, et celui dans lequel il se rencontre deux passages est un mois soustractif. À partir de la rencontre d’un mois additif, il faut compter trente mois (ordinaires) et alors ou trouvera que le mois additif suivant est un des huit ou de neuf mois qui suivent[1]. Cependant, les mois soustractifs ne se présentent pas aussi fréquemment que les mois additifs, il n’y en a qu’un dans une période de 141 ou de 19 années. Le mois soustractif est toujours un des mois de Kârtika, Mârgashirsha et Pausha, mais jamais un autre. Dans l’année où il se trouve un mois soustractif, il va aussi deux mois additifs, l’un précédant et l’autre suivant le mois soustractif.

Voici un exemple d’un mois additif : Si le jour de la nouvelle lune[2] du (premier) mois appelé Ćaitra, le soleil entre dans le Bélier, mais que, depuis le premier jour de la lune brillante[3] (du mois suivant) jusqu’à son jour de la nouvelle lune, il ne se présente pas d’autre passage solaire, et que le passage suivant dans le Taureau ait lieu seulement le premier jour de la lune brillante (du troisième mois), alors le (second) mois qui n’a pas eu de passage solaire dans les signes du zodiaque est un mois additif et prend le nom de mois additif de Vaishàkha, et celui qui a le passage solaire dans le signe du Taureau est le mois ordinaire de Vaishrikha.

Voici un exemple de mois soustractif : (Supposez que) le jour de la nouvelle lune du (sixième) mois appelé Bhâdrapada, le soleil entre dans la Vierge ; que le mois suivant Ashvina (suivant la règle donnée ci-dessus) soit un mois additif qui est appelé le mois additif d’Ashvina ; que le premier jour de la lune croissante du mois ordinaire d’Ashvina qui suit, le soleil entre dans la Balance ; que le premier jour de la lune croissante du mois suivant de Kârtika, le soleil entre dans le Scorpion ; et (enfin) que dans le mois de Mârgashirsha qui suit, il se rencontre deux passages solaires dans les signes du zodiaque, soit un dans le Sagittaire, le premier jour de la lune croissante[4] et un dans le Capricorne le jour de la nouvelle lune[5] ; alors ce mois de Mârgashirsha pendant lequel le soleil entre dans les deux signes du Sagittaire et du Capricorne est un mois soustractif. Il faut bien prendre garde que ce mois de Mârgashirsha, avec son suivant le mois de Pausha, ne font qu’un seul mois, dont la première moitié, du premier au quinzième jour, porte le nom de Mârgashirsha, et la seconde moitié celui de Pausha, puisqu’on fait ainsi deux mois avec la totalité des (trente) jours[6].

Si un homme meurt dans la première partie de ce mois soustractif, ses rites funéraires annuels^^47 doivent toujours être célébrés (dans les années ordinaires) dans le mois de Màrgashirsha ; si un homme meurt dans la seconde moitié de ce mois, ses rites funéraires doivent toujours être célébrés dans le mois de Pausha.

La même règle doit être observée pour les rites anniversaires annuels de la naissance et de la section du cordon ombilical^^48.

Immédiatement après (le mois soustractif décrit ci-dessus) le soleil entre dans le Verseau le jour de la nouvelle lune du mois de Màgha, alors vient le mois additif de Phalguna, puis le mois ordinaire de Phalguna, et le soleil entre dans les Poisssons le premier jour de la lune croissante de ce dernier. Ainsi, le mois soustractif est encadré par deux mois additifs, et l’année, dans laquelle il se rencontre un mois soustractif, a treize mois et environ 389 jours.

Le mois additif qui précède le mois soustractif est appelé Samsarpa^^49. Dans ce mois on peut accomplir tous les actes (religieux) et on ne doit omettre aucun rite joyeux.

Dans le mois soustractif, qui est nommé Amhaspati^^50, et dans le mois additif qui le suit, on ne doit accomplir aucun acte religieux. De même aussi on ne doit accomplir aucun acte religieux dans ce mois additif qui se présente une fois en trois ans.

Voici une description des rites religieux qu’on doit ou qu’on ne doit pas omettre (dans le mois additif et dans le mois soustractif).

