Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/BARBE

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Jésuites et imprimeurs de Trévoux
(Tome 1p. 754-757).
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BARBE. s. f. Poil qui vient au menton ☞ & aux joues des hommes. Barba. La barbe lui vient. Faire la barbe à quelqu’un, le raser. Faire sa barbe, se faire la barbe, se faire faire la barbe. C’est un affront & une marque d’un mépris insigne, & d’ignominie, d’arracher ou de faire arracher la barbe à un homme. David déclara la guerre au Roi des Ammonites, pour venger l’affront qu’il avoit fait à ses Envoyés, de leur faire couper la moitié de la barbe. La plûpart des peuples sont différens en la manière de porter, de faire leur barbe. Les Américains furent fort surpris de voir les Espagnols qui avoient de la barbe. C’est une marque de deuil chez la plûpart des peuples, de laisser croître sa barbe, quoiqu’autrefois chez plusieurs nations ce fût une marque de tristesse de la couper. Plutarque dans Thésée, rapporte qu’Alexandre commanda à tous ses Capitaines de faire raser les barbes aux Macédoniens, de crainte de donner prise aux ennemis par leurs longues barbes. Jean Kinson dit que les Tartares sont en guerre avec les Persans, à cause qu’ils ne veulent pas couper les moustaches de leurs barbes comme font les Tartares ; & pour cela ils les appellent Infidelles, quoiqu’ils s’accordent avec eux dans plusieurs points de la Religion Mahométane. Comme les Chinois affectent en tout un air de gravité qui attire le respect, ils se sont imaginé qu’une longue barbe y pouvoit contribuer : ils la laissent croître, & s’il n’en ont pas beaucoup, ce n’est pas faute de la cultiver ; mais la nature en ce point les a très-mal partagés, & il n’y en a aucun qui ne porte envie aux Européens, qu’ils regardent en cette matière comme les plus grands hommes du monde. P. le Comte.

Les Grecs laissoient croître leur barbe. Ahénée remarque que ce ne fut que du temps d’Alexandre que l’on commença à se raser la barbe en Grèce, & que celui qui le premier se la fit couper à Athènes, fut appelé κόρσης tondu. Il y a néanmoins apparence qu’Athénéce, ou plutôt Chrysippe, de qui Athéné avoit pris ce qu’il dit à ce sujet dans son XIIIe Livre ; que Chrysippe, dis-je ne parle que du peuple & d’un usage général, ou particulier d’Athènes ; car non-seulement Alexandre, mais Philippe son pere, Amyntas & Archelaüs, Rois de Macédoine long-temps avant lui, sont représentés sans barbe sur leurs médailles. Les Romain furent aussi long-temps sans se raser. Pline remarque que l’on ne commença que l’an 454 de Rome ; que cette année-là P. Ticunius Mena amena des Barbiers de Sicile, & que Scipion l’Africain fut le premier qui introduisit la mode de se faire raser tous les jours.

Chez les Romains, on faisoit une visite de cérémonie à ceux à qui on faisoit la barbe pour la première fois, ou qui prenoient la robe virile. C’étoit une marque de tristesse & de deuil que de laisser croître sa barbe. M. Livius ayant été condamné par le peuple en sortant du Consulat, en eut tant de chagrin qu’il se retira à la campagne, & laissa croître sa barbe & ses cheveux. Les Censeurs voulant le ramener au Sénat, l’obligerent de se faire couper la barbe. Les premiers Philosophes laissoient croître leur barbe, plutôt par mépris des ajustemens du corps, & par nonchalance, que par affectation. Dans la suite ils la nourrirent avec grand soin, comme une marque & un caractère de sagesse. Une longue barbe devint une bienséance essentielle à la gravité philosophique. S. Chrysostôme dit, que les Rois de Perse se faisoient faire un tissu de leur barbe avec des fils d’or, & tiroient vanité de paroître en cette figure monstrueuse. Tillem. Le continuateur de Monstrelet dit que le Duc de Lorraine vêtu de deuil ayant une grande barbe d’or venant jusqu’à la ceinture, à la façons des anciens Preux, & pour signe de la victoire qu’il avoit obtenue, vint donner de l’eau-benite à Charles dernier Duc de Bourgogne. C’étoit aussi une ancienne coutume des Gentils de donner une barbe d’or à leurs Dieux en signe de magnificence. Favyn. Hist. de Nav. L. A., p. 557, qui croit que c’est de-là que cette coutume passa aux Princes & aux Seigneurs.

