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Dictionnaire infernal/6e éd., 1863/Haridi

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Henri Plon (p. 322).
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Haridi, serpent honoré à Akhmin, ville d’Égypte. Il y a quelques siècles qu’un derviche nommé Haridi y mourut ; on lui éleva un tombeau, surmonté d’une coupole, au pied de la montagne ; les peuples vinrent lui adresser des prières. Un autre derviche profita de la crédulité des bonnes gens, et leur dit que Dieu avait fait passer l’esprit du défunt dans le corps d’un serpent. Il en avait apprivoisé un de ceux qui sont communs dans la Thébaïde et qui ne font pas de mal ; ce reptile obéissait à sa voix. Le derviche mit à l’apparition de son serpent tout l’appareil du charlatanisme ; il éblouit le vulgaire et prétendit guérir toutes les maladies. Quelques succès lui donnèrent la vogue. Ses successeurs n’eurent pas de peine à soutenir une imposture lucrative ; ils s’enrichirent en donnant à leur serpent l’immortalité et poussèrent l’impudence jusqu’à en faire un essai public ; le serpent fut coupé en morceaux en présence de l’émir, et déposé sous un vase pendant deux heures. À l’instant où le vase fut levé, les serviteurs du derviche eurent sans doute l’adresse d’en substituer un semblable ; on cria au prodige, et l’immortel Haridi acquit un nouveau degré de considération.

Paul Lucas raconte que, voulant s’assurer des choses merveilleuses que l’on racontait de cet animal, il fit pour le voir le voyage d’Akhmin ; qu’il s’adressa à Assan-Bey, lequel fit venir le derviche avec le serpent ou l’ange, car tel est le nom qu’on lui donnait, et que ce derviche tira de son sein en sa présence l’animal merveilleux. C’était, ajoute-t-il, une couleuvre de médiocre grosseur et qui paraissait fort douce.