Les actes religieux obligatoires, ou accidentels, ou de demande de grâces qui ne peuvent être ajournés, doivent être accomplis même dans le mois additif

47 Ces rites célébrés au profit des âmes des ancêtres et des parents morts sont observés avec U plus grande exactitude dans de très fréquentes occasions. Comme nous aurons à les expliquer en détail dans le cours de notre traduction, il n’est pas nécessaire de les décrire longuement ici. Voyez cependant les iiotes34 et GO.

48 Ce rite est célébré avec de grandes cérémonies et accompagné des incantations du brahmane officiant.

49 Samsarpa signifie le mois « qui marche régulièrement » probablement parce qu’il se représente à des périodes plus régulières que le mois soustractif.

50 Amhaspati signifie « Seigneur de perplexité » et il est réellement bien nommé car non seulement moi, en dépit de toutes mes recherches, je ne puis comprendre comment la fraction de jour restant, après l’harmonisation de l’année lunaire avec l’année solaire au moyen du mois additif, peut être parfaitement égalisée par l’emploi de ce mois soustractif que nous venons de décrire, mais les astronomes et les astrologues indous paraissent embarassés dans leurs almanachs aussi bien que dans les opinions qu’ils professent de vive voix à ce sujet. Leurs explications se contredisent et la règle de 19 et de 141 années du texte laisse encore toujours une fraction. et dans le mois soustractif ; mais les actes religieux obligatoires, accidentels, ou de demande de grâces qui peuvent s’ajourner ne doivent pas être célébrés. C’est-à-dire : Les rites obligatoires tels que le culte au crépuscule^^51, l’offrande au feu, etc., les rites accidentels tels que les ablutions au moment des éclipses, etc., les rites Je demande de grâces tels que le sacrifice Kàriri^^52, ou le sacrifice que celui (jui est possédé d’un démon nfiVc pour la destruction de ce démon, doivent être accomplis même pendant le mois intercalaire. Les rites obligatoires tels que le sacrifice Jyotishtoma^^53 etc., ou les rites accidentels tels que le sacrifice offert après la naissance d’un fils, etc., ou les rites de demande en grâces tels que le sacrifice pour obtenir un fils, etc., doivent être accomplis dans le mois ordinaire qui suit le mois intercalaire. Si un rite de demande de grâces a été commencé précédemment, on peut le continuer pendant le mois intercalaire, mais aucun nouveau rite ne doit être commencé ou terminé pendant ce mois. La reconsécration d’une idole, si elle est rendue nécessaire par suite de la négligence de son culte, tous les rites (de naissance) depuis le rite de fertilisation de la matrice jusqu’à celui de mettre de la nourriture solide dans la bouche de l’enfant^^54, qui doivent être célébrés au temps voulu et ne sauraient être ajournés, les rites de guérison de la fièvre

51 C’est le rite appelé Sandhyâ, le plus généralement et le plus strictement célébré matin et soir. On en trouvera une description plus complète dans la suite de la traduction.

52 C’est un certain rite sacrificiel dans lequel on emploie le fruit de la plante Kârira (Capparis aphylla).

53 Forme typique de toute une classe de sacrifices dans lesquels le Soma, le nectar indou des Védas exprimé de certaines plantes et emblématique du fluide procréateur, est employé.

