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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Vendôme (place)

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Vendôme (place).

Commence à la rue Saint-Honoré, nos 354 et 356 ; finit aux rues Neuve-des-Capucines, no 1, et Neuve-des-Petits-Champs, no 103. Le dernier impair est 25 ; le dernier pair, 26. Les numéros impairs sont du 1er arrondissement, quartier de la place Vendôme ; les numéros pairs dépendent du 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Arrêt du conseil, 2 mai 1686. — « Le roy ayant esté informé de la facilité qu’il y auroit de faire une belle et grande place en la ville de Paris, dans l’espace qu’occupe l’hostel de Vandosme, laquelle place seroit d’un grand ornement à la d. ville, et d’une grande commodité pour la communication des rues qui en sont voisines avec la rue Saint-Honnoré ; sa majesté auroit donné ses ordres au sieur marquis de Louvois, conseiller en ses conseils, secrétaire d’estat et des commandemens de sa majesté, et surintendant-général de ses bâtiments, arts et manufactures du royaume, d’acquérir en son nom le d. hostel de Vandosme, et de faire ensuitte construire dans le fond d’ycelui un couvent pour les religieuses Capucines, aprez la construction duquel celuy où elles sont présentement logées, et qui est voisin du d. hostel de Vandosme, pust estre abattu, et la place qu’occupe présentement le d. couvent estre employée, tant à l’augmentation de celle qu’elle veut bien donner pour l’embellissement et décoration de la d. ville de Paris, que pour la construction des maisons qui environneront la d. place, et sa majesté ayant considéré que si ceux qui achepteront des places aux environs de la d. grande place, pour y construire des maisons, estoient obligez d’édifier le mur d’architecture et des fassades qui doibvent faire l’ornement de la d. place, suivant et conformément aux dessins et devis qu’elle en a faict dresser, cela les constituerait en une despense considérable, ou si l’on laissoit la liberté de les faire construire à leur fantaisie, ils le feroyent bastir peu solidement, et mesme inégallement par les différens goust et sentimens des propriétaires qui acqueyereroient les d. places ; sa majesté, pour remédier à ces inconvéniens, auroit résolu d’en supporter la despense, et pour cette fin auroit donné ordre au surintendant-général de ses bastimens de prendre soin de faire construire de ses deniers le d. mur d’architecture avec la solidité et les ornemens requis à un ouvrage qui doit estre aussy considérable que celuy là ; et sa majesté ayant aussi considéré qu’il pourroit rester quelque scrupule aux particuliers qui acqueyereroient les places provenantes du d. hostel de Vandosme et du d. couvent des Capucines, qui ne feroyent point partye de l’espace de la d. grande place, ny de celle des rues qui y aboutiront, non plus que de celle où sera construit le d. nouveau couvent des Capucines, que la possession des d. places ne leur seroit pas asseurée pour toujours à eux et à leurs hoirs, et qu’aussy ceux qui auroient acquis des places sur le fonds où est présentement basty le d. couvent des religieuses Capucines, craindroient un jour d’en estre recherchez et inquiétiez pour raison du huictième denier ; sa majesté voulant lever tout subjet de doubte et de difficultez à cest esgard, et mettre ceux qui achepteroient les d. places hors d’estat de rien appréhender à n’advenir pour la seureté de leur acquisition, veust mesme que toutes les d. places n’ont point esté et ne peuvent jamais estre censées faire partye du domaine de sa majesté, n’y ayant pu estre unies, attendu le peu de temps que l’acquisition en a esté faicte au nom de sa majesté, et que d’ailleurs le décret que l’on poursuit n’en a pas encore esté expédié. Sa majesté, estant en son conseil, a déclaré et déclare que son intention n’est pas que les héritages susdits, faisant partye de la place où estoit cy devant le d. hostel de Vandosme, et de celle où est à présent le d. couvent des Capucines, lesquels seront vendus aux particuliers qui voudront les acquérir, puissent estre jamais censez et réputtez de son domaine, n’y qu’à l’occasion de l’acquisition qui en a esté faite en son nom, par le surintendant et ordonnateur général de ses bastimens, l’on puisse prétendre qu’ils y doibvent retourner ny y estre jamais réunis, etc. Veult sa majesté qu’en vertu des mesmes contrats, arrests du conseil et susdittes quittances, ils deviennent propriétaires incommutables de la partye du mur de face, sur la place qui leur aura esté vendue, et qu’ils en jouissent eux, leurs hoirs et ayans cause, tout ainsy que si elles avoient esté basties par leurs soins et de leurs deniers, à la charge touttesfois de bien et duement entretenir le d. mur de face, de la manière dont il sera construit, sans y rien changer ni adjouter qui en puisse altérer la cymétrie, ni estre veu de la d. grande place, etc. » (Extrait de l’arrêt du conseil du 2 mai 1686. Archives du royaume, section administrative, série E, no 1834.)

