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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Musées (les)

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Musées (les).

Parmi les établissements les plus curieux de la capitale, les musées doivent être placés au premier rang. Mais pour analyser les beautés qu’il renferment, un volume suffirait à peine. Nous nous bornerons à rappeler ici l’époque de leur fondation en indiquant seulement leurs principales richesses.

musée d’artillerie.
Situé place Saint-Thomas-d’Aquin. — 10e arrondissement, quartier Saint-Thomas-d’Aquin.

Cet établissement a été fondé par une loi du 24 floréal an II (14 mai 1794). On commença par rassembler les armes rares et curieuses qui avaient été recueillies dans les maisons provenant d’émigrés, et dans quelques dépôts établis pendant la révolution. Ces richesses furent placées jusqu’en 1796 dans le couvent des religieux Feuillants ; mais ce musée passa bientôt sous la direction de l’artillerie et les armes furent transportées dans les bâtiments des Jacobins réformés, appartenant au domaine national. Les conquêtes de la France en Italie, en Espagne et en Allemagne, augmentèrent successivement le musée d’artillerie.

Les diverses collections dont se compose ce magnifique établissement, sont distribuées dans cinq grandes galeries. Les anciennes armes défensives, telles que cottes de mailles, cuirasse, casques, boucliers et autres sont placées dans la pièce la plus vaste, qu’on nomme galerie des Armures. Les collections d’armes offensives, les modèles de tous les systèmes d’artillerie, une grande quantité d’autres modèles d’armes de toute espèce, de machines et d’instruments servant à l’artillerie, occupent les quatre autres galeries.

Dans chacune de ces quatre galeries, on a établi en face des croisées, un râtelier garni d’armes portatives tant anciennes que modernes, depuis l’arquebuse à mèche jusqu’au fusil à platine percutante.

Cette curieuse collection a éprouvé de grandes pertes dans deux circonstances politiques bien différentes, à l’époque de l’invasion étrangère, en 1814 et 1815, et dans les journées de juillet 1830.

Les ennemis nous enlevèrent plusieurs caisses énormes d’armes précieuses qui sont restées la proie du vainqueur. En 1830, le peuple prit pour sa défense la plus grande partie des anciennes armes du musée, mais après la lutte presque toutes furent rendues.

musée dupuytren.
Situé dans la rue de l’École-de-Médecine, en face de la rue Hautefeuille. — 11e arrondissement, quartier de l’École-de-Médecine.

En octobre 1834, M. Orfila, doyen de la faculté de médecine de Paris, fut consulté par Dupuytren sur une clause du testament olographe par lequel ce dernier léguait à la faculté une somme de 200 000 francs, pour fonder une chaire d’anatomie pathologique interne et externe. M. Orfila engagea le célèbre chirurgien à modifier cette clause du testament. « Votre legs, lui dit-il, sera plus utile à l’enseignement et plus honorable à votre famille, si vous déclarez que vous léguez à la faculté les 200 000 fr. pour l’établissement d’un Muséum d’anatomie pathologique, à la condition que le ministre et le conseil royal de l’Université, en acceptant ce legs, consentiront à créer une chaire pour l’enseignement de cette science. Ce Muséum portera votre nom, et la postérité la plus reculée ne pourra oublier votre bienfait. »

Dupuytren qui d’abord ne goûta pas cette idée, l’accueillit ensuite avec faveur. « Si je suis assez heureux pour guérir, avant un an vous aurez la chaire et le Musée ; si je ne me rétablis pas, je compte sur vous, dit-il à l’honorable doyen. » — Le double vœu de Dupuytren a été fidèlement rempli par son digne collègue. La clause n’ayant pas été modifiée, l’Université n’était tenue qu’à créer une chaire. Les 200 000 fr. légués pour cet objet furent versés le 20 juillet 1835, par les héritiers de Dupuytren, sa fille et son gendre (M. et Mme de Beaumont) qui eurent la générosité d’acquitter de leurs propres deniers les droits de mutation, afin que la somme restât complète. Mais en même temps, le ministre et le conseil royal de l’Université, sur la proposition de M. Ortila, donnaient la somme nécessaire pour la création du Muséum.

Le savant Cruveilhier, selon le vœu de son illustre ami, fut appelé à la chaire nouvelle, et le 2 novembre 1835, le docteur Broussais, en séance publique de la Faculté de Médecine, prononça le discours d’inauguration du Musée Dupuytren.

musées du louvre.

Par décret du 27 juillet 1793, la Convention ordonna l’établissement d’un Musée National, et fixa son ouverture au 10 août suivant ; 537 tableaux des plus grands maîtres furent exposés dans une des galeries du Louvre.

