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Dictionnaire infernal/6e éd., 1863/Lettre J

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Henri Plon (p. 368-383).
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J

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Jabamiah, mot puissant de la cabale élémentaire, lequel, prononcé par un sage cabaliste, restitue les membres tronqués.

Jacob. Voy. Eternument.

Jacobins de Berne. Voy. Jetzer.

Jack. Parmi les démons inférieurs de la sphère du feu, nous ne saurions oublier le feu follet appelé vulgairement en Angleterre Jack with the lantern, Jack à la lanterne, que Milton nomme aussi le moine des marais. Selon la chronique de l’abbaye de Gorwey, ce moine en séduisit un autre, frère Sébastien, qui, revenant de prêcher la fête de saint Jean, se laissa conduire à travers champs par la fatale lanterne jusqu’au bord d’un précipice où il périt. C’était en l’année 1034 ; nous ne saurions vérifier le fait.

Les paysans allemands regardent ce diable de feu comme très-irritable ; pourtant ils ont quelquefois la malice de lui chanter un couplet qui le met en fumeur. — Il n’y a pas trente ans qu’une fille du village de Lorsch eut l’imprudence de chanter ce refrain, au moment où le follet dansait sur une prairie marécageuse : aussitôt il poursuivit la chanteuse ; celle-ci se mit à courir de toute la vitesse de ses jambes ; elle se croyait déjà sauvée en apercevant sa maison, mais à peine franchissait-elle le seuil que Jack à la lanterne la franchit aussi et frappa si violemment de ses ailes tous ceux qui étaient présents qu’ils en furent éblouis. Quant à la pauvre fille, elle en perdit la vue ; elle ne chanta plus que sur le banc de sa porte, lorsqu’on lui assurait que le ciel était pur. Telle est du moins la légende.

Il ne faut pas être un très-fort chimiste pour deviner la nature de ce démon électrique ; mais on peut le classer avec les démons du feu qui dénoncent les trésors cachés par les flammes livides qu’ils font exhaler de la terre, et avec ceux qui parcourent les cimetières par un temps d’orage. Maintes fois, autour des sources sulfureuses où les petites maîtresses vont chaque année réconforter leurs poitrines délicates, le montagnard des Pyrénées voit voltiger des gobelins de la même famille ; ils agitent leurs aigrettes bleuâtres pendant la nuit, et font même entendre de légères détonations.

Le plus terrible de ces démons est celui qui fond son essence vivante dans les liqueurs fermentées, qui s’introduit sous cette forme liquide dans les veines d’un buveur, et y allume à la longue un incendie qui le dévore, en fournissant aux médecins un exemple de plus de ce qu’ils appellent scientifiquement une combustion spontanée[1].

Jacques Ier. Le roi d’Angleterre Jacques Ier, que Henri IV appelait si plaisamment maître Jacques, ne se contentait pas de faire brûler les sorciers ; il a produit encore, sous le titre de Démonologie, un gros volume pour prouver que les sorciers entretiennent un commerce exécrable avec le diable. Aujourd’hui on ne peut nier l’intervention des esprits dans les choses de la vie commune. Mais le roi Jacques mit peut-être à poursuivre ces délits une férocité un peu grande. Elle était de son temps et de sa secte. En 1591, un attentat contre la vie du roi Jacques et de la reine fut attribué à la magie. Voici comment on parvint à le découvrir : Une domestique nommée Gellis Duncan avait attiré les soupçons de son maître par certaines cures extraordinaires. Le bailli de Tranent, pour les éclaircir, la fit appliquer à la question. On lui serra les doigts dans des poucettes et on lui comprima la tête à l’aide d’une corde ; mais sans en tirer aucun aveu. On conclut de son silence qu’elle portait une marque du diable, et on n’en douta plus quand on eut remarqué un signe sur sa gorge.

À cette vue le charme tomba ; elle avoua n’avoir fait de cure extraordinaire qu’avec l’aide de Satan ; elle révéla des maléfices inouïs jusqu’alors, commis avec l’assistance d’une foule de complices qu’elle signala, et dont trente ou quarante furent arrêtés. Dans ce nombre figuraient de grandes dames, entre autres Euphémie Macalzean, sœur de lord Clistonhall, l’un des membres du sénat judiciaire d’Édinbourg. Jacques devait se faire un point d’honneur de suivre assidûment les fils de ce dédale de mystères diaboliques. Chaque jour il était présent à l’examen des accusés et manifestait son étonnement à chaque trait horrible ou grotesque de leur confession.

