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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Justice (palais de)

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Justice (palais de).

Il était réservé à notre époque de continuer l’œuvre inachevée des siècles précédents, et de mettre la dernière main à des monuments vénérables sans leur ravir le cachet précieux des temps où ils ont été élevés.

L’État, le département de la Seine et la ville de Paris doivent concourir pour des parts proportionnelles à l’agrandissement et à l’isolement du Palais-de-Justice. Grâce à cet heureux accord, la capitale de la France comptera bientôt un monument complet de plus.

Nous allons jeter un regard rétrospectif sur l’origine et les phases du Palais-de-Justice. Peut-être le moment où l’édifice va changer d’aspect est-il le plus favorable pour écrire son histoire.

Le Palais-de-Justice est presqu’aussi vieux que celui des Thermes. Il était édifice public même avant l’invasion des Francs dans les Gaules. En preuve de cette assertion, nous allons rappeler une circonstance récente.

En 1784, on découvrit à une grande profondeur, dans une fouille qui fut faite sous les bâtiments qui bordent la rue de la Barillerie, en avant de la Sainte-Chapelle, un cippe quadrangulaire haut d’environ trois mètres. Ce monument ne porte aucune inscription et présente sur ses quatre faces, des figures ayant 1 m. 80 c. de hauteur. Sur l’un de ses côtés, on reconnaît facilement le dieu Mercure, qui est représenté avec tous ses attributs. Sur une autre face, on voit une image d’Apollon armé de l’arc et du carquois. Il tient d’une main un poisson, et de l’autre s’appuie sur un gouvernail. Cette réunion d’attributs dans le même personnage a fait penser avec raison que cette figure était l’emblème de la navigation sur la Seine. Le troisième côté du cippe représente une femme qui porte un caducée, attribut qui paraît s’appliquer à Maïa, mère du dieu Mercure. Enfin sur la dernière face se trouve un jeune homme couvert du paludamentum. Il a des ailes et tient de la main droite un globe. Il pose le pied sur un gradin, et semble prêt à s’élancer dans les airs. Nos historiens ont pensé que cette figure était l’emblème du soleil au printemps ; ses ailes indiquent la vélocité de sa course, et le disque la rotondité de l’univers. Ce cippe est d’une pierre commune pareille à celle des sculptures de l’autel des Nautes Parisiens, trouvé en 1711 sous le chœur de l’église Notre-Dame. M. Grivaud de la Vincelle, qui a donné la description de ce monument, en fait remonter la construction à l’époque où fut érigé l’autel des Nautes, c’est-à-dire sous le règne de Tibère. Ce cippe, transporté à la Bibliothèque royale, est placé au bas de l’escalier qui conduit aux salles de lecture.

Ce curieux débris nous démontre, outre l’ancienneté du palais, que l’importance de Lutèce était tout entière dans son commerce par eau. En effet, sa situation excellente pour le commerce fluvial n’offrait pas, surtout au premier âge de la ville, les mêmes avantages au transport des marchandises par terre ; la Cité, qui se trouvait dans un fond marécageux, était environnée de bois très épais et de montagnes très fatigantes à gravir. Arrêtés par ces obstacles, les Parisiens durent préférer le commerce par eau qui, n’offrant aucune difficulté, se faisait avec plus de promptitude. Il paraît certain que, sous la domination romaine, le palais fut habité par des officiers municipaux connus sous le nom de défenseurs de la Cité. Ces magistrats populaires, dont les fonctions étaient mixtes, tenaient lieu de juges ordinaires et de police, et d’officiers de finance sous l’autorité de l’unique magistrat de province, c’est-à-dire du Proconsul romain. Ils étaient toujours nommés de droit par le peuple, et cette élection n’était regardée comme valable que lorsqu’elle était consentie par tous les citoyens. Leurs attributions embrassaient la justice sommaire sur toute espèce de contestations entre les habitants, la justice commerciale, les fonctions municipales et le recouvrement des impôts. Les défenseurs de la Cité étaient élus ordinairement parmi les Nautes Parisiens, qui devaient compter dans leur corporation les citoyens les plus notables.

Le palais de la Cité fut réparé, agrandi ou rebâti par les maires qui s’emparèrent du pouvoir sous les rois de la première race. Après son avènement au trône, Hugues Capet abandonna le palais des Thermes pour habiter celui de la Cité.

À dater du règne de Robert-le-Pieux, l’histoire du Palais marche avec plus de sécurité. Ce prince fit construire la chambre de la Conciergerie, qui fut depuis la chambre nuptiale de saint Louis ; ensuite la chapelle de la Conciergerie et celle de la Chancellerie. Robert fonda également une autre chapelle dédiée à saint Nicolas. Sur son emplacement, autrefois béni, fut bâtie la salle des Pas-Perdus. La chicane et la controverse aiguisent aujourd’hui leurs armes les plus acérées à l’endroit où jadis on prêchait la paix évangélique et l’oubli des injures.

