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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Thomas-du-Louvre (rue Saint-)

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Thomas-du-Louvre (rue Saint-).

Commence à la rue du Carrousel, nos 6 et 8 ; finit à la rue de Chartres, et à la place du Palais-Royal, no 233. Le dernier impair est 19 ; le dernier pair, 42. Sa longueur est de 152 m.1er arrondissement, quartier des Tuileries.

Cette rue, construite vers 1230, tire son nom de l’église Saint-Thomas appelée depuis église Saint-Louis, qu’on voyait encore au commencement de notre siècle près de la galerie du Louvre. Cette voie publique, qu’on nomma aussi rue des Chanoines, a été en partie démolie pour faciliter le projet de réunion des palais du Louvre et des Tuileries. La rue Saint-Thomas-du-Louvre devant être supprimée entièrement pour l’exécution complète de ce projet, il n’existe point d’alignement arrêté pour cette voie publique, dont la largeur actuelle est de 6 m. environ. — Conduite d’eau. Éclairage au gaz (compe Anglaise).

Église Saint-Thomas-du-Louvre. — Le meurtre de l’archevêque de Cantorbéry excita l’indignation de l’Europe chrétienne. Lorsqu’il fut canonisé, saint Thomas devint dans notre pays l’un des martyrs les plus vénérés. Cette ferveur des fidèles était encore alimentée par l’orgueil national qui animait le peuple français contre le roi d’Angleterre. On vit à la fin du XIIe siècle plusieurs églises s’élever sous l’invocation de saint Thomas. Robert, comte de Dreux, quatrième fils du roi Louis-le-Gros et frère de Louis VII, fut le fondateur de Saint-Thomas-du-Louvre, qu’il érigea en collégiale en y créant quatre canonicats. Ce prince étant mort en 1188, Robert, son fils, confirma ces fondations et les fit approuver par Philippe-Auguste, dont les lettres-patentes sont de l’année 1192. Ces titres, ainsi que plusieurs autres, nous apprennent qu’à cette époque les principaux revenus de cette collégiale consistaient dans les dimes de Torcy, de Cailly et de Brie-Comte-Robert. Elle jouissait également d’une rente de cent sols parisis, et possédait une vigne et un arpent de terre. On voit aussi dans ces actes, que Robert de Dreux avait donné des maisons en y affectant des revenus pour loger et nourrir de pauvres étudiants. L’église collégiale de Saint-Nicolas-du-Louvre remplaça depuis cet hôpital. Jean, duc de Bretagne, comte de Montfort et de Richemond, donna le 2 février 1428, au chapitre de Saint-Thomas, son hôtel de la Petite-Bretagne, situé derrière l’église, dans la rue de Matignon. En 1733, l’église qui était construite depuis plus de six cents ans tombait en ruine. Le roi, sur la demande du cardinal Fleury, accorda pour sa reconstruction 50,000 écus assignés sur la ferme des poudres, et payables en neuf années. Dès que le premier paiement eut été effectué, on se mit à l’œuvre. L’office divin fut célébré dans le bas de l’église, et l’on éleva une charpente qui sépara les prêtres de la partie qu’on était forcé d’abandonner. On jeta les fondements du nouvel édifice du côté des rues Saint-Thomas et du Doyenné. Le 15 septembre 1739, sur les onze heures du matin, au moment où l’on s’assemblait pour tenir le chapitre, le clocher voisin de la salle capitulaire tomba avec fracas, écrasa la voûte et ensevelit six chanoines sous ses ruines. Il fallut après ce tragique événement pourvoir à l’érection d’un nouveau chapitre. Les chanoines de Saint-Thomas et ceux de Saint-Nicolas ne formaient, dans l’origine, qu’un même chapitre. Ils furent réunis une seconde fois par un décret du 10 mars 1740. La nouvelle église prit le nom de Saint-Louis-du-Louvre. Les plans en avaient été dressés par un orfèvre nommé Thomas Germain. En 1744, la veille de la fête de saint Louis, elle fut solennellement dédiée à saint Louis, roi de France. En 1749, un troisième chapitre, celui de Saint-Maur-des-Fossés, fut joint aux deux premiers. Après avoir servi pendant la révolution au culte protestant, Saint-Louis-du-Louvre fut démoli. Le terrain qu’elle occupait doit être compris dans la place du Carrousel.