Il assista à la danse du sabbat, exécutée par Gellis Duncan, dont la fameuse Agnès Sampson, nommée la femme sage de Keith, avait la première reconnu le talent. Le personnage le plus

 
Illustration du Dictionnaire infernal de Jacques Auguste Simon Collin de Plancy par Louis Le Breton, 6eme édition, 1863.
Quelques-unes des sorcières du roi Jacques.
 
important de ce drame est le nommé Cuningham, que l’instruction désigne sous le nom du docteur Fian, maître d’école près de Tranent. Il subit la torture avec une énergie physique et un courage moral extraordinaires. On commença par lui serrer fortement une corde autour de la tête. Cette première épreuve ne lui arracha aucun aveu. On essaya la persuasion pour l’engager à confesser sa folie. Ce procédé fut également inutile. Enfin on le soumit à un instrument de torture nommé les boltes. Après avoir eu les jambes écrasées à la troisième application du fatal instrument, il révéla des détails qui attestaient une profonde immoralité et embrassaient toutes les circonstances du crime de haute trahison à l’aide de maléfices. Ramené dans sa prison et mis au secret pendant deux ou trois jours, Fian parvint à s’échapper. Repris après son évasion, il rétracta ses aveux, au grand désappointement du roi, qui, pour lui rendre la mémoire, le fit remettre à la question. On lui écrasa les ongles à l’aide d’une pince, et, entre les ongles et la chair, on enfonça jusqu’à la tête des clous garnis de deux pointes.

Il persista néanmoins à garder le silence.

On le soumit encore au supplice des bottes, et cette horrible épreuve dura si longtemps qu’à la fin ses jambes n’étaient plus qu’une plaie, et que ses os brisés se faisaient jour à travers des lambeaux de chair d’où le sang ruisselait à flots. Enfin, vaincu par la douleur, le docteur rompit le silence, et ses réponses offrirent avec les aveux que la torture arracha à Agnès Sampson une coïncidence qui frappa de douleur et de stupeur l’esprit du roi. Mais ce qui passe toute croyance, c’est l’aplomb avec lequel les deux accusés révélèrent les incidents le plus horriblement grotesques ; aussi Jacques s’écria-t-il : après les avoir entendus : « Voilà de grands imposteurs. »

 
Illustration du Dictionnaire infernal de Jacques Auguste Simon Collin de Plancy par Louis Le Breton, 6eme édition, 1863.
 

On sait que la monomanie superstitieuse de Jacques était de guerroyer contre Satan et ses agents terrestres. Les chroniques du temps assurent même qu’un jour, désappointé du mauvais succès d’un attentat contre sa personne, le diable s’écria en français. « Je n’ai aucun pouvoir sur lui, il est l’homme de Dieu… » Un voyage que Sa Majesté fit à Norway, pour y voir la reine et la ramener à Édimbourg, offrit aux instruments de Satan une occasion favorable. Le comité diabolique résolut de soulever une tempête pour engloutir son plus terrible ennemi. Les préparatifs en furent solennels. Le prince des ténèbres proposa d’élever un brouillard qui ferait échouer le roi sur la côte d’Angleterre, et le docteur Fian, en sa qualité de secrétaire de Sa Majesté Infernale, écrivit à Marion Linkup et à quelques autres associés pour les inviter à se rendre dans cinq jours sur l’Océan, à la rencontre de leur maître, dans le dessein de faire périr le roi.

Le ban et l’arrière-ban, ainsi convoqués, se mirent en route au nombre de deux cents, et chaque sorcière s’embarqua sur un crible ou un tamis. On ne dit pas à quelle latitude elles rencontrèrent le diable.

Dès qu’il leur apparut, il expédia à Robert Wierson un chat qui avait été pendu neuf fois à une crémaillère, et en même temps il proféra ces mots : « Jette-le dans la mer, holà ! » Le charme produisit son effet, car Jacques, dont la flotte n’avait aperçu la terre qu’en vue du Danemark, déclara que son vaisseau était le seul qui eût le vent contraire.