Autrefois on faisoit une cérémonie de bénir la barbe, & de la consacrer à Dieu, quand on la rasoit aux Ecclésiastiques. Warnefridus dit, que le nom des Lombards vient de ce qu’ils portoient une longue barbe. Clodion commanda aux François de porter de grands cheveux, & de laisser croître leur barbe, pour les distinguer des Romains. Cette coutume a duré jusqu’au Roi Louis le Jeune, qui fit raser la sienne sur certaine remontrance que lui fit Pierre Lombard Evêque de Paris. Nos Rois de la première race portoient les cheveux longs tressés & cordonnés de cordons & rubans de soie, & leur barbe nouée & boutonnée d’or, ainsi que le remarquent nos anciens Annaliste. Favyn. Sous le règne de Philippe de Valois, la mode vint de porter une longe barbe, & des habits fort courts. P. Dan. T. II, p. 531. Pasquier remarque que pendant les premières années du règne de François I. l’on suivoit l’ancienne coutume de porter longue chevelure, & barbe rase. Mais ce Prince ayant été blessé à la tête, & obligé à se faire couper les cheveux, tout le monde fit de même, & on porta longue barbe.

Les 14 premiers Empereurs Romains assurent que les Germains se faisoient raser la barbe. Les Goths & les Francs ne portoient qu’une moustache, qu’on appeloit cirsta. Oyhon I. introduisit la coutume de laisser croître la barbe : mais Fédéric I. ramena la mode ancienne, & il n’y eut plus que les paysans, ou les Moines, ou ceux qui vouloient porter une marque qu’ils avoient fait le voyage de la Terre-Sainte, qui se fissent honneur d’avoir une longue barbe.

Les personnes de qualité faisoient autrefois couper la barbe à leurs enfans, pour la première fois, par d’autres personnes qualifiées, & l’on devenoit Parrain, ou Père spirituel d’une personne, en lui faisant la barbe, ou les cheveux. C’est ce que l’on apprend de Paul Diacre, De Gest. Longob. L. IV. cap. 40. & L. VI. cap. 53. Voyez le P. Mabillon, Acta. Sanct. Ord. Bened. sæc. iii. præf. i. Auparavant c’étoit en touchant seulement la barbe d’une personne qu’on devnoit son Parrain. Une des conditions du Traité entre Alaric & Clovis, fut qu’Alaric toucheroit la barbe de Clovis, pour devenir son Parrain, ainsi que Fredegaire le rapporte après Idatius.

Ce fut, il y a quelques siècles, la coutume de porter de fausses barbes, comme on porte de faux cheveux, & des perruques au menton, comme on en porte aujourd’hui sur la tête. Car nous trouvons dans les Etats, ou Cortes de Catalogne, tenus en 1351, sous D. Pedre Roi d’Arragon ; nous trouvons, dis-je, une défense de porter de fausses barbes.

