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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Gobelins (manufacture royale des)

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Gobelins (manufacture royale des).

Située dans la rue Mouffetard, no 270. — 12e arrondissement, quartier Saint-Marcel.

On voyait dès le XIVe siècle, dans le faubourg Saint-Marcel, près de la rivière de Bièvre, une petite colonie composée de drapiers et de teinturiers en laine. Leur industrie ne tarda pas à s’agrandir. En 1450, parmi ces ouvriers, on remarquait Jean Gobelin. Son habileté lui fit acquérir en peu de temps une fortune considérable qu’il employa à faire de grandes acquisitions sur les bords de la Bièvre, dont les eaux étaient très favorables à la teinture. Philibert, son fils, et Denise Lebret, son épouse, continuèrent les travaux de leur père et augmentèrent même la fortune qu’il leur avait laissée. Après leur mort, le partage de leurs richesses, qui consistaient en dix maisons, jardins, prés, terres, etc., fut fait en 1510. Leurs successeurs, travaillant avec le même zèle et la même probité, obtinrent aussi de grands résultats. Le peuple voulut honorer les Gobelin à sa manière. Il donna leur nom au quartier où se trouvait le siège de leur établissement, et même à la rivière de Bièvre qui avait contribué à leur prospérité. Cette famille voulut renoncer plus tard à la teinture pour occuper divers emplois dans la magistrature, dans les finances et dans l’armée. Ce changement de profession ne leur porta pas bonheur. Antoine Gobelin, marquis de Brinvilliers, épousa, en 1651, Marie-Marguerite d’Aubray, fille du lieutenant-civil de Paris. Cette femme devint fameuse par ses débauches et ses empoisonnements, et fut condamnée le 16 juillet 1676 à être brûlée vive. Le pauvre marquis, le malheureux Gobelin, dut sans doute à son lit de mort regretter de n’avoir pas suivi l’honorable profession de ses pères. Aux Gobelin, qui voulaient devenir marquis, succédèrent les sieurs Canaye qui, ne se bornant pas à teindre les laines en écarlate, commencèrent à fabriquer des tapisseries. Les Canaye furent remplacés, en 1655, par un Hollandais nomme Gluck, et par un ouvrier appelé Jean Liansen ; tous deux excellèrent dans cette profession. La beauté des ouvrages qui sortaient de leurs ateliers frappa le grand Colbert, qui les mit sous les yeux du roi. L’hôtel des Gobelins fut acheté, ainsi que plusieurs maisons qui lui étaient contiguës. — Un édit de novembre 1667 établit la manufacture des Gobelins sur des bases solides. Cet acte porte entre autres dispositions : « Que le surintendant des bâtiments et le directeur sous ses ordres tiendront la manufacture remplie de bons peintres, maîtres-tapissiers, orfèvres, fondeurs, sculpteurs, graveurs, lapidaires, menuisiers en ébène, teinturiers et autres ouvriers en toutes sortes d’arts et métiers, et que les jeunes gens, sous ces maîtres, entretenus pendant cinq années, pourront après six ans d’apprentissage et quatre années de service, lever et tenir boutique de marchandises, arts et métiers auxquels ils auront été instruits, tant à Paris que dans les autres villes du royaume. »

La manufacture des Gobelins est sans rivale dans le monde. La France est redevable à cet établissement des progrès extraordinaires que les arts et les manufactures ont faits dans l’espace d’un siècle. On ne saurait calculer le nombre d’ouvrages parfaits qui sont sortis de cette grande et magnifique école.