Sous le consulat et l’empire, cette collection précieuse s’augmenta d’un grand nombre d’ouvrages conquis sur l’ennemi et présentait, en 1814, un total de 1 224 tableaux.

Les désastres de 1815 nous obligèrent à restituer une partie de ces richesses. Néanmoins cette collection est encore unique dans le monde entier. Le Musée du Louvre ne renferme que les ouvrages des artistes morts.

Dans la grande galerie méridionale de ce palais a lieu tous les ans l’exposition des tableaux. En 1740, le directeur-général des bâtiments reçut du roi l’ordre de faire exposer les ouvrages exécutés dans le courant de l’année par les membres de l’académie de peinture et de sculpture. Ce monopole fut détruit par la révolution. Un décret du 21 août 1791 autorisa tous les artistes français et étrangers à prendre part aux expositions.

Le palais du Louvre contient plusieurs autres musées ; celui des Dessins, formé en 1797 ; le Musée des Antiques ou des Sculptures, ouvert le 9 novembre 1800 ; le Musée des Antiquités Égyptiennes et Romaines, fondé en 1827 ; le Musée Naval ; le Musée du Moyen-âge et de la Renaissance ; enfin le Musée Espagnol ; ces trois établissements formés depuis 1830, par sa majesté Louis-Philippe.

musée du luxembourg.

Marie de Médicis commença cette précieuse collection qui fut transférée au Louvre en 1780. Napoléon la fit replacer au Luxembourg en 1805, et l’augmenta d’un grand nombre de tableaux. Louis XVIII ordonna qu’on transportât au Louvre les productions de Lesueur, de Vernet et d’autres grands-maîtres, et les fit remplacer par des ouvrages d’artistes vivants.

Ce Musée, qui occupe une partie des deux ailes septentrionales du palais du Luxembourg, a été rendu public en 1818, et il est en général destiné à l’exposition des tableaux des peintres modernes, lorsque ces ouvrages ont été acquis par le gouvernement.

musée des thermes et de l’hôtel de cluny.
Situé dans la rue des Mathurins-Saint-Jacques. — 11e arrondissement, quartier de la Sorbonne.

La dispersion des monuments rassemblés par Alexandre Lenoir dans l’ancien couvent des Petits-Augustins, excitait depuis longtemps de profonds regrets. Les amis de nos antiquités nationales souhaitaient que le gouvernement fit choix d’un local destiné à recueillir toutes les œuvres de sculpture, tous les débris historiques, tous les fragments du moyen-âge que d’heureux hasards pouvaient faire découvrir ou que de pieuses intentions pouvaient léguer aux générations futures.

Ce désir vient d’être exaucé. Le gouvernement a fait l’acquisition de l’hôtel de Cluny, et la ville de Paris abandonne à l’État la propriété du palais des Thermes. Ces deux monuments réunis viennent de recevoir un Musée archéologique, dont le noyau provient de la collection formée par feu Du Sommerard.

Avant de parler des objets curieux que renferme ce Musée, il n’est pas inutile de rappeler l’origine des deux édifices dont le gouvernement vient de faire l’acquisition.

Palais des Thermes.

Ce curieux débris d’un vaste monument élevé pendant la période romaine, conserve encore aujourd’hui le nom de Palais des Thermes.

À Rome on donnait cette dénomination à des établissements destinés à des bains chauds ; mais par la suite, ces édifices devinrent des palais où séjournaient les empereurs.

On attribue la fondation du palais des Thermes à Constance Chlore, qui durant quatorze années de règne paisible, de 292 à 306, gouverna les Gaules. Les bâtiments et les cours qui dépendaient de cet édifice, se prolongeaient du côté du sud jusqu’à la Sorbonne ; au-delà et du même côté, se trouvait la place d’Armes (campus), où Julien fut proclamé empereur. En cet endroit passait la voie romaine qui partait d’Orléans ; cette voie conduisait à deux points différents : au palais, par les arènes et les cours ; à l’île de la Cité en se dirigeant par une route qui existait anciennement entre les églises de la Sorbonne et de Saint-Benoît, et aboutissait au petit Pont ; au nord, les bâtiments de ce palais se prolongeaient jusqu’à la rive gauche du petit bras de la Seine.

De tout cet immense édifice il ne reste qu’une salle qui offre dans son plan deux parallélogrammes contigus formant une seule pièce. Le plus grand a 20 m. environ de longueur sur 14 de largeur ; le plus petit a 10 m. sur 6 m. Les voûtes sont à arêtes et à plein cintre et s’élèvent à 14 m. au-dessus du sol.