En 1137, Louis-le-Gros mourut dans le Palais. L’histoire a conservé de lui de nobles paroles prononcées au dernier moment. « Souvenez-vous, disait-il à son fils, et ayez toujours devant les yeux que la royauté n’est qu’une fonction publique dont vous rendrez compte à Dieu. »

Le roi Louis-le-Jeune n’oublia pas les conseils paternels : le choix qu’il fit de l’abbé Suger pour ministre prouve qu’il avait à cœur la félicité de ses peuples. Le fils de Louis-le-Gros mourut au palais en 1180.

Après lui régna Philippe-Auguste, le bienfaiteur de Paris. C’est au palais qu’il épousa en secondes noces Ingelburghe, sœur de Canut, roi de Danemarck.

Mais nous avons hâte d’arriver à Louis IX, à ce roi qui fut la fois un saint, un législateur, un héros. Pour recevoir dignement les précieuses reliques apportées d’Orient, la Sainte-Chapelle s’éleva, chef d’œuvre admirable, où se sont rencontrés fondus d’un seul jet, le génie d’un grand artiste et la piété d’un grand roi. Ce gracieux monument passe pour le type le plus pur de cette architecture dont Philippe-Auguste et saint Louis surprirent le secret chez les Sarrazins. Aux grosses colonnes à chapiteaux, à la colonnette écourtée et sans grâce, avaient succédé les minces et longues colonnes en faisceaux ramifiées à leurs sommets, s’épanouissant en fusées, projetant dans les airs leurs délicates nervures. Au plein-cintre des arches, aux voussures en anse de panier, on substitua les ogives, arceaux en forme d’arête, dont l’origine est peut-être persane, et le patron la feuille du mûrier indien. Le cercle, figure géométrique rigoureuse, ne laissait rien au caprice ; le cercle fut remplacé par l’ellipse, courbe flexible qui s’enfle ou se redresse sous la main de l’artiste, faculté qui laisse un jeu immense et permet au génie de rayonner partout. En imitant les constructions sarrasines, les architectes chrétiens les exhaussèrent et les dilatèrent. Ils plantèrent mosquées sur mosquées, colonnes sur colonnes, galeries sur galeries ; ils attachèrent des ailes aux deux côtés du chœur, et des chapelles aux ailes. Partout la ligne spirale remplaça la ligne droite ; au lieu du toit plat, se creusa une voûte fermée en cercueil ou en carène de vaisseau.

L’art architectonique avait, au moyen-âge, une grande puissance. Le génie se développait sans entrave, aussi pas un seul monument ne ressemblait à l’autre, et dans chaque monument aucun détail n’était exactement symétrique. À ces édifices, qui encadraient si bien notre religion et nos mœurs, nous avons substitué, par un déplorable amour de l’architecture bâtarde romaine, des monuments qui ne sont ni en harmonie avec notre ciel, ni appropriés à nos besoins ; froide et servile copie, laquelle a porté le mensonge dans nos arts, comme le calque de la littérature latine a fait disparaître l’originalité du génie Franck.

Les artistes du moyen-âge admiraient aussi les Grecs et les Romains ; ils étudiaient leurs ouvrages, mais au lieu de s’en laisser dominer, ils les maîtrisaient, les façonnaient à leur guise, les rendaient Français en augmentant leur beauté par une métamorphose pleine de création et d’indépendance.

Si l’on daigne regarder un instant une de nos églises modernes, on demande d’abord si le monument qu’on a devant les yeux est un théâtre, une bourse ou une salle de concert, et par curiosité si l’on pénètre dans le sanctuaire, il faut trouver la croix, car si elle ne brillait pas, l’on serait tenté de croire que nous avons renié le Dieu de nos pères. Qu’un homme, étranger à nos habitudes parisiennes, soit placé tout-à-coup devant la Sainte-Chapelle, puis en présence d’une de nos églises modernes si étrangement façonnées, il dira en contemplant la première : ici l’on doit implorer la divinité ; en regardant la seconde, ses premières paroles seront : on danse là dedans.

L’architecte de la Sainte-Chapelle n’a pas demandé seulement à la peinture ses vives couleurs, à l’or ses effets étincelants, parures d’emprunt qui couvrent aujourd’hui l’indigence de nos architectes. Des blocs de pierre ont suffi à Pierre de Montreuil, et son génie a déployé librement ses ailes. Tantôt la pierre se dresse en faisceaux de colonnettes sveltes et minces, puis se projette par une courbe flexible en arceaux à vive-arête ; tantôt elle se divise, se réunit, s’intersecte avec une grâce infinie ; plus loin, on la voit s’épanouir en rosaces brillantes, se posant, se prolongeant, se découpant en élégante balustrade, se transformant en bouquets de sculpture, limite indécise entre l’art du statuaire et celui de l’architecte ; quelquefois elle serpente en festons, s’agence en guirlandes, en couronnes, se couvre comme une étoffe légère, de mille dessins à souhait pour le plaisir des yeux, s’assouplit, s’anime pour reproduire les fantaisies d’une imagination libre et inépuisable.

