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Dictionnaire apologétique de la foi catholique/Lèpre

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Dictionnaire apologétique de la foi catholique

LÈPRE. — Une légende qui ne paraît pas remonter plus haut que le xviiie siècle veut que la lèpre ait été apportée en Occident par les chrétiens qui revenaient de la croisade. Cette légende, popularisée par l'Encyclopédie et reproduite sans contrôle par les historiens du xixe siècle, ne résiste pas à l’examen. Une multitude presque innombrable de témoignages, se répartissant du ive au xiie siècle, atteste que la lèpre a existé en Occident dès l’époque de la domination romaine. Des léproseries ont existé en Gaule et dans les pays voisins à partir du ve et du vie siècle. Plusieurs conciles, notamment celui d’Orléans en 549 et celui de Lyon en 583, prescrivent aux évêques de veiller à l’entretien des lépreux de leurs diocèses. Le pape saint Grégoire II défend qu’on refuse de les admettre au banquet eucharistique, mais ne veut pas qu’ils participent aux festins profanes avec les gens bien portants. Le pape Etienne II permet de séparer les époux quand l’un d’eux est lépreux. La législation civile s’occupa des lépreux dès le viie siècle : Rotharis, roi des Lombards, veut qu’on les séquestre avec la plus grande rigueur ; les capitulaires des rois carolingiens, en 757 et en 789, renouvellent et confirment à leur sujet les dispositions canoniques. Il en est de même des lois galloises de Hoël au xe siècle. Enfin, nous avons dans les vies des saints de nombreux exemples de leur charité envers les lépreux, qu’ils soignent de leurs mains avec la plus touchante abnégation ou qu’ils guérissent d’une manière miraculeuse.

Tous ces faits sont démontrés jusqu’à la dernière évidence par une multitude de textes que j’ai recueillis et commentés dans ma brochure intitulée : La lèpre en Occident ayant les croisades (Paris, Bloud, 1907).

Godefroid Kurth.