54 Il y en a huit : le Garbâdhânam, ou « fertilisation de la matrice », rite religieux qui s’accomplit au profit des couples nouvellement mariés immédiatement avant leur première cohabitation ; 2° Pumsaranam, littéralement, « rite qui produit un mâle » est une cérémonie en partie de réjouissance et de faire part à la communauté lorsqu’une femme a conçu et qu’elle en reconnaît les premiers signes, et en partie destinée à masculiniser le nouveau fœtus (voir note 33) par un sacrifice et par les incantations brahmaniques ; 3" Anavalobhanam ou « rite de non-désir », cérémonie que pratique la femme enceinte, après laquelle il ne lui est plus permis aucune cohabitation et qui a pour but de prévenir les fausses couches et les influences démoniaques ; 4° Simantonnayanam ou « rite de la division et du lissage des cheveux », rite qui consiste à ce que l’époux sépare et lisse les cheveux de la femme enceinte l’I passe dans ses tresses un liâlon à trois couleurs appelé pour cette raison tri/éta, tandis qu’un brahmane prononce des incantations ; 5° Jâtakarma ou « cérémonie de la naissance », rite célébré au moment de la naissance pour le bonheur du nouveau-né et pour connaître son horoscope. Le dernier acte de ce ne est h section du cordon ombilical accompagnée des incantations bralimaniqurs ; entre le moment de la naissance et la section du coidon ond)ilical c n donne à l’enfant du beurre dans une cuillère d’or ; 6° Nâmakarma, « rite de la donation du nom », qui se fait le douzième jour après la naissance ; 7° Nithhramanam, ou « cérémonie de sortie » qui consiste à faire sorlir l’enfant quand il a atteint l’âge de trois mois, pour lui faire voir le soleil et la lune ; 8° Annaprashanam « rite de nourriture » ou cérémonie qui consiste à mettre dans la bouche de l’enfant la première nourriture solide, presque toujours du riz bouilli. Toutes ces cérémonies exigent l’assistance du brahmane prêtre de la famille. et autres maladies, les rites funéraires et les sacrifices accomplis dans de rares occasions, les expiations accidentelles, les rites funéraires usuels obligatoires, les rites funéraires du onzième mois et des suivants, et le rite funéraire du jour de la nouvelle lune peuvent être célébrés pendant le mois intercalaire. Si quelqu’un meurt dans le mois intercalaire tombant en Caitra, alors, quelquefois plusieurs années plus tard, quand le mois intercalaire tombe de nouveau en Caitra, son rite funéraire annuel doit être célébré dans ce mois intercalaire ; mais si quelqu’un meurt dans le mois ordinaire de Caitra, ses rites funéraires annuels doivent (toujours) être célébrés dans le mois ordinaire de Caitra et non dans le mois intercalaire. Toutefois, ses premiers rites funéraires annuels, encore qu’il soit décédé dans le mois ordinaire, doivent être célébrés dans le mois intercalaire et non dans le mois ordinaire, mais ses seconds rites funéraires annuels (et les suivants chaque année) doivent se célébrer dans le mois ordinaire.

Les cérémonies (commençant le jour de la mort et) finissant le onzième jour et les rites des boules de riz peuvent être accomplis dans le mois intercalaire, niais les rites funéraires du second mois et des suivants doivent être répétés deux fois ; une fois dans le mois intercalaire et une autrefois dans le mois ordinaire. De même quand le rite funéraire du douzième mois tombe dans un mois additif, il faut le célébrer deux fois, une fois dans le mois intercalaire et une fois dans le mois ordinaire. Le rite commémoratif de la veille de l’année doit avoir lieu exactement à la veille de l’année et le premier rite annuel doit se célébrer dans le quatorzième moi^. Quand, dans une année le mois additif précède immédiatement le mois soustractif — par exemple, le mois de Kârtika est le mois additif et le mois suivant, au cours duquel le soleil entre dans le Scorpion et dans le Sagittaire, est un mois soustractif — alors le rite annuel qui tombe dans le mois de Kârtika doit être célébré aussi bien dans le mois additif précédent que dans le mois soustractif suivant. Mais lorsque le mois additif est séparé du mois soustractif ( par un autre mois) — par exemple, Ashvina est le mois additif et Mâraasliirsba le mois soustractif — les rites funéraires qui tombent dans le mois d’Ashvina doivent être célébrés et dans le mois additif d’Ashvina et dans le mois d’Ashvina ordinaire, car il paraît que ces deux mois ont les qualités requises pour l’accomplissement des rites. Quand le rite annuel tombe dans un mois soustractif séparé, il faut le célébrer dans le mois soustractif. Ainsi donc, dans l’exemple ci-dessus le mois de Mârgashirsba étant le mois soustractif, le rite annuel tombant dans le mois de Màrgasbirsha (qui est la première moitié du mois soustractif) ou dans celui de Pausha (qui est la seconde moitié du mois soustractif) doit être célébré seulement dans l’un des deux, et il est bien entendu que cela doit se faire sans diviser les jours en première et seconde moitié^^55.