Ces voûtes ont été si bien construites, qu’elles ont résisté à l’action de quinze siècles. L’architecture de cette salle est simple et majestueuse. Les arêtes des murs en descendant se rapprochent et s’appuient sur une console qui représente la poupe d’un vaisseau. Cette poupe, symbole des eaux, servait à caractériser un édifice destiné à des bains.

La propriété du palais des Thermes appartenait en 1781 à l’ordre de Cluny. Par bail passé devant Mes Bro et Trutat, notaires au Châtelet de Paris, les 27 janvier et 6 mai de la même année, le cardinal de La Rochefoucauld, alors abbé de Cluny, loua pour 99 années à titre d’emphytéose au sieur Jean-Laurent Falaise, maître tonnelier, et à Marguerite Perrel son épouse, le palais des Thermes et ses dépendances, moyennant 1800 livres tournois de redevance emphytéotique, payables aux quatre termes ordinaires de l’année.

En 1790, cet édifice devint propriété nationale et fut cédé par l’État à la maison de Charenton, en vertu des décrets des 1er jour complémentaire de l’an XIII, et 9 septembre 1807, pour remplacer au profit de l’administration des hospices, ceux de ses biens qui avaient été aliénés pendant la révolution. Suivant acte administratif passé à la préfecture de la Seine, le 1er juillet 1819, en exécution, d’une ordonnance royale du 19 mai précédent, le sieur Jean-Laurent Falaise consentit la résiliation et la rétrocession du bail emphytéotique. Les renseignements suivants complètent la partie administrative consacrée à cet édifice.

« Paris, le 15 novembre 1837. — Louis-Philippe, etc… : Article 1er. Le directeur de la maison royale de Charenton est autorisé à vendre à la ville de Paris le palais des Thermes de Julien appartenant à cet hospice, moyennant une rente de 2 340 francs en 3 p.% sur l’État, et le paiement des frais de la vente. »

« Paris, le 27 avril 1844. Louis-Philippe, etc… : Vu la délibération du conseil municipal de la ville de Paris, en date du 27 janvier 1843. Vu la loi du 27 juillet 1843… qui ouvre un crédit pour l’acquisition de l’hôtel de Cluny et de la collection Du Sommerard, dans le but de fonder un Musée d’Antiquités Nationales, etc. — Article 1er. La ville de Paris est autorisée à céder gratuitement à l’État l’ancien palais des Thermes de Julien, contigu à l’hôtel de Cluny et destiné à l’établissement du Musée, aux clauses et conditions indiquées dans la délibération du conseil municipal sus-énoncée, etc. »

Hôtel de Cluny.

Vers le milieu du XIVe siècle, un abbé de l’ordre célèbre de Cluny, Pierre de Chaslus, fit l’acquisition d’une partie de l’ancien palais des Thermes et bâtit sur cet emplacement le premier hôtel de Cluny. Cette demeure était habitée par les abbés de cet ordre, lorsque leurs affaires les attiraient à Paris. Jean de Bourbon voulut entreprendre plus tard la reconstruction de cet hôtel ; la mort l’empêcha d’accomplir son dessein. En 1505, Jacques d’Amboise, l’un des neuf frères du vertueux ministre de Louis XII, mit ce projet à exécution. — Ce monument résume en lui trois âges d’architecture ; romain par la base élevé et décoré en partie par les dernières inspirations de l’art gothique, il a été terminé sous la gracieuse influence du style de la renaissance. L’édifice tout entier repose sur des fondements pétris de ce ciment qui a survécu au peuple-roi ; c’est sur ce rocher que l’artiste catholique a brodé et découpé tant de capricieuses fantaisies. Tous ceux qu’impressionnent les élégances de l’art architectonique admirent les bandeaux, les dentelures des fenêtres, la tourelle hardie et coquette avec son hélice de pierre.

La chapelle surtout est d’un style admirable quoique dépouillée de ses riches vitraux et des douze statues de saints qui remplissaient les niches de son pourtour si élégamment historié. Les armes de Jacques d’Amboise et les attributs de son patron indiqués par des coquilles et des bourdons de pèlerins, sont encore empreints sur les murs de ce charmant édifice qu’on ne saurait louer d’une manière plus exacte et plus poétique qu’en disant comme madame de Staël : c’est la prière fixée.

