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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Germain-l’Auxerrois (rue Saint-)

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Germain-l’Auxerrois (rue Saint-).

Commence à la rue Saint-Denis, nos 3 et 5 ; finit à la place des Trois-Maries, no 6, et à la rue de la Monnaie, no 2. Le dernier impair est 93 ; le dernier pair, 90. Sa longueur est de 341 m. — 4e arrondissement, quartier du Louvre.

Un diplôme de Louis-le-Débonnaire, de l’an 820, fait mention d’un chemin qui conduisait du Grand-Pont (aujourd’hui le pont au Change) à l’église Saint-Germain ; c’est sur ce chemin que cette rue fut construite. Le poète Guillot l’appelle en 1300 rue Saint-Germain à Courroiers, en raison des corroyeurs que le voisinage de la rivière avait attirés en cet endroit. On la trouve également indiquée sous les noms de rue Saint-Germain, de Grand’rue Saint-Germain, auxquels on ajouta vers 1450 le surnom de l’Auxerrois. La partie qui débouche dans la rue Saint-Denis s’appelait en 1262, selon Jaillot, rue Jean-de-Fontenay. — Une décision ministérielle en date du 15 floréal an V, signée Benezech, fixa la largeur de la rue Saint-Germain-l’Auxerrois à 8 m. Une ordonnance royale du 16 mai 1836 a porté la moindre largeur de cette voie publique à 10 m. Les maisons nos 37, 39, 41, 43 et le terrain no 52 sont alignés ; celles nos 64, 66 et 90 ne devront subir qu’un faible retranchement. Toutes les autres constructions sont soumises à un fort reculement. — Portions d’égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Le For-l’Évêque, Forum Episcopi, était situé dans cette rue. La maison no 65 occupe une partie de son emplacement ; c’était le lieu où l’évêque faisait exercer sa justice par un prévôt ou juge nommé par lui. Les peines qu’on infligeait au nom du prélat étaient, suivant la gravité des délits, subies dans des endroits différents. Les criminels qui devaient être brûlés vifs ou pendus étaient conduits hors de la banlieue de Paris. Lorsqu’il ne s’agissait que de couper les oreilles, cette exécution avait lieu sur la place du Trahoir, à l’endroit où la rue de l’Arbre-Sec se confond avec la rue Saint-Honoré. Le For-l’Évêque fut en partie reconstruit en 1652 ; on le destina alors aux prisonniers pour dettes, aux comédiens réfractaires ou indociles. — La célèbre tragédienne Clairon y fut enfermée en 1765 ; voici à quelle occasion : un nommé Dubois, comédien d’un talent médiocre, avait refusé de solder un salaire légitimement dû. Excité par la demoiselle Clairon, tout l’aréopage comique en parut violemment indigné. Au mois d’avril, on jouait la tragédie du siége de Calais, par Dubelloi ; cette pièce, qui obtint une grande faveur, était annoncée sur l’affiche. Les principaux acteurs arrivent au théâtre ; bientôt on leur apprend que, par ordre du roi, Dubois devait remplir le rôle de Mauni ; tous refusent alors de jouer avec lui et font connaître leur résolution aux spectateurs qui déjà remplissaient la salle. Un tumulte effroyable éclate aussitôt ; au milieu des cris de Calais !… Calais !… on distingue ceux de : Frétillon à l’hôpital !… la Clairon au For-l’Évêque !… Il n’y eut point de spectacle, et l’argent fut rendu à la porte. Tout Paris fut ému de cette affaire, plus ému que si l’ennemi eût été à vingt lieues seulement de la capitale. Plusieurs gentilshommes se formèrent en comité chez le lieutenant de police. Après une discussion assez longue dans laquelle la reine tragique trouva de chaleureux défenseurs, il fut décidé néanmoins que les acteurs seraient conduits en prison. Le 7 avril 1765, Brisard, Dauberval, Molé, Lekain, et plusieurs autres furent arrêtés et conduits au For-l’Évêque. Un exempt se présenta au domicile de la demoiselle Clairon et la pria fort poliment de le suivre. Après quelques difficultés l’actrice se soumit en disant : « Mon honneur reste intact, le roi lui-même n’y peut rien. — Vous avez raison, répartit l’exempt, où il n’y a rien, le roi perd ses droits. » La demoiselle Clairon monta dans la voiture de madame de Sauvigny, épouse de l’intendant de Paris. Pour marquer tout l’intérêt qu’elle prenait au sort de cette pauvre actrice, cette vertueuse dame tint la demoiselle Clairon constamment sur ses genoux et chercha durant le trajet à la consoler par de douces paroles. La reine tragique fut visitée par la cour et la ville. On faisait sortir les prisonniers pour aller jouer leurs rôles ; le spectacle terminé, on les reconduisait au For-l’Évêque. Le dénoûment de cette comédie fut joué par l’auteur lui-même. Le poète Dubelloi, pour plaire à mademoiselle Clairon, retira humblement sa tragédie du siége de Calais. Le comédien Dubois demanda sa retraite, et les acteurs furent mis en liberté. Bellecour, au nom de tous ses camarades, fit à la Comédie Française un discours rempli d’excuses humiliantes et déplora le malheur d’avoir manqué au public.

En 1780, le ministre Necker engagea Louis XVI à supprimer les prisons du For-l’Évêque et du petit Châtelet. Une ordonnance du roi, du 30 août de la même année, porte que les prisonniers seront transférés dans l’hôtel de la Force, dont le vaste emplacement promettait plus de salubrité aux détenus et facilitait les moyens d’établir entr’eux des séparations et distinctions nécessaires.