La première flèche de la Sainte-Chapelle était un modèle de grâce aérienne ; on eût dit de la dentelle de pierre. Sauval l’appelait une des merveilles du monde ; elle fut détruite par le feu en 1630.

Dans les jours de grandes solennités religieuses, un ange se détachait de la voûte et faisait tomber de l’eau d’un vase d’or sur les mains du pontife qui officiait dans la haute chapelle.

Le clergé de la Sainte-Chapelle jouissait de nombreuses prérogatives. L’archi-chapelain marchait l’égal des évêques. — Mais bientôt la pensée nous conduit au lutrin chanté par Boileau. La mort eut bien vite fait raison aux chantres et aux chanoines de celui qui avait tant égayé le public à leurs dépens. En 1711, une dépouille mortelle arrivait à leur porte : c’était celle de Boileau. Ils lui donnèrent sous une de leurs dalles l’hospitalité glacée du tombeau.

Après la construction de la Sainte-Chapelle, saint Louis ajouta au palais la salle, la chambre, les cuisines qui portent son nom, et la grand’chambre du parlement, plus tard restaurée par Louis XII, et où siège en ce moment la chambre criminelle de la cour de cassation. Derrière le palais se trouvait le jardin des rois, séparé par un ruisseau de deux petites îles qui cherchaient à se confondre. Dans ce jardin saint Louis reçut l’hommage de son grand vassal Henri III d’Angleterre. — « Le bon roi Loys avoit coutume (dit Joinville dans ses mémoires), de nous envoyer les sieurs de Soissons, de Nesle et moy, ouïr les plaids de la porte, et puis il nous envoyoit quérir, et nous demandoit comme tout se portoit, et s’il y avoit aucune affaire qu’on ne pût dépêcher sans luy, et plusieurs fois, selon notre rapport, il envoyoit quérir les plaidoyans, les contentoit, et les mettoit en raison et droiture. »

Si l’espace nous le permettait, nous pourrions exhumer maint fait vieux, attrayant, et qu’on aimerait à son parfum historique ; mais il nous faut arriver bien vite au règne de Philippe-le-Bel. Enguerrand de Marigny, comte de Longueville, chambellan de France, surintendant des finances et bâtiments du roi, fit en 1298 d’immenses réparations au palais de la Cité. Il ordonna la destruction de presque tous les vieux bâtiments et fit disparaître aussi les tours et tourelles qui flanquaient cette antique demeure de nos rois, des maires du palais et des comtes de Paris. Le logis du roi, situé au fond de la cour, était parallèle à la rue de la Barillerie, appelée alors dans cette partie rue Saint-Barthélemi. Cette habitation d’un aspect sombre et sévère, était remarquable par ses portes d’airain, ses cinquante-quatre fenêtres sur trois rangs en ogives. Il fallait monter quarante-huit degrés de pierre avant de pénétrer dans cette demeure. À droite s’élevaient, du côté de la Sainte-Chapelle, de vastes constructions qui servaient aux officiers subalternes, aux cuisines et aux écuries.

Le côté gauche du palais était réservé exclusivement à la justice et aux plaideurs. Là se trouvaient réunies les salles de plaidoiries, de committimus, d’attendamus, la grand’chambre d’une richesse si imposante, la grand’salle si vénérable et si sombre ; puis en cet endroit prenaient naissance tous ces escaliers noirs, tortueux qui semblaient faits exprès pour le temple de la chicane.

Par les soins d’Enguerrand de Marigny, la grand’salle fut ornée des statues des rois depuis Pharamond jusqu’à Philippe-le-Bel.

En 1320, Robert, comte de Flandres, vint au palais faire hommage à Philippe-le-Long, et maria son petit fils, Louis de Crécy, à Marguerite, fille du roi.

En 1375, pendant la captivité du roi Jean, le Dauphin Charles, son fils, demeurait au palais, qu’il quitta pour venir habiter son hôtel de Saint-Paul. Lorsque l’empereur Charles IV vint à Paris avec son fils Venceslas, le roi Charles V déploya pour recevoir dignement ses hôtes un luxe inaccoutumé. Dans la salle où se trouvent aujourd’hui les 2e et 3e chambres, on voyait une immense table de marbre. Au milieu du repas, glissa tout-à-coup sur la table un vaisseau mû par des ressorts secrets ; bientôt apparut la cité de Jérusalem avec ses tours chargées de Sarrasins. Godefroy de Bouillon descendit du navire à la tête de ses guerriers, des échelles furent appuyées aux murailles, puis un combat furieux s’engagea ; mais bientôt les infidèles renversés et vaincus abandonnèrent les lieux saints aux chevaliers. Le soir, de nouveaux plaisirs se préparaient ; mais l’empereur fatigué sans doute de tant d’honneurs demanda à rentrer dans son appartement.