Voici quels sont les rites qui doivent être omis dans le mois intercalaire.

La cérémonie de conférer ou de retirer le droit de lire les Védas^^56, le rite funéraire du huitième jour (du mois), le lite de la tonsure d’un enfant, le rite de l’investiture (du cordon sacré de l’épaule et) de la ceinture sacré d’herbe maunji^^57, les mariages, les pèlerinages aux eaux saintes et autres, le rite célébré au moment de construire une maison, la cérémonie de l’entrée (solennelle) dans une nouvelle résidence, la consécration d’une idole, le rite de

55 Ceci a rapport à la manière dont les astronomes et astrologues indous expliquent le mois soustractif, c’est-à-dire, que li première moitié (la matinée) de chacun des trente jours de ce mois (Mûrghashirsha dans l’exemple cité ci-dessus) constitue l’un de ces mois, et l’après-midi de ces trente jours l’autre mois.

56 Comme tous ces rites seront décrits complètement dans la suite de notre traduction, il n’est pas nécessaire d’entrer ici dans les détails ; quelques remarques générales suffiront quand cela sera utile.

57 Maunji, à proprement parler, est la cérémonie de l’investiture de la ceinture sacrée, symbole de chasteté, qui doit être portée jusqu’au moment du mariage. Contrairement au cordon sacré de l’épaule, fait de coton, et qui doit se renouveler tous les quatre mois ou au moins une fois l’an, la ceinture sacrée ne peut être renouvelée et par conséquent, on la fait avec les libres résistantes de I’herbe Maunji. S’il est parfaitement orthodoxe et qu’il se voue à l’étude des Védas, le brahmane doit la porter pendant tout le temps de ses études qui ont uuj duiée de douze années ; actuellement, cependant, les brahmanes ne la portent pas plus d’un an et beaucoup d’entre eux seulement quelques jours. Comme cette cérémonie de la ceinture sacrée est toujours célébrée en même temps que celle de l’investiture du cordon sacre de l’épaule, de nombreux auteurs (Européens, cela va sans diiv), sont toniljes dans l’erreur de croire que Maunji signifiait l’investituture du cordon sacré que les brahmanes portent si ostensiblement sur l’épaule. Le grand orientaliste K. Burnouf lui-m-me fuit celte confusion, et Bohiiing et Riith, quoique sachant bien que Maunji est une ceinture d’herbes, paraissent ignorer que c’est un lile beaucoup plus général, plus obligatoire et plus sacré que la plupart des autres cérémonies ; car c’est à ce rite que se rattache l’iuiliatiou du novice à la |>lus sacrée des incantations, la Gayatri, pierre angulaire de toute la science spirituelle sans laquelle il n’est pas permis d’étudier ou de toucher les Vedas et d’accomplir aucun rite. Dans le cours de cet ouvrage, nous rencontrerons souvent la forme et le sens de ce saint mantr.i. Le cordon sacré de l’épaule est porté par d’autres castes que la caste brahmanique et les deux castes immédiatement inférieures, les deux fois ntis, mais la rrinture sacrée ne peut être portée que par les brahmanes. Comme nous venons de le dire, les deux cérémonies ont lieu le même jour : par conséquent, quand notre auteur parle de rites d’une foron générale et dit qu’à tel ou tel jour Maunji doit ou ne doit pas èlrj célébrée, il entend la cérémonie complète du jour, comprenant l’investiture du cordon et de la ceinture sacrée. C’est ainsi que je le traduis ici, mais aûn qu’on ne perd- pas de vue qu’en réalité Maujiji est seulement l’investiture de la ceinture d’herbe sacrée, j’ai eu soin démettre entre parenthèses les mots qui l’accompagnent Quand nous donnerons (dans la suite de cet ouvrage) une description détaillée de ces deux cérémonies nous nous trouverons naturellement en présence d’un nom spécial pour chacun de ces deux rites. livrer un puits ou un jardin, etc., celui de mettre pour la première fois des habits et des ornements neufs, les (seize) grands dons (aux Brahmanes) tels que, par exemple, l’offrande de son poids (d’argent, d’or ou de pierreries), etc. , les actes sacrificatoires, la consécration de la place du feu sacré, les pèlerinages aux eaux saintes et aux idoles qu’on n’a pas encore visitées, les pérégrinations des ascètes, le rite de donner la liberté à un taureau pour obtenir une grâce, l’onction d’un roi, les vœux de sacrifices (aux dieux), le rite ajournable de nourriture (voir note 54), la cérémonie du retour d’un étudiant à la maison paternelle (après qu’il a terminé ses études védiques avec son précepteur), les cérémonies de sacrifice pour négligence des devoirs religieux, l’investiture à une idole du cordon sacré, le rite de placer sur les pénates des feuilles de l’arbuste sacré Damana (qui s’accomplit le jour de la pleine lune de Ćaitra), le rite d’entendre (les Védas), les oblations domestiques telles que les offrandes aux serpents, etc., le rite du sommeil de Vishnu et de son mouvement d’un côté sur l’autre, les rites divers, comme, par exemple, la prestation d’un serment, etc., doivent tous être omis dans le mois intercalaire.