A l’égard des Ecclésiastiques, la discipline a été fort diverse sur l’article des barbes. Tantôt on a trouvé qu’il y avoit de la molesse à se faire raser, & que les longues barbes convenoient mieux à la gravité sacerdotale, & tantôt qu’il y avoit trop de faste à porter une barbe vénérable. Le P. Du Moulinet dans son Histoire des Souverains Pontifes, remarque sur les médailles de Clément VII, qu’il fut le premier des Papes dont on a connoissance, qui porte la barbe ; parce qu’ayant négligé de se faire raser durant sa prison, qui dura cinq mois, & en étant sorti avec une longue barbe, il la porta depuis, ce que ses successeurs ont retenu jusqu’à présent. Mais les PP. Henschenius & Papebrock parlent bien plus exactement dans le Propylæum du mois de Mai, pag. 209. Ils remarquent qu’Anastase IV fut le premier de son siècle qui fit raser sa barbe ; que plusieurs de ses successeurs l’imiterent jusqu’à Jules II qui la laissa croître ; qu’Anastase n’est pourtant pas le premier Pape qui se soit fait raser ; que dès l’an 797, il trouve que Léon III portoit la barbe rasée ; qu’alors les Empereurs Grecs ne possédant plus rien en Italie, il paroît que ce Pontife préféra cet usage à celui des Grecs, chez qui encore aujourd’hui les Evêques & les Moines conservent leurs barbes avec grand soin ; qu’ensuite l’an 960 Jean XII reparoît avec une longue barbe ; que ce fut en ce temps que Rome commença à avoir de grands égards pour les Empereurs d’Allemagne ; que c’est peut-être ce qui donna occasion à ce changement, la nation allemande ayant toujours été beaucoup plus curieuse d’entretenir sa barbe longue, que les François. En 1556, lorsque le Cardinal d’Angennes voulut prendre possession de son évêché du Mans, il fallut des Lettres de Jussion du Roi Henri II, pour le faire admettre avec sa longue barbe ; parce qu’il ne pouvoit se résoudre à la faire couper.

Il semble que depuis le schisme des Grecs, les Latins, pour se distinguer d’eux, aient affecté de couper leurs barbes. Il y a même des constitutions de radendis barbis, & l’on a cru se conformer en cela aux temps apostoliques. Les Grecs au contraire ont soutenu avec chaleur le parti des grandes barbes ; ils ne peuvent souffrir dans nos Eglises les images des Saints qui n’ont point de barbe. Saint Epiphane reprend fortement les Hérétiques Massaliens, de ce qu’ils rasoient leurs barbes. Il leur oppose la parole de Dieu dans les Constitutions des Apôtres, où il est défendu expressément de raser la barbe. Nous apprenons des Status & des Coutumiers de différens Monastères, que les Moines Clercs se faisoient couper la barbe, & que les Moines laïques la laissoient croître, & qu’on bénissoit avec cérémonie la barbe de ceux qu’on recevoit dans les Monastères. Martene. On trouve dans le Pontifical de Salisbery, & dans un autre que l’on garde au Monastère du Bec en Normandie, des prières que l’on récitoit lorsqu’on coupoit la barbe de ceux que l’on tonsuroit, & même des Evêques lorsqu’ils étoient sacrés. Id.

Ce mot vient du latin Barba que Guichard prétend s’être formé de l’hébreu אבד, abad, d’où vient אביב, qui est interprété, prima fœcunditas, germinatio, seu proventus frugum & fructuum, que de אבב, abab, s’est fait baba, & en ajout un r, barba. Mais c’est-là une de ces étymologies qui quand elles seroient vraies, sont sans preuves. Le mot barbe est pris des Celtes, qui disent, bar & barf, pour marquer la barbe. Pezr. Antoine Hortman a fait un dialogue latin sur la barbe, intitulé Πωγωνίας qui fut imprimé en 1586, chez Plantin ; dans lequel il rapporte tout ce que les anciens ont dit de la barbe.

