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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Royale (place)

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Royale (place).

Commence à la rue Royale, nos 11 bis et 18 ; finit à la rue de la Chaussée-des-Minimes, nos 1 et 2. Le dernier impair est 25 ; le dernier pair, 28. — 8e arrondissement, quartier du Marais.

§ Ier. — Palais des Tournelles.Marché aux Chevaux. — Faits historiques.

La place Royale occupe une partie du terrain sur lequel s’élevait l’ancien palais des Tournelles. Cette demeure royale, dont nous allons rappeler l’origine, était située en face de l’hôtel Saint-Paul, et renfermait l’emplacement aujourd’hui limité par les rues des Tournelles, Neuve-Saint-Gilles, Saint-Louis, du Val-Sainte-Catherine et Saint-Antoine.

Le palais des Tournelles n’était au commencement du XIVe siècle qu’un simple hôtel que Pierre d’Orgemont, seigneur de Chantilly, chancelier de France et de Dauphiné, fit rebâtir vers 1390. Pierre d’Orgemont, évêque de Paris et fils du précédent, vendit le 16 mai 1402 cette habitation au duc de Berri, frère de Charles V, moyennant 14,000 écus d’or. Cet hôtel appartint ensuite au roi Charles VI, et dans les registres capitulaires de Notre-Dame il est qualifié, en 1417, de Maison royale des Tournelles.

Charles VI, pendant sa démence, et le duc de Bedfort, régent de France pour le roi d’Angleterre, ont habité l’hôtel des Tournelles.

Bedfort comptait si bien sur la puissance anglaise, qu’il voulut faire réparer et agrandir pour son usage particulier la demeure des rois de France. À cet effet, il acheta aux religieux de Sainte-Catherine, moyennant la somme de deux cents livres, douze arpents de terre qui faisaient partie de leur culture. Mais bientôt, grâce au courage d’une jeune paysanne, Charles VII ramena sa bannière triomphante dans le palais des Tournelles.

Cette habitation était aussi riche et aussi vaste que l’hôtel Saint-Paul. Elle renfermait plusieurs corps de bâtiments avec chapelles. On y comptait douze galeries, deux parcs, sept jardins, et la distribution des appartements était semblable à celle des autres maisons royales.

On y remarquait la chambre du conseil dont les ornements étaient de la plus grande magnificence ; la galerie des Courges, ainsi nommée des courges vertes peintes sur les murailles. Cette galerie avait été élevée par l’ordre du duc de Bedfort, en 1432. Sur le comble couvert de tuiles, étaient dessinées les armes du régent et ses devises environnées de six bannières avec ses armoiries.

Le 23 août 1451 eut lieu, au palais des Tournelles, la représentation de la danse macabre devant le duc Charles d’Orléans. Guillemin Girost et ses compagnons, qui exécutèrent cette danse, reçurent une gratification de 4 livres 2 sols 6 deniers tournois.

Une partie de l’hôtel des Tournelles portait le nom de logis du Roi. La porte d’entrée était décorée d’un écusson aux armes de France, peint par Jean de Boulogne. — Louis XI y fit construire une galerie qui traversait la rue Saint-Antoine et aboutissait à l’hôtel de Madame d’Étampes.

Louis XII mourut au palais des Tournelles, le 1er janvier 1515. « Lorsque les clocheteurs des trépassés, dit un historien contemporain, allèrent par les rues avec les clochettes, sonnant et criant : le bon roy Loys, le père du peuple, est mort, ce fut une désolation dans Paris, telle qu’on n’en avoit jamais vue au trépassement d’aucun roy.»

François Ier vint rarement habiter ce manoir qu’il dédaignait pour s’occuper de Fontainebleau et du Louvre. Son successeur Henri II y ramena les plaisirs, et le palais des Tournelles jeta son plus vif et son dernier éclat.