Quand la haute politique faisait trêve de solennités, quand les rois descendaient de la table de marbre, la basoche y montait. Les clercs commencèrent à donner des représentations publiques sous le règne de Louis XI. Les clercs du parlement jouaient sur la célèbre table de marbre, et ceux du Châtelet élevaient un théâtre devant la porte de ce tribunal. Les pièces représentées étaient à peu près improvisées ; les jeunes comédiens stigmatisaient tous les abus, raillaient tous les ridicules de l’époque avec l’audace et la franchise de leur âge. On lit dans les registres du parlement à la date du 15 mai 1476 : « La cour, par certaines considérations à ce mouvans, a deffendu et deffend à tous les clercs et serviteurs tant du palais que du chastelet de Paris, de quelque estat qu’ils soient, que doresnavant ils ne jouent publiquement au dict palais et chastelet, ne ailleurs, ne en lieux publiqs, farces, soties, moralisez, ne aultre jeux à convocation de peuple, sur peine de bannissement de ce royaume et de confiscation de tous leurs biens, et qu’ils ne demandent congié de ce faire à la dicte cour ne à autre, sur peine d’estre privez à tous jours tant du dict palais que du dict Chastelet. »

Ils tentèrent encore sous Charles VIII de donner quelques représentations publiques ; mais leur critique s’étant exercée sur les actes du gouvernement, le roi, par lettres-patentes du 8 mai 1486, fit enfermer dans les prisons du Châtelet et du Palais, cinq acteurs nommés Baude, Regnaux, Savin, Duluc et Dupuis.

Les théâtres de la basoche jouirent d’une entière liberté sous le règne de Louis XII. Les clercs tournèrent en ridicule les vues d’économie du roi. « J’aime beaucoup mieux, disait Louis XII, faire rire ces enfants de mon avarice, que faire pleurer le peuple de mes profusions. »

Sous François Ier, la cour prit des mesures sévères contre les clercs de la basoche. On lit dans les registres du parlement, à la date du 23 janvier 1538 : « Ce jour après avoir veu par la cour le cry ou jeu présenté à icelle par les receveurs de la basoche pour jouer jeudy prochain ; la dicte cour a permis auxdits receveurs iceluy cry ou jeu faire jouer à la table de marbre, en la manière accoutumée, ainsi qu’il est à présent, hormis les choses rayées ; leur a faict deffenses sous peine de prison et de punition corporelle de faire jouer autre chose que ce qui est, hormis les dictes choses rayées. »

Il fallait voir au printemps, les enfants de la basoche, revêtus de leur costume éclatant, et leur roi en tête, partir à cheval pour la forêt de Bondy. Ils y coupaient trois grands arbres, en vendaient deux pour faire face aux dépenses de la compagnie. Quelques vieillards se souviennent avoir vu, en face du siège actuel de la police municipale, le dernier de ces arbres, entre deux cartouches représentant les armes de la basoche qui étaient d’azur, à trois écritoires d’or avec deux anges pour supports.

Parmi les rois curieux d’embellir et d’honorer le palais, Louis XII doit être mis au premier rang. Sa prédilection pour cet édifice et pour l’auguste sénat qui y siégeait allait même si loin, qu’il se faisait un devoir de venir passer des heures entières dans une tribune qu’il avait fait construire au milieu de la grand’chambre. Quand des rois et des princes étrangers le venaient visiter, il les menait d’abord à la salle des plaids, et avait coutume de leur dire, émerveillés qu’il les voyait de la noble attitude des magistrats et de l’éloquence du barreau : « n’est-ce pas, mes frères, qu’on est heureux et fier d’être roi de France !… »

Cet amour pour le palais alla si loin, que ce roi, dont les courtisans raillaient l’économie, sema avec profusion la richesse dans le sanctuaire de la justice. Louis XII fit peindre en or et en azur la grand’chambre.

Le splendide hôtel de la Cour-des-Comptes fut aussi construit par les ordres de ce prince. Rien ne fut épargné pour donner au bâtiment la majesté et la grandeur que réclamaient son importance et son utilité. De vastes salles, de somptueux appartements ornés de tout ce que le luxe du XVIe siècle pouvait imaginer de plus élégant, témoignaient encore dans ces derniers temps, de la sollicitude du fondateur de la Cour-des-Comptes.

Au dehors, une façade sévère rehaussée par des bas-reliefs et des sculptures d’un grand mérite, arrêtait l’œil du curieux.

Du côté faisant face à la cour, on remarque cinq statues : la première représente la Tempérance, qui tient une horloge et des lunettes. Au-dessus est écrit :

Temperantia
Mihi spreta voluptia.

La Prudence, qui est la seconde figure, tient en ses mains un miroir et un crible, avec cette légende au dessous :

Prudentia
Consiliis verum speculor.

La Justice est représentée par la troisième figure avec une balance et une épée :

Justitia
Sum cuique ministro.

La quatrième figure est la Force, qui tient une tour d’une main, et de l’autre étouffe un serpent :

Fortitudo
Me dolor atque metus me fugiunt.