Barbe, se dit proverbialement en ces phrases. Barbe bien étuvée est à demi rasée. Rouge barbe & noirs cheveux, guette-t’en, si tu peux. On dit aussi faire une chose à la barbe de quelqu’un ; pour dire, la faire hardiment, malgré lui, & en sa présence. On dit aussi qu’il faut qu’un homme s’en torche la barbe, ou les barbes ; pour dire, qu’il n’aura point de part à une affaire où il désiroit d’entrer. On dit qu’on doit être sage, quand on a la barbe au menton. On dit aussi, rire sous barbe, ou rire sous cape, quand on entend quelque discours avec plaisir, sans en rien témoigner à l’extérieur. On dit aussi abusivement, faire barbe de foarre à Dieu, au lieu de dire, gerbe de foarre ; pour dire lui faire une méchante offrande, lui donner le pire de ce qu’on a. Ce proverbe est tiré de la Bible, & se dit de ceux qui offroient seulement à Dieu des gerbes de pailles, feignant offrir des gerbes de blé. Pasquier, Rech. Liv. VIII. ch. 62. On dit aussi par mépris aux jeunes gens qui se mêlent de donner conseil. Vous avez la barbe trop jeune, vous êtes une jeune barbe ; pour dire, vous n’avez point d’expérience dans les affaires du monde. On dit aussi, faire la barbe à quelqu’un ; pour dire, lui faire affront, parce que c’étoit autrefois une peine fort ignominieuse de raser la barbe à quelqu’un, non-seulement en France, mais même chez les Grecs, & chez plusieurs autres nations ; d’où sont venues ces trois façons de parler, Je veux qu’on me tonde : Je lui aurai le poil : Je lui ferai la barbe : Voyez les Recherches de Pasquier, Liv. VIII, ch. 10.

Barbe, se dit quelquefois dans un sens un peu figuré, pour la personne même qui la porte. Ces vilaines barbes de bouc sont toujours en querelle. Ablanc.

Barbe, se dit encore pour signifier Présence. Il vient par le coche vous enlever à notre barbe. Mol.

Barbe, se dit aussi des poils qu’on les autres animaux au menton, ou aux environs de la gueule. Les boucs & les chèvres ont de la barbe sous le menton. Un lièvre, un lapin, un chat, un rat, ont des barbes.

Barbe, se dit aussi des Comètes, & signifie les rayons que la Comète darde vers l’endroit du Ciel où son propre mouvement semble la porter. Et c’est en cela que l’on distingue la barbe d’avec la queue de la Comète, laquelle se dit des rayons qui s’étendent vers la partie du Ciel d’où la Comète semble s’éloigner par son propre mouvement. Rohaut. voyez Comète & Chevelure.

Barbe, se dit aussi des petites arrêtes ou cartilages, qui servent de nageoires aux poissons plats, comme les turbots, les barbues, les solles, les carrelets. Spina. Les barbes de la baleine sont celles qui lui tombent sur les mâchoires : ce sont des bandes plates & pliantes qui servent à mettre dans des corps de jupes de femmes pour les rendre fermes. On les appelle autrement fanons.

Barbe, se dit aussi des petits filets que les plumes jettent à droite & à gauche, & dont elles sont composées.

Les vaisseaux sanguins qui entrent par un trou qui est au bout de la plume, versent leur lymphe dans les petits godets d’un corps charnu ; & de-là elle se filtre jusqu’au haut du tuyau, d’où elle entre dans la moelle de la plume, qui n’étant qu’une matière spongieuse, s’en imbibe aisément, & la distribue à droite & à gauche, dans les barbes. Acad. des Sc. 1688. Hist. p. 45. Les barbes des plumes ne sont dans les commencemens qu’une espèce de bouillie, tant elles sont tendres & délicates. Aussi sont-elles roulées en cornet dans un long tuyau cartilagineux, rempli d’humidité, pour n’être pas exposées à l’ait, qui les dessécheroit & ressereroit tellement leurs pores, qu’elles ne pourroient plus recevoir de nourriture. Mais quand elles se sont assez fortifiées pour ne devoir plus craindre l’action de l’air, l’étui qui les enveloppoit, & qui ne leur est plus nécessaire, se desséche, & tombe de lui-même par écailles. Id. 46.

On appelle barbes, des bandes de toile ou de dentelle, qui pendent aux cornettes des femmes. Acad. Fr. 1740.