Chaque jour le roi se plaisait à inventer des fêtes, des tournois, des joutes d’amour en l’honneur des dames. — À l’un de ces tournois où la cour était présente, au plus bel instant de la joie générale, sous les yeux et sous l’admiration de la belle duchesse de Valentinois, dont il portait les couleurs, le roi Henri voulut joûter avec le comte de Montgommeri, capitaine de la garde écossaisse. Le choc fut si violent, qu’un des éclats de la lance du comte atteignit le visage du roi, après avoir brisé la visière de son casque. Henri fut porté sans connaissance à l’hôtel des Tournelles, où il expira le 15 juillet 1559. — À dater de cette mort, ce palais devint comme un lieu de malédiction. Mille terreurs superstitieuses assiégeaient les habitants de ce triste manoir qui fut bientôt abandonné.

Lettres-patentes pour la vente des places de l’hôtel des Tournelles et d’Angoulême.

28 janvier 1563. — « Charles, par la grâce de Dieu, Roy de France, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. — Nous avons été bien et dûment avertis et informez qu’en notre ville de Paris, il y a plusieurs places et maisons étant de notre vray et ancien domaine qui de présent sont rendues inutiles et ruineuses dont ne tirent aucun profit et bien petit de commodité, et néantmoins seroient fort propres et utiles et convenables à bâtir et édifier plusieurs beaux logis et demeures fort nécessaires, pour y retirer bon nombre de peuple qui afflue de jour en jour et vient habiter en notre dite ville dont la plus part sont contraints faire maisons et bâtiments hors le tour et enclos d’icelle, pour n’y pouvoir plus trouver place à bâtir, et même notre hôtel des Tournelles et d’Angoulesme assis rue Saint-Antoine, lesquels, comme il est évident, tombent chacun jour partie après l’autre, et est impossible de les pouvoir réparer ni mettre en sûr état pour y habiter, sans y employer une si grande somme de deniers qu’il nous est à présent du tout impossible d’y faire fournir, ayant égard à l’état de nos finances et à nos urgentes affaires ainsi pressez que chacun sait. Par quoy, pour éviter la totalle ruine des dits hôtels et la perte des matériaux des bâtiments qui y restent à présent debout, est requis et nécessaire faire bailler et distribuer nos dits hôtels des Tournelles et d’Angoulesmes, ainsi qu’ils se poursuivent et comportent avec les appartenances et dépendances par places et portions divisées et séparées à cens et perpétuité portant lods et ventes, saisines et amendes, et moyennant aussi quelques sommes de deniers pour une fois de sort principal et achat qui s’en fera dont nous en reviendroit de gros deniers des quels nous nous pourrions prévaloir et ayder en nos dites affaires mêmement à édifier et construire notre château du Louvre et autres bâtiments que nous voulons être construits en notre dite ville de Paris, èsquels nous avons délibéré loger et non plus aux d. Tournelles, etc. — Pour ces causes et autres bonnes et justes considérations à ce nous mouvant, avons par l’avis de notre Reyne, notre très honnorée dame et mère, des princes de notre sang et autres seigneurs de notre privé conseil, dit, etc… que notre d. hôtel des Tournelles, ainsi qu’il se poursuit et comporte, appartenances et dépendances d’iceluy, soient et demeurent disjoints et désunis hors de notre domaine et vendus et alliénez à perpétuité, et à cette fin adjugez aux plus offrants et derniers enchérisseurs, etc. — Donné à Saint-Maur-des-Fossés, ce vingt-huitième jour de janvier, l’an de grâce 1563 et de notre règne le quatrième, signé Charles. » — (Archives du royaume, section domaniale, série 9, no 1, 234.)