Le premier acte de ce drame terminé, les sorcières prirent terre, toujours sur leurs cribles, qui leur servirent de coupes dans les nombreuses libations qu’elles firent après le débarquement. Elles se rendirent en procession à l’église de Northberwick (c’était le second rendez-vous que leur maître leur avait assigné). La bande était de plus de cent (Agnès Sampson en désigne trente-deux dans sa révélation) ; elle était précédée par Gellis Duncan, qui chantait en s’accompagnant de la harpe.

Là, leur maître leur apparut sous la forme d’un prédicateur. Le docteur Fian joua le rôle de maître des cérémonies. D’un souffle il fit crier les portes de l’église sur leurs gonds rouillés, et convertit en charbons allumés les cierges qui bordaient la chaire. Greillmeil remplit l’office de portier. Soudain le diable en personne apparut en chaire, couvert d’une robe et d’un chapeau noirs. Voici son portrait, crayonné à la façon du Dante, dans les Mémoires de James Melville : Son corps était dur comme le fer, sa figure terrible, son nez comme le bec de l’aigle, ses yeux comme un brasier ardent, ses mains et ses pieds armés de griffes et sa voix entrecoupée. Il fit d’abord l’appel de sa congrégation. Il demanda ensuite à chacun s’il l’avait fidèlement servi, ce qu’il avait fait depuis la dernière assemblée pour le succès de la grande conjuration contre le roi. Greillmeil, le portier, ayant étourdiment répondu : Rien encore, Dieu merci ! Lucifer lui fit rudement sentir qu’il avait dit une sottise. Il recommanda ensuite expressément à ses disciples de faire au roi tout le mal qu’ils pourraient ; après quoi il quitta la chaire et reçut en partant leurs hommages, accompagnés de cérémonies qu’il serait trop long de décrire ici.

Le sort des insensés qui firent de tels aveux ne pouvait être un instant douteux dans ce siècle de superstition. Fian, dont la vie n’était plus d’aucun prix après tant de souffrances, fut étranglé et livré aux flammes. Agnès Sampson subit le même sort.

Barbara Napier, désignée comme l’un des acteurs dans la scène de Northberwick, acquittée sur ce chef, fut condamnée pour d’autres faits de sorcellerie. La victime la plus digne d’intérêt dans ce drame épouvantable était Euphémie Mac Aizean, fille de lord Clistonhall, douée d’un esprit ferme, animée de passions ardentes, zélée catholique, ennemie jurée de Jacques et de la réforme.

On établit nécessairement qu’elle avait eu des rapports intimes avec des sorciers, et qu’elle avait employé leur assistance pour se défaire des personnes qui contrariaient sa perversité. Son acte d’accusation là charge d’un tissu de maléfices ou de tentatives de crime. Acquittée sur quelques chefs par le jury, elle fut convaincue d’avoir participé à d’anciens meurtres, et d’avoir assisté à la convention de Northberwick et à d’autres assemblées de sorciers conjurés contre la vie du roi. La peine de crimes semblables était d’être étranglé à un poteau et ensuite livré aux flammes : elle fut condamnée à être brûlée vive, supplice qu’elle subit avec un grand courage le 25 juin 1591. Telle fut l’impression produite par ces scènes sur l’esprit du Salomon écossais qu’elles lui inspirèrent un projet de statut amendant la procédure contre les sorciers et son bizarre Traité de démonologie[2].

Jade. Pierre à laquelle les Indiens attribuaient, entre autres propriétés merveilleuses, celles de soulager les douleurs de reins, quand on l’y appliquait, et de faire écouler le sable de la vessie. Ils la regardaient aussi comme un remède souverain contre l’épilepsie, et s’étaient persuadé que, portée en amulette, elle était un préservatif contre les morsures des bêtes venimeuses. Ces prétendues propriétés lui avaient donné la vogue à Paris il y a quelques années ; mais cette pierre prodigieuse a perdu sa réputation, et ses grandes vertus sont mises au rang des fables.