Barbe, est aussi un terme consacré aux longs poils qui sont au bout des épics. Arista. L’orge & le seigle ont des barbes bien plus longues que le froment.

Barbe, se dit aussi des poils qui passent dans des étoffes effilées par l’usage. Villus. Il faut faire la barbe à cette garniture, à ce manteau.

Barbe, se dit encore de ces menus poils qui forment la chancisssure des choses qui se corrompent. Mucor. Ces confitures sont gâtées, chancies ; elles ont de la barbe.

On appelle aussi barbes dans les monnoies, les petites pointes ou filets qui y paroissent avant qu’elles aient été frotées ou polies. Ramenta.

Barbe, se dit aussi de cette chair rouge qui pend au coq au-dessous du bec. Palla.

Barbe, ou Sous-barbe, en Manége est la partie de la tête du cheval qui porte la gourmette ; & c’est le dehors de la mâchoire inférieure au-dessus du menton. Maxilla inferior.

Barbes, en termes de Maréchallerie, sont des superfluités de chait qui viennent dans le canal de la bouche du cheval, dans cet intervalle qui sépare les barres, & qui est sous la langue. On les appelle aussi barbillons, Ranæ equinæ. On le dit aussi des bœeufs.

Barbes, en Serrurerie, se dit de ces pièces élevées, ou avancées, qui sont à un des côtés du pène d’une serrure, qui donnent prise à la clef pour la faire ouvrir, ou fermer.

En termes de Marine on appelle barbes, les parties du bordage de l’avant du vaisseau, à l’endroit où l’estrave s’assemble avec la quille ; & quand on parle d’un bateau, la barbe est une petite pièce de bois jointe au bout du chef, & posée sur le four : elle est longue de deux pieds dans les grands bateaux, sur douze pouces de grosseur. Caron.

On dit en termes de Guerre, tirer le canon en barbe ; pour dire, le tirer par-dessus la hauteur du parapet, au lieu de le pointer par l’ouverture des embrasures.

Barbe, s. m. est un cheval de Barbarie qui a une taille menue, & les jambes déchargées. Equus Punicus. On dit que les barbes meurent, mais qu’ils ne vieillissent jamais, parce qu’ils conservent leur vigueur jusqu’à la fin : c’est pourquoi on en fait des étalons. Et on appelle un échappé de barbe, un poulain engendré d’un barbe. Les barbes ont la corne du pied très-forte, & passent tous les autres à la course. On dit que ces chevaux étoient autrefois sauvages, & qu’ils couroient çà & là dans les forêts de l’Arabie ; mais que les Arabes, au temps de Cheque Ismaël, commencerent à en dompter bon nombre, & à en faire des harras qui se multiplierent & se répandirent par toute l’Afrique. Ce sentiment, ajoute Jean de Léon, est assez vraisemblable, puisqu’encore aujourd’hui on trouve des chevaux sauvages dans les forêts de l’Afrique & de l’Arabie, & qu’il a vû dans les déserts de Numidie un poulain sauvage tout blanc, & avec du crin long & frisé. Dapper.

Il y a des barbes en Afrique qui attrapent les autruches à la course : on le vend ordinairement deux mille livres, ou, comme dit Dapper, mille ducats, ou cent chameaux. On les entretient toujours maigres, & on les nourrit fort peu avec quelques grains & de la pâte, ou, comme dit Dapper, avec du lait de chameau qu’on leur donne deux fois pas jour, le soir & le matin : Marmol ajoute des dattes. Dapper dit qu’on les envoir en pâture quand il y a de l’herbe. Ils ne sont point ferrés : ils ont de petites selles rases, des brides & des étriers légers, & courent avec autant de liberté que s’ils n’étoient point montés. On prétend qu’en Barbarie on conserve la généalogie des chevaux barbes avec le même soin qu’on fait en Europe celle des grandes familles. Pour vendre un cheval on produit ses titres de noblesse. Il y en a qu’on fait descendre en droite ligne de l’illustre cheval du grand Valid.

