Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Archevêché (quai de l’)

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Archevêché (quai de l’).

Commence au pont de la Cité, finit au Pont-au-Double. Pas de numéro. Sa longueur est de 340 m. — 9e arrondissement, quartier de la Cité.

Une partie de ce quai à la pointe de l’Ile se nommait en 1258 la Motte aux Papelards. Un siècle après, ce quai était réuni à l’emplacement dit le Terrain et en portait le nom. Il fut dans la suite enfermé dans le jardin des chanoines de Notre-Dame. Il a été nommé en l’an XII quai Catinat. — Nicolas Catinat naquit à Paris en 1637 ; fut fait lieutenant-général en 1688 et maréchal de France en 1693. Le héros de Stafarde et de la Marsaille mourut à sa terre de Saint-Gratien, en 1712. — Ce quai prit quelque temps après le nom de l’Archevêché. — « Au palais des Tuileries, le 29 mars 1809. — Napoléon, empereur des Français, etc. ; sur le rapport de notre ministre de l’intérieur, nous avons décrété et décrétons : — Article 1er. Les alignements du quai de l’Archevêché et de l’Hôtel-Dieu, entre le pont de la Cité et le Petit-Pont, seront exécutés tels qu’ils sont tracés sur le plan proposé par l’ingénieur en chef du département de la Seine, le 21 septembre 1808, approuvé le 19 janvier 1809 par le directeur-général des ponts-et-chaussées. — Art. 2. Notre ministre de l’intérieur est chargé de l’exécution du présent arrêté : Signé Napoléon. » (Extrait du décret). Cette amélioration était exécutée à la fin de 1813.

Nous allons tracer ici l’historique de l’ancien palais de l’Archevêché. — Dans l’origine la maison de l’évêque était située près de l’église de Saint Étienne, première cathédrale, sur une partie de l’emplacement occupé par la seconde cour de l’archevêché. Le nom de Port-l’Évêque que portait cet endroit peut servir à confirmer cette opinion. Nos premiers rois ne faisant que de rares séjours dans la ville de Paris, leur absence fût cause que son siège épiscopal parut trop peu important pour qu’on l’érigeât en métropole. Il resta donc soumis à l’archevêché de Sens. — Paris ne se développa que sous les rois de la troisième race lorsque cette ville devint la capitale du royaume, son siège épiscopal acquit bientôt une grande importance, plutôt par son heureuse situation que par l’étendue, la quantité des domaines de l’évêque. Dans un diplôme de Louis VI de l’an 1110, les seigneuries de l’évêque, sans compter son droit de censive dans la Cité, étaient celles de Saint-Germain, de Saint-Éloy, de Saint-Marcel, Saint-Cloud et Saint-Martin. Vers l’an 1161, Maurice de Sully, évêque de Paris, fit bâtir sur une ligne parallèle à la cathédrale, le palais épiscopal et deux chapelles. Dans la chapelle basse étaient des chapelains établis par les évêques. Le Jeudi-Saint on y lavait les pieds des enfants de chœur, et tous les dimanches on célébrait une messe pour les prisonniers de l’évêché. La chapelle supérieure servait aux ordinations, au sacre des évêques et à d’autres assemblées solennelles. Dans ces anciens bâtiments étaient les salles des officialités métropolitaine et diocésaine du baillage de la duché-pairie de l’archevêque et la bibliothèque des avocats. Dans la première cour du palais de l’évêque, au lieu où se trouvait autrefois le siège de l’officialité, se faisaient au moyen-âge les monomachies ou duels judiciaires. — Les droits de l’évêque étaient devenus si grands à la fin du XIe siècle, que la ville de Paris était pour ainsi dire partagée en deux parties, dont l’une était sous la domination du roi et l’autre sous celle du prélat. Cette juridiction temporelle reçut bientôt de graves atteintes par suite des transactions qui eurent lieu entre nos rois et nos évêques.

