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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Orsay (quai d’)

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Orsay (quai d’).

Commence à la rue du Bac, no 2, et au Pont-Royal ; finit au chemin de ronde de la Barrière de Grenelle. Le dernier numéro est 109. Sa longueur est de 3,423 m. — 10e arrondissement : de 1 à 25, quartier du Faubourg-Saint-Germain ; le surplus dépend du quartier des Invalides.

C’était, au XVIe siècle, le quai de la Grenouillère. Un arrêt du conseil d’état du roi, daté de Fontainebleau, le 18 octobre 1704, porte, entre autres dispositions, ce qui suit : « Et Sa Majesté voulant que le quai de la Grenouillère qui fait un très désagréable objet à l’aspect du Louvre et des Thuilleries, soit continué de ligne droite de 10 toises de largeur en toute son estendue, depuis le Pont-Royal et l’encoignure de la rue du Bacq jusqu’à la rencontre du rempart, qui sera planté d’arbres et revêtu de pierres de taille dans toute cette estendue, avec un trottoir de 9 pieds de largeur, le long du parapet, pour le passage des gens de pied avec des rampes en glacis descendant au bord de la rivière, ce qui sera non seulement un ornement, mais encore sera d’une grande utilité pour les rues de Poitiers et de Belle-Chasse et de celle qui doit estre formée près les Filles-de-Saint-Joseph, pour leurs issues sur le d. quai, et pour les abreuvoirs et l’enlèvement des marchandises déchargées sur le port, de même qu’il a été observé au quay Malaquais, de l’autre costé du Pont-Royal, entre les rues des Saints-Pères et des Petits-Augustins, et Sa Majesté s’estant fait représenter le plan de ce dessein que les prevost des marchands et eschevins en ont fait dresser par le maître des œuvres de la d. ville, et voulant qu’il soit suivy et exécutté, etc… » Les travaux furent commencés immédiatement, mais avec lenteur. — Un autre arrêt du conseil en date du 23 août 1707, contient un dispositif ainsi conçu : « Sa Majesté étant en son conseil a ordonné et ordonne que le nouveau plan fait par ses ordres, des ouvrages à faire pour la perfection du quartier Saint-Germain-des-Prés, attaché à la minute du présent arrêt, sera exécuté ; et en conséquence, que conformément à l’arrêt du 18 octobre 1704, il sera construit un nouveau quai en face de celui des Tuileries, de ligne droite, de 10 toises de largeur, depuis le Pont-Royal, à l’encoignure de la rue du Bacq, en descendant, sur la longueur de 400 toises, ou environ, lequel sera nommé le quai d’Orsay, et sera revêtu, dans toute son étendue, de pierres de taille, avec un trottoir de 8 pieds de largeur le long du parapet pour le passage des gens de pied, et des rampes en glacis descendant au bord de la rivière pour les abreuvoirs et l’enlèvement des marchandises déchargées sur le port, ainsi qu’il a été observé au quai Malaquais, etc… Et à cet effet ordonne Sa Majesté, que les maisons qui sont actuellement sur le dit quai et se trouveront anticiper sur les 10 toises de largeur qu’il doit avoir, seront retranchées jusqu’à la distance de ces 10 toises, et que les maisons qui seront ci-après construites sur le dit quai seront bâties suivant les alignements qui seront donnés par le maître-général des bâtiments de la ville, etc. » La première pierre fut posée le 6 juin 1705. La dénomination affectée à ce quai avait pour but d’honorer Charles Boucher, seigneur d’Orsay, conseiller au parlement, alors prévôt des marchands. Nommé à cette importante fonction le 16 août 1700, Boucher d’Orsay la remplit jusqu’au 16 août 1708. — Les travaux de construction s’effectuèrent bien lentement, car nous lisons dans les lettres-patentes du 22 avril 1769 : — Article 24e. Le quai d’Orsay qui a été ordonné dès l’année 1704 et qui est commencé à la descente du Pont-Royal, sera continué sous la même dénomination jusqu’à la rue de Bourgogne, et celui qui sera prolongé jusqu’à la barrière des Invalides, sera appelé le quai de Condé, et il y sera construit des murs ou établi des ports, suivant que le besoin du commerce et la commodité des citoyens pourront l’exiger. » Ces lettres-patentes n’eurent pas beaucoup plus d’effet que les deux arrêts précités.

« Actes du gouvernement. — Arrêté du 13 messidor an X. Les Consuls de la république arrêtent : — Article 1er. Le quai d’Orsay, situé à Paris, sur la rive gauche de la Seine, entre le pont National et celui de la Révolution, sera incessamment construit. — Art. 2e. Le ministre de l’intérieur posera la première pierre de ce quai le 24 de ce mois (13 juillet, vieux style), etc. Le premier consul, signé : Bonaparte. »

« Cologne, le 29 fructidor an XII. — Napoléon, empereur des Français, etc. Sur le rapport du ministre de l’intérieur, nous avons décrété et décrétons ce qui suit : — Article 1er. L’alignement des maisons qui bordent le quai Bonaparte, situé à Paris, entre le pont des Tuileries et le pont de la Concorde, est fixé sur une ligne droite parallèle au mur du quai, actuellement en construction. — Art. 2e. La largeur du quai entre les maisons et le parapet, sera uniformément de 20 m. 13 c. Signé Napoléon. » — Cette largeur a été maintenue par une décision ministérielle du 19 février 1820.

