Dictionnaire analytique d’économie politique/A

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche



◄  Préface B  ►


ACCUMULATION. — Dans la langue économique l’accumulation consiste dans la réserve d’une partie de son revenu pour subvenir aux besoins imprévus, pour augmenter son capital, grossir son revenu et améliorer son avenir. Accumuler c’est économiser, économiser c’est s’enrichir. Comment l’économie produit-elle la richesse ? (Voyez Capital.)

AGIO. — C’est un terme de banque. Il exprime la somme nécessaire pour couvrir la différence de la valeur nominale et de la valeur réelle des monnaies.

Cinq pièces d’or de 20 Francs, au titre et au poids de leur création, valent 100 francs.

Mais si, depuis qu’elles sont en circulation, le frottement ou la main du faussaire a réduit leur poids de 5 %, il est évident que leur valeur réelle n’est plus que de 95 fr. ; quoique leur valeur nominale soit toujours de 100 fr. la somme de 5 fr. nécessaire pour égaler la valeur réelle à la valeur nominale est ce qui constitue l’agio.

Il faut cependant remarquer qu’on ne l’exige pas dans les relations commerciales d’un pays. Chacun donne la monnaie comme il la reçoit, et la valeur réelle ne se distingue pas de la valeur nominale.

Ce n’est que, lorsque la monnaie se dégrade sensiblement et s’éloigne beaucoup de sa valeur réelle, que ceux qui vendent leurs produits au marchand et ceux qui les achètent de lui pour les consommer, sont également à sa discrétion et lui paient un tribut qu’ils ne lui doivent pas et qu’il impose sur leur ignorance.

Quand le marchand achète du producteur il lui paie ses produits suivant la valeur nominale de la monnaie, et, par conséquent, il paie 5 % de moins qu’il ne devrait payer.

Quand le marchand vend au consommateur les produits qu’il a achetés au producteur, il établit son prix au taux de la valeur réelle de la monnaie et il se fait, par conséquent, payer par le consommateur 5 % de plus qu’il ne pourrait, exiger si la monnaie dans laquelle il vend était la même que celle dans laquelle il a acheté.

Ce résultat est certain et inévitable parce que tous les marchands ont le même intérêt, et qu’on n’a aucun moyen de les empêcher de le satisfaire. Tous perçoivent sur le producteur et sur le consommateur l’agio que leur assure la dégradation de la monnaie.

Il est donc d’une grande importance pour les peuples que les monnaies soient toujours le plus près du titre et du poids de leur création. La sagesse ; des gouvernemens leur fait un devoir de les maintenir dans cet état.

Cette nécessité est encore plus impérieuse dans les relations commerciales des peuples, que dans les relations particulières de chaque peuple.

Dans le second cas, il n’y a d’atteinte qu’à la justice commutative ; le marchand lève sur le producteur et sur le consommateur un tribut qui ne lui est pas dû ; une classe s’enrichit aux dépens de l’autre, mais la richesse générale reste la même.

Il en est tout autrement dans le premier cas, c’est-à-dire dans le commerce général des peuples. Celui dont la monnaie est dégradée vend-il à l’étranger des marchandises pour une somme de 1,000 fr., si la dégradation de la monnaie est de 5 % ? L’étranger qui paie les 1,000 fr., en monnaie dégradée, ne paie que 950 fr. ; et il y a, par conséquent, pour le pays, une perte de 5 % ou de 50 fr.

Mais quand ce pays achète de l’étranger des marchandises pour la somme de 1,000 fr. si la monnaie de cet étranger a toute sa valeur, le pays qui achète paie et effectivement la valeur réelle de 1,000 fr., et par conséquent, il donne au commerce étranger, sur le sien, une prime de 5 %.

Cette prime peut me s’élever beaucoup plus haut, parce que les banquiers qui effectuent la libération du commerce de chaque pays ne calculent pas l’agio à son véritable taux, qui est inconnu ; ou du moins, il y a toujours à cet égard une certaine latitude dent le banquier profite, au détriment du pays dont la monnaie est dégradée.

Aussi les peuples commerçans, qui s’aperçurent de bonne heure du dommage que leur faisait éprouver que monnaie dégradée, s’occupèrent-ils des moyen de s’en mettre à couvert ; ils créèrent des banques de dépôt qui établirent une monnaie fixe, invariable et toujours de la même valeur. (Voyez Banque de dépôt.)

Cette première mesure fut suivie d’une seconde, sans laquelle la première aurait pu être illusoire ; on obligea tous ceux qui donnaient à l’étranger des lettres de change sur le pays, de les stipuler payables en monnaie de la banque de dépôt.

Par-là le pays n’eut plus d’agio à payer à l’étranger, à cause de la dégradation de ses monnaies, et il jouit dans ses relations commerciales de tous les bénéfices qu’elles lui procuraient.

Pourquoi ne trouve-t-on pas de semblables institutions dans tous les pays de commerce ? À-t-on quelque moyen de lie soustraire au dispendieux agio ? Cela est au moins douteux ; mais on se confie à la balance du commerce qui favorise tant d’illusions et trompe tant d’espérances.

Envisagé sous ce point de vue, l’agio se rattache à des questions d’un grand intérêt, et devait par conséquent trouver place dans un Dictionnaire d’économie politique.

On a détourné l’agio de son acception primitive, et on l’a appliqué à d’autres opérations ; mais comme elles sont étrangères à la science économique, nous renvoyons ces acceptions dérivées aux nomenclatures auxquelles elles appartiennent. (Voyez Balance.)


AGIOTAGE. — Ce mot est aussi nouveau que la chose qu’il exprime ; il s’est introduit dans le langage avec les spéculations sur la hausse et la baisse de la dette publique des États modernes, que son énormité a fait éclore, fomente et favorise. Sous ce rapport, l’agiotage est entièrement étranger à l’économie politique, dont nous expliquons la nomenclature ; et peut-être aurions-nous dû ne pas l’y comprendre ; mais on en parle si souvent, il frappe les esprits de tant de manières, il donne lieu à tant de controverses, et l’on a des notions si bizarres de sa nature et de ses effets, qu’il sera utile de le faire voir tel qu’il est, lors même que sa définition serait déplacée dans cet ouvrage.

L’agiotage, réduit aux spéculations sur la hausse et la baisse des fonds publics, car il pourrait s’étendre à des spéculations sur la hausse et la baisse de tous les produits qu’on porte au marché, donne lieu à plusieurs questions qui ne sont pas sans intérêt.

On demande ce qui détermine à jouer à la hausse plutôt qu’à la baisse ; s’il y a quelques règles de conduite dans ce jeu, et en quoi elles consistent.

En théorie, le jeu de la hausse et de la baisse ne peut avoir d’autre base que la connaissance approfondie du bon ou du mauvais état des affaires du pays sur lequel on spécule ; des lumières, des talens et du caractère des hommes investis du pouvoir ; de l’abondance ou de la rareté des capitaux, de la facilité ou de la difficulté de leur emploi et de la tendance particulière et générale de l’État à la prodigalité ou à l’économie. Avec ces données, on a tous les élémens de probabilité que ce sujet comporte.