Mais les rites accidentels comme, par exemple, le rite célébré pour détruire la mauvaise influence d’une menstruation intempestive^^58, celui de rallumer le feu sacré, la reconsécration d’une idole, peuvent être accomplis dans le mois intercalaire si leur célébration suit immédiatement leur cause ; mais s’ils sont célébrés plus tard, il faut les remettre au mois ordinaire. En temps de famine la libation de Sonia nommée Agrayanam^^59, peut être faite dans le mois intercalaire, mais dans les circonstances ordinaires elle doit se faire dans le mois ordinaire. Les rites funéraires appelés Yuga et ceux qu’on nomme Manu^^60 doivent être répétés dans chacun des deux mois.

Dans le mois additif, qui précède le mois soustractif et qu’on appelle

58 Cela ne veut pas dire en dehors du cours naturel, mais survenant à un moment néfaste des passages du soleil dans les signes du zodiaque, ainsi que nous l’avons expliqué dans le chapitre II.

59 Sorte de sacrifice de Soma (voir note 53) ou offrande d’actions de grâce pour les premiers fruits après la mousson, ou de prière pour obtenir une saison fertile.

60. Il y a annuellement quatre rites funéraires Yuga, correspondant aux quatres Yugas indous ou âges du monde, qui sont : 1° Krita (d’une durée de 1,728,000 années) ; 2° Trêta (de 1,296,000 années) ; 3° Dvâpara (de 861,010 années) ; et 4° Kali ou âge actuel (de 432,000 années) faisant un total de 4,320,000 années nommé Mahāyuga ou « grand âge ». Soixante et onze de ces Mahâyugas égalent 306,720,000 années, ou « âge de Manu ». Il y a quatorze de ces âges de Manu faisant ensemble 4,291,030,000 années, et ce nombre fabuleux avec ses quinze intercalations de 1,728,000 chacune constitue un plein Kalpa ou jour de Brahma de 4,320,000,000 d’années. Les quatorze rites funéraires Samsarpa, ainsi que nous l’avons vu précédemment, il faut omettre les rites suivants : la tonsure d’un enfant, l’investiture (du cordon sacré de l’épaule et) de la ceinture sacrée, le mariage, l’établissement du feu sacré, les fêtes sacrificatoires, la fête du dernier jour de l’année lunaire, et l’onction d’un roi. Cependant aucun autre rite ne doit être omis.

Le commencement et la fin d’un sacrifice nouvellement promis aux dieux par un vœu ne peuvent pas avoir lieu dans le mais soustractif, mais un peut commencer et finir dans le mois soustractif les ablutions du mois de Māgha, si ce n’est pas la première fois qu’on les fait. Il faut commencer les ablutions du mois de Māgha le jour de la pleine lune du mois soustractif pendant lequel le soleil entre dans le Capricorne, et les terminer le jour de la pleine lune du mois de Māgha dans lequel le soleil entre dans le Verseau. On doit observer la même règle pour le mois de Kārtika.