Ainsi le territoire de Saint-Germain-l’Auxerrois qui était dans la censive de l’évêque, devint si considérable par son commerce, que l’évêque Étienne crut devoir, pour en maintenir la prospérité, associer le roi Louis-le-Gros aux deux tiers du profit dans tout le clos fermé de fossés qu’on appelait Champeaux. Ce traité, fait du consentement du chapitre, est de l’année 1136. Guillaume de Seignelay, évêque en 1222, conclut un accord avec Philippe-Auguste. Par ce traité, ce prince fut reconnu avoir la justice de rapt et de meurtre dans le bourg Saint-Germain et dans la Culture-l’Évêque. Il pouvait également lever des impôts sur les habitants pour dépenses de guerre et chevauchées, et avait droit de justice sur tout ce qui était relatif aux marchandises. Cette juridiction temporelle fut peu à peu enlevée aux évêques par nos rois, lorsqu’ils la trouvèrent moins nécessaire dans les mains des prélats au maintien de l’ordre et à l’existence de la société. Pierre de Gondy, évêque de Paris en 1558, se trouvant trop mesquinement logé, ajouta à son palais une maison canoniale, située près du jardin des chanoines, et l’augmenta d’un corps de logis qui aboutissait l’église de Saint-Denis-du-Pas. En 1622, cet évêché soumis à la métropole de Sens, en fut séparé par Grégoire XV et érigé en archevêché. Cette érection fut faite en faveur de Jean-François de Gondy. Il fut peu après homme commandeur des ordres du roi. Louis XIV accorda une distinction encore plus flatteuse à M. de Harlay de Chanvalon, en érigeant pour lui et les archevêques de Paris, la terre de Saint-Cloud en duché-pairie. Le cardinal de Noailles fit abattre en 1697 les différents bâtiments de l’archevêché, construits par ses prédécesseurs, depuis le chevet de la chapelle, et les remplaça par le palais qu’on voyait encore il y a quelques années. M. de Beaumont, qui occupa le siège de Paris depuis 1746 jusqu’en 1781, voulant que le palais archiépiscopal fut en état de recevoir le roi et les seigneurs de la cour dans les grandes solennités, fit bâtir sur les dessins de Pierre Desmaisons, architecte du roi, le grand escalier à deux rampes qui devint l’objet de l’admiration des connaisseurs. Ce prélat rendit également plus commode la distribution des appartements qui furent décorés et meublés avec magnificence. L’archevêché de Paris se divisait en trois archidiaconés, Paris, Josas et Brie. Ces archidiaconés se divisaient eux-mêmes en sept doyennés : Chelles, Corbeil, Champeaux, Châteaufort, Lagny et Montlhéry, sans y comprendre la ville et la banlieue de Paris. L’archevêque jouissait avant 1789 de 200 000 livres de revenu, et le chapitre, de 180 000 livres, outre les maisons canoniales.

Durant la révolution, le palais archiépiscopal servit aux séances de l’Assemblée Constituante, puis d’habitation au chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu ; la chapelle fut convertie en un amphithéâtre d’anatomie jusqu’en 1802. À cette époque, M. de Belloy, prélat presque centenaire, vint en prendre possession. Vers 1809 des travaux considérables de restauration et d’embellissement y furent faits sous la conduite du sieur Poyet, architecte. Il fallut encore en 1818 étayer et reprendre plusieurs parties du bâtiment qui fléchissaient. Ce palais, dont l’architecture n’offrait rien de remarquable, était accompagné d’un beau jardin dessiné et planté par Gabriel Thouiri. — Le 14 février 1831, le curé de Saint-Germain-l’Auxerrois célébra un service funèbre en commémoration de la mort du duc de Berri. Le buste de ce prince fut promené dans l’église. Cette manifestation, aussi imprudente que coupable, servit de prétexte à quelques agitateurs pour se livrer aux excès les plus révoltants. La croix qui surmontait l’édifice est renversée, l’église dévastée de fond en comble ; quand l’émeute n’a plus de belles sculptures à mutiler, de tableaux à déchirer, elle se porte en foule au palais archiépiscopal, en hurlant : « Mort à l’archevêque ! » Elle recommence alors les mêmes profanations : les statues, les meubles, les livres sont jetés dans le fleuve. Les appartements dépouillés, elle s’en prend aux pierres ; la démolition commence avec un ensemble, un sang-froid extraordinaires. M. de Quélen fut sauvé par un savant illustre.

Une année après cet odieux attentat, un fléau épouvantable, le choléra, décimait la population parisienne. Aussitôt l’archevêque reparaît, non pour demander justice des hommes qui ont dévasté, pillé, détruit son palais ; il ne vient pas se venger de ceux qui ont voulu l’assassiner, il vient pour soulager et bénir. C’est à l’Hôtel-Dieu qu’on voit M. de Quélen au milieu des morts et des mourants entassés par la contagion. Il n’est pas encore satisfait des secours abondants que la charité chrétienne lui donne à distribuer, il abandonne son traitement ; il veut que sa maison de Conflans devienne une maison de convalescents, et que le séminaire de Saint-Sulpice soit transformé en infirmerie. On le voit transporter des cholériques dans ses bras ! L’un d’eux qu’il bénissait lui dit : « Éloignez-vous de moi, je suis un des pillards de l’archevêché. — Mon frère, répond l’archevêque, c’est une raison de plus de me réconcilier avec vous et de vous réconcilier avec Dieu !… » — L’emplacement occupé par l’ancien manoir des archevêques de Paris, a été cédé gratuitement par l’État à la ville de Paris par la loi du 8 juin 1837, à la charge par ladite ville d’y établir une promenade. Cet embellissement est en voie d’exécution.