Jagghernat, horrible idole de l’Inde ; nous allions dire imprudemment divinité, car on abuse des mots. Mais ce n’est qu’un démon et des pires. Le sang et la mort sont ses délices ; et quand les Anglais se disent effrontément les civilisateurs du monde, Jagghernat règne encore. Voici ce qu’on a pu lire il y a peu de temps dans tous les journaux (1847) : « La grande procession de Jag-ghernat, qui a lieu tous les ans dans l’Inde, a été inaugurée le 5 août dernier par le renouvellement de ces sacrifices volontaires qu’inspire le fanatisme, et auxquels les Anglais se vantaient d’avoir mis fin. Cinq dévots exaltés se postèrent auprès de la pagode de Bali, sans donner le moindre soupçon de leur projet aux agents de l’autorité, et, au moment où le char gigantesque de l’idole venait de sortir, ils se précipitèrent sous les roues, en invoquant Visshnou, et restèrent littéralement broyés sur la place. À la vue d’une ferveur si ardente, l’enthousiasme de la multitude fut excité à tel point que, sans l’intervention de la force armée, le char sacré eût écrasé une centaine de victimes dans son parcours. Le moyen qui a le mieux réussi à contenir les dévots, ç’a été la menace de supprimer la procession pour toujours, si de nouveaux suicides venaient ensanglanter la fête. »

Jakises, esprits malins répandus dans l’air chez les Japonais. On célèbre des fêtes pour obtenir leurs bonnes grâces.

Jaldabaoth, une des déités des Ophites. Ce personnage avait pour mère Sophie ou la Sagesse et pour père le Chaos.

Jamambuxes ou Jammabos, espèce de fanatiques japonais du genre des fakirs. Ils errent dans les campagnes et prétendent converser familièrement avec le diable. Quand ils vont aux enterrements, ils enlèvent, dit-on, le corps, sans qu’on s’en aperçoive, et ressuscitent le mort. Après s’être meurtris de coups de bâton pendant trois mois, ils entrent en nombre dans une barque, s’avancent en pleine mer, font un trou à la barque et se noient en l’honneur de leurs dieux.

Cette sorte de fakirs fait sa profession, à ce qu’on assure, entre les mains dn diable même, qui se montre à eux sous une forme terrible. Ils découvrent les objets perdus ou dérobés ; pour cela, ils font asseoir un petit garçon à terre, les deux pieds croisés ; ensuite ils conjurent le diable d’entrer dans le corps du jeune homme, qui écume, tourne les yeux, et fait des contorsions effrayantes. Le jamambuxe, après l’avoir laissé se débattre, lui recommande de s’arrêter et de dire où est ce qu’on cherche ; le jeune homme obéit : il prononce d’une voix enrouée le nom du voleur, le lieu où il a mis l’objet volé, le temps où il l’a pris, et la manière dont on peut le faire rendre. Voy. Goö.

Jamblique, philosophe platonicien du quatrième siècle, né en Syrie sous le règne de Constantin le Grand. Il fut disciple d’Anatole et de Porphyre. Il admettait l’existence d’une classe de démons ou esprits d’un ordre inférieur, médiateurs entre Dieu et les hommes. Il s’occupait des divinations, et on a vu, à l’article Alectryomancie, que c’est lui qui prédit par cette divination l’avé-nement au trône de Théodose. On ignore où, quand et comment il mourut ; mais Bodin assure qu’il s’empoisonna lui-même pour éviter le supplice que Valens réservait aux magiciens. On conte qu’étant un jour dans la ville de Gadare en Syrie, pour faire voir sa science magique, il fit sortir en présence du peuple deux génies ou démons d’une fontaine ; il les nommait Amour et Contre-Amour[3] ; l’Amour avait les cheveux dorés, tressés et flottants sur les épaules ; ils paraissaient éclatants comme les rayons du soleil ; l’autre était moins brillant ; ce qui attira l’admiration de toute la populace. Leloyer dit[4] encore que c’est Jamblique et Maximus qui ont perdu Julien l’Apostat. — On recherche de Jamblique le traité des Mystères des Egyptiens, des Chaldéens et des Assyriens[5]. Il s’y montre crédule pour toutes les rêveries des astrologues.

Jamma-Loka, enfer indien d’où, après un certain temps de peines et de souffrances, les âmes reviennent en ce monde pour y animer le premier corps où elles peuvent entrer.

 
Illustration du Dictionnaire infernal de Jacques Auguste Simon Collin de Plancy par Louis Le Breton, 6eme édition, 1863.
Jannès et Mambrès faisaient paraître des grenouilles, des serpents…
 

Jannès et Mambrès, magiciens d’Égypte, les plus anciens que les saints livres nous fassent connaître par leur nom, après Cham. Ils faisaient apparaître des grenouilles, des serpents ; ils changeaient l’eau du Nil en sang, et tâchaient d’anéantir par leurs prestiges la vérité des miracles que Dieu faisait par l’organe de Moïse[6].