Le barbe est de tous les chevaux celui qui approche le plus du cheval d’Espagne, duquel il ne possède pas entièrement toutes les bonnes qualités ; ce qui le rend plus aisé à dresser. Il est de fort bon naturel, docile, nerveux & léger. C’est un aussi joli cheval qu’il s’en puisse voir ; mais il est un peut trop menu, & si paresseux & négligent en son marcher, qu’il broncheroit en un jeu de boule. Il trotte comme une vache, galope fort bas, & n’a en ces deux actions aucune vivacité : il est ordinairement nerveux, a bonne force, & l’haleine admirable, ce qui le rend capable de grandes corvées, & de souffrir un grand voyage ; il apprend tout ce qu’on lui veut enseigner, & est fort aisé à dresser, ayant la disposition bonne, le jugement, la conception, & la mémoire excellente ; & quand il est une fois soumis, il n’y a point de cheval qui aille mieux au manége en toutes sortes d’airs, & va très-bien sur le terrain, de quelque manière que ce soit. On dit que les barbes des montagnes sont les meilleurs, je crois que ce sont les plus larges ; mais j’aime mieux un cheval moyen, ou même moindre ; & ceux-là sont à assez bon marché en Barbarie. J’ai oui dire que ceux des environs de Marseille mêlent de leurs poulains parmi les barbes, & les vendent comme s’ils étoient venus de Barbarie.

Le barbe ,’est pas si propre à être étalon pour avoir des chevaux de manége, que pour des coureurs ; car il engendre des chevaux longs & lâches ; c’est pourquoi il ne faut point avoir de sa race pour le manégé, s’il n’est court de la tête à la croupe, fort & raccourci, & d’une grande vivacité, ce qui se trouve en fort peu de barbes. Newc.

Barbe. s. f. Nom de femme. Barbara. La Chronique orientale dit que sainte Barbe souffrit du temps de l’Evêque Héraclas, disciple d’Origène, qui gouverna l’église d’Alexandrie jusqu’en 248. Barbe s’est fait par apocope de Barbara, barbare.

En termes de Marine, on appelle sainte Barbe, Cubiculum sanctæ Barbaræ, la chambre des Canoniers qui est au bas du château de poupe, au-dessus de celle ou on met le biscuit, & au-dessous de la chambre du Capitaine ; parce que les Canoniers ont choisi saint Barbe pour Patrone. On l’appelle autrement Gardiennerie : les vaisseaux de guerre y ont deux sabords.

Barbe de bouc. Trapogon. Plante qui vient communément dans les prés : sa racine est semblable à celle de la scorsonère, mais plus mince : elle donne des feuilles longues, étroites, pliées en gouttière, & pointues par leurs bouts ; sa tige s’éleve d’un ou deux pieds de haut, garnie de feuilles alternes, & terminées par une fleur jaune, qui est composée de plusieurs demi-fleurons, renfermés dans un calice simple, découpé en plusieurs pièce. Chaque demi-fleuron porte sur un embryon qui devient, après que le demi-fleuron est flétri, une semence oblongue, étroite, cannellée, faite en forme de fuseau, & terminée par une aigrette ouvragée en manière de gafe ou de toile d’araignée. Comme cette aigrette sortant de son calice représente une brosse, on l’a apparemment comparée à la barbe d’un bouc. On mange les jeunes pousses de la barbe du bouc cuites un guise d’asperge ou de houblon, tant à la sauce blanche qu’à la vinaigrette ; & on les nomme Pentecôte, parce que c’est dans ce temps qu’on use de ces mets. Dans le nombre des espèces de barbe de bouc est comprise celle que les Italiens nomment Artisi Tragopogon porrifolim, quod artisi vulgò, & que le vulgaire appelle improprement cersisi. Ses fleurs sont pourpres, ses racines brunes extérieurement. On les mange à la auce blanche, ou mises en pâte, & frittes.