Ces lettres-patentes furent exécutées. Sur une partie de l’emplacement du parc des Tournelles on établit un Marché aux Chevaux, qui devint sous le règne de Henri III le théâtre d’un duel fameux. — La reine de Navarre, sœur du roi, qui partageait la haine de la reine-mère contre les Mignons dont l’outrecuidance était désordonnée, excita, dit-on, à dessein, une querelle qui s’éleva dans la cour du Louvre, entre Quélus, favori du roi, et Balzac d’Entragues, attaché au duc de Guise. Le 27 avril 1578, à cinq heures du matin, Quélus, accompagné de Maugiron et Livarot, attendait son adversaire au coin du Marché aux Chevaux. D’Entragues arriva bientôt suivi de Riberac et de Scomberg. Ils croisent le fer ! « Maugiron et Scomberg, qui n’avaient que dix-huit ans, furent tués roides, dit Saint-Foix. Riberac mourut le lendemain. Livarot, d’un coup sur la tête, resta six semaines au lit. D’Entragues ne fut que légèrement blessé. Quélus, de dix-neuf coups qu’il avait reçus, languit trente-trois jours et mourut entre les bras du roi, le 29 mai, à l’hôtel de Boissy, dans une chambre qu’on peut dire avoir été sanctifiée depuis, servant à présent de chœur aux filles de la Visitation Sainte-Marie. » — Henri III fit faire de magnifiques funérailles en d’honneurs de ses favoris, leur éleva des tombeaux de marbre dans l’église Saint-Paul, que l’Estoile appela le sérail des Mignons.

§ II. — Place Royale.

Parmi les rois jaloux d’embellir la capitale, Henri IV doit être mis au premier rang. Le document suivant atteste également toute la sollicitude du prince pour le commerce et les manufactures.

Lettres-patentes confirmant les contrats faits à divers des terrains de la Place Royale.

Juillet 1605. « Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, à tous présents et advenir, salut. Ayant délibéré pour la commodité et l’ornement de nostre bonne ville de Paris, d’y faire une grande place bastye des quatre costez, la quelle puisse estre propre pour ayder à establir les manufactures des draps de soye et loger les ouvriers que nous voullons attirer en ce royaume, le plus qu’il se pourra et par mesme moyen puisse servir de promenoir aux habitans de nostre ville, les quelz sont fort pressez en leurs maisons à cause de la multitude du peuple qui y afflue de tous costez, comme aussy aux jours de réjouissances lorsqu’il se faict de grandes assemblées et à plusieurs autres occasions qui se rencontrent aux quelles telles places sont du tout nécessaires, nous avons résolu en nostre conseil au quel estoient plusieurs princes, officiers de nostre couronne et aultres de nostre dict conseil, de destiner à cest effect le lieu à présent appelé le Marché aux-Chevaulz, anciennement le parc des Tournelles, et que nous voullons estre doresnavant nommé la Place Royalle, et par leur advis avons faict marquer une grande place vis-à-vis du logis qui a esté basty depuis peu par les entrepreneurs des manufactures, contenant soixante-douze thoises en carré, et avons baillé les places qui se sont trouvées nous appartenir autour du dict carré et celles pour les quelles nous avons récompensé les particuliers à ceulz qui se sont présentez pour y bastir selon nostre desseing, et pour cest effect leur avons délaissé les dictes places comme il est porté par les contractz attachez soubz nostre contrescel, à la charge de païer par an pour chacune des dictes places en la recepte de nostre domaine de Paris, ung escu d’or sol, et en oultre de bastir sur la face des dictes places chacun ung pavillon ayant la muraille de devant de pierre de taille et de brique, ouverte en arcades et des galleryes en dessoubs avec des boutiques pour la commodité des marchandises selon le plan et les ellévations qui en ont été figurées, tellement que les trois costez qui sont à faire pour le tour de la dicte place devant le dict logis des manufactures soient tous bastiz d’une mesme cimettrie pour la décoration de nostre dicte ville, pour le plus grand ornement de la quelle nous avons désir faict les marchez pour faire bastir ung pavillon à noz despens à l’entrée de la dicte place sur la rue que nous faisons percer pour y entrer par la rue Sainct-Anthoine. A ces causes avons par nostre présent édict perpétuel et irrévocable, dict, statué et ordonné, disons, statuons et ordonnons, voulons et nous plaist que les dictes places par nous vendues, ceddées, etc… soient et demeurent à perpétuité aux personnes y dénommées pour culz, leurs hoirs et ayant cause, à la charge d’en païer par chacun an le dict escu d’or de cens, portant lods, vente, saisine, quand le cas y escherra, selon les us et coutumes de nostre dicte bonne ville, prévosté et vicomté de Paris, et oultre à la charge d’y faire les bâtiments contenuz aux dictz contractz par les quelz nous leur avons transporté comme nous faisons par nostre présent édict, tous les droicts de propriettez des dictes places, et sans que les dicts pavillons estans sur la face de la dicte place Royale puissent estre divisés et séparés entre cohéritiers ny aultres, voullant que pour la conservation des chambres respondantes sur la dicte place, les quelles pourroient estre gastées par les partages et séparations, les dicts cohéritiers ou aultres en jouissent par indivis ou s’en donnent récompense. — Donné à Paris au mois de juillet, l’an de grâce mil six cent cinq, et de nostre règne le seizième ; signé Henry. Signé sur le reply, par le roy : de Neufville, à costé visa et scellées sur lacz de soye rouge et verd en cire verte du grand scel. Enregistré, ouy le procureur général du roy à Paris en parlement, le cinquième jour d’aoust, l’an mil six cent cinq. Signé Voisin. » (Archives du royaume, section judiciaire. Ordonnances de Henry IV. 3e volume, XX, fo 284).