Jarretière. Secret de la jarretière pour les voyageurs. Vous cueillerez de l’herbe que l’on appelle armoise, dans le temps où le soleil fait son entrée au premier signe du Capricorne ; vous la laisserez un peu sécher à l’ombre, et en ferez des jarretières avec la peau d’un jeune lièvre, c’est-à-dire qu’ayant coupé la peau du lièvre en courroie de la largeur de deux pouces, vous en ferez un redoublé dans lequel vous coudrez ladite herbe, et les porterez aux jambes. Il n’y a point de cheval qui puisse suivre longtemps un homme de pied qui est muni de ces jarretières.

Ou bien vous prendrez un morceau de cuir de la peau d’un jeune loup, dont vous ferez deux jarretières ; sur lesquelles vous écrirez avec votre sang les paroles suivantes : Abumalith cados ; vous serez étonné de la vitesse avec laquelle vous cheminerez, étant muni de ces jarretières à vos jambes. De peur que les caractères écrits ne s’effacent, il sera bon de doubler la jarretière d’un padoue de fil blanc du côté de l’écriture.

« Il y a encore une manière de faire la jarretière, que j’ai lue dans un vieux manuscrit en lettres gothiques. En voici la recette. Vous aurez les cheveux d’un larron pendu, desquels vous ferez des tresses dont vous formerez des jarretières que vous coudrez entre deux toiles de telle couleur qu’il vous plaira ; vous les attacherez aux jambes de derrière d’un jeune poulairr ; puis vous laisserez échapper le poulain, le ferez courir à perle d’haleine, et vous vous servirez ensuite avec plaisir de ces jarretières[7]. »

On prétendait autrefois que les magiciens pouvaient donner une jarretière enchantée, avec laquelle on faisait beaucoup de chemin en peu de temps. C’est là peut-être l’origine des bottes de sept lieues.

Jaunisse. Les rois de Hongrie croyaient avoir le privilège de guérir la jaunisse par l’attouchement[8].

Javanais. Nous empruntons aux Études sur les Indes d’un résident néerlandais quelques détails sur les superstitions des Javanais idolâtres : Ils ont une foi entière aux songes, aux présages, divisent les jours en heureux et malheureux, jettent le sort à la naissance, croient aux dons surnaturels, à l’invulnérabilité, à la sorcellerie, aux enchantements, aux charmes, aux philtres. Rocs, forêts, montagnes, cavités, abîmes, tout est, selon eux, habité par des êtres invisibles ; et, ne se bornant point aux rêves de leur cerveau malade, ils ont adopté tout ce que le continent de l’Inde, l’Arabie, la Perse, présentent d’êtres merveilleux. Grands et petits, princes et paysans, ont la même crédulité. Heureusement tout cela est dépourvu le plus souvent de malice et d’artifice ; mais quelquefois leur aveuglement, excité par des motifs puissants, les pousse aux excès les plus coupables et les plus dangereux.

Entre les pratiques les moins à redouter, je citerai la suivante. Il est d’usage parmi les voleurs, à Java, d’exorciser, pour ainsi dire, la maison qu’ils ont dessein de piller ; à cet effet, ils jettent contre les murs, et même, s’il est possible, jusque dans le lit des habitants, une certaine quantité de terre tirée d’une fosse nouvellement creusée, afin d’y introduire un sommeil léthargique : après quoi ils volent avec la plus parfaite sécurité. Cette croyance n’est point bornée aux seuls larrons ; leurs victimes la partagent également. Ils mettent précieusement en réserve de la terre préparée pour cette opération, et souvent, dans les tournées que mes fonctions me forçaient de faire pour réprimer les déprédations, les voleurs que j’ai interrogés m’ont expliqué comment ils s’en servaient.