La cinquième statue, posée au milieu, représentait Louis XII, le père du peuple, vêtu d’un manteau dont le fond était d’argent avec des fleurs de lys d’or. Il tenait son sceptre et la main de justice avec cette inscription au bas :

Ludovicus
hujus nominis duodecimus, anno ætatis 46.

Un peu plus bas étaient gravés ces deux vers :

Quatuor has comites foveo, celestia dona :
Innocuæ pacis prospera sceptra gerens.

Au-dessus de la première porte de la chambre de Comptes, au haut du grand degré, on voyait un porc-épic qui portait les armes de France, entourées de cerfs-volants. Au bas ces deux vers :

Regia Francorum probitas, Ludovicus honesti
Cultor, et ætheræ religionis apex.

L’hôtel du premier président du parlement touchait

presque à celui de la Cour-des-Comptes. C’était, dans l’origine, un manoir enfumé qui servait de résidence au baillif du palais, sous les rois de la seconde race. Cet emplacement fut choisi par Achille de Harlay, qui fit élever les bâtiments destinés à la présidence du parlement. Ils sont occupés aujourd’hui par la Préfecture de police, à laquelle nous consacrerons un article particulier.

Telles étaient encore les principales constructions du Palais-de-Justice au commencement du XVIIe siècle.

Le 7 mars 1618, elles furent en partie détruites par un incendie. « Le feu, dit Félibien, prit d’abord à la charpente de la grand’salle ; et comme il faisoit beaucoup de vent, tout le lambris qui étoit d’un bois sec et vernissé, s’embrasa en peu de temps. Les solives et les poutres qui soustenoient le comble tombèrent par grosses pièces sur les boutiques des marchands, sur les bancs des procureurs et sur la chapelle remplie alors de cierges et de torches qui s’enflammèrent à l’instant et augmentèrent l’incendie.

Les marchands, accourus au bruit du feu, ne purent presque rien sauver de leurs marchandises. On sauva seulement les registres de quelques greffes qui n’estoient pas dans la grande salle. L’embrasement augmentant par un vent du midi fort violent, consuma en moins d’une demi-heure les requestes de l’hostel, le greffe du trésor, la première chambre des enquêtes et le parquet des huissiers. Le feu prit incontinent à une tourelle près de la Conciergerie et en des greffes dont les papiers furent brûlés. Alors s’éleva une clameur des prisonniers qui crièrent que la fumée les étouffoit. Plusieurs se sauvèrent malgré le geôlier, mais le procureur-général fit conduire les principaux au Chastelet et dans les autres prisons de Paris. Le vent devint si violent, qu’il porta des ardoises jusques vers Saint-Eustache. Lorsque le reste du comble de la grand’chambre vint à tomber, un brandon enflammé, emporté par le vent, alla mettre le feu à un nid d’oiseau au haut de la tour de l’Horloge, qui eust couru grand risque si on n’eust descouvert la tour pour couper le cours du feu. »

Le greffier Voisin sauva les registres du parlement. On n’a jamais pu connaître la cause de ce sinistre. Les uns disent que ce fut par la faute d’une servante, les autres l’attribuent à l’imprudence d’un marchand qui avait laissé du feu dans sa boutique ; enfin le bruit courut que les complices de l’assassinat de Henri IV avaient voulu anéantir le greffe et les pièces du procès de Ravaillac, en mettant le feu au palais. Un joyeux compère, Théophile, qui ne s’occupait pas de politique et aimait à passer gaîment sa vie, improvisa le quatrain suivant :

Certes, ce fut un triste jeu,
Quand, à Paris, dame Justice,
Pour avoir trop mangé d’épice
Se mit le Palais tout en feu.

Jacques de Brosse, architecte du palais du Luxembourg, fut chargé de la reconstruction de la grand’salle, qui fut achevée en 1622. Elle se compose de deux grandes nefs séparées par un rang d’arcades appuyées sur des piliers.

En 1683 on fit encore d’autres réparations à cette salle. Outre les six ouvertures qui furent pratiquées à la voûte, on éleva une riche chapelle de menuiserie avec des balustrades de fer doré. Au milieu on voyait un écusson aux armes de M. de Novion, premier président. Une horloge pour régler l’heure des audiences était placée au-dessus de la chapelle. Autour du cadran fut gravé ce vers élégant que Montmort, un des fondateurs de l’Académie, avait composé exprès :

Sacra Themis mores, ut pendula horas.

La chambre des enquêtes, celle des requêtes de l’hôtel, et le parquet des huissiers furent aussi réparés et rebâtis plus magnifiques qu’auparavant.

Nous allons maintenant donner quelques détails sur les rues comprises dans l’enceinte du palais, et parler ensuite des constructions qui furent ajoutées à l’édifice. — La rue Harlay avait été bâtie en vertu des lettres patentes du 28 mai 1607. Vers 1631 on ouvrit la rue Sainte-Anne, dont la formation avait été ordonnée par lettres-patentes de juin 1630.