La joie du Parisien fut bien vive, lorsqu’il vit s’élever pour remplacer des maisons tristes et malsaines, de superbes habitations, au milieu desquelles on lui avait réservé un espace ouvert à la promenade, au repos, aux doux loisirs. C’était la première fois que la royauté s’occupait avec tant de sollicitude du public.

Sous la régence de Marie de Médicis, en 1612, la place Royale fut le théâtre d’une fête donnée en réjouissance du traité de paix avec l’Espagne. — « La reine, dit M. Bazin, avait commandé au duc de Guise, au duc de Nevers et au comte de Bassompierre, d’être les tenants d’un divertissement en forme de carrousel ou tournoi ; mais seulement pour courir la quintaine et la bague, sans combat d’homme à homme, dont la lice serait dans la place Royale depuis peu bâtie par Henri IV, s’en rapportant, disait-elle, à ces trois seigneurs pour surpasser tout ce que pourraient faire à Madrid les Espagnols. » Le prince de Joinville et le comte de la Châtaigneraie se joignirent aux tenants et arrêtèrent le programme du spectacle. On les appelait Chevaliers de la Gloire. Chargés de la garde du Temple de la Félicité, ils étaient prêts à combattre contre tous ceux qui tenteraient d’y pénétrer. Leur défi était signé : Alcindor, Léontide, Alphée, Lysandre, Argant ; le lieu indiqué, à la place Royale de l’abrégé du monde. Tous les grands seigneurs jeunes, alertes, se disposèrent à se ruiner pour paraître galamment à cette joyeuse solennité. On bâtit sur cette place le palais allégorique. Autour du camp gardé par des soldats, s’élevaient des échafauds dont la hauteur atteignait un premier étage. À côté de l’enceinte quatre estrades avaient été réservées pour le roi et ses sœurs, pour la reine-mère et pour les juges du camp, qui étaient le connétable et quatre maréchaux de France. Les toits des maisons étaient couverts de spectateurs. La foule entassée, se pressait tellement derrière les gardes, qu’il fallut plusieurs heures pour permettre à tous ceux qui remplissaient des rôles, de pénétrer dans l’espace réservé au tournoi. L’équipage des tenants était composé de cinq cents hommes, archers, hérauts, trompettes, estafiers, etc., plus, deux cents chevaux précédant un chariot d’armes, un rocher roulant chargé de musique et un char triomphal dans lequel étaient assises plusieurs divinités qui récitaient des pièces de poésie. Alors s’avancèrent les Chevaliers du Soleil, conduits par le prince de Conti sous le nom d’Aristée ; puis les Chevaliers du Lys, suivant le duc de Vendôme ; les deux Amadis, représentés par le comte d’Ayen et le baron d’Uxelles ; le Percée Français, sous les traits de Henri de Montmorency, fils du connétable ; le duc de Retz à la tête des Chevaliers de la Fidélité ; le duc de Longueville s’annonçant Chevalier