L’ancien code de Java, encore en vigueur à Bali, est rempli de lois contre la sorcellerie, et prouve jusqu’à l’évidence les funestes effets de la superstition sur l’esprit d’un peuple ignorant et entêté. En voici quelques extraits : « Si l’on écrit le nom d’un individu quelconque sur un drap mortuaire, une bière, une figure de pâte, ou une feuille, et ensuite si l’on enterre cet objet, si on le suspend à un arbre, si on l’expose sur la voie publique, ou au milieu de deux chemins qui se croisent, il y a sorcellerie. — Si l’on écrit le nom d’un individu quelconque sur un ossement, soit de la tête, soit de toute autre partie du corps, et qu’après avoir employé pour cette opération un mélange de sang et de charbon, on le place sur Je seuil d’une porte, il y a sorcellerie. — Quiconque use de sortilèges, sera condamné à mort par le juge, et si la chose est prouvée d’une manière évidente, la peine de mort s’étendra sur les parents, les enfants, les petits-enfants du coupable, sans qu’aucun puisse en être excepté. — Qu’il ne soit point permis aux criminels convaincus d’une telle abomination de souiller plus longtemps la terre parleur présence ; que leurs propriétés de toute espèce soient confisquées ; que les parents et enfants du sorcier soient relégués dans la partie la plus reculée du pays, et s’ils prennent la fuite, qu’ils soient punis de mort ; que leurs biens soient, dans tous les cas, recherchés et confisqués. »

Jayet d’Islande. Les anciens Islandais attribuaient des vertus surnaturelles à ce jayet, qu’ils regardaient comme un ambre noir. Sa principale qualité était de préserver de tout sortilège celui qui en portait sur lui. En second lieu, ils le croyaient un antidote contre le poison. Sa troisième propriété était de chasser les esprits et les fantômes, lorsqu’on en brûlait dans une maison ; la quatrième, de préserver de maladies épidémiques les appartements qui en étaient parfumés. La plupart de ces idées superstitieuses subsistent encore.

Jean (Évangile de saint). Voy. Bibliomancie.

Jean, magicien sectateur d’Apollonius de Tyane. Il courait de ville en ville, faisant le métier de charlatan, et portait une chaîne de fer au cou. Après avoir séjourné quelque temps à Lyon, il acquit une si grande célébrité par ses cures merveilleuses, que le souverain du pays l’admit en sa présence. Jean donna à ce prince une superbe épée enchantée ; elle s’entourait merveilleusement, dans le combat, de cent quatre-vingts couteaux tirés. Il lui donna aussi un bouclier portant un miroir, qu’il disait avoir la vertu de divulguer les plus grands secrets. Ces armes disparurent un jour ou furent volées ; sur quoi Delancre conclut[9] que si les rois de France dressaient, comme les ducs d’Italie, des arsenaux de vieilleries (ce qu’ils font à présent), on y trouverait de ces armes enchantées et fabriquées par quelque magicien ou sorcier.

Jean, patriarche schismatique de Constantinople. Zonaras conte que l’empereur grec Théophile, se voyant obligé de mettre à la raison une province révoltée sous la conduite de trois capitaines, consulta le patriarche Jean, habile enchanteur. Celui-ci fit faire trois gros marteaux d’airain, les mit entre les mains de trois hommes robustes, et conduisit ces hommes au milieu du cirque, devant une statue de bronze à trois têtes. Ils abattirent deux de ces tètes avec leurs marteaux, et firent pencher le cou à la troisième sans l’abattre. Peu après, une bataille se donna entre Théophile et les rebelles : deux des capitaines furent tués, le troisième fut blessé et mis hors de combat, et tout rentra dans l’ordre.

Jean XXII, pape, mort en 1334, après un pontificat de dix-huit ans. On lui attribue les Taxes de la chambre apostolique, traduites en français sous le titre de Taxes des parties casuelles de la boutique du pape. Ce texte, presque partout, est une supposition d’un protestant faussaire. On donne encore à Jean XXII l’Élixir des philosophes ou l’Art transmutatoire des métaux, livre qu’il n’a pas fait. Ce livre a été traduit du latin en français ; in-12, Lyon, 1557.

On dit enfin que Jean XXII ou Jean XXI s’occupait d’astrologie et s’amusait à supputer les changements de temps. On a fait là-dessus de petits contes assez dépourvus de sel.

Jean ou Iwan Basilowitz, grand-duc de Moscovie, au quatorzième siècle, tyran cruel. À l’article de la mort, il tomba, dit-on, dans des pâmoisons terribles, et son âme fit de pénibles voyages. Dans le premier, il fut tourmenté en un lieu obscur, pour avoir tenu au cachot des prisonniers innocents ; dans la seconde excursion, il fut encore plus tourmenté pour avoir accablé le peuple d’impôts ; et son successeur Théodore eut soin de l’en décharger en partie. Iwan mourut à son troisième voyage ; son corps jeta une puanteur si infecte qu’on ne pouvait l’approcher ; ce qui fit penser que son âme avait été emportée par le diable ; d’autant plus que son cadavre avait disparu, quand vint le jour fixé pour l’enterrement[10].