Église Saint-Nicolas-du-Louvre. — Robert de Dreux, en fondant l’église Saint-Thomas, avait également établi un hôpital et un collége. Le pape Innocent III y fit entrer, en 1209, quelques pauvres écoliers. Les donations des comtes de Dreux amenèrent bientôt une contestation entre le proviseur et les écoliers d’une part et les chanoines de l’autre. Les biens avaient été jusqu’alors communs entre eux, et l’église Saint-Thomas servait aux uns et aux autres. En 1212, un partage fut fait entre les chanoines et l’hôpital, et l’on convint que la rue Saint-Thomas servirait de limite. Le proviseur et les écoliers désirèrent, en outre, avoir une église particulière. Des lettres leur furent accordées en 1217, par le pape, dans lesquelles le souverain pontife les qualifie de Recteur et de Frères-de-l’Hôpital de Saint-Thomas-du-Louvre. Il leur donna, en outre, le droit d’avoir une chapelle et un cimetière. Cette chapelle, dédiée à saint Nicolas, fut bâtie entre l’église Saint-Thomas et le palais du Louvre. Après cette contestation qui divisa ces deux établissements, la nouvelle maison prit le nom d’Hôpital des pauvres écoliers de Saint-Nicolas-du-Louvre. À la fin du XIIIe siècle, cette maison fut composée d’un maître ou proviseur, d’un chapelain et de quinze boursiers. On y ajouta un second chapelain, puis en 1350 trois nouveaux boursiers furent adjoints aux anciens. Le 25 juillet 1541, Jean du Bellay, évêque de Paris, supprima proviseur et boursiers, et érigea ce collége en un chapitre composé d’un prévôt et de quinze chanoines qui furent réunis en 1740 à ceux de Saint-Louis-du-Louvre. L’église Saint-Nicolas, dès lors totalement abandonnée, fut démolie avant la révolution.

Hôtel de Rambouillet. — Il ne faut pas confondre cet hôtel de Rambouillet avec celui qui fut vendu en 1624, moyennant 30,000 écus, au cardinal de Richelieu qui le fit abattre, puis élever sur son emplacement les constructions du Palais-Royal. Le second hôtel de Rambouillet, situé dans la rue Saint-Thomas-du-Louvre, près de l’hôtel de Longueville, s’étendait jusqu’au jardin de l’hôpital des Quinze-Vingts. Cette propriété qui avait été connue successivement sous les noms d’hôtel d’O, de Noirmoutiers, de Pisani, prit celui de Rambouillet lorsque Charles d’Angennes, marquis de Rambouillet, qui avait épousé mademoiselle de Vivonne, fille du marquis de Pisani, vint s’y établir après la mort de son beau-père. Cet hôtel fut presqu’entièrement rebâti par le marquis de Rambouillet. L’esprit, les grâces, les connaissances variées de Catherine de Vivonne, son goût pour les sciences et les lettres attirèrent dans son hôtel, nommé depuis le Parnasse Français, les meilleurs poètes et la fleur de la noblesse de l’époque. La société de l’hôtel de Rambouillet ne fut pas exempte des défauts qui déparent presque toujours ces sortes de réunions ; elle donna dans le pédantisme et dans une affectation de langage un peu ridicule ; néanmoins, cette brillante compagnie sut réveiller en France le goût des lettres, et montra le chemin aux hommes célèbres qui illustrèrent le plus beau siècle de notre histoire. L’hôtel de Rambouillet passa ensuite dans la maison de Sainte-Maur-Montauzier par le mariage de Charles de Sainte-Maur, duc de Montauzier, avec la célèbre Julie d’Angennes, fille de la marquise. Il fut ensuite possédé par les ducs d’Uzès, dont l’un avait épousé la fille unique et seule héritière du duc de Montauzier et de Julie d’Angennes. Sur une partie de l’emplacement qu’occupait cet hôtel, ont été élevés les bâtiments du Vauxhall d’hiver. Cette salle de danse avait été construite en 1784 pour remplacer celle de la foire Saint-Germain. On en fit depuis le Vaudeville qui a été incendié.