du Phénix ; les quatre Vents, réduits à trois par suite de la mort du sieur de Baligny, tué en duel ; ensuite sous le nom et l’habit des Nymphes de Diane, apparurent quatre jeunes seigneurs qui furent depuis maréchaux de France ; le marquis de Rosny ; deux Chevaliers de l’Univers ; et enfin neuf illustres Romains. Tous ces acteurs, parmi lesquels figuraient les descendants des plus belles familles de France, portaient des costumes éblouissants de dorures et de diamants. Chaque groupe, à son entrée, faisait le tour de l’enceinte, puis se rangeait de côté, et chaque assaillant choisissait un des tenants pour courir après lui la quintaine et disputer le prix. On porte à quatre-vingt mille le nombre des spectateurs réunis dans la place Royale et dans ses abords. Deux mille personnes figuraient dans les diverses troupes et plus de mille chevaux caracolaient dans l’enceinte. On vit passer plus de vingt grandes machines sans compter les géants, les éléphants, les rhinocéros et un monstre marin. Quarante-sept assaillants, chevaliers de toute espèce, Vents, Nymphes et Romains, s’étaient mesurés avec les cinq tenants à qui briserait avec plus d’adresse une lance sur le poteau placé au bout de la lice. Des prix évalués à 400 pistoles avaient été remportés par les vainqueurs de chaque course. Le lendemain soir, un grand feu d’artifice éclaira le palais de la Fidélité. Le troisième jour fut destiné à la course de la bague. Après trois épreuves, cinq chevaliers se trouvèrent égaux, et la partie fut remise à une autre occasion. Le soir, comme on l’avait fait la veille, la cavalcade avec son bruyant attirail, parcourut la ville à la lueur de mille flambeaux qui mirent le feu à deux maisons. Ainsi finit la fête.

Sous le ministère de Richelieu, la place Royale reçut un nouvel embellissement. Le 27 novembre 1639, le cardinal fit poser solennellement au milieu de cette place la statue équestre de Louis XIII. Cette statue était en bronze, et sur le piédestal en marbre blanc on lisait cette inscription :

« À la glorieuse et immortelle mémoire du très grand et très invincible Louis-le-Juste, treizième du nom, roi de France et de Navarre, Armand, cardinal et duc de Richelieu, son premier ministre dans tous ses illustres et généreux desseins, comblé d’honneurs et de bienfaits par un si bon maître, lui a fait élever cette statue en témoignage de son zèle, de son obéissance et de sa fidélité. 1639. »

Cette statue était remarquable. Le cheval, ouvrage du célèbre Daniel Ricciarelli, disciple de Michel Ange, passait pour une œuvre merveilleusement belle.

La place Royale devint bientôt le rendez-vous de la noblesse et des plus jolies courtisanes. Là, demeurait la belle Marion-Delorme, et tout à côté se trouvait l’hôtel de Ninon de l’Enclos.