Jean-Baptiste. Il y a des paysans qui croient, on ne sait sur quelle autorité, que saint Jean-Baptiste est né dans un chameau…

Jean d’Arras, écrivain français du quatorzième siècle, qui compila le roman de Mélusine. Voy. ce mot.

Jean d’Estampes. D’anciennes chroniques rapportent que Jean d’Estampes, l’un des gardes de Charlemagne, mourut en 1139, après avoir vécu 336 ans ; mais d’autres disent qu’il ne vécut, que 250 ans : malheureusement son secret de longévité n’est connu de personne[11].

Jean de Leyde ou Jean Bockelson, chef des anabaptistes de Münster, qu’il constitua en

 
Johan Bockelson
Johan Bockelsohn konig
der wiedertauffer zu munster
in westphalen
 
république communiste et sociale ; il s’y posa en inspiré, fit une constitution ébouriffante et une religion spéciale. Il était tailleur à Leyde ; il se proclama roi à Münster, prit la couronne et battit monnaie. Il disait qu’il ramenait le règne de Salomon. Dans sa liturgie commode, on dansait, puis on communiait en plein air avec des gâteaux et du vin ; le gâteau et la coupe étaient présentés aux hommes par des femmes et aux femmes par des hommes. Devenu roi, Jean, que possédaient évidemment plusieurs démons dont il servait les désirs, épousa seize femmes qu’il appela toutes reines ; il tua en même temps tous ceux qui lui paraissaient suspects de ne pas le vénérer. Il en venait à se faire adorer, quand les princes qu’il
 
Le gâteau et la coupe étaient présentés aux hommes par des femmes et aux femmes par des hommes. — Page 373
Le gâteau et la coupe étaient présentés aux hommes par des femmes et aux femmes par des hommes. — Page 373.
 
dépossédait l’assiégèrent dans Münster, le prirent et le mirent à mort sur un échafaud.[12]
 
Le supplice de Jean de Leyde et de ses complices
Le supplice de Jean de Leyde et de ses complices.
 

Jean de Meung, astrologue qui composa le roman de la Rose, où il montra bien son savoir, quoiqu’il ne fût âgé que de dix-neuf ans lorsqu’il le fit. Il est aussi l’auteur d’un livre intitulé Traité sur la direction des nativités et révolutions des ans ; il traduisit le livre des Merveilles d’Irlande. On prétend que c’est lui qui a prédit les hauts faits d’armes du connétable de France Bertrand du Guesclin[13].

Jean de Milan, astrologue du quinzième siècle, qui prédit à Velasquez, gouverneur d’Hispaniola ou Saint-Domingue, l’heureuse issue de la guerre du Pérou, entreprise par Fernand Cortez.

Jean de Sicile, habile astrologue et théologien qui prédit le couronnement de l’empereur Sigismond. C’est encore lui qui annonça à Boucicault ce qui lui devait advenir, et qui l’avertit de la trahison que firent aux Français le marquis de Montferrat et le comte Francisque, trahison qu’il évita en fuyant[14].

Jean le Chasseur. Voy. Kojosed.

Jean Mullin. Voy. Mullin.

Jeanne d’Arc, dite la Pucelle d’Orléans, née en Champagne, à Domrémi près de Vaucouleurs, sur la lisière de la Lorraine, en 1410. Jamais la France ne fut accablée de calamités aussi grandes que durant le demi-siècle qui précéda l’année mémorable où l’on vit le courage abattu de ses guerriers, près de subir complètement le joug de l’étranger, se ranimer à la voix d’une jeune fille de dix-huit ans. Charles VII était sur le point de céder à l’ennemi Chinon, sa dernière place, lorsque Jeanne d’Arc parut, vers la fin de février 1429. Ce n’était qu’une simple paysanne. Son père se nommait Jacques d’Arc ; sa mère, Isabelle Ramée. Dès sa plus tendre enfance elle avait montré une timidité sans exemple et fuyait le plaisir pour se livrer tout entière à Dieu ; elle avait seize ans, lorsqu’un jour, à midi, elle vit dans le jardin de son père l’archange Michel, l’ange Gabriel, sainte Catherine et sainte Marguerite, resplendissants de lumière. Ces saints, depuis, la guidèrent dans ses actions. Les voix (car elle s’exprimait ainsi) lui ordonnèrent d’aller en aide au roi de France, et de faire lever le siège d’Orléans. Malgré les avis contraires, elle obéit aux voix et se rendit d’abord à Vaucouleurs. Jean de Metz, frappé de ce qu’elle lui dit, se chargea de la présenter au roi. Ils arrivèrent tous deux, le 24 février 1429, à Chinon, où Charles tenait sa petite cour. Jeanne s’agenouilla devant lui. L’étonnement fut grand ; et on hésita d’abord