La partie occidentale du palais, c’est-à-dire le portail et l’arcade de la rue Harlay, la cour du même nom, la rue de Basville, la cour Lamoignon et les galeries supérieures furent établies sur l’emplacement du jardin de l’ancien hôtel du baillage ; voici dans quelles circonstances et à quelle époque :

En l’année 1671, M. de Lamoignon, alors premier président, conçut un projet d’agrandissement du palais ; il proposa ses vues, fit dresser un plan pour leur exécution, et le présenta à Louis XIV qui l’agréa.

En conséquence, des commissaires nommés par le roi, et parmi eux Colbert, furent chargés de céder et transporter à titre de cens et aliénation à perpétuité à M. de Lamoignon, ses hoirs ou ayans cause, 1549 toises 1/2, 15 p. 1/4 en superficie à prendre dans le contour de l’ancien jardin de l’hôtel du bailliage du palais pour jouir de la d. superficie, ensemble des bâtiments qui seroient construits sur icelle, en toute propriété.

Le contrat de cession fut réalisé le 23 février 1671 devant Gallois et son confrère, notaires au Châtelet, et confirmé par lettres-patentes du même mois.

Le préambule de ces lettres-patentes est trop remarquable, il porte à un trop haut point le cachet de grandeur qui marquait tous les actes publics de ce siècle, pour ne pas être cité.

« Louis, etc…, comme rien n’est si digne des grands roys et si avantageux pour les peuples qui jouissent d’une profonde paix que les ouvrages des bâtiments publics, nous croions aussi qu’il est de notre gloire et de la grandeur de notre royaume, d’orner les principales villes, de nouveaux édifices et particulièrement notre bonne ville de Paris, afin de témoigner l’affection que nous avons pour elle, et d’y laisser des monuments éternels de la félicité de notre règne, et pour exciter nos sujets à nous servir dans ce dessein, nous avons toujours traité favorablement ceux qui nous ont proposé les moyens d’augmenter la décoration et la commodité publiques. Pour cet effet, nous étant fait représenter les diverses propositions qu’on nous a fait depuis quelques années, de dégager les avenues du palais qui est aujourd’hui le centre de la ville et le lieu du plus grand concours de ses habitants, en y faisant de nouvelles entrées, l’une au bout de la place Dauphine et l’autre sur l’un des quays et par l’ancien jardin de notre hôtel du bailliage, affecté au logement des premiers présidents de notre parlement, etc. »

Le contrat imposait au concessionnaire diverses obligations, entre autres celles : 1o de payer à la recette du domaine du roi douze deniers de cens pour chacune toise qui serait bâtie ; 2o de faire pratiquer une ouverture avec grande arcade et portail dans la rue Harlay vis-à-vis de la place Dauphine ; 3o de faire construire autour d’une nouvelle place (c’est la cour Harlay qui fut d’abord appelée cour Neuve), des bâtiments et boutiques pour des marchands.

Les autres clauses prescrivaient l’établissement de la cour Lamoignon ainsi que des galeries supérieures, la construction d’escaliers pour monter à ces galeries et pénétrer au palais ; enfin l’ouverture d’un passage sur le quai de l’Horloge, et d’un aqueduc souterrain pour l’écoulement des eaux dans la rivière.

Toutes ces conditions furent exécutées, ainsi que le constate le procès-verbal de réception des travaux du 17 juin 1682, et il en résulte l’état présent des choses dans cette partie du palais. — L’histoire de cet édifice n’offre aucun fait digne d’être rapporté jusqu’à 1776.

Dans la nuit du 10 au 11 janvier de cette année, le feu prit une seconde fois au Palais-de-Justice. Malgré la promptitude des secours, l’incendie consuma toutes les constructions qui s’étendaient depuis la galerie dite des prisonniers, jusqu’à la Sainte-Chapelle. Les bâtiments incendiés durent être reconstruits sur un nouveau plan. Quatre membres de l’académie d’architecture : Moreau, Desmaisons, Couture et Antoine furent chargés de la direction des travaux.

La nouvelle façade du Palais présente un avant-corps orné de quatre colonnes doriques. Au-dessus de l’entablement règne une balustrade, et quatre piédestaux supportent les statues allégoriques de la Force, de l’Abondance, de la Justice et de la Prudence, qui se dessinent sur un fond lisse de maçonnerie supportant un dôme quadrangulaire.

Avant de parler des constructions qui doivent être ajoutées au Palais-de-Justie, nous dirons quelques mots sur la Conciergerie.

Cette prison, ainsi que nous l’indique sa dénomination, servait dans l’origine de logement au concierge du palais. Les cuisines se trouvaient également en cet endroit. L’antique demeure de nos rois ayant été abandonnée au tribunal souverain de la justice, la Conciergerie devint une prison. Il en est fait mention pour la première fois dans les registres de la Tournelle, au 23 décembre 1392, à l’occasion de plusieurs habitants de Nevers et de ses environs, qui y furent enfermés pour cause de rébellion envers l’évêque, le doyen et le chapitre de Nevers. Plusieurs actes constatent l’insalubrité de cette prison. Au mois d’août 1548, une contagion décima les prisonniers ; le parlement fut alors obligé d’employer son autorité pour faire assainir les cachots.