Si le mois de Vaishākha est un mois additif, des ablutions de Vaishākha et les sacrifices promis mensuellement (aux dieux) doivent commencer le jour de la pleine lune du mois précédant de Ćaitra, se continuer pendant deux mois et finir le jour de la pleine lune du mois ordinaire de Vaishākha, Tout ce qui a été indiqué jusqu’ici comme ne devant pas se faire pendant le mois intercalaire s’applique aussi au coucher, à la jeunesse et à la vieillesse de Vénus et de Jupiter.

L’opinon la plus générale est que leur vieillesse comprend les sept jours qui précèdent leur coucher, et leur jeunesse les sept jours qui précèdent leur lever. Quand on fixe quinze, cinq et trois jours, c’est d’après les usages locaux et les époques fastes ou néfastes.

Toute la description précédente, relative à ce qui doit ne pas se faire ou se faire dans le mois intercalaire, s’applique également au temps pendant lequel Jupiter est dans le Lion. Voici les cas particuliers : Il faut avoir soin de ne pas accomplir les rites du percement des oreilles, de la tonsure d’un enfant, l’investiture (du cordon sacré de l’épaule et) de la ceinture d’herbe sacrée, le mariage, les pèlerinages aux idoles, les vœux sacrificatoires aux dieux, la cérémonie de la construction d’une maison, la consécration des idoles, et les périgrinations des ascètes.

Il y a cependant quelques exceptions relativement au temps pendant lequel Jupiter est dans le Lion. Quand Jupiter est entré dans la constellation de Màgha, c’est-à-dire, une partie (α, γ, ξ, η et ν) du Lion, d’après l’usage de tous les pays^^61 il ne faut célébrer aucun rite joyeux ; mais, quand cette partie du Lion est passée, le passage de Jupiter dans le Lion n’a rien de néfaste pour les pays situés au sud de la Godāvéri et au nord de la Bhāgirathi (le Ganges). Les peuples situés entre la Godāvéri et le Ganges doivent accomplir tous les rites pendant tout le passage de Jupiter dans le Lion, à l’exception du mariage et de l’investiture du cordon et de la ceinture sacrée. Tous les autres rites peuvent être célébrés dans tous les pays après que Jupiter a passé cette première partie du Lion. Si cependant, en même temps (que Jupiter est dans le Lion) le soleil entre dans le Bélier, on peut célébrer les rites joyeux dans tous les pays et pendant toute la durée du passage de Jupiter dans le Lion) ; de même, si (durant le passage de Jupiter dans le Lion) le soleil entre dans le Taureau, certains auteurs affirment qu’on ne commet aucun péché en célébrant les cérémonies pendant que Jupiter est dans le Lion. Quand Jupiter est dans le Lion, les ablutions dans la Godāvéri sont les plus méritoires ; mais quand il est dans la Vierge, ce sont les ablutions dans le Krishna. Ceux qui font un pèlerinage à la

61 Pour nous cette expression désigne toutes les provinces de l’Indoustan, quoique, dans l’esprit de l’auteur de ce livre et des auteurs des ouvrages qu’il cite, elle signifie toute la terre ; car les auteurs brahmaniques ont toujours prétendu et peut-être cru non seulement que l’Inde était le centre du monde, mais encore que dans le principe la religion brahmanique régnait universellement. Godāvéri doivent d’abord pratiquer le rasage sacré et observer le jeûne, mais ceci n’est pas imposé à ceux qui vivent sur ses bords. Au temps de la grossesse d’une femme, ou après le mariage et autres cérémonies joyeuses, le rasage sacré du mari n’est pas un péché pour les peuples qui vivent sur les bords de la Godāvéri. Le mois intercalaire, de même que le lever et le coucher de Jupiter et de Vénus ne sont pas néfastes pour les pèlerins qui se rendent à la sainte cité de Gayā^^62 et à la Godāvéri.

Les règles particulières aux sacrifices appelés Vrata^^63 pendant le mois intercalaire seront indiquées plus tard.

