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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Merri (église Saint-)

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Merri (église Saint-).

Située dans la rue Saint-Martin, entre les nos 2 et 4. — 7e arrondissement, quartier Sainte-Avoie.

Cette église a été bâtie sur l’emplacement d’une ancienne chapelle dédiée à saint Pierre. On ignore l’origine et le nom du fondateur de cet oratoire. Cependant on lit dans la vie de saint Merri ou Médéric, que ce pieux personnage, après avoir quitté le monastère de Saint-Martin d’Autun, vint habiter, à Paris, avec Frodulfe, son disciple, une cellule construite à côté de la chapelle Saint-Pierre. Saint-Merri demeura pendant trois années en cet endroit, y mourut en odeur de sainteté et fut inhumé dans cette chapelle. Son historien fixant la date de sa mort au 29 août de l’an 700, cette époque établit nécessairement l’existence antérieure de cet oratoire. En 884, ce saint lieu fut doté par un comte nommé Adalard. Cette dotation, confirmée, en 885, par le roi Carloman et, en 936, par Louis d’Outre-Mer, procura bientôt un peu d’aisance aux desservants de cette chapelle, qui fut à peu près en ce même temps érigée en collégiale. L’édifice fut alors reconstruit aux frais d’un nommé Odon-le-Fauconnier, qui y reçut la sépulture. Sous le règne de François Ier, lorsqu’on abattit une partie de ce monument, pour en construire un nouveau sur des proportions plus vastes, on découvrit, en 1520, dans un tombeau de pierre, le corps d’un guerrier dont les jambes étaient recouvertes de bottines de cuir doré. Une inscription qui se trouvait sur ce cercueil était ainsi conçue : Hic jacet vir bonæ memoriæ Odo Falconarius, fundalor hujus ecclesiæ. On croit que cet Odon ou Eudes-le-Faucon nier était le même guerrier qui, avec Godefroi, défendit, en 886, Paris contre les attaques des Normands.

L’église Saint-Merri fut terminée en 1612.

À l’époque où l’on exécutait la reconstruction de cet édifice, le genre grec commençait à prévaloir en France ; cependant le style gothique, si bien en harmonie avec la destination de nos monuments chrétiens, lui fut heureusement préféré.

L’architecture de Saint-Merri est gracieuse, élégante. L’édifice se développe sur cinq nefs en ogives qui viennent aboutir à la croisée. L’hémicycle du chœur est formé de treize ogives. La tour carrée qui s’élève à gauche du portail, construite dans le style de la renaissance, paraît un peu lourde, et les ornements encore inachevés qui la décorent n’ont pas la légèreté de la petite tourelle gothique de droite. Des clochetons, des gorges feuillées qui courent le long du portail à trois portes, complètent la façade du monument. Ce portail, dont l’ensemble est d’un excellent style, était couronné par un grand clocheton qui portait douze statues et deux cordons ogivaux de saints et d’anges, détruits pendant la révolution.

La nef ogivale est formée de grosses colonnes à fûts multiples, mais à angles à vive arête, et à colonnettes concaves et inégales sans chapiteaux ; dans le fût viennent se confondre les nervures des voûtes, toutes anguleuses, à vive arête, et ordinairement concaves ainsi que les colonnes, au lieu d’être cylindriques comme les colonnettes et nervures du style catholique du XIe au XIVe siècle. Les clefs, où viennent se rejoindre les nervures des voûtes, sont larges, plates, ornées de feuillages ou d’armoiries sculptées ; un pendentif qui descend au centre de la croisée, complète la décoration. Toutes ces compositions semblent appartenir au XVIe siècle. On y cherche vainement la puissance noble et bien posée du XIe et du XIIe siècles, la grâce naïve et élégante des XIIIe et XIVe siècles, la richesse d’ornements et la hardiesse des sculptures du XVe siècle ; néanmoins ce style qui, par ses ornements, conserve encore la forme générale chrétienne, est très utile à l’étude de l’art architectonique.

« Devant l’église, il y avoit autrefois, dit Sauval, une espèce de parvis qui ressentoit fort la primitive église ; surtout ces deux lions qui en gardoient les deux côtés de l’entrée, étoient une auguste et terrible marque de ce saint lieu, et donnoient une certaine terreur et respect aux passants. »

Les fenêtres en ogives, ouvertes-sur la nef principale, et qui sont coupées de meneaux entrelacés en lignes ondulées, étaient autrefois ornées de vitraux exécutés par Pinaigrier et Parray. D’autres vitraux, représentant l’histoire de Suzanne, étaient dus à Jean Nogase ; mais vers le milieu du siècle dernier, le chapitre eut la maladresse de les remplacer en grande partie par des vitres blanches. Parmi les fragments qui restent, on remarque une vitrière mutilée dans la chapelle de saint Vincent de Paul ; elle représente l’ensevelissement de Jésus-Christ. Les figures sont d’une noble et belle expression.

Vers la même époque, les frères Slodtz ont décoré le chœur, et construit la chaire. Les travaux ne manquent pas de goût, mais il est à regretter que pour revêtir de stuc les colonnes, il ait fallu briser leurs moulures.

En 1742, le chapitre fit percer le mur de la nef et élever la chapelle de la communion, qui communique avec l’église par deux ogives transformées en plein cintre. Sur les quatre faces de la croisée, on éleva quatre autels dédiés à saint Pierre, à la Sainte-Vierge, à saint Charles et à saint Merri. Ces autels sont surmontés de frontons grecs qui reposent sur des colonnes de marbre ; enfin, à l’entrée du chœur, on admire deux tableaux de Carle Vanloo, représentant, le premier, la Vierge et l’Enfant-Jésus ; le second, saint Charles Borromée, archevêque de Milan.

L’église saint Merri, qui portait le nom de Temple du Commerce en 1793, est aujourd’hui la paroisse du 7e arrondissement.