Sous Charles VI, la Conciergerie fut envahie par la populace ameutée ; la trahison de Perrinet-le-Clerc, qui livra aux Anglais et aux Bourguignons la clef de la porte de Buci, anéantit le parti des Armagnacs. Le connétable de ce nom, qu’on avait vainement cherché dans sa demeure, fut livré par un traître et conduit prisonnier à la Conciergerie. Le 12 juin 1418, l’horrible milice des bouchers, bannie de la ville par les Armagnacs, rentra triomphante dans Paris. Ces assassins répandent aussitôt des bruits sinistres qui se grossissent en volant de bouche en bouche ; la multitude est bientôt persuadée que son salut dépend de l’entière extermination des Armagnacs. Le peuple se porte en fureur à la Conciergerie, enfonce les portes ! Armagnacs, Bourguignons, criminels, débiteurs, femmes, enfants, tous sont égorgés sans distinction. Le connétable d’Armagnac, le chancelier de Marle, l’évêque de Coutances, six évêques, plusieurs membres du parlement expirent, percés de mille coups ; les cadavres des victimes sont traînés dans les rues fangeuses de Paris. La populace, après avoir joué pendant trois jours avec ces débris humains, alla les jeter à la voirie.

Le sol de la Conciergerie est plus bas que celui de la rivière, cependant les caves et souterrains en pierre pratiqués au-dessous interceptent un peu l’humidité ; les autres cachots construits au pied des tours et au niveau du fleuve étaient très malsains ; ils sont aujourd’hui presque tous hors d’usage. À l’orient de cette prison et au sud d’une cour, sont des cellules pour les femmes qui sont ainsi séparées des hommes. — Sous la porte même de l’entrée de cette prison, à quinze mètres au-dessous du sol, se trouvaient les fameuses oubliettes du Palais. Sur le bord de la rivière, on voit encore la grille par laquelle on emportait les corps, soit pour les noyer, soit pour les inhumer. M. Peyre, architecte, a transformé ces oubliettes en un aqueduc.

La Tour de César est à droite en entrant dans la cour ; on la nommait autrefois tour de Montgommeri parce que Gabriel de Lorges, comte de Montgommeri, le même qui avait blessé mortellement le roi Henri II, dans un tournoi, y fut enfermé en 1574, après avoir été défait en Normandie. — Cartouche et Damiens furent conduits dans cette tour. En 1794, les cent trente-deux Nantais amenés à Paris y furent enfermés ; le célèbre Ouvrard y fut incarcéré pour dettes. À droite en entrant se trouve le guichet extérieur de la prison ; un espace d’un mètre environ le sépare d’une grille qui donne accès sur un petit escalier aboutissant à une grande salle noire enfumée, qu’on appelle l’avant-greffe, ou le parloir libre. À l’angle nord-ouest du préau, on voit la tour de Bombée ; elle servit de cachot à Ravaillac, alors le jour n’y pénétrait pas. — Louvel y a été enfermé tout le temps qui précéda son jugement. Le rez-de-chaussée du bâtiment au sud se compose de plusieurs cellules à l’est ; puis sont deux chambres de surveillants à l’ouest. Au fond d’un corridor où le jour pénètre à peine, de l’autre côté des cellules, se trouve le cachot où fut enfermée Marie Antoinette. Dans la chambre à l’est de ce cachot, se tenaient les soldats chargés de la garde de la reine ; enfin se trouve à côté l’affreux réduit où fut enfermée madame Élisabeth.

Pendant la révolution, la Conciergerie a reçu moins de coupables que d’illustres victimes. Bailly, Malesherbes, Mme Roland, Camille Desmoulins, Danton, André Chénier, Fabre d’Églantine ont été enfermés dans cette prison. Les malheureux Girondins, tirés du Luxembourg, avaient été également transférés à la Conciergerie ; leur amitié adoucit les approches de la mort ; ils se familiarisèrent avec ces idées lugubres, et improvisèrent alors des drames singuliers, terribles, dont leur commune destinée et la révolution formaient les tristes sujets. Chaque prisonnier avait son rôle à remplir et concourait à l’ensemble de cette tragédie ; ils représentaient tour à tour les juges et les jurés du sanglant tribunal révolutionnaire, et l’accusateur public lui-même. Deux acteurs entraient en scène, l’un représentait l’accusé, l’autre le défenseur. L’accusé pouvait à peine murmurer quelques paroles ; à chaque instant le défenseur était interrompu, et le tribunal se disant suffisamment éclairé, concluait toujours à la peine de mort. Étendu sur une planche de lit qu’on renversait pour cet usage, le patient semblait supporter le supplice dans ses plus petits détails. Venait ensuite le tour de l’accusateur qui subissait lui-même le châtiment réservé à son iniquité puis au milieu de cris lamentables, on l’entraînait dans l’abîme. Les Girondins étaient au nombre de vingt-et-un, voici leurs noms : Brissot, Boileau, Boyer-Fonfrède, Antiboul, Gardien, Lasource, Vergniaud, Gensonné, Lehardy, Mainvielle, Ducos, Duchastel, Duperré, Carra, Valazé, Lacase, Duprat, Sillery, Fauchet, Lesterpt, Beauvais et Vigée. Ils furent exécutés sur la place de la Révolution, le 31 octobre 1793. — Georges Cadoudal, Bories et les trois autres sergents de la Rochelle, plus récemment Fieschi, Alibaud, Meunier, ont été enfermés dans la Conciergerie.