Sans doute l’agioteur est loin d’avoir les connaissances que de telles spéculations semblent exiger. Il en est bien peu qui soupçonnent leur nécessité ou leur utilité. Le jeu de la hausse ou de la baisse ne serait-il donc qu’un jeu de hasard ? Je ne le crois pas ! Comment supplée-t-on aux connaissances qu’on n’a pas et qu’on devrait avoir ? On intrigue, on s’insinue dans les confidences des ministres, on cherche à surprendre leur indiscrétion, et quand on ne joue pas sur leur parole, on joue sur leur visage, leur satisfaction ou leur mécontentement, leur bon ou mauvais accueil ; ce langage muet a son éloquence qui persuade, et son effet est d’autant plus rapide que ceux qui en reçoivent l’impression ont intérêt de la transmettre, et que plus elle s’étend, plus elle est sûre d’atteindre à son but.

Cependant de justes défiances sur l’habileté ou le crédit des ministres, d’autres opinions, d’autres intérêts, d’autres combinaisons, des événemens pressentis, suscitent d’autres spéculateurs ; la lutte s’établit, et l’aveugle fortune dispense ses faveurs, non aux plus profonds politiques, mais aux plus heureux joueurs.

Ce qu’il y a de certain, ce qui est d’une évidence frappante, c’est que le jeu de la hausse et de la baisse dépend de l’opinion qu’on se forme de la situation actuelle et future de l’état politique et social d’un pays. Faut-il donc s’étonner des efforts, des mesures et souvent des sacrifices que les ministres font pour se rendre la hausse favorable, écraser la baisse qui les discrédite et se faire une réputation qu’ils ne méritent pas toujours. Combien donc sont imprudens ces joueurs qui ne craignent pas de se mesurer contre la puissance du ministre même le plus maladroit.

On demande encore si l’agiotage n’exerce pas une influence toujours utile sur les fonds publics, ne concourt pas à leur élévation, et par conséquent ne doit pas être favorisé par les gouvernemens ?

Il n’y a pas de doute que les gouvernemens doivent lui porter un grand intérêt, puisque, comme nous venons de le voir, il parait exprimer, l’opinion publique sur leur administration ; mais cette opinion ne peut qu’être éphémère quand elle ne repose pas sur les véritables bases du crédit public.

Qu’est-ce qui fait hausser ou baisser les fonds publiés ? Ce n’est pas l’opinion qu’on a qu’ils doivent hausser ou baisser, opinion tout au plus probable, c’est l’abondance ou la rareté des capitaux qui cherchent ce genre de placement. Ainsi parier qu’une plus ou moins grande quantité de capitaux cherchera son placement dans les fonds publics, c’est supposer leur abondance ou leur rareté, mais ce n’est pas les faire abondans s’ils sont rares, ou rares s’ils sont abondans. L’agiotage n’est pas plus l’auxiliaire du cours des fonds publics, et ne les fait pas plus avancer ou rétrograder, que les paris, à la course des chevaux, ne leur donnent ou ne leur ôtent la force et la vitesse fesse. Des deux côtés, il y a un inconnu que le jeu cherche à dégager, mais qu’il ne peut changer ni modifier : un gouvernement sage et éclairé ne doit donc prendre aucun intérêt à une lutte étrangère à la prospérité du pays, qui seule doit l’occuper.

Enfin, on demande si l’intérêt public, la morale et les mœurs ne commandent pas à tous les pouvoirs de la société de proscrire ou de flétrir de cette espèce de jeu.

Sans doute il faut souhaiter que les hommes soient assez raisonnables pour faire de leur temps et de leurs capitaux un emploi plus utile à la prospérité publique ; car il n’y a là, comme dans tous les jeux, que la ruine du grand nombre et l’élévation de quelque favoris de la fortune. Mais où est la cause du mal ? dans l’excès de la dette publique, qui place tous les États modernes dans une situation critique, les expose à des chances périlleuses et appelle toutes les cupidités à s’associer à leurs désastres et à leurs prospéritès. Peut-on faire cesser la cause du mal ? non. Le torrent ne peut plus être détourné ; il s’est creusé un lit trop profond ; il faut donc souffrir les ravages qu’entrainent sa violence et son impétuosité. Tout ce qu’on peut faire, c’est que d’imprudens ou de coupables ministres n’en aggravent pas encore les calamités, ce qui n’est pas sans exemple dans, l’histoire des finances modernes.

L’agiotage est donc, en dernière analyse, le tort des gouvernemens. Les particuliers ne sont que leurs complices ; mais le tout est il sans aucun avantage pour le crédit public ? C’est ce qu’on verra au mot Dette publique.

AGRICULTURE — L’agriculture est l’art de diriger la fécondité naturelle de la terre, vers les productions nécessaires, utiles et agréables à l’espèce humaine.

Dans les premiers âges de la société civile, l’agriculture n’est qu’une pratique grossière, un travail misérable, une sorte d’instinct plus propre à la conservation de l’individu qu’à son bienêtre, et tout-à-fait incapable de créer et de féconder la prospérité sociale. L’agriculture ne perd son impuissance primitive, que par le secours des sciences, des arts, et de la civilisation. Leur impulsion lui donne le mouvement et la vie, elle grandit avec leurs progrès et reçoit ses développemens de leur perfectionnement. Sous leurs auspices elle devient le plus important et le plus puissant de tous les arts sociaux.

Ce n’est pas cependant sous le point de vue de l’habileté de l’agriculteur dans ses travaux agricoles, que l’économie politique envisage l’agriculture ; elle n’en fait le sujet de ses méditations que comme cause et moyen de richesse ; et, sous ce nouveau rapport l’agriculture joue un grand rôle dans la science économique.

Trois opinions ont donné plus ou moins de célébrité à l’agriculture, mais elles ont toutes perdu de leur crédit et de leur importance, à mesure que la science a répandu plus de savoir et de lumières sur les diverses sources de la richesse.

Dans un temps où l’on avait à peine des notions confuses de la nature et des causes de la richesse moderne, on vit tout à coup se répandre l’opinion que l’agriculture est la seule cause productive de la richesse, parce qu’elle produit ses élémens matériels ; parce que toutes les industries humaines ne peuvent ni en augmenter la masse, ni en étendre les propriétés, parce que de ces élémens, quelque forme qu’on leur donne, dérive toute la richesse individuelle, collective et générale.

Cette opinion fit une impression d’autant plus forte qu’elle était appuyée sur l’autorité d’une classe nombreuse de savans, d’hommes d’état et d’écrivains également recommandables par leurs lumières, leurs talens, leurs vertus et leur position sociale. Jamais l’erreur n’eut un plus puissant patronage, ni des succès plus rapides, plus éclatans et plus importans.

Mais plus elle frappa d’étonnement, plus elle appela l’attention générale sur les causes de la richesse, plus on s’appliqua à l’investigation de ces causes, plus on vit éclore de controverses, plus on creusa les fondemens de la science économique. Il est sans doute inutile de retracer ici toute la polémique à laquelle donna lieu le système agricole, autrement dit des économistes, système qui compte encore de nombreux et d’éclairés partisans. Il suffit de résumer les démonstrations qui l’ont relégué parmi les monumens de la fragilité de l’esprit humain.