Dans une chambre qui existe encore, François Ier surprit Marie, veuve de Louis XII, en tête à tête avec le duc de Suffolck, et fit légitimer immédiatement leurs amours clandestins par un cardinal qu’il avait eu la précaution d’amener. — Sous le règne de Henri III, des comédiens s’établirent à l’hôtel de Cluny. Ils formaient une troupe récemment arrivée d’Italie. Leurs représentations attirèrent une telle affluence que les quatre meilleurs prédicateurs de Paris, dit l’Estoile, n’en avoient tous ensemble autant quand ils préchoient. Un arrêt du parlement, à la date du 6 octobre 1584, suspendit ces représentations. Les nonces du pape habitèrent ensuite l’hôtel de Cluny. Cette demeure leur était très commode en raison de la proximité de la Sorbonne où se tenaient les assemblées de la faculté de théologie.

Les religieuses de Port-Royal, ces pieuses femmes qui eurent l’honneur d’avoir Racine pour historien, habitaient l’hôtel de Cluny en 1625 ; elles restèrent en cet endroit jusqu’à l’achèvement de la maison qu’on leur bâtissait dans la rue de la Bourbe.

La tourelle servit aux observations astronomiques de Delisle, de Lalande et de Meslier que Louis XV nommait le Furet des Comètes. Néanmoins l’hôtel de Cluny fut toujours possédé par les abbés de cet ordre.

En 1790, ce charmant édifice devint propriété nationale. L’État, peu soucieux alors de la conservation de nos monuments historiques, vendit l’hôtel de Cluny le 23 pluviôse an VIII, avec la clause suivante : « En cas de nouvelles constructions des faces sur la rue, ou si le gouvernement ordonnait le redressement de la dite rue, l’adjudicataire sera tenu de se conformer aux alignements qui en seront donnés, et de fournir sans indemnité le terrain nécessaire pour cet effet. » — Le gouvernement actuel, en rachetant cet édifice, l’a préservé sans aucun doute d’une ruine prochaine.

Les appartements du premier et du second étages ont été successivement occupés par les grands établissements typographiques de MM. Moutard, Vincent Fusch, Leprieur. Ainsi la politique, la religion, l’art dramatique, les sciences, l’imprimerie revendiquent une part dans les annales de l’hôtel de Cluny.

De tous les habitants de ce manoir vénérable, feu Du Sommerard est celui qui a fait le plus pour en assurer la conservation, en indiquant le parti que la science en pouvait tirer. Conseiller-maître à la cour des comptes, il employa durant trente années tous les loisirs que lui laissaient ses fonctions à recueillir des objet d’art. Après la mort de ce savant et laborieux archéologue, le gouvernement s’empressa d’acheter cette précieuse collection qui fut rendue publique le 17 mai 1844.

Indépendamment de la chapelle, ce musée occupe huit ou dix salles du rez-de-chaussée et du premier étage de l’hôtel de Cluny. On y entre par cette merveilleuse porte qui donne sur la rue des Mathurins. Il faudrait un volume, un gros in-folio pour énumérer les richesses que renferme cet établissement. — Nous parlerons d’abord des étriers que portait François Ier à la bataille de Pavie. Conservés comme un trophée par le comte de Lannoy, qui fit prisonnier le roi de France, ils ont été achetés à sa famille par M. Du Sommerard. Ils sont en cuivre doré, maintenus par des barres d’acier, et représentent sur la face les lettres F Rex et sur les tranches la couronne de France, avec les salamandres des Valois. Au bas dans un lambrequin, on lit cette devise : Nutrisco et extinguo.

Nous recommandons aux disciples de Philidor l’échiquier du roi saint Louis dont les cases et les pièces sont en cristal de roche et montées en argent doré. La bordure d’encadrement est creuse et renferme des figurines en bois sculpté représentant des tournois. Cet échiquier précieux a été apporté aux Tuileries sous la Restauration ; et Louis XVIII en fit don à son valet-de chambre le baron de Ville-d’Avray, qui le vendit 1 200 fr. à M. Du Sommerard.

On admire aussi dans ce musée les belles faïences de Flandre et d’Italie, et plusieurs magnifiques plats ronds représentant des sujets mythologiques, ou peuplés en relief d’écrevisses, de coquillages, de poissons et d’herbes marines. Ces poteries sont de Bernard Palizzi, de ce grand artiste dont le génie persévérant lutta contre la matière rebelle jusqu’au jour où, pour sa dernière expérience, il fut réduit à chauffer son four avec son dernier meuble.

Le gouvernement recueillera bientôt le fruit de son patriotique sacrifice. L’on adoptera sans doute les plans de M. Albert Lenoir, couronnés par l’Institut en 1833. Une galerie intermédiaire unira les Thermes à l’hôtel de Cluny. Alors ces deux édifices seront débarrassés des vieilles maisons qui leur disputent l’air et le soleil, et la collection Du Sommerard, convenablement classée, augmentée par de nouvelles acquisitions, deviendra le plus beau musée archéologique de l’Europe.