Dictionnaire de théologie catholique/AGGÉE (Le livre d’)
(Tome 1.1 : AARON — APOLLINAIRE, p. 301-302).
AGGÉE. Après une étude générale sur le livre d’Aggée, nous consacrerons un article spécial à la prophétie du chapitre ii, 7-10.
I. AGGÉE (Le livre d’). —
I. Aggée et sa mission.
II. Sa prophétie.
III. Commentaires.
I. Aggée et sa mission.
Aggée (hébreu : Ḥaggai ; Septante : Ἀγγαῖος ; Vulgate : Aggœus), dont le nom pourrait se traduire en latin par festivus ou mieux peut-être par peregrinus, est l’un des douze petits prophètes. On ne sait avec certitude que peu de chose sur l’histoire de sa vie. D’après les uns, il serait né en Judée, avant l’exil, et aurait vu de ses yeux le temple de Salomon ; d’après les autres il naquit un peu plus tard en Chaldée, d’où il vint à Jérusalem en compagnie de Zorobabel. Des auteurs pensent savoir qu’Aggée fit partie de la grande synagogue, qu’il mourut à un âge fort avancé, après l’achèvement du second Temple. On l’aurait enseveli avec beaucoup d’honneur dans l’endroit réservé à la sépulture des prêtres. Toutes ces conjectures reposent uniquement sur des traditions dont la valeur est contestable.
Ce que le texte biblique nous apprend de certain, c’est qu’Aggée prophétisa à Jérusalem et que les oracles, dont se compose son livre, ont eu lieu dans un espace de quatre mois environ. Voici dans quelles circonstances. Seize ans s’étaient écoulés depuis le retour de l’exil et c’est à peine si les Juifs revenus de Babylone avaient relevé l’autel des holocaustes et jeté les fondations du nouveau Temple. Les tracasseries des Samaritains n’étaient pas la seule cause de cette lenteur ; il y avait encore de l’indifférence religieuse. Les choses en étaient là quand, la seconde année de Darius, fils d’Hystaspe (520), les prophètes Aggée et Zacharie se levèrent pour faire entendre à Zorobabel, au grand prêtre Josué et au peuple des paroles de reproche et d’encouragement. I Esdr., iv, 24-v, 3. La reconstruction du Temple : tel fut l’objet de la mission d’Aggée.
Cette mission avait une portée considérable. Le Temple était pour les Juifs, surtout après l’exil, le centre de la vie religieuse et nationale. Tant qu’il n’était pas rebâti, on ne pouvait pas songer sérieusement à reconstituer le culte et la cité. Le véritable caractère, comme aussi l’avenir de la restauration entreprise par Zorobabel, dépendait donc du zèle et de la célérité que le peuple mettrait à relever de ses ruines le seul édifice où il fût permis de sacrifier à Jéhovah.
II. Prophétie d’Aggée.
La prophétie d’Aggée se divise tout naturellement en quatre oracles distincts, prononcés à des époques liés rapprochées les unes des autres.
1° La seconde année de Darius, le premier jour du sixième mois (Elûl = août-septembre), Aggée adjure publiquement Zorobabel et Josué de ne pas tarder davantage à poursuivre avec diligence le relèvement du Temple. Qu’on ne prétexte pas le manque de ressources, car elles ne font jamais défaut quand il s’agit d’élever des maisons lambrissées. Seul, le sanctuaire de Dieu resterai ! en ruines ? La sécheresse et la disette sont un juste châtiment de l’indifférence du peuple. Le vingt- quatrième jour du même mois, on se met à l’œuvre sous la direction de Zorobabel, i, 1 ; ii, 2.
