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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Grés (rue des)

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Grés (rue des).

Commence à la rue Saint-Jacques, nos 154 et 156 ; finit à la rue de la Harpe, nos 119 et 121. Le dernier impair est 17 ; le dernier pair, 22. Sa longueur est de 196 m. — 11e arrondissement, quartier de la Sorbonne.

C’était anciennement le passage des Jacobins. Cette communauté religieuse, dont nous parlerons dans le cours du présent article, avait son entrée dans ce passage. Un procès-verbal dressé par le conseil des bâtiments civils, dans sa séance du 24 thermidor an VII, porte ce qui suit : « Les domaines nationaux qui bordent le passage des Jacobins, ayant été vendus à la charge de fournir le terrain nécessaire pour la formation d’une rue à ouvrir sur ce passage, cette rue, qui aux termes de la déclaration du mois d’avril 1783 ne pouvait avoir moins de 10 m., a été fixée à cette largeur, etc. » — Cette disposition fut sanctionnée le 8 frimaire an VIII par le ministre de l’intérieur Laplace, qui décida, le 13 du même mois, que le passage des Jacobins prendrait la dénomination de rue des Grés. Cette voie publique tirait ce nom de sa proximité de l’église Saint-Étienne-des-Grés. Les propriétés nos 1, 3, 5, 7, 9, 16, 18, 20 et 22 ne sont pas soumises à retranchement. — Éclairage au gaz (compe Parisienne).

Couvent des Jacobins. — Au commencement du XIIe siècle, l’hérésie des Manichéens s’était propagée dans le Languedoc. Les plus fervents apôtres de cette doctrine furent appelés Albigeois, parce qu’ils habitaient en grand nombre le diocèse d’Albi. En 1212, une croisade fut prêchée contre ces hérétiques. Les armes temporelles ne suffisant pas pour les soumettre, saint Dominique essaya de les convertir par la parole. Ses efforts furent couronnés d’un si grand succès, qu’il conçut le dessein de former un ordre religieux destiné à la propagation de la foi. Cette fondation fut approuvée en 1216 sous le titre de communauté des Frères-Prêcheurs. Les disciples de saint Dominique vinrent à Paris l’année suivante, et s’établirent dans une maison voisine de l’église Notre-Dame ; mais en 1218, Jean Barastre, doyen de Saint-Quentin, leur donna une propriété située près des murs de la ville, ainsi qu’une petite chapelle dédiée à saint Jacques et destinée aux pèlerins. Les religieux en ayant pris possession reçurent le nom de Jacobins. Ce ne fut qu’en 1220 qu’ils obtinrent du chapitre de Notre-Dame l’autorisation d’avoir une église et un cimetière. Saint Louis les combla de bienfaits, fit terminer leur église et construire un dortoir et des écoles. Ce roi leur donna aussi plusieurs terrains pour agrandir leur établissement et choisit pour confesseur un de ces religieux nommé Geoffroy de Beaulieu. Les Jacobins ne dédaignaient pas de recourir à l’aumône. Tous les matins ils parcouraient les rues en criant :

Aux frères Saint-Jacques, pain,
Pain, por Dieu aux frères menors.

Le poète Rutebœuf, écrivain du XIIIe siècle, nous apprend que cette communauté était alors puissante. Leurs richesses amenèrent bientôt le relâchement de la discipline. En 1502, le désordre était à son comble. Le cardinal d’Amboise résolut de mettre un terme à ce scandale, au moyen d’une réforme qu’il avait projetée et dont le pape avait approuvé les dispositions. Les évêques d’Autun et de Castellamare furent envoyés auprès des Jacobins pour leur faire lecture des lettres du saint père, avec ordre d’obéir sous peine d’excommunication. Les religieux refusèrent de se soumettre. Le lendemain, les deux prélats revinrent à la charge ; mais cette fois ils jugèrent convenable de se faire escorter par un certain nombre de gens armés ; de leur côté, les religieux appelèrent à leur secours plusieurs écoliers de l’Université. La lutte s’engagea, mais les Jacobins eurent le dessous et prirent la fuite. Aidés par douze cents écoliers dont les excès scandaleux causèrent un grand tumulte, ils rentrèrent bientôt dans leur couvent. Enfin, après avoir soutenu un siège en règle, ils furent contraints d’abandonner leur maison et de se disperser dans les provinces. Le 25 février 1505, le cardinal d’Amboise introduisit dans la capitale les Jacobins de la nouvelle réforme de Hollande. Louis XII fit à ces religieux la cession de l’ancien parloir aux bourgeois et d’une ruelle longeant le mur de la ville. Leur couvent fut alors considérablement augmenté. Par les libéralités d’un riche particulier nommé Hennequin, les religieux firent reconstruire leur cloître en 1558 et, sept années après, les bâtiments des écoles qui tombaient en ruine. Ces divers bâtiments n’offraient rien de remarquable. En 1780 l’église, qui renfermait les tombeaux de plusieurs rois, tombait de vétusté ; on célébra l’office divin dans la salle des écoles Saint-Thomas. Vers 1790, l’ordre des Jacobins fut supprimé. Les bâtiments et terrains devenus propriétés nationales furent vendus le 7 vendémiaire an VII, à la charge par les acquéreurs, avant d’entrer en jouissance, de se faire donner les alignements des rues nouvelles et de s’y conformer, et ce sans indemnité, ainsi qu’à toutes les obligations imposées par les lois des bâtiments. Cette clause avait pour objet de faciliter le percement de trois rues : la première en prolongement de la rue Soufflot ; la deuxième tracée dans la direction de la rue Neuve-des-Poirées, et devant aboutir de la rue des Grés à celle Soufflot prolongée ; enfin la troisième devait continuer la rue de Cluny jusqu’à la rue Soufflot prolongée. — Une ordonnance royale du 9 août 1826 porte ce qui suit : — Article 1er. Il sera ouvert dans notre bonne ville de Paris trois rues conformément au plan ci-joint, savoir : 1o une rue de 14 m. de largeur en prolongement de la rue Soufflot, dans l’axe de l’église Sainte-Geneviève, depuis la rue Saint-Jacques jusqu’au jardin du Luxembourg. La portion de cette rue, comprise entre la rue d’Enfer et le Luxembourg, sera plantée d’arbres et fermée la nuit par une grille ; 2o une rue de 10 m. de largeur parallèle à la rue Saint-Jacques et qui conduira de la rue Soufflot prolongée à la rue des Jacobins (des Grés) ; 3o une autre rue de 10 m. de largeur et qui se dirigera aussi du prolongement de la rue Soufllot à la rue des Jacobins en face celle de Cluny. Depuis cette ordonnance on n’a ouvert qu’une partie de la rue tracée dans la direction de la rue Neuve-des-Poirées. Ce nouveau percement n’est encore aujourd’hui qu’une impasse. (Voyez l’article de la rue Neuve-des-Poirées.) — Un décret du 13 août 1813 porte : — Art. 4. Les bâtiments de l’ancien couvent des Jacobins, rue Saint-Jacques, seront achetés moyennant 133,350 fr. pour le casernement des sapeurs-pompiers, etc… » L’acquisition a été faite par la Ville le 22 septembre 1814. Ces bâtiments servirent de maison de refuge aux jeunes détenus jusqu’à l’époque où ils furent transférés dans l’établissement-modèle situé rue de la Roquette. Maintenant ces anciennes constructions provenant des Jacobins sont affectées à des écoles communales et au casernement d’une partie de la garde municipale.