Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/AVENT

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Jésuites et imprimeurs de Trévoux
(Tome 1p. 631-632).
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AVENT. s. m. Le temps qui précède la fête de Noël. Il dure quatre semaines. Le premier dimanche de l’Avent est un dimanche de la première classe. Les Religieux & les personnes de piété jeûnent l’Avent comme le Carême. On ne marie point durant l’Avent sans dispense. Dans les premiers siècles de l’Eglise on jeûnoit pendant l’Avent trois fois la semaine, le lundi, le mercredi & le vendredi. Il est parlé de ce jeûne dans le neuvième Canon du Concile de Mâcon, tenu en 581. Mais il étoit en usage dès auparavant dans l’Eglise romaine, & même dans l’Eglise de France, où l’on prétend que Rupert, Evêque de Tours, l’introduisit. Quelques-uns croient que le Concile de Mâcon ne le prescrit qu’aux Clercs. Ensuite on jeûna tous les jours. Ce jeûne commençoit depuis la fête de S. Martin ; c’est pour cela qu’on l’appeloit le Carême de S. Matin. Les Capitulaires de Charlemagne nous apprennent aussi qu’on faisoit dans le IXe siècle un jeûne de quarante jours avant Noël. Les Clercs y ayant été obligés, comme nous l’avons dit, les personnes pieuses entre les laïques les imitèrent. La coutume s’en introduisit, & l’usage & la pratique en firent une loi. Cependant Amalarius témoigne dans le IXe siècle que cette pratique ne regardoit que les personnes pieuses. En 1270, Urbain V, au commencement de son pontificat, en fit une loi pour les Clercs de la cour romaine. L’Avent n’a pas toujours commencé au même temps. Dans l’office ambrosien il y a six dimanches de l’Avent, & le premier est celui qui suit la fête de S. Martin. S. Grégoire, dans son Sacramentaire, met cinq dimanches, qu’il appelle dimanches d’avant Noël, & qui sont comme les dimanches de l’Avent ; & l’on trouve que l’Avent est quelquefois appelé simplement Carême, Quadragesima, comme dans la vie de S. Dominique l’Enquirassé. On appelle aujourd’hui première semaine de l’Avent, celle par où l’Avent commence, & qui des quatre qui le composent est la plus éloignée de la fête de Noël. Nous apprenons d’Alamarius & de S. Grégoire, dans son Sacramentaire, qu’autrefois c’étoit tout le contraire, & que l’on appeloit première semaine de l’Avent, celle qui est la plus près de la fête de Noël, & qu’on appelle aujourd’hui la dernière. Aujourd’hui, dans toute l’Eglise romaine, l’Avent n’a que quatre dimanches, & le premier est le dimanche le plus proche de la S. André. Dans l’Eglise grecque il commence le 14 Novembre ; ce qui revient à l’ancienne pratique de le commencer à la S. Martin.

En parlant du temps de l’Avent, on dit aussi au pluriel, les Avents, la saison des Avents, les Avents de Noël. Ainsi la Quintinie dit ; les chasselas se maintiennent pour la plûpart au-delà de la saison des Avents. Il faut planter aux Avents.

☞ Toutes ces façons de parler me paroissent mauvaises, & je les crois plus en usage parmi le peuple, que parmi les honnêtes gens.

☞ Prêcher l’Avent, c’est prêcher pendant l’Avent. C’est un tel prédicateur qui prêche l’Avent. On dit de même jeûner l’Avent.

Avent, signifie aussi les Sermons qu’un prédicateur prêcher pendant l’Avent, & le livre qui contient ces Sermons, soit manuscrits, soit imprimés. L’Avent du P. Bourdaloue m’a coûté tant. L’Avent du P. Texier est intitulé, l’Impie malheureux : celui de Biroat, la condamnation du monde. C’étoit assez la coutume au commencement du dernier siècle, de faire tous les Sermons de l’Avent sous une seule idée, telle que les deux que l’on vient d’indiquer ; des les rapporter tous à cette idée, desorte qu’ils fissent un corps de sermons suivis & tendans tous au même but. Cette coutume a passé.