Et d’abord on remarque que l’agriculture ne produit pas, comme l’avaient avancé les économistes, tous les élémens matériels de la richesse ; la chasse, la pêche, les mines donnent aussi des élémens de la même nature, et si les uns produisent la richesse, les autres ne peuvent pas être étrangers à sa production.

Le commerce extérieur peut aussi introduire dans un pays tous les élémens matériels de la richesse, et, par conséquent, il partage encore avec l’agriculture la faculté productive de la richesse. Les produits exotiques nécessitent-ils pour leur acquisition, plus de travail et de capitaux que les produits indigènes ? c’est une question différente de celle que nous examinons ; il suffit de faire remarquer que, quelle que soit sa solution, elle ne peut être favorable à l’opinion qui attribue à l’agriculture le privilége exclusif de la production des élémens de la richesse.

Mais n’est-ce pas le comble de l’illusion de confondre les élémens matériels de la richesse avec la richesse ! Que seraient pour la richesse les produits agricoles réduits à eux-mêmes, et circonscrits dans leur état naturel ? Ils seraient tout au plus comme le diamant extrait de la mine, on peut en tirer des richesses, mais ils ne sont pas la richesse ni toute la richesse.

Qui peut en effet apercevoir la richesse dans les céréales, qui dans leur état primitif ne peuvent pas même servir à la subsistance de l’homme ?

Dans les produits agricoles qui, quoique propres au vêtement, lui seraient inutiles sans une foule de travaux étrangers à l’agriculture ?

Et dans les matériaux destinés à construire des habitations, qu’on ne peut mettre en œuvre sans de grands travaux et de grands capitaux ?

N’est-ce pas se laisser dominer par d’aveugles préventions, que d’attribuer la richesse au travail qui ne donne que des produits bruts, et, par conséquent, sans utilité actuelle ; et de la refuser au travail qui développe les propriétés de ces produits, les rend utiles, et par leur utilité les constitue de véritables élémens de richesse. Si les produits agricoles sont une richesse, ce qui n’est pas, comme on le verra au mot Richesse, ils ne le sont que parce qu’ils sont en état d’être consommés ; état qu’ils ne doivent pas à l’agriculture, mais au concours de tous les travaux qui les ont rendus, consommables. Tous ces travaux ont une valeur comme le travail de l’agriculteur, et si celui-ci produit la richesse, les autres concourent comme lui à sa production, puisque s’ils ne peuvent pas exister sans lui, il n’a point de valeur sans eux.

Ce que les travaux qui approprient les produits agricoles à la consommation font pour la richesse, résulte également des travaux du commerce qui transportent les produits bruts ou manufacturés de l’agriculture, du lieu où ils ne trouvaient pas de consommateur, à celui où le besoin assure leur consommation.

Dans tous les cas, si la richesse dérive de l’agriculture, ce n’est qu’avec le concours de l’industrie et du commerce, et, par conséquent, on aperçoit clairement l’erreur de l’opinion qui la proclamait la seule cause productive de la richesse.

Mais l’agriculture, n’a-t-elle pas du moins la faculté de produire la richesse à un degré supérieur à tout autre cause qui concourt sa production, et ne doit-on pas l’environner d’une considération particulière et spéciale ?

Cette opinion se recommande surtout par la juste célébrité de son auteur. Elle repose sur l’assertion que l’agriculture reproduit, non-seulement les salaires du travail et les profits du capital, mais encore qu’elle seule donne un excédant qui forme la rente du propriétaire du sol cultivé, rente qui est un présent de la nature à l’homme et formé pour ainsi dire sa part contributive dans l’œuvre de la production.

On a même été plus loin et l’on a avancé que la fécondité naturelle de la terre est le principe, la règle et la mesure de la rente du propriétaire, Tellement que si l’on ne cultivait que des terres également fécondes, il n’y aurait point de rente du propriétaire, tous les produits se répartiraient entre les salaires du travail et les profits du capital.

Cette doctrine étrange n’a aucun fondement.

Quelque différence qu’il y ait dans la culture des terres, quoique les unes soient plus fécondes que les autres, quoique toutes donnent des produits inégaux, quoiqu’il y en ail qui ne reproduisent que les salaires du cultivateur et les profits du capital, leur fécondité relative ne leur donne ni plus ni moins de part à la production de la richesse, parce qu’encore une fois la richesse ne résulte pas nécessairement de la quantité des produits bruts de l’agriculture, mais de ses produits consommables demandés et payés par le consommateur. (Voyez le mot Valeur.)

Donc il serait vrai que l’agriculture seule reproduit au delà des salaires du travail et des profits du capital, et que cet excédant est la part gratuite accordée par la nature au propriétaire du sol, qu’il ne s’ensuivrait pas qu’elle contribue à la production de la richesse, plus que les autres causes qui y contribuent comme elles ; il resterait toujours à savoir lequel d’un capital placé dans l’agriculture, ou dans l’industrie et le commerce, est plus productif pour le capitaliste, l’entrepreneur du travail, l’ouvrier et l’état ; or la question de la production de la richesse, envisagée sous ce rapport, offre des résultats tout-à-fait différens de ceux que donne l’abondance ou la rareté des produits matériels de l’agriculture, qui en dernière analyse ne sont que des élémens de richesse, et non la richesse même.

Enfin, on a avancé que la richesse d’un pays s’arrête aux limites de la culture de son territoire, ce qui suppose que l’agriculture est à la fois le moyen et le terme de la richesse.

Cette opinion très-ingénieuse est motivée sur les considérations les plus imposantes.

On suppose qu’un pays ne jouit d’une véritable indépendance que lorsque son agriculture suffit aux besoins de sa population ;

Et l’on ajoute que, dès qu’elle ne peut plus augmenter ses subsistances, l’accroissement de ses richesses n’est que nominale. Quelle est donc la raison sur laquelle on fonde cette étrange doctrine ? C’est que la population devient stationnaire et même est menacée d’une décadence rapide quand la culture nationale est arrivée à son but.

Cette doctrine est également erronée dans ses deux parties.

1o. Elle fait dépendre la richesse d’un pays de l’état de la population et des subsistances nationales ; mais il y a là une méprise évidente.

Quelle que soit la nature de la richesse, il est évident qu’elle peut augmenter indéfiniment avec la même population et même avec mie population décroissante. N’est-ce pas là en effet le résultat nécessaire des progrès des sciences, des arts, de l’industrie et de la civilisation ? Plus d’habileté dans le travail et l’emploi des machines dans le perfectionnement des routes et des canaux pour le transport des produits du travail et dans la facilité et l’économie de la circulation des valeurs destinées à leur paiement ne tendent-ils pas à réduire la masse du travail brut, et, par conséquent, à diminuer la masse de la population que cette branche du travail alimente. Loin de nuire à la richesse, la réduction de cette classe de la population l’augmente encore de toute l’économie qu’elle effectue dans le travail général, et cette progression de la richesse n’exige ni plus de subsistances nationales, ni une agriculture progressive.