Illustration du Dictionnaire infernal de Jacques Auguste Simon Collin de Plancy par Louis Le Breton, 6eme édition, 1863.

devant une mission si merveilleuse ; mais après un examen sérieux et de savantes consultations, on donna à la jeune fille des chevaux et des hommes ; on l’arma d’une épée que, sur sa révélation, on trouva enterrée dans l’église de Sainte-Catherine de Fierbois. Elle se rendit aussitôt sous les murs d’Orléans, et combattit dès le premier jour avec un courage qui éclipsa celui des grands capitaines. Elle chassa les Anglais d’Orléans, fit ensuite, selon l’ordre qu’elle avait reçu, sacrer son roi à Reims, lui rendit Troyes, Châlons, Auxerre, et la plus grande partie de son royaume. Après quoi, elle voulut se retirer, disant formellement que sa mission était accomplie. Mais elle avait donné trop de preuves de sa vaillance, et l’armée avait trop de confiance en elle, pour qu’on lui accordât sitôt sa liberté. Ce fut la cause de ses malheurs : elle les prévit, les annonça en pleurant ; et bientôt, s’étant jetée dans Compiègne pour défendre cette place contre le duc de Bourgogne, elle fut prise par un gentilhomme picard qui la vendit à Jean de Luxembourg, lequel la revendit aux Anglais.

Pour se venger de ce qu’elle les avait trop souvent vaincus, ceux-ci l’accusèrent d’avoir employé les sortilèges et la magie à ses triomphes. On la traduisit devant un tribunal corrompu, qui la déclara fanatique et sorcière. Ce qui n’est pas moins horrible, c’est que l’ingrat monarque qui lui devait sa couronne l’abandonna ; il crut n’avoir plus besoin d’elle. Le procès se poursuivit avec activité. Durant l’instruction, Ligny-Luxembourg vint la voir, accompagné de Warwick et de Straffort : — Je sais bien, leur dit-elle, que ces Anglais me feront mourir, croyant qu’après ma mort ils gagneront le royaume de France. Mais, seraient-ils cent mille, avec ce qu’ils sont à présent, ils n’auront pas ce royaume. — Fatiguée de mauvais traitements, elle tomba dangereusement malade. Bedfort, Wincester, Warwick chargèrent deux médecins d’avoir soin d’elle, et leur enjoignirent de prendre bien garde qu’elle ne mourût de sa mort naturelle ; « le roi d’Angleterre l’avait trop cher achetée pour être privé de Ici joie de la faire brûler. »

Enfin on la conduisit à la place du cimetière de l’abbaye de Rouen. L’exécuteur l’attendait là avec une charrette, pour la mener au bûcher sous l’escorte de cent vingt hommes. On l’avait revêtue d’un habit de femme ; sa tête était chargée d’une mitre en carton, sur laquelle étaient écrits ces mots : Hérétique, relapse, apostate, idolâtre. Deux pères dominicains la soutenaient ; elle s’écriait sur la route : Ah ! Rouen, Rouen, tu seras ma dernière demeure !

On avait élevé deux échafauds sür la place du Vieux-Marché. Les juges attendaient leur victime chargée de fers. Son visage était baigné de pleurs : on la fit monter sur le bûcher, qui était fort élevé,

 
Jeanne d’Arc
 
pour que le peuple entier pût la voir. Lorsqu’elle sentit que la flamme approchait, elle avertit les deux religieux de se retirer. Tant qu’elle conserva un reste de vie, au milieu des gémissements que lui arrachait la douleur, on l’entendit répéter le nom de Jésus, en baisant une croix de bois qu’elle tenait de ses mains enchaînées. Un dernier soupir, longuement prolongé, avertit qