Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/BARBARE

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Jésuites et imprimeurs de Trévoux
(Tome 1p. 752-753).

☞ BARBARE. adj. de t. g. Ce mot n’a plus la même signification qu’il avoit autrefois. Les Grecs appeloient barbares tous les peuples qui ne parloient pas leur langue, ou qui ne la parloient pas aussi bien qu’eux ; de sorte que ce mot chez eux ne signifie qu’étranger, peregrinus. Les Romains eurent la même vanité ; ils appelerent barbares tous les autres peuples, excepté les Grecs, qu’il regardoient comme un nation polie & savante ; de sorte que ce n’étoit point parmi eux un terme de mépris, comme parmi nous. Ils donnoient des ôtages à des barbares dans l’état le plus florissant de la République. Ablanc. Les Bourguignons & les Francs qui s’établirent dans les Gaules, étoient appelés barbares. Les Goths d’Italie furent aussi appelés barbares. Il semble que ce mot ne vouloit dire qu’étranger, & que depuis long-temps on lui eût attaché cette signification ; car Ovide qui étoit si poli à Rome, avoue qu’il étoit barbare parmi les Grecs.

Barbarus hìc ego sum, quia non intelligor ulli,
Et rident stolidi verba latina Getæ.

Nos Gaulois qui étoient soumis aux Romains, appeloient barbares les nations germaniques qui habitoient au-delà du Rhin. On appeloit dans les Gaule la langue teutone, langue barbare. Enfin, les ennemis de l’Etat, & ceux qui n’étoient pas catholiques, étoient appelés barbares. Ce que l’on appeloit barbares dans les Gaules, sous les Empereurs Romains, n’étoient point Gaulois originaires du pays, mais des peuples de Germanie que les Empereurs y avoient faits passer pour cultiver les terres. Chifflet, Gloss. Sal. au mot barbarus. De Hauteserre, dans ses notes sur Grégoire de Tours, pag. 99. a remarqué que cet Auteur prend souvent barbare pour païen.

Ce mot βάρβαρος, selon Stabon est dit pas imitation. Les étrangers, quand ils venoient en Grèce, ἐβαρβάριζον, id est balbutiebant, ils bégayoient, parloient grossièrement. Cependant on peut dire qu’ils appeloient barbares, ceux dont ils n’entendoient pas le langage, tels qu’étoient les Persans, les Scythes, les Egyptiens. Scaliger tient que ce mot de barbare vient de l’arabe bar, qui signifie déser. Barbare, selon son sentiment, est un Sauvage, un homme vivant dans les solitudes. Ravanelle dérive, comme les autres, le mot barbare du grec βάρβαρος, d’où l’on a fait barbarus ; mais il ajoute que βάρβαρος, vient de l’arabe barbar, auquel on a ajouté la terminaison grecque ; barbar signifie bruit, & désert. Mais Ravanelle se trompe, on ne dit point barbar en arabe pour signifier désert, mais seulement bar. D’autres prétendent, comme Picard dans sa Celtopédie, qu’il vient de βάρβαρ, mot qui ne signifie rien, & que certains étrangers venus à Athènes avoient sans cesse à la bouche ; ce qui fit qu’on les appela βάρβαροι, barbares. Tossius, L. I. De vitiis Sermonis, Cap. 1. croit que ce mot vient de ברא, adverbe chaldéen, qui signifie, extrà, foris, hors ; & qui se trouve dans le Thalmud pour le בר des Hébreux. Ainsi un barbare, dans sa signification primitive, est, selon Vossius, un homme de dehors, qui est hors du pays de ceux qui l’appellent ainsi, en un mot, étranger ; & Scaliger, au commencement de sa li. Exercitation, montre que ברברי, barbari, est un mot venu d’Orient, qui signifie étranger. Le Concile de Chalcédoine, Can. 28. appelle les Evêques qui sont hors des terres de l’Empire Romain Επισκὸπους εν βαρβαρικοῖς, comme s’ils disoient, qui sont dans les pays étrangers. Et le 52 des Canons de l’Eglise d’Afrique oppose la Mauritanie, province de l’Empire, τῷ βαρβαρικῷ, au pays d’Afrique qui n’en étoit pas, & qu’il appelle pour cela Barbarique, c’est-à-dire, hors de l’Empire ; étranger à l’Empire.

☞ Aujourd’hui ce mot se prend dans un sens odieux, & s’applique à un homme cruel, qui n’écoute point la pitié ni la raison. Barbarus, sævus. Une barbare. Cœur barbare. C’est un pere barbare qui n’a aucune tendresse pour ses enfans ; un Prince barbare qui tyrannise ses sujets.

☞ On le dit aussi des choses qui annoncent de la barbarie. Médée faisoit des actions barbares. La coutume d’immoler des hommes étoit bien barbare.

Que je plains le sort des avares
A qui l’avide soif des biens
Fournit pour l’enrichir mille nouveaux moyens
Toujours injustes & barbares. L’Abbé Tetu.

Barbare dans un sens figuré se dit des peuples sauvages & grossiers, qui vivent sans police & sans loix. Barbarus incultus. Les Hurons, les Iroquois, plusieurs peuples de l’Afrique, sont des nations barbares.

Barbare dans ces deux exceptions est aussi substantif. Ainsi l’on dit que les Iroquois sont de vrais barbares ; qu’un pere qui n’a point de tendresse pour ses enfans, est un barbare. Les Grecs & les Romains traitoient de barbare tous ceux qui n’étoient pas Grecs, ou Romains.

☞ En matière de langage, nous appelon barbares des termes impropres, d’où vient barbarisme ; & langue barbare, celle qui n’a point de rapport à la nôtre, & qui choque l’oreille. Les Iroquois parlent une langue barbare.

D’un seul nom quelquefois le son dur ou bisarre
Rend un poëme entier ou burlesque, ou barbare.

Boil.

☞ On appelle lois barbares, celles qui furent faites lors de la décadence de l’empire Romain, par les différens peuples qui le demembrerent, les Goths, les Visigoths, &c.

☞ En peinture on appelle manière barbare, ce qu’on appelle autrement manière gothique. Voy. Gothique.

BARBARE, RESQUE, s. m. & f. Barbarus, a. Nom de peuple qui habite la Barbarie, pays d’Afrique le long des côtes septentrionales, ou de la Méditerranée, depuis le détroit de Gibraltar jusqu’en Egypte. Les Barbares de la campagne sont laborieux, doux, libéraux. Ceux des villes sont fiers, avares, vindicatifs, & de mauvaise foi. Les Barbaresques, tant les femmes que les filles, sont toujours couvertes d’un voile devant les hommes.

Barbare. Monnoie. Barbarus. Voyez BARBARIN.