Qui profite cependant de l’économie du travail brut ? Ce sont les entrepreneurs du travail, les capitalistes et tous ceux qui vivent du produit net. Ces classes exigent-elles les mêmes ou plus de subsistances que les classes qu’elles remplacent ? Non, sans doute. Il est, au contraire, certain que la progression de ces classes est arrêtée par la difficulté d’élever leur famille, par la crainte de ne pouvoir la maintenir dans leur position sociale, et par le sentiment de toutes les convenances privées et publiques ; ce ne sont pas elles qu’il faut détourner de la propagation ; l’exemple de tous les temps prouve, au contraire, qu’il faut les y encourager, disposition qui préserve les modernes sociétés du danger d’une population sur-abondante, cette source de tant de calamités, de malheurs et de crimes.

Et qu’on ne croie pas que la réduction dès classes livrées aux travaux grossiers et que la consommation de leur part dans les salaires du travail, par la classe moyenne, porte la moindre atteinte à la puissance de l’état ! Il est incontestable, au contraire, que les classes laborieuses ne peuvent être détournés de leurs travaux sans qu’ils en souffrent et par conséquent sans occasioner la diminution des richesses de l’état, tandis que la classe moyenne peut se consacrer au service public sans aucun dommage pour la richesse.

On conçoit donc facilement que la progression de la richesse d’un pays peut être pour ainsi dire indéfinie, quoique sa population soit stationnaire et même décroissante, et quoiqu’il ait atteint la limite, absolue de l’agriculture et des produits agricoles.

2°. Est-il bien vrai que chaque pays est nécessairement limité dans le développement de sa richesse par la limite de ses produits agricoles ?

Ne peut-il pas s’en procurer par son commerce extérieur la quantité qui lui est nécessaire ?

Est-il même possible qu’un pays parvienne à une grande opulence sans un commerce très-étendu avec d’autres pays, moins avancés que lui en industrie et en civilisation, et comment pourrait-il suivre ce commerce s’il ne prenait en échange de ses valeurs les produits agricoles de ces peuples, les seuls qu’on puisse lui livrer avec quelque avantage ? Les peuples industrieux ne peuvent donc porter leur industrie et leur richesse au plus haut degré auquel-elles puissent atteindre qu’autant qu’ils forment et encouragent les progrès de l’agriculture dans les pays avec lesquels ils entretiennent des relations commerciales.

On dit qu’un peuple qui tire ses subsistances de l’étranger est dans un état précaire, que la mésintelligence et la guerre avec les autres puissances l’exposent à un péril imminent et compromettent son existence politique et sociale.

Mais ce n’est là qu’une vaine illusion.

Si le peuple, qui tire ses subsistances de l’étranger, a besoin des produits des peuples agricoles, ceux-ci ont un besoin égal des équivalens qui doivent en payer le prix ; en d’autres termes, le besoin de vendre est égal au besoin d’acheter, et l’interruption du marché est également funeste au vendeur et à l’acheteur.

Ce qui fait paraître plus fâcheuse la condition du peuple qui achète ses subsistances à l’étranger que celle des peuples qui les lui vendent, c’est qu’on suppose que si l’approvisionnement des produits de l’étranger ne s’effectuait pas, le peuple qui en a besoin serait réduit à la famine et exposé à une ruine certaine ; mais rien de semblable ne peut arriver.

Aucun peuple ne peut devenir nombreux et puissant en tillant ses subsistances de l’étranger. Où prendrait-il dans son enfance les équivalens qui doivent en payer le prix, les moyens de transports pour les faire arriver et les faite circuler dans son intérieur ? Tous ces moyens, toutes ces ressources n’existent que chez un peuple riche, puissant et avancé en civilisation. Tout peuple commence par subsister de son propre fonds, et c’est à cela qu’il consacre d’abord son travail et ses capitaux. Tant qu’il reste dans cet état, il est pauvre et misérable, et surtout peu redoutable, comme le prouve évidemment l’histoire des petites républiques des anciens peuples de la Grèce, de l’Italie et de la Gaule, et celle de l’anarchie féodale du moyen âge.

Ce n’est que lorsqu’un peuple se trouve placé de manière à ouvrir à son industrie des débouchés à l’étranger, qu’il trouve dans les équivalens qu’il rapporte en échange de nouveaux et de plus grands moyens de travail, de prospérité et de richesse, et que le commerce intérieur s’agrandit par l’extension du commerce extérieur. Alors tout fleurit, tout prospère, tout dépasse les dimensions naturelles, et la grandeur sociale n’a plus de limites ; mais l’agriculture a des bornes marquées par l’étendue du territoire, par la fertilité du sol, par l’épuisement des bonnes terres, par les frais ruineux de la culture des terres médiocres et mauvaises.

Il n’en est pas ainsi de l’industrie et du commerce, ils trouvent de nouvelles sources de prospérité et de richesse dans la colonisation des pays incultes, dans la prospérité croissante des peuples arrivés à une certaine aisance, dans la richesse progressive des peuples les plus opulens, et dans l’extension indéfinie de la civilisation générale.

L’industrie et le commerce d’un pays poursuivent donc leur carrière vers la richesse et l’opulence long-temps après que l’agriculture nationale s’est arrêtée dans sa marche, et ne peut plus faire que des pas rétrogrades ; mais sa décadence ne l’empêche pas de pourvoir à la plus grande partie des subsistances du pays. Elle reste toujours en possession de l’approvisionnement, lors même qu’elle ne peut pas le fournir tout entier. L’agriculture étrangère ne fait que la suppléer, et ce supplément n’est jamais et ne peut pas être d’une grande étendue. Il serait peut-être impossible de la porter au cinquième, ou tout au plus au quart de la consommation d’un grand peuple : sa privation ne peut donc lui causer qu’une détresse, fâcheuse sans doute, mais incapable de mettre en péril sa sûreté et son existence. Mais si la privation temporaire d’un cinquième ou d’un quart des subsistances d’un pays est pour lui sans résultat fâcheux, la disposition de ce quart ou de ce cinquième au delà des ressources agricoles du pays est plus que suffisante pour favoriser le développement de sa population et de sa puissance, et les Porter à une élévation prodigieuse et gigantesque.

On dit, et non sans quelque raison, que le commerce de la Chine, fût-il aussi étendu qu’il pourrait l’être d’après sa nombreuse et industrieuse population, il ne pourrait couvrir le vide et l’insuffisance de ses produits agricoles, ni même alléger les déplorables calamités qui en résultent. Cette observation est juste dans l’état actuel de la science parce qu’on ne crée pas tout à coup et par une sorte de magie un commerce étendu avec des peuples agricoles qui n’existent pas ou qui ne sont pas préparés à satisfaire à des besoins qui leur sont inconnus.

Mais si la Chine avait de bonne heure ouvert un commerce avec les peuples nomades qui l’environnent ; si, par l’influence dé son commerce, elle les avait fait passer successivement et graduellement de l’état nomade à l’état agricole et à la civilisation, qui doute que cette population nouvelle n’eût suppléé par son agriculture à l’insuffisance des produits de la Chine, et que l’empire chinois ne fût devenu, sinon plus populeux, du moins plus prospère, plus riche et plus puissant ? On commence à peine à soupçonner les prodiges qui résultent de la corrélation des peuples, et faut-il s’en étonner ? elle ne fait pour ainsi dire que s’établir, et cependant que n’a-t-elle pas fait et que ne doit-on pas en attendre !

