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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Louviers (île)

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Louviers (île).

Située entre l’île Saint-Louis et le pont d’Austerlitz. — 9e arrondissement, quartier de l’Arsenal.

Les voies publiques qui doivent être établies sur l’emplacement de l’île Louviers, n’étant pas encore tracées, nous avons dû conserver l’ancienne dénomination, afin de rendre les recherches-plus faciles.

En 1370, on la nommait l’île des Javeaux ; en 1445, l’île aux meules des Javeaux, depuis simplement l’île aux Meules. Javeau est le nom qu’on donne à une île formée de sable et de limon par un débordement. Vers 1465, elle portait la dénomination de Louviers, parce que Nicolas de Louviers, seigneur de Cannes, qui fut prévôt des marchands en 1468, en était alors propriétaire. En 1549, la ville fit élever sur cette île un fort, un pont et une espèce de hâvre pour donner à Henri II et à Catherine de Médicis le spectacle d’un combat naval et de la prise d’une forteresse. — « Arrêt du conseil (2 octobre 1671). — Sur ce qui a esté représenté au roy en son conseil, par les prévost des marchands et eschevins de sa bonne ville de Paris, que pour establir une meilleure police sur les ports et les débarrasser des marchandises que les marchands forains font arriver en cette ville pour sa provision, qui causoient dans les ports une confusion et des embarras, dont le publicq recevoit un notable préjudice, ils auroient pris la cession du bail judiciaire de l’isle Louviers, saisie réellement sur les héritiers du sieur d’Antragues, dans la quelle isle depuis le dit bail, les d. marchands forains auroient fait descharger leurs marchandises pour l’enlèvement des quelles ils auroient faict faire un pont de batteaux aux frais de la ville, sur le bras d’eau qui sépare la d. isle du port Saint-Paul, ce qui auroit produit beaucoup d’utilité, mais comme les différents incidents qui se forment pendant les criées, et le cours des baux judiciaires pourroient empercher que le publicq ne jouist de l’avantage de ce nouvel établissement de port, etc… ; le roy estant en son conseil a ordonné et ordonne aux sieurs prévost des marchands et eschevins d’acquérir la dite isle Louviers, etc. Signé Séguier et Colbert. » (Archives du royaume, section administ., série E, no 1761). — La ville de Paris ne devint propriétaire de l’île Louviers qu’en 1700, moyennant la somme de 61,500 livres.

La loi du 24 août 1793 enleva aux communes la propriété de leurs biens pour les réunir au domaine national (art. 90, 91 et 92), à l’exception des biens communaux dont le partage avait été décrété par la loi du 20 juin précédent, et des objets destinés aux établissements publics. Par une fausse application de cette loi, le domaine s’empara de l’île Louviers, alors affectée à un service d’utilité publique. Celle affaire fut soumise au conseil d’état dont nous reproduisons l’opinion : « Extrait du registre des délibérations. Séance du 5 avril 1806. — Avis. Le conseil d’état, qui d’après le renvoi ordonné par sa majesté l’empereur et roi, a entendu le rapport de la section des finances sur celui du ministre de ce département, relatif à la location de l’île Louviers ; est d’avis qu’elle doit être considérée comme une place de marché, et abandonnée à la ville de Paris. »

Les terrains de l’île Louviers furent affermés par la ville, aux marchands de bois de Paris, moyennant 40,000 fr. de location annuelle. Le produit de cette location a été abandonné ensuite aux hospices civils de Paris, par arrêté du préfet de la Seine du 10 mai 1813, approuvé par le ministre de l’intérieur le 27 du même mois, et en exécution des décrets des 24 et 27 février 1811, relatifs à l’aliénation des maisons urbaines des hospices, et pour remplacer au profit de cette administration le produit de cette aliénation. — Par ordonnance royale du 10 février 1841, le marché au bois à brûler a été supprimé. Un délai de deux ans à partir de la date de cette ordonnance a été accordé aux marchands de bois pour l’abandon complet des terrains par eux occupés dans l’île Louviers. En 1843, on a comblé le petit bras de rivière et construit un nouveau quai.

Par délibération du 7 juillet de la même année, le conseil municipal a adopté l’ouverture de deux rues sur ces terrains pour communiquer du nouveau quai au boulevart Morland. D’après une autre délibération du 23 février 1844, ces deux rues doivent prendre les noms de Coligny et de l’île Louviers. Le nouveau quai s’appellera quai Henri IV.