Agrandissement du Palais-de-Justice.

Depuis longtemps cet édifice ne pouvait contenir tous les nombreux services judiciaires. M. Huyot, architecte, fut chargé, en 1835, d’étudier un projet de construction nouvelle. Le plan qu’il présenta fut adopté par le conseil municipal, et sanctionné par une ordonnance royale que nous rapportons.

« Louis-Philippe, roi des Français, etc… — Article 1er. Le périmètre des constructions, tant anciennes que nouvelles, affectées au Palais-de-Justice de Paris, y compris la préfecture de police et la maison de justice et d’arrêt dite la Conciergerie, est arrêté suivant les lignes A B C D tracées au plan ci-annexé.

« Art. 2. Il sera formé : 1o le long de la façade latérale de l’édifice du midi, une rue d’isolement de 15 m. de largeur ; 2o une autre rue également de 15 m. de largeur longeant la façade principale vers l’ouest ; 3o une place entre cette nouvelle rue et celle du Harlay, et dont les côtés nord et sud se termineront par deux larges pans coupés vers la première ; le tout dans les directions et suivant les alignements indiqués par le plan. — Art. 3. L’exécution de ce projet est déclarée d’utilité publique ; en conséquence, le préfet de la Seine est autorisé à acquérir au nom du département, soit à l’amiable, soit par voie d’expropriation forcée, les immeubles ou portions d’immeubles sur lesquels doivent s’étendre les nouvelles constructions, ou qui sont nécessaires à la formation des voies publiques projetées. Le prix de ces acquisitions sera payé au moyen des ressources indiquées dans la délibération du conseil général du département de la Seine, en date du 28 octobre 1838. — Art. 4. La ville de Paris est autorisée à concourir à la dépense : 1o pour un contingent de 100,000 fr. applicables au tribunal de police municipale ; 2o pour moitié dans le prix d’acquisition des propriétés particulières sur lesquelles seront ouvertes les deux rues, ainsi qu’il est réglé par les délibérations des 22 février et 26 avril 1839, dont les dispositions sont approuvées, etc. — Neuilly, le 26 mai 1840. Signé Louis-Philippe. »

Après la mort de M. Huyot, la direction des travaux pour l’agrandissement du Palais-de-Justice a été confiée à MM. Duc et Dommey. Les dépenses sont évaluées à 14 millions, savoir : 10 millions pour les constructions et 4 millions pour achat de diverses propriétés. Les bâtiments réservés sont : la cour de cassation, la cour royale et les constructions occupées aujourd’hui par le tribunal de première instance, les bâtiments sur la rue de la Barillerie, la Sainte-Chapelle et une grande partie de la Cour-des-Comptes. Tous les anciens bâtiments respectés se trouveront presque renfermés dans un triangle, formé d’un côté par le quai de l’Horloge, de l’autre par la rue de la Barillerie et fermé par une diagonale partant de l’angle de la nouvelle rue, et aboutissant sur le quai des Orfèvres, près de l’arcade Lamoignon.

Les nouveaux bâtiments consisteront : en deux façades neuves, l’une sur la rue qui vient d’être ouverte au sud du palais, l’autre au couchant, sur les rue et place Harlay. Des restaurations importantes seront faites aux façades du quai de l’Horloge et de la rue de la Barillerie. Le Palais-de-Justice se trouvera complètement isolé. Il renfermera au nord, sur le quai de l’Horloge, la cour de cassation ; au couchant, attenant et sur la nouvelle place Harlay, se trouveront les deux salles d’assises et la cour royale. Au midi, sur le quai des Orfèvres, la préfecture de police ; à la suite, sur la rue nouvelle, les chambres de police correctionnelle ; au levant, rue de la Barillerie, le procureur du roi et les juges d’instruction ; enfin, attenant à la tour de l’Horloge, le tribunal de première instance. De vastes galeries bien éclairées donneront accès à toutes ces divisions, et aboutiront à la grande salle des Pas-Perdus. Deux façades monumentales seront construites, l’une sur le quai des Orfèvres et sur la rue nouvelle, l’autre sur la place Harlay. On regrette que des motifs d’économie aient empêché les architectes de disposer de tout le terrain compris entre la Sainte-Chapelle et le quai des Orfèvres : il serait résulté de cette disposition du plan assez d’avantages pour compenser ce surcroit de dépense. — La superficie totale du Palais-de-Justice sera de 30 000 m. environ.