Mais ce qui doit causer une vive surprise, c’est que le spectacle de la Chine, qui a porté au plus haut degré le développement du système agricole, créateur de l’industrie et du commerce intérieur, n’ait pas encore ouvert les yeux sur les résultats épouvantables de ce système, qui, après avoir épuisé les forces productives de l’agriculture, continue à multiplier une population qu’elle ne peut faire subsister, qui vit dans la plus affreuse misère et périt dans les angoisses de la faim et de la souffrance. Un tel ordre de choses ne révèle-t-il pas les vices du système, et comment peut-il encore avoir des partisans si nombreux et si recommandables ?

Concluons donc que l’agriculture considérée isolément ne produit que des élémens matériels de la richesse ; que ces élémens ne se transforment pas toujours et nécessairement en richesse ; qu’ils ont besoin pour y parvenir du concours de l’industrie et du commerce, et que quand l’œuvre est consommée, on ne peut déterminer dans quelles proportions chacun d’eux y contribue, que par des moyens qu’on trouvera expliqués au mot Valeur.

D’un autre côté, on ne peut pas raisonnablement douter que le terme des productions agricoles d’un pays n’est pas la mesure et la limite de sa richesse, et tout porte à croire que l’agriculture est d’autant moins nécessaire à chaque pays, qu’il fait plus de progrès dans les sciences, les arts et la civilisation, et que ses relations industrielles et commerciales avec les autres peuples sont plus étendues, plus multipliées et plus illimités. La loi fondamentale de la prospérité particulière et générale de tous les peuples est que chacun d’eux ne cultive que les terres dont les produits peuvent dans le marché national soutenir la concurrence des produits de l’agriculture étrangère. Cette doctrine paraîtra sans doute paradoxale à de très-bons esprits ; le temps seul apprendra jusqu’à quel point elle repose sur la vérité ; mais ce dont on ne doutera pas, c’est qu’elle ne m’est dictée que par le sentiment de son évidence.

AMORTISSEMENT. L’amortissement est un mode de libération de la dette publique ; il a remplacé le remboursement, et il lui est infiniment préférable.

Le remboursement n’éteint qu’une somme égale à sa valeur nominale. 100 fr. employés ohaque année au remboursement de la dette publique n’auront, à la fin de six années, réduit la dette que de 600 fr. en capital, et de 30 fr. de rente à 5 pour 100.

Dans le même espace de temps, la même somme de 100 fr., consacrée annuellement à l’amortissement, aura amorti ou racheté au profit de l’État un capital de plus de 762 fr., et plus de 38 fr. de rente.

La raison de cette différence est facile à saisir.

Le remboursement éteint la dette au pair, ou, comme nous l’avons dit, 100 fr. acquittent 100 fr.

L’amortissement opère d’une autre manière : il achète la dette au cours du marché, et comme ce cours est presque toujours au-dessous du pair, l’amortissement rachète une somme plus considérable que celle que le remboursement éteint. En supposant que, pendant toute la durée de l’amortissement, le cours moyen de la dette ne soit que de 10 pour 100 au-dessous du pair, il est évident que l’amortissement rachète un dixième de plus que le remboursement.

Mais ce n’est pas là son unique avantage.

Le remboursement effectué, tout est consommé, et après lui il ne reste ni moyen ni espoir d’influer sur le cours de la dette publique, de maintenir sa valeur et d’arrêter sa décadence.

Il n’en est pas de même de l’amortissement : la dette qu’il rachète continue à produire un intérêt, se réunit à lui, se capitalise et grossit le capital par l’intérêt, et l’intérêt par l’amortissement du capital ; d’où il suit que l’amortissement rachète la dette dans une progression géométrique, tandis que le remboursement, ne l’éteint que dans une progression arithmétique.

Indépendamment de cet avantage qu’on peut appeler national, il en est d’autres qui,’ quoique purement moraux, n’en sont pas moins certains ni moins étendus.

Le remboursement peut atteindre le créancier qui ne veut pas être remboursé, et laisser en souffrance celui qui voudrait l’être, ce qui rend la condition du créancier précaire ou fâcheuse, et réagit nécessairement sur la valeur de la dette publique.

L’amortissement offre à cet égard d’autres résultats : comme il n’achète que la dette mise en vente, il n’inquiète point le créancier qui veut la conserver, et favorise celui qui a besoin de la vendre, en lui offrant un acquéreur intéressé à ne pas spéculer sur sa détresse.

D’un autre côté, le remboursement, par ses opérations momentanées, porte le désordre dans le marché, l’épuise et l’expose à être encombré dans l’intervalle de ses opérations ; ce qui, dans l’un et l’autre cas, est également funeste à la valeur de la dette et à la situation du créancier.

L’amortissement n’a ni l’un ni l’autre de ces inconvéniens. Par Son action continue de chaque jour, il soutient le cours des effets publics, déjoue les combinaisons de leurs dépréciateurs et affermit le crédit public.

Enfin, le remboursement ne laisse au gouvernement que la ressource des nouveaux emprunts, ressource incertaine, souvent dispendieuse et par conséquent toujours fâcheuse.

L’amortissement, au contraire, offre au gouvernement une réserve disponible qui le met en état de lutter contre les circonstances difficiles, les accidens imprévus et les événemens qui peuvent compromettre le repos et la sûreté de l’État.

On ne peut donc, sous aucun rapport, mettre en parallèle le remboursement et l’amortissement ; aussi l’amortissement a-t-il généralement prévalu ; il forme à présent une partie essentielle et fondamentale du système des emprunts publics ; il assure leurs succès et les préserve de toutes les vicissitudes auxquelles ils ont été si long-temps en butte. Ce n’est pas que l’amortissement soit sans inconvéniens, sans excès, sans abus, et qu’il produise toujours l’effet qu’on en attend. On a long-temps méconnu sa nature et ses effets, et maintenant qu’on les connait, il a perdu de son importance, parce qu’il n’a pas opéré les prodiges sur lesquels on, avait compté ; mais ses avantages sont encore assez grands pour lui réconcilier l’opinion de tous ceux qui savent que tout ce qui s’annonce comme un prodige est faux et mensonger, et que les institutions humaines les meilleures sont celles dont les résultats sont plus favorables que contraires, et l’amortissement est sans contredit dans cette catégorie ; mais ce n’est qu’à une condition nécessaire et indispensable.

Il faut que l’amortissement soit pris sur l’excédant du revenu ordinaire, au delà des dépenses ordinaires ; autrement toutes ses opérations sont fictives et ses résultats illusoires.

La raison en est évidente.

Un État, comme un particulier, ne peut éteindre sa dette qu’avec son revenu ; ou par l’aliénation de ses propriétés. Il n’y a pas de troisième moyen de libération ni pour l’un ni pour l’autre.

Un État a rarement des propriétés à vendre ; il ne peut donc se libérer de ce qu’il doit qu’avec son revenu. On a cependant cru pendant long-temps qu’en empruntant 1 pour 100 au delà de l’emprunt, l’un pour 100 employé à l’amortissement éteindrait la dette dans un temps plus ou moins long ; mais il en est de l’un pour 100 comme de l’emprunt : l’un et l’autre sont empruntés, l’un et l’autre doivent donc être éteints avec les deniers de l’État. Supposer que l’un pour 100 éteint l’emprunt et s’éteint lui-même, c’est supposer que l’emprunt peut s’éteindre avec l’argent du prêteur ; c’est le comble de l’illusion, et cependant cette illusion s’est depuis long-temps soutenue et ne s’est dissipée que depuis la mort du ministre célèbre qui l’avait accréditée.

