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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Ours (rue aux)

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Ours (rue aux).

Commence à la rue Saint-Martin, no 135 et 137 ; finit à la rue Saint-Denis, nos 202 et 204. Le dernier impair est 55 ; le dernier pair, 60. Sa longueur est de 177 m. — 6e arrondissement : les numéros impairs sont du quartier des Lombards ; et les numéros pairs du quartier de la Porte-Saint-Denis.

Cette rue, construite au XIIIe siècle, portait le nom de rue aux Oues. Les rôtisseurs qui l’habitaient étaient connus dans tout Paris par l’excellence de leurs oues (oies). Sauval, au milieu de ses savantes discussions historiques, nous rapporte complaisamment un ancien proverbe qu’on répétait lorsqu’il s’agissait de railler un gourmand : « Vous avez le nez tourné à la friandise, comme Saint-Jacques-l’Hôpital. » Effectivement, le portail de cette église était en face de la rue aux Oues, qu’on a nommée, par corruption, rue aux Ours. — Une décision ministérielle du 28 brumaire an VI, signée Letourneux, avait fixé la largeur de cette voie publique à 10 m. Cette largeur a été portée à 11 m. en vertu d’une ordonnance royale du 21 juin 1826. Propriété no 1, retranch. 20 c. ; 3, ret. 40 c. ; 5, ret. 50 c. à 60 c. ; 7, alignée ; 9 et 11, ret. 72 c. à 1 m. ; de 13 à 17, ret. 1 m. à 1 m. 50 c. ; de 19 à 37, ret. 2 m. à 3 m. ; de 39 à 43, ret. 1 m. 30 à 2 m. ; 45, ret. 1 m. 30 c. ; 47, ret. 1 m. ; 49, ret. 80 c. ; de 51 à 55, ret. 50 c. au plus. De 2 à 8, ret. 3 m. 30 c. à 3 m. 90 c. ; de 10 à 18, ret. 2 m. 50 c. à 3 m. 30 c. ; de 20 à 24, ret. 1 m. 90 c. à 2 m. 50 c. ; de 26 à 34, ret. 1 m. 40 c. à 1 m. 90 c. ; 36, 38, ret. 1 m. 50 c. ; 40, 42, ret. 1 m. 70 c. à 2 m. 10 c. ; de 44 à 48, ret. 2 m. 10 c. à 2 m. 70 c. ; de 50 à 54, ret. 2 m. 70 c. à 3 m. 40 c. ; de 56 à la fin, ret. 3 m. 40 c. à 4 m. 20 c. — Portion d’égout du côté de la rue Saint-Denis. — Conduite d’eau dans toute l’étendue. — Éclairage au gaz (compe Française).

Au milieu de cette voie publique, à l’angle de la rue Salle-au-Comte, on voyait autrefois une statue de la Vierge, enfermée dans une grille de fer, et connue vulgairement sous le nom de Notre-Dame de la Carole. Quelques historiens ont rappelé le sacrilège commis sur cette figure, par un soldat suisse, le 3 juillet 1418. Ce malheureux sortant d’un cabaret où il avait laissé son argent et sa raison, frappa cette figure de plusieurs coups de sabre ; le sang jaillit aussitôt de la statue ! Ce soldat fut arrêté, puis conduit devant le chancelier de Marle. On lui fit son procès, il fut condamné au dernier supplice. Toutes ces circonstances étaient représentées dans un tableau qu’on voyait à Saint-Martin-des-Champs dans la chapelle de la Vierge, derrière le chœur.

L’histoire a fait justice de ce prétendu sacrilège : 1o le journal de Charles VI, la vie de ce prince, par Jean Juvénal des Ursins, la continuation de celle de Le Laboureur, par Jean Lefèvre, ne parlent point de ce fait ; 2o le coupable n’a pu être traduit devant le chancelier de Marle, attendu que ce magistrat, victime de la faction de Bourgogne, avait été massacré le 12 juin précédent. Néanmoins, le 3 juillet de chaque année, on voyait un grand concours de peuple dans cette rue ; le soir on y allumait un grand feu d’artifice et l’on brûlait ensuite une figure d’osier revêtue de l’habit du soldat suisse. Cette nation réclama contre un usage injurieux pour elle ; sa réclamation était d’autant plus juste, qu’à l’époque du prétendu sacrilège les soldats suisses ne faisaient point encore partie de l’armée Française. Louis XV fit cesser ces justes plaintes. « On ôta, dit Mercier, l’habit suisse qu’on remplaça par une mauvaise souquenille. Ne dirait-on pas qu’on ajoute foi à ce miracle, d’après ce bûcher qui se renouvelle chaque année ? Tout le monde rit en voyant passer ce colosse d’osier qu’un homme porte sur ses épaules, et auquel il fait faire des révérences et des courbettes devant toutes les vierges de plâtre qu’il rencontre. Le tambour l’annonce ; et dès qu’on met le nez à la fenêtre, ce colosse se trouve de niveau à l’œil des curieux. Il a de grandes manchettes, une longue perruque à bourse, un poignard de bois teint en rouge dans sa dextre, et les soubresauts qu’on imprime au mannequin, sont tout-à-fait plaisants si l’on considère que c’est un sacrilège qu’on fait danser ainsi. » La révolution supprima cette cérémonie burlesque.