« Lettres-patentes, 7 avril 1699. — Louis, etc… Notre ville de Paris augmentant tous les jours par le nombre de ses habitans et de ses édifices, nous avions, pour son embellissement, et pour faciliter la communication des rues Neuves-Saint-Honnoré et des Petits-Champs, et autres adjacentes, résolu de faire une belle grande place au quartier de la rue Saint-Honnoré, et, pour l’exécution de ce dessein, nous avions donné nos ordres pour acquérir en nostre nom l’hostel de Vandosme avec ses appartenances et dépendances, places et autres és-environs, dont le contrat a été passé le 4 juillet 1685, nous avions, par arrest de notre conseil du 2 mai 1686, déclaré nos intentions sur la destination de cette acquisition, et parce que cette place ne pouvait se former régulièrement sur l’emplacement de cet hôtel, nous avions résolu de nous servir, pour ce dessein, de l’emplacement du couvent des religieuses Capucines, dites de la Passion, lors établies vers la rue Saint-Honnoré, et de transférer ce couvent sur les derrières de cet hôtel, où nous l’avons depuis fait construire et parachever à nos despens, au moyen de quoi elles nous ont, par acte capitulaire du 19 avril 1698, fait l’abandon et délaissement de l’emplacement de leur ancien couvent et dépendances. Nous avons en mesme temps fait commencer la construction des murs de face qui doivent former la d. place, suivant le plan que nous en avons arrêté ; mais depuis nous avons trouvé que ces murs de face, quoyque convenables, par leur élévation et leur architecture, à la grandeur de la place, estoient incommodes et impraticables pour les particuliers qui auroient voulu y faire construire des maisons, ce qui jusqu’à présent a empêché la perfection de cet ouvrage, et nous auroit déterminé à prendre d’autres mesures et à former un nouveau dessin, dont néanmoins nous aurions résolu de surseoir à l’exécution. Sur quoi les prevost des marchands et eschevins désirant nous donner des marques de leur zèle pour l’exécution de nos projets, et procurer aux habitants du d. quartier et des rues Neuves-Saint-Honnoré et des Petits-Champs, et autres adjacentes, la commodité qu’ils recevront de cette place, nous auroient offert et proposé de se charger de la construction de cette dite place, rue Saint-Honnoré, suivant le d. nouveau plan, d’acquérir l’emplacement nécessaire pour la construction de la d. place, si nous voulions bien délaisser et abandonner aux d. prevost des marchands et eschevins, l’emplacement restant du d. hôtel de Vandosme et de l’ancien couvent des Capucines, places et ès-environs, avec les édifices qui ont été commencez sur le d. emplacement pour former la d. place en l’état qu’elle est. À ces causes, après avoir fait examiner en nostre conseil le contrat de vente à nous fait du d. hôtel de Vandosme et dépendances, et l’arrest de notre conseil du 2 mai 1686, et lettres-patentes sur iceluy, le plan de la place commencée au quartier des rues Neuves-Saint-Honnoré et des Petits-Champs, le plan levé par nos ordres de la nouvelle place, ensemble les offres et propositions des d. prevost des marchands, et eschevins, et, désirant les traitter favorablement, nous avons par ces présentes, et de l’avis de notre conseil, dit, déclaré et ordonné, disons, déclarons et ordonnons, voulons et nous plaît qu’il soit incessamment passé contrat de délaissement à perpétuité aux d. prevost des marchands et eschevins, de la totalité du fonds et de la superficie de l’emplacement restant de l’hostel de Vandosme et de l’ancien couvent des Capucines, appartenances et dépendances, places et ès environs d’iceux, le tout marqué sur le d. plan, avec les bâtiments et édifices qui ont esté construits pour former la place en l’état qu’elle est, suivant l’ancien dessin ; pour, par les d. prevost des marchands et eschevins, en faire et disposer comme ils aviseront ; voulons, attendu l’objet de destination, qu’ils soyent exempts de tous droits généralement quelconques ; voulons et ordonnons que les d. prevost des marchands et eschevins soyent tenus, suivant leurs offres, de faire construire incessamment, sur les emplacements par nous à eux délaissez, et dont il sera passé contrat, les édifices nécessaires pour former la nouvelle place que nous avons résolu, avec les rues d’entrée et issue, le tout suivant le plan et élévation levés par nos ordres ; à l’effet de quoy les dits prevost des marchands et eschevins feront démolir, tant en fondation que superficie, les bâtiments que nous aurions commencés de faire construire pour, les matériaux et démolitions en provenant, être employés à la confection du nouveau dessin. Voulons aussi que les d. prevost des marchands et eschevins soient tenus de faire le premier pavé de la d. rue et des places environnantes. Voulons que les deniers qui proviendront des ventes et aliénations ou délaissemens qui pourront être faits, soient employés au perfectionnement de la nouvelle place, aux ornemens et décorations d’icelle et dépendances. Voulons et ordonnons qu’il soit par le sieur Mansart, à présent surintendant de nos bastimens, ou telles personnes qu’il avisera sous ses ordres, tenu la main à ce que les édifices qui doivent composer la façade de la dite nouvelle place, soient construits solidement, et en conformité des plans par nous arrêtez, etc. Données à Versailles, le 7e jour d’avril, l’an de grâce 1699, et de notre règne le 56e. Signé Louis. » (Extrait des lettres-patentes, archives du royaume, bureau de la ville, registre H, no 1837, fo 234.)