2° Le vingt-et-unième jour du septième mois (Tisri = septembre-octobre), le septième jour de la solennité des Tabernacles, nouvel oracle ; ce sont des paroles d’encouragement, spécialement à l’adresse de ceux qui, ayant vu le Temple de Salomon, ne peuvent aujourd’hui considérer, sans pleurer, les chétives dimensions de celui qu’on rebâtit. Qu’ils sachent que la gloire future du Temple sera bien supérieure à celle d’autrefois. Le nouveau sanctuaire ne disparaîtra pas avant d’avoir vu se réaliser la promesse messianique ; de tous les points du monde les peuples y apporteront un jour le tribut de leurs présents, ii, 2-11.
3° Le vingt-quatrième jour du neuvième mois (Kislev = novembre-décembre), le prophète pose aux prêtres deux questions sur la pureté et l’impureté légales, pour avoir l’occasion d’avertir le peuple qu’aussi longtemps que le Temple ne sera pas rebâti, Dieu les traitera comme des gens impurs. Qu’on se rappelle les fléaux dont récemment encore ont souffert les fruits de la terre. Le jour est proche où Dieu va répandre ses bénédictions, n, 11-21.
4° Le même jour, Dieu déclare solennellement qu’au temps où, faisant justice du monde entier, il renversera les trônes et brisera la force des puissants, cf. il, 7, 8, ses regards s’arrêteront avec complaisance sur Zorobabel, dont il prendra soin comme un maître fait de son propre sceau, ii, 21-24. Ce dernier trait est à rapprocher de I Par., iii, 17, et, 1er., xxii, 24. S ; ms avoir l’éclat d’Isaïe, l’énergie d’Amos et de Joël, le style d’Aggée ne manque pas de pureté, ni même d’une certaine élégance. Sa prose est coupée par endroits de ce parallélisme rythmique un peu lâche, dont les prophètes aiment à se servir. Quelques répétitions, comme celle-ci : ponite corda vestra super vias vestras, I, 5, 7 ; il, 16, 19, trahissent une langue assez pauvre, si toutefois elles ne sont pas l’effet de l’artifice oratoire. Mais il ne faut pas s’exagérer la portée de cette appréciation littéraire, faite sur un morceau de si peu d’étendue.
Inutile de s’attarder à établir l’authenticité et la canonicité de la prophétie d’Aggée, qui n’ont jamais été sérieusement contestées. On en trouve d’ailleurs des témoignages explicites dans la Bible elle-même. I Esdr., t, 1 ; vi, 14 ; Eccli., xlix, 13 ; cf. Agg, ii, 24 ; Hebr., xii, 26 ; cf. Agg., ii, 7. Le texte et les versions n’appellent aucune remarque spéciale.
III. Commentaires.
S. Jérôme, P. L., t. xxv, col. 1387-1416 ; Théodore de Mopsueste, P. G., t. lxvi, col. 474-494 ; Théodoret de Cyr, P. G., t. lxxxi, col. 18601874 ; S. Cyrille d’Alexandrie, P. G., t. lxxi, col. 10211063 ; Haymon d’Alberstadt, P. L., t. cxvii, col. 211-221 ; Rupert, P. L., t. clxviii, col. 683-700 ; Albert le Grand. Tous les scolastiques de la renaissance qui ont donné un commentaire continu des petits prophètes. Ribera, S. J. († 1591), et Sanctius, S. J. († 1628), méritent une mention spéciale. Ils avaient été précédés d’Eckius, Comment, super Haggœum prophet., Sehgensladt, 1538 ; L. Reinke, Der prophet Haggai, in-8o, Munster, 1868 ; Knabenbauer, In proph. min., t. ii, p. 174-210 (1880) ; Trochon, Les petits Prophètes, p. 373-391 (1895) ; Yan Hoonacker, Les douze petits prophètes, 1908, p. 538-576. Rosenmùller, Schol. in V. T., t. vii, p. 92, énumère les commentaires protestants parus de 1550 à 1822. Il convient d’y joindre Ivohler, Die Weissagung Haggaïs, Erlangen, 1860 ; Pusey, Comment, on the minor Prophets, Oxford, 1889, in-4o ; Perowne, Haggai and Zechariah, in-12, 1888 ; Tony André, Le prophète Aggée, 1895.