« Au palais des Tuileries, le 11 mars 1808, Napoléon, etc…, nous avons décrété et décrétons ce qui suit : — Article 1er. Il sera construit un quai depuis le pont de la Concorde jusqu’à celui de l’École-Militaire. Les travaux commenceront cette campagne et seront dirigés de manière à ce que ce quai soit achevé en six ans. Signé Napoléon » (Extrait).

« Au palais des Tuileries, le 10 février 1812, Napoléon, etc., nous avons décrété et décrétons ce qui suit : — Article 1er. Il sera établi le long du nouveau quai entre les ponts de la Concorde et d’Iéna, du côté des Invalides, un cours planté d’arbres. — Art. 2. La largeur de ce cours, y compris celle du quai, sera de 55 mètres, mesurés entre le parement intérieur du parapet et la face des maisons à construire, conformément au plan général annexé au présent décret. Signé Napoléon, etc. » (Extrait). — Cette seconde partie reçut alors le nom de quai des Invalides. Peu de temps après, elle prit ainsi que la partie qui se termine à la barrière, le nom de quai d’Orsay.

Les constructions ci-après ne sont pas soumises à retranchement : la caserne, le Palais du Conseil-d’État, la Chambre des Députés, nos 41, 43, 55, celles qui s’étendent de la rue de la Boucherie à celle de la Vierge, mur de clôture du dépôt des marbres, no 109, et mur de clôture entre la rue Kléber et le chemin de ronde. Les propriétés de 45 à 53 inclus devront avancer sur leurs vestiges actuels. — Portions d’égout et de conduite d’eau. — Éclairage au gaz depuis la rue du Bac jusqu’à celle d’Iéna (compe Française).

On voyait autrefois en face de l’École-Militaire une île de 2,700 m. de superficie qui s’appelait, en 1494, l’Île Maquerelle. Le massacre de la Saint-Barthélemy lui donna une triste célébrité. Nous lisons dans un compte de l’Hôtel-de-Ville : « Des charrettes chargées de corps morts, de damoisels, femmes, filles, hommes et enfants, furent menées et déchargées à la rivière. Ces cadavres s’arrêtèrent, partie à la petite île du Louvre, partie à celle Maquerelle, ce qui mit dans la nécessité de les tirer de l’eau et de les enterrer, pour éviter l’infection.» — Extrait du même compte : « Aux fossoyeurs des Saints-Innocents, 20 livres à eux ordonnées par les prévôt des marchands et échevins, par leur mandement du 13 septembre 1572, pour avoir enterré depuis huit jours onze cents corps morts, èz-environs de Saint-Cloud, Auteuil et Chailliau (Chaillot). — Nota. Il y a un pareil mandement du 9 septembre, pour 15 livres, données à compte aux mêmes fossoyeurs.» — En 1780, cette île, connue alors sous le nom d’île des Cygnes, fut réunie à remplacement sur lequel fut bâtie la seconde partie du quai d’Orsay.

Sur ce quai, près de la rivière, fut guillotiné le vertueux Bailly. La proclamation de la loi martiale et la fusillade qui en fut la suite, servirent de thème à l’accusation. Il fut condamné à être exécuté au Champ-de-Mars, pour purifier par son sang la place où son prétendu crime avait été commis. Le 11 novembre 1793, le temps était froid et pluvieux ; Bailly est conduit à pied, escorté par une populace assez lâche pour insulter un vieillard qui l’avait nourrie !… Pendant le long trajet de la Conciergerie au Champ-de-Mars, on lui agite sous le visage un drapeau rouge. Arrivé au pied de l’échafaud, il croit enfin toucher au terme de ses souffrances ; mais un de ces forcenés, irrité de son sang-froid, s’écrie : « Le Champ de la Fédération ne doit pas être souillé d’un sang aussi impur. » Soudain la guillotine est démontée, on court l’élever sur le bord de la rivière, sur un tas d’ordures, et vis-à-vis du quartier de Chaillot, où Bailly avait passé la partie la plus heureuse de sa vie, à composer ses ouvrages. Cette opération devait durer quelques heures. Pour utiliser le temps à leur manière, ces brigands lui font parcourir plusieurs fois le Champ-de-Mars. On lui ôte son chapeau, on lui attache les mains derrière le dos ; les uns lui jettent des ordures, lui crachent au nez, les autres lui donnent des coups de bâton, lorsque la lassitude le force à se reposer un instant. Accablé ainsi torturé, il tombe ! On le relève. La pluie, le froid, la vieillesse lui causent un tremblement involontaire. — « Tu trembles, lui dit un soldat, en riant. — Mon ami, je tremble de froid, répond l’auguste vieillard. » On lui brûle alors le drapeau rouge sous le nez, et le bourreau, le seul homme parmi ces tigres, se hâte de mettre fin à ses souffrances.