Ce qui paraît y avoir donné lieu, c’est que quand le revenu public d’un pays ne suffit plus à ses dépenses ordinaires et extraordinaires, et qu’on supplée à son insuffisance par des emprunts, on confond l’emprunt avec le revenu public, et l’on ne sait plus si le revenu suffit ou ne suffit pas au paiement des dépenses ordinaires de l’intérêt et de l’amortissement des emprunts. Qu’arrive-t-il de cette confusion ? c’est que si le revenu ne suffit pas pour faire face à ces dépenses auxquelles il doit fournir nécessairement, si l’amortissement est emprunté, il est impuissant pour amortir, il n’est qu’une addition à l’emprunt, et s’il acquitte quelques créanciers, il les remplace par d’autres. Il n’y a dans tout cela qu’un virement de créances et de créanciers, et point de libération, tellement qu’après l’emploi de plusieurs centaines de millions d’amortissement, on n’a fait qu’augmenter la somme des emprunts. C’est ce que l’Angleterre a éprouvé dans l’époque la plus imposante du prestige de l’amortissement ; mais son exemple ne peut pas porter la moindre atteinte à l’amortissement ; ses revers ne peuvent être attribués qu’à l’oubli qu’on a fait de la condition sans laquelle l’amortissement ne saurait opérer. Cette condition remplie, l’amortissement tiendra tout ce qu’il promet, parce qu’il repose sur des démonstrations mathématiques.

On ne doit donc pas balancer à reconnaître l’amortissement comme le meilleur mode de libération de la dette publique.

ANNUITÉ. — L’annuité est un mode de rembourse ment de l’emprunt privé ou publie ; il consiste à rembourser chaque année une partie de l’emprunt, de manière à l’éteindre dans un temps donné.

La seule question que présente ce mode est de savoir quels sont ses avantages ou ses inconvéniens dans l’un et l’autre emprunt.

Si l’emprunt privé n’a lieu que pour favoriser le luxe et la dissipation, le remboursement par annuités est le meilleur de tous, parce qu’il fait promptement rentrer le créancier dans la possession de son capital, et lui permet d’en disposer au profit d’un nouveau prêteur, qui en fera un meilleur emploi. Sous ce rapport, les annuités sont un bon mode de remboursement.

Si l’emprunt privé est destiné à un emploi profitable, l’annuité est également fâcheuse pour le prêteur et l’emprunteur.

Pour le prêteur, parce qu’elle lui rembourse simultanément une partie de son capital avec son intérêt, et qu’il peut être porté à les confondre et à les consommer également comme revenu ; ce qui détruit ses économies, diminue son capital et son revenu.

Pour l’emprunteur, parce qu’il y a peu d’emplois d’un emprunt qui permettent à l’emprunteur de rembourser dans l’année une partie du capital, et qu’alors la privation de la partie du capital qu’il rembourse peut faire souffrir son entreprise. Aussi le mode de l’annuité est-il rarement adopté dans l’emprunt privé.

Toutefois, dans certains emprunts qui ont pour objet des travaux publics, et qu’on peut regarder comme une sorte d’intermédiaire entre l’emprunt privé et l’emprunt public, l’usage s’est introduit d’ajouter à l’intérêt 1 pour 100, destiné, dit-on, à l’amortissement du capital ; mais c’est une méprise évidente. On confond, en effet, deux choses essentiellement distinctes, l’amortissement et l’annuité. Ce qui démontre la différence de ces deux modes et aurait dû prévenir leur confusion, c’est que, comme nous l’avons vu, l’amortissement procède par rachat de la dette au cours de la place, tandis que l’annuité opère par remboursement. (Voyez l’explication de ces deux modes au mot Amortissement.)

D’où il suit que l’un pour 100 de l’annuité porte improprement le nom d’amortissement et donne une idée fausse de son opération. Il importe d’autant plus de relever cette erreur, qu’elle peut donner lieu de croire que l’annuité est une sorte d’amortissement, ou l’amortissement une sorte d’annuité, ce qui bouleverserait toutes les notions qu’il faut avoir de ces deux modes de libération.

L’annuité, destinée à rembourser les emprunts pour les travaux publics, a tous les inconvéniens de l’emprunt privé, et de plus grands encore. Comme l’emprunt privé, elle fait rentrer dans les mains du créancier des parties de sa créance qu’il peut confondre avec son revenu, ou qui, par leur morcellement, ne peuvent pas être replacées avec avantage et restent sans profit pour lui, pour le travail et pour la production.

D’un autre côté, l’annuité oblige l’emprunteur à effectuer un remboursement lorsqu’il ne peut le faire avec ses propres moyens, ni avec les profits, de l’entreprise, qui rarement se réalise dans l’année où elle a été commencée.

Pense-t-on que l’emprunteur puisse prendre l’annuité sur son propre revenu ? mais ce serait le forcer à une économie qui n’est pas toujours possible, ni par conséquent toujours assurée ; on ne lui laisse donc que l’alternative de prendre l’annuité sur l’emprunt, ou de faire de nouveaux emprunts ; ce qui ne rembourse rien, et laisse les choses dans le même état que s’il n’y avait pas d’annuités ou de remboursement annuel.

Le mode de l’annuité, appliqué au remboursement de la dette publique, le rend encore bien moins recommandable. Il expose les gouvernemens à prendre des engagemens qu’ils ne sont pas certains de pouvoir remplir. Leurs revenus sont sujets à des accidens imprévus qui peuvent les absorber sans la possibilité d’en consacrer une partie au remboursement de la dette publique. Ils peuvent donc être forcés de manquer à leurs engagemens, ce qui peut entraîner la ruine du crédit public. Sans doute, on prévient de telles calamités par de nouveaux emprunts, mais ils ne sont pas toujours possibles ; souvent ils sont trop dispendieux, et dans tous les cas, ils ne remboursent rien, ils ne font que remplacer un emprunt par l’autre, mettre un nouveau créancier à la place de l’ancien, et multiplier les dépenses sans profit pour personne, et avec perte pour l’État.

La première condition de toute libération de la dette publique est qu’elle soit effectuée avec les deniers provenant du revenu ordinaire de l’État ; et comme l’on n’est jamais sûr que ce revenu puisse suffire aux dépenses ordinaires et au remboursement d’une annuité de la dette publique, une sage prévoyance commande aux gouvernemens de repousser le mode du remboursement par annuité. Le mode de libération par amortissement n’a aucun des dangers qui peuvent résulter de, l’annuité. Dans les détresses du fisc, si l’amortissement est inerte, son action est suspendue ; mais la foi du gouvernement n’est pas compromise, son crédit peut souffrir ; mais ne reçoit aucune atteinte, et de meilleurs temps peuvent tout réparer. (Voyez Dette publique et Amortissement.)