Barbe de chèvre. Barba capræ. Plante dont les racines sont assez grosses, ligneuses, moelleuses dans leur centre, fibreuses & roussâtres ; d’où partent plusieurs feuilles oblongues, pointues par leur extrémité, dentelées sur leurs bords, & rangées sur une côte branchue. Ses tiges sont hautes de quatre pieds, plates, cannellées, moelleuses, creuses, branchues, & terminées par de longues grappes de fleurs longues de plus d’un pied. Chaque fleur est à cinq petits pétales blancs ; le calice est d’une seule pièce, découpé en cinq pointes. De son milieu s’éleve le pistil qui devient un fruit composé de quelques graines longues d’une ligne & demie : chacune renferme une semence oblongue ; l’arrangement de ces fleurs lui a fait donner ce nom. Elle croît dans les Alpes.

Barbe de Jupiter. Barba Jovis. Arbor pulchrè lucens. J. B. Arbrisseau qui s’éleve à la hauteur de quatre à cinq pieds : il est branchu, & garni de feuilles petites, ovales, argentées ou soyeuses, rangées par paires sur une côte longue de deux pouces au plus. Ses fleurs naissent par bouquets à l’extrémité des branches, & même des aisselles des feuilles qui terminent les branches. Elles sont légumineuses, d’un pâle tirant sur le jaune, petites pour la grandeur de la plante. A ces fleurs succedent des gousses très-courtes, velues, composées de deux cases qui ne renferment qu’une semence oblongue. On range sous ce genre d’autres plantes différentes de celle-ci par leurs feuilles, leurs fleurs, &c. L’ébène de Candide, Ebenus Cretica, est, suivant M. Tournefort, une espèce de Barba Jovis. Le sempervivum en françois, joubarbe, est appelé de ce même nom, Jovis barba.

Barbe de moine, autrement cuscute. Cette plante pousse des filets rouges aussi déliés que les cheveux, qui s’attachent aux différentes sortes de plantes. On l’emploie dans les maux de rate & autres maladies. Voyez Cuscute.


Barbe de Renard. s. f. Tragacantha. Plante vivace dont la racine est longue, branchue, filasseuse, grosse comme le doigt, blanchâtre, & qui se plonge fort avant en terre. Elle donne plusieurs tiges ligneuses, grosses comme des tuyaux de plumes à écrire, longues d’un pied, quelquefois branchues, & toujours garnies d’un grand nombre de feuilles, petites, blanchâtres, rangées par paires sur une côte terminée par un aiguillon assez piquant, ce qui rend cette plante épineuse. Ses fleurs sont légumineuses, blanchâtres, & naissent à l’extrémité des tiges, & d’entre les aisselles des feuilles. Ses gousses sont courtes, divisées selon leur longueur en deux loges, qui renferment des semences blanchâtres, petites, & taillées en forme de rein. Cette plante vient au bord de la mer auprès de Marseille. Il en vient une autre espèce dans les Alpes ; elle se distingue de celle de Marseille par ses fleurs, qui sont purpurines, & rayées de veines plus foncées ; ses feuilles outre cela ne sont pas si blanches. M. de Tournefort en a remarqué plusieurs espèces dans le Levant. Des tiges de ce genre de plante découle une gomme qu’on nomme improprement Adragan, & qu’on doit appeler Tragacan, du nom de la plante. Cette gomme se résout dans l’eau en un mucilage épais qui sert aux Peintres dans les colles, & qui entre en médecine dans la préparation de plusieurs compositions. On recommande cette gomme pour la toux & pour les fluxions. Elle nous est apportée du Levant : la meilleure est en petits brins longs, blancs & vermiculés ; la seconde est d’an blanc gris ; la troisième est rougeâtre, ou noirâtre, & remplie d’ordures. Cette plante est nommée par quelques Botanistes Ramebouc, Epinebouc, spina hirci. Tragacantha en grec signifie la même chose.