Ces lettres-patentes ayant été registrées en parlement le 29 du même mois, les travaux de construction furent alors repris avec vigueur sous la direction de Jules Hardouin Mansart. Le 16 août de la même année, la statue de Louis XIV fut inaugurée en grande cérémonie au milieu de cette place. Cette statue, fondue d’un seul jet, en 1692, par Balthasar Keller, d’après Girardon, était d’une dimension colossale. Le grand roi, représenté à cheval, vêtu à l’antique, avait la tête couverte d’une immense perruque. Plusieurs écrivains de cette époque affirment que vingt hommes, assis sur deux rangs autour d’une table, auraient pu se tenir à l’aise dans le ventre du cheval. — La place, alors nommée place des Conquêtes, n’était pas encore terminée. Deux arrêts du conseil, des 5 juin 1700 et 3 mai 1701, prescrivirent son achèvement. Ces arrêts reçurent peu de temps après leur exécution. Cette large voie publique forme un octogone ayant quatre grandes faces et quatre petites. Son architecture est parfaitement régulière et présente une décoration d’ordre corinthien. Entre chaque face s’avance un corps de logis surmonté d’un fronton dans le tympan duquel sont sculptées les armes de France au milieu d’ornements divers. La symétrie des bâtiments bordant les deux entrées de cette place est altérée depuis une trentaine d’années par la construction de plusieurs boutiques ; l’administration actuelle s’imposera sans doute le devoir de faire respecter cette magnifique architecture.