ANTICIPATION. — L’anticipation est un mode d’emprunt public ; il est affecté sur le retenu de l’état qui n’est pas encore échu, ni peut-être même produit. Dans l’un et l’autre cas c’est un emprunt sur le capital, qui ne diffère pas des autres emprunts publics ; seulement l’emprunt n’est pas fait sur le capital du pays, mais sur le capital particulier de ceux qui ont le maniement du revenu public.

Quand les capitaux d’un pays sont rares ou resserrés ; quand l’état politique n’offre pas de garantie suffisante à leur circulation, quand le crédit est ignoré, les emprunts par anticipation sur le revenu public sont les plus ordinaires et les seuls en usage. Les gouvernemens obérés ne craignent pas de demander des avances à ceux qui, sous le nom de fermiers, de régisseurs ou de percepteurs du revenu public, ont dans leurs mains un gage des avances qu’on leur demande.

À leur tour, les dépositaires du revenu public font d’autant moins de difficulté de faire des avances au gouvernement qu’ils y trouvent un nouveau gage de la conservation de leurs emplois, et la certitude de l’accroissement de leurs bénéfices.

Il n’est pas facile en effet de révoquer des préposés qui sont créanciers de sommes considérables qu’on est hors d’état de leur rembourser, et qui ne pourraient être évincés avec quelque justice sans assurer leur remboursement.

La conséquence de ces sortes, d’emprunts est que lorsqu’ils se sont accumulés au point d’absorber la plus grande partie du revenu et de laisser en souffrance la plus grande partie du service public, on s’en débarrasse par une banqueroute directe ou indirecte. Un ministre audacieux ou pressé par le besoin ne craint pas de frapper sur les, traitans qui lui refusent les secours dont il a besoin. Il les remplace par des spéculateurs plus hardis ou plus confians, qui ne comptent pour rien les risques de ceux qui les ont précédés, et qui ne craignent pas de s’exposer à la banqueroute, parce qu’ils se flattent de trouver de riches équivalens dans les bénéfices que dévore leur cupidité. Pendant deux siècles et demi le gouvernement français pressura les traitans par des anticipations et des banqueroutes, et, cependant c’est parmi les traitans que se formaient ces fortunes scandaleuses qui excitaient l’indignation des peuples et le mépris des gens de bien. Preuve certaine que les anticipations étaient plus ruineuses pour l’état que pour les traitans, et que les banqueroutes loin de remédier au mal ne faisaient que l’aggraver.

Depuis que l’industrie et le commerce ont, par leurs capitaux, remplacé ceux des traitans, et que les emprunts publics n’absorbent que les capitaux dont les autres emplois peuvent se passer, les emprunts par anticipation sont presque entièrement ignorés, dans les pays qui ont fait quelques progrès dans la richesse et la civilisation. On pourrait cependant en apercevoir quelques restes dans les cautionnemens, les dettes flottantes et autres avances en compte courant qui n’ont de gage que dans le revenu futur de l’état, et ne peuvent être acquittés que par lui ; de tels emprunts sont certainement des anticipations déguisées, et cependant on les tolère quoiqu’elles n’aient de garantie que dans la foi publique, et le plus souvent dans le caractère et l’honneur du prince.

Et cependant, dans les gouvernemens réguliers et dans les pays éclairés, quelle opinion aurait-on d’un ministre qui dévorerait le revenu public par anticipation. (Voyez Emprunts publics et Dette publique.)


APPRENTISSAGE. — L’apprentissage est une nécessité pour quiconque veut enseigner une science, exercer une profession, pratiquer un art, faire un métier. La race humaine est condamnée à apprendre si elle veut savoir, et qui ne sait pas fait mal ce qu’il fait, ou n’est pas assuré de le bien faire. Si l’éducation ne donne pas la faculté d’apprendre, qui est innée dans l’homme, elle la développe, l’applique et la concentre dans le savoir, premier degré de la science.

Dans l’enfance de la société civile, chaque genre de savoir est une propriété commune à tous ceux qui en sont doués, et le pouvoir la leur conserve par l’incorporation. (Voyez Corporations.)

Cette mesure autorise la corporation à n’admettre dans son sein que ceux qui ont subi les lois qu’elle leur impose ; et, de tolites ces lois, la plus efficace est sans contredit l’apprentissage qui donne à la corporation le droit d’admettre ou de repousser qui bon lui semble.

Mais, comme il arrive à tout pouvoir, de quelque nature qu’il soit, l’autorité accordée à chaque corporation pour sa conservation et la jouissance exclusive de ses droits, ne tarde pas à s’étendre au delà de son objet, dépasse ses limites et favorise l’intérêt particulier aux dépens de l’intérêt général.

On travestit l’apprentissage en privilége pour la famille du maître, et ce privilége éteint toute émulation, écarte le talent, protège la médiocrité, limite le savoir, oppose de fâcheux obstacles à ses progrès, le rend, pour ainsi dire, stationnaire, et prive la société civile d’une grande partie des avantages qu’elle devait s’en promettre. Sous ce rapport, l’apprentissage est également préjudiciable à la science, à la population laborieuse, à, l’état.

D’un autre côté, l’apprentissage donne aux maîtres les moyens de restreindre le nombre des ouvriers, d’élever les prix de la main-d’œuvre, de s’assurer de gros salaires et de grands bénéfices, et d’imposer de pesans tributs sur les consommateurs, d’où il résulte nécessairement diminution de la consommation, entraves à l’avancement de la richesse générale.

À-t-on réussi à atténuer ces déplorables résultats lorsque l’on a dit :

« L’apprentissage ne peut pas empêcher qu’on élève le nombre des ouvriers que les affaires exigent ; si la rareté des ouvriers se faisait sentir, il faudrait élever les gages ; et les maîtres, par le sentiment de leur propre intérêt, imagineraient bientôt le moyen de remédier au mal, et par conséquent les dangers de l’apprentissage sont plus apparens que réels. »

De quel apprentissage veut-on parler ? Ce n’est pas certainement de celui des corporations qui ne vivent que des salaires du travail. L’intérêt des maîtres, dans toutes ces corporations, est, d’élever les salaires au plus`haut degré qu’ils puissent atteindre, eux seuls souffrent de leur, abaissement, comme ils profitent seuls de leur élévation ; s’il leur convient de diminuer le nombre des ouvriers dans le cas de la rareté de l’ouvrage, l’apprentissage leur en donne un moyen certain. Si, au contraire, l’abondance de l’ouvrage les porte à multiplier le nombre des ouvriers, cette mesure tourne encore à leur avantage, parce qu’elle leur procure le travail de l’ouvrier à bon marché, tandis qu’elle ne change rien à la condition du consommateur de leurs produits, qui ne traite pas avec les ouvriers, mais avec les maîtres.

Ce qui est vrai des métiers l’est également des arts, des professions et des sciences. Partout la condition de l’apprentissage restreint ou limite la concurrence, et sans concurrence on ne peut pas plus atteindre au juste prix du travail qu’à celui de ses produits.

Le haut salaire du travail est-il favorable ou contraire à la prospérité d’un pays ? C’est ce qu’on verra au mot salaire ; mais dès à présent on peut conclure avec certitude, et il est évident que l’apprentissage détruit toute émulation, toute concurrence, toute certitude du juste prix, il est donc en opposition directe avec le mobile de toute industrie, de toute prospérité, de toute richesse.