Arrêt du conseil (18 avril 1082.) — « Le roy ayant esté informé par les prévost des marchands et eschevins de sa bonne ville de Paris, que les propriétaires des maisons de la place Royalle, auroient proposé entre eux de faire un fonds pour faire entourer la dicte place d’une grille de fer avec des ornements au lieu des barrières de bois dont elle est présentement environnée, en contribuant à ceste effect certaine somme pour chacun pavillon de la dicte place, et qu’ils auroient ensuitte requis les dits prévost des marchands et eschevins de prendre la conduitte du d. ouvrage, etc… Sa Majesté estant en son conseil, a permis et permet aux dits prévost des marchands et eschevins, d’ordonner de la conduitte des dits ouvrages proposez pour l’embellissement de la dicte place Royale, etc., signé Boucherat, Colbert. » (Arch. du royaume, section administrative, registre E, no 1,812.)

On voyait sur cette grille, à deux de ses entrées, le portrait en médaillon de Louis XIV. Cette grille coûta 35,000 livres.

Arrêt du conseil (25 avril 1783.) — « Sur ce qui a été représenté au roy étant en son conseil par le prévôt des marchands et échevins de la ville de Paris, Sa Majesté a ordonné et ordonne qu’il sera planté une allée de deux rangs d’arbres dans l’intérieur des grilles de la place Royale, laquelle aura 18 pieds de largeur, laissant aux quatre entrées principales un intervalle de 12 toises pour découvrir la statue équestre de Louis XIII qui est au milieu. Fait au conseil d’état du roi, Sa Majesté y étant, tenu à Versailles le 25 avril 1783, signé Amelot. » (Arch. du royaume section domaniale, série 9, no 1,232.)

Mais l’ouragan révolutionnaire avait dispersé les nobles propriétaires des riches hôtels situés autour de cette place dont on allait bientôt effacer le nom.

Séance du 19 août 1792. — Huguenin, président. « Il est arrêté que la section dite ci-devant de la place Royale, sera nommée à l’avenir section des Fédérés, et que la place et la rue ci-devant royales seront nommées place et rue des Fédérés. » (Extrait des registres de la commune, tome 9, page 280.)

La place Royale avait encore à subir plusieurs métamorphoses patronymiques.

Convention nationale. — Séance du jeudi 4 juillet 1793. — « Les citoyens de la section de la place des Fédérés, au nombre de 866, ont entendu pendant deux jours la lecture de la déclaration des droits de l’homme et de l’acte constitutionnel, et les ont sanctionnés par appel nominal et à l’unanimité.

» Un citoyen de cette section demande à ce qu’elle soit autorisée à changer son nom de place des Fédérés en icelui de l’Indivisibilité. (On applaudit.) Cette proposition est décrétée. » (Moniteur du 6 juillet 1793.)

« Paris, le 26 fructidor an VIII de la république française une et indivisible. — Le ministre de l’intérieur au citoyen Frochot, préfet de la Seine.

» L’arrêté des consuls du 17 ventôse dernier porte : Article 1er, citoyen préfet, que le nom du département qui aura payé au 20 germinal la plus forte partie de ses contributions, sera donné à la principale place de Paris.

» Les consuls se sont fait rendre compte de l’état des contributions à cette époque : il en résulte que les trois départements les plus avancés sont ceux de l’Arriège, du Jura et des Vosges ; mais que ce dernier l’emporte, parce qu’il ne devait rien sur l’arriéré, qu’il avait payé plus de moitié sur la contribution foncière, et qu’enfin en six mois il a payé 13/20es d’une année de contributions.

» Je vous invite en conséquence à donner le nom de place des Vosges à la place connue ci-devant sous le nom de place Royale, la seule dont le nom puisse être changé. Vous voudrez bien donner de la publicité à cette décision, et veiller à ce que l’inscription soit placée pour le 1er vendémiaire. Je vous salue, etc… Signé Lucien Bonaparte.»

En vertu d’un arrêté préfectoral du 27 avril 1814, la place Royale a repris sa première dénomination. — Une ordonnance royale du 14 février 1816 prescrivit le rétablissement de la statue équestre et en marbre de Louis XIII. — De nombreux embellissements exécutés depuis ont fait de la place Royale l’une des plus jolies promenades de Paris. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Lacarrière).