Ceci est le troisième chapitre qui prescrit ce qui doit être fait et ce qui ne doit pas être fait pendant le mois intercalaire, le coucher et le lever de Jupiter et de Vénus, et pendant le passage de Jupiter dans le Lion.

62 Ville de pèlerinage dans le Berār.

63 Il est difficile de traduire cette expression parce qu’elle comprend tout acte religieux relatif à un vœu. Souvent elle paraît signifier « vœu de sacrifices aux dieux » pour des faveurs particulières. Nous l’avons traduite de cette façon en quelques passages. Il est possible que nous en trouvions une définition plus complète dans le cours de cet ouvrage.


    appelés dans le texte rites funéraires de Manu correspondent à ces quatorze grands âges de Manu et par conséquent, on doit les célébrer quatorze fois l’an.

    Outre les quatre rites de Yuga et les quatorze de Manu, il y en a soixante-dix-huit autres également obligatoires, faisant en tout quatre-vingt-seize rites qui doivent être célébrés chaque année. Ils se composent de 12 Amā ou rites de nouvelle lune ; 4 rites de Yuga et 14 de Manu, comme nous venons de le dire ; 12 Kranti correspondant aux 12 passages du soleil dans les constellations zodiacales ; 12 Dhriti qu’on célèbre le jour du mois ou le soleil et la lune sont du même côté de l’un ou de l’autre solstice, mais dans une direction opposée ; 12 Pāla qu’on célèbre le jour du mois on le soleil et la lune sont de côtés différents de l’un ou de l’autre solstice, mais que leur déclinaison est la même ; 15 Mahālaya grands rites funéraires et sacrifices importants qu’on accomplit à la fin de l’année lunaire indoue dans le mois de Bhādrapada qui est le dernier mois de l’année dans l’ère de Vikramāditya, mais pas du Shālivāhana ce qui prouve qu’autrefois l’ère de Vikramâditya était en usage dans toute l’Inde puisque maintenant encore ceux qui suivent l’ère de Shālivāhana accomplissent ces rites dans le mois de Bhādrapada conformément au calendrier de Vikramāditya ; 5 Ashtaka célébrés le huiitième jour de cinq mois de l’année ; 5 Anvashtaka célébrés le neuvième jour de cinq mois de l’année ; et 5 Purvedyu célébrés le septième jour de cinq mois de l’année.

  1. Le Jyotishasâra dit que le mois additif revient exactement après 32 mois, 16 jours et 4 ghatikas, ce qui ne laisse qu’une faible différence annuelle de 4 1/2 heures en moins au compte du mois soustractif. Bien qu’d soit appelé soustractif ce mois est en réalité additif, car il y a deux mois additifs qui annulent largement le mois soustractif. Les astronomes et les astrologues indous ne paraissent suivre ni les règles du Jyotishasâra, ni les règles générales énumérées dans le texte ci-dessus, car je trouve dans les almanachs sanscrits qu’il n’y a que 29 mois entre le mois additif qui eut lieu dans l’année 1799 de l’ère de Shâtivâhana au mois de Jyeshta et celui qui eut lieu au mois d’Ashvina dans l’année 1801. On est très embarassé quand il s’agit de faire concorder l’année lunaire avec l’année solaire selon les règles de l’astronomie indoue (voir note 49). Il faut bien remarque— que ces intercalations, dont le but est d’harmoniser l’aimée lunaire de 354 jours avec l’année solaire de 365, ne se présentent pas chaque année, mais seulement tous les trois ans, quand le nombre des jours négligés égale un mois lunaire, et cette année-là compte alors 13 mois et 384 jours (voir chap. I).
  2. On doit se souvenir que le jour de la nouvelle lune est le dernier jour du mois lunaire indou au sud des monts Vindhya.
  3. Le premier jour de la lune brillante, ou jour de la lune croissante, est toujours le premier jour du mois lunaire indou au sud des monts Vindhya.
  4. Voir note 43.
  5. Voir note 42.
  6. Au sujet de ce mois soustractif, voir les notes 41 et 50.