ARGENT. — Voyez Monnaie et Or.

ARRIÉRÉ. — C’est un mode d’emprunt forcé des gouvernemens sur leurs créanciers ; les gouvernemens seuls ont le funeste pouvoir d’abuser les particuliers qui ont eu confiance dans leur loyauté, leur droiture et leur justice ; eux seuls ont le triste privilége de manquer à leurs engagemens et à la foi publique ; eux seuls peuvent retenir ce qui appartient à autrui. On dirait qu’ils ne sont liés, ni par leurs promesses, ni par les lois éternelles de la justice. Les nécessités de l’état sont leur seule excuse ; mais y a-t-il un seul état qui, sous un bon gouvernement, subisse de telles nécessités ou n’ait en lui-même des moyens sûrs et faciles de les faire cesser ; et n’est-ce pas ajouter l’insulte à l’offense que de pallier les torts de l’administration par ses vices.

Les particuliers sont dans l’heureuse impuissance de faire des arriérés sans le consentement de leurs créanciers ; les lois et les tribunaux sont les sauvegardes de la fidélité, de l’exécution des transactions privées, et quand elles sont fermes et inviolables, elles fondent ou consolident le crédit public, une des sources les plus fécondes de la fortune publique.

Malheureusement il n’existe pas, et peut-être ne peut-il pas exister de semblables garanties de la dette publique ou des dettes des gouvernemens. Comme ils ne reconnaissent et ne peuvent pas reconnaître d’autorité supérieure à celles dont ils sont investis, on ne peut en appeler qu’à leur moralité, à l’opinion, à l’importance de la conservation du crédit public ; faibles barrières, qui ne les ont pas empêchés d’accumuler les arriérés et de les acquitter par des banqueroutes directes ou indirectes. Quelles en ont été les conséquences ? Voyez Banqueroutes.


ASSURANCES. — En économie politique, l’assurance se présente sous deux rapports de la plus haute importance pour la richesse sociale :

1°. Elle atténue la grandeur des risques que court le capital dans certains emplois, d’ailleurs utiles et profitables ;

2°. Elle encourage l’économie par des séductions qui manquent rarement leur effet.

Sous ce double point de vue, le but de l’assurance est la conservation et l’accroissement du capital, ce puissant et infaillible mobile de la richesse moderne.

Dans son principe, l’assurance n’embrassait que les risques maritimes ; mais elle a prodigieusement reculé ses limites depuis qu’elle a étendu ses opérations sur les incendies, la grêle et la durée de la vie des hommes.

Comment parvient-elle à maîtriser des événemens si indépendans de la puissance humaine ? Son système repose sur deux bases :

La vérité mathématique des probabilités physiques et morales ;

La généralisation des risques particuliers et la répartition des pertes sur les bénéfices de la totalité du capital assuré.

Ce n’est pas ici le lieu de développer la théorie des probabilités qui joue un si grand rôle dans les sciences mathématiques, et d’établir jusqu’à quel point on peut, par le calcul, apprécier les risques de mer, soit en paix, soit en guerre ; ceux des incendies, de la grêle, et de la mortalité de l’espèce humaine. Il suffit de dire qu’en dernière analyse on peut les réduire à un terme moyen, qui doit dissiper l’effroi qu’ils peuvent causer. Les progrès des sciences mathématiques sont prequ’arrivés sur ce point à la certitude, et par-là elles ont singulièrement favorisé la progression des capitaux, les grandes spéculations du commerce maritime, l’abondance des économies, et les dispositions économiques des peuples.

Mais quand les sciences mathématiques n’auraient pas à cet égard atteint le but, quand elles laisseraient encore beaucoup à désirer, leurs doctrines fussent-elles fausses et illusoires, l’assurance n’en serait pas moins recommandable, et mériterait la reconnaissance de tous ceux qui connaissent toute l’importance de la richesse dans le nouvel état politique et social.

Abandonnée à elle-même, l’assurance aurait encore la puissance de réduire au minimum la perte qui résulte des risques qu’elle prend à sa charge. Ce n’est pas qu’elle réussisse à éluder ces risques ou à les restreindre. Ce prodige est au-dessus du pouvoir des hommes ; mais elle atténue leurs désastres en les répartissant sur tous ceux qui se font assurer, et en reportant les pertes éprouvées par les capitaux particuliers sur la totalité du capital assuré. Quoique possibles, tous les risques ne s’effectuent pas ; une partie plus ou moins considérable n’a pas lieu ; ceux qui arrivent sont supportés par ceux qui ne sont pas arrivés, et par conséquent ils s’atténuent les uns par les autres.

Si, par exemple, les risques de mer portent sur un capital assuré de 100 millions, et que la perte éprouvée ne soit que de 10 millions, il est vrai de dire que l’assurance réduit à 10 millions le risque primitif de 200 millions. Dès lors, ce risque n’a plus rien d’effrayant, ni en perspective, ni en réalité. Il n’affecte que le bénéfice et conserve au capital son intégrité ; les spéculations ne sont pas interrompues, les travaux ne perdent rien de leur activité, seulement ils donnent de moindres profits ; les progrès de la richesse particulière et générale sont moins rapides, mais la prospérité n’est pas arrêtée.

De semblables avantages résultent également de l’assurance contre les incendies et la grêle : dans ces deux cas, comme dans celui des risques de mer, l’assurance répartit la perte sur la totalité du capital assuré, et n’atteint que les bénéfices ou le revenu du propriétaire et du cultivateur. Il y a donc encore, dans ce résultat infaillible de l’assurance, conservation du capital et de tous les avantages qui en dérivent.

Les assurances sur la mortalité opèrent sur d’autres principes que ceux que je viens d’exposer, et cependant arrivent à des résultats identiques. Toute la science humaine ne peut ni arrêter ni détourner la faux de la mort ; mais les assurances modèrent ses calamités, les rendent moins funestes aux familles et à l’État, et les restreignent à la seule perte inévitable, la mort d’un homme utile aux siens et à la société : c’est à ce but que tend l’assurance sur la mortalité, et, il faut avouer qu’elle en approche de très-près, si elle ne l’atteint pas.

Un homme parvenu à l’âge où il rend des services particuliers ou généraux, est, économiquement parlant, un capital pour sa famille et son pays. Et ce capital est d’autant plus précieux ; que, tous les autres capitaux lui doivent la valeur, la fécondité et la richesse de leur emploi ; mais ce capital est à chaque instant exposé à une perte totale, et l’assurance la réduit en provoquant des économies, qui, par un bon placement, suppléent aux profits du travail quand il n’existe plus. Les économies faites prolongent en quelque sorte la durée du travail, et les économies sont d’autant plus facile qu’elles sont consacrées par un père à secourir la détresse de sa famille quand elle sera privée de son protecteur, ou à la maintenir dans l’aisance et la position sociale où il l’a laissée en mourant. L’assurance contre la mortalité contribue donc, comme les autres assurances, à l’augmentation du capital, et sous ce rapport elle influe essentiellement sur la richesse privée et publique, comme on le verra au mot Capital.

◄  Préface B  ►