De 1764 à 1771, la foire Saint-Ovide avait lieu sur la place Vendôme. Le corps de ce saint avait été donné dès 1665 aux religieuses Capucines. La foire Saint-Ovide, transférée en 1771 sur la place Louis XV, fut supprimée vers 1784.

Le 16 août 1792, la statue équestre de Louis XIV fut détruite, et la place reçut le nom de place des Piques. Néanmoins, l’habitude lui conserva, même alors, la dénomination de place Vendôme qu’elle a reprise officiellement à l’avènement de Napoléon. — La bataille d’Austerlitz venait de terminer cette merveilleuse campagne de deux mois, qui fut comptée à tous les militaires pour deux années de service. L’empereur voulut récompenser dignement la grande armée en érigeant, avec le bronze de 1,200 canons enlevés aux Autrichiens et aux Russes, une colonne qui serait dédiée à la gloire de nos soldats. Ce monument fut commencé le 25 août 1806, et terminé le 5 août 1810, sous la direction de M. Denon et de MM. Lepère et Gondoin, architectes. La hauteur totale de la colonne est de 44 m. Depuis sa base, construite sur l’emplacement du piédestal de la statue de Louis XIV, elle est bâtie en pierres de taille, recouvertes de plaques de bronze séparées par un cordon sur lequel on a inscrit l’action représentée dans le tableau au-dessus. Sur les quatre façades du piédestal sont reproduites des armes de guerre et des costumes militaires. Ces ornements sont soutenus à chaque angle par un aigle en bronze pesant 250 kilogrammes. Le tour de la colonne représente les brillants faits d’armes de la campagne de 1805, depuis le départ du camp de Boulogne jusqu’à la bataille d’Austerlitz. Dans l’intérieur du monument on a pratiqué un escalier à vis dont l’entrée est placée à l’une des faces du piédestal, vis-à-vis du jardin des Tuileries. Cet escalier en spirale conduit à une galerie. Sur la colonne était placée la statue de Napoléon, exécutée par Chaudet, membre de l’Institut. L’empereur portait le sceptre et le diadème. En 1814, les Russes voulurent renverser ce monument ; malgré leurs efforts, le bronze de la colonne resta immobile, et la statue de l’empereur fut seule abattue. Fondue quelque temps après, elle servit à la statue de Henri IV, rétablie sur le terre-plein du Pont-Neuf.

Le poids total des bronzes de la colonne de la place Vendôme, d’après les renseignements fournis par M. Lepère, est de 251,367 kilogrammes.

La fonte, exécutée par MM. Launay et Gonon, a coûté 
 164,837 f.
Frais de pesée 
 450 f.
Ciselure par M. Raymond 
 267,219 f.

Frais de modèle, savoir :

À M. Chaudet, pour la statue 
 13,000 f.
À trente-trois autres statuaires, pour les bas-reliefs 
 199,000 f.
À M. Gelée, pour la sculpture d’ornements 
 39,115 f.
Dessins de composition générale des bas-reliefs, par M. Bergeret 
 11,400 f.
Les travaux de construction, maçonnerie, serrurerie, charpenterie, plomberie, etc., se sont élevés à 
 601,979 f.
Les architectes ont reçu pour honoraires 
 50,000 f.
Si l’on ajoute à cette somme la valeur effective du bronze, 251,367 kilogrammes, à raison de 2 f. 50 c. par kilo 
 628,417 f.

Le total est de 
 1,975,417 f.

Quelque temps après la révolution de Juillet, le nouveau gouvernement voulut rendre à la colonne la statue de son fondateur. Une ordonnance royale du 8 avril 1831 en prescrivit le rétablissement. Le 29 juillet 1833, elle fut replacée sur ce monument. L’empereur est représenté avec les insignes militaires si connus du peuple et de l’armée. Cette statue, exécutée par M. Emile Seurre, a occasionné une dépense de 60,000 francs, compris fourniture de bronze, frais de pose, etc. Le nouveau soubassement de la colonne est en granit de Corse. Il a été placé en 1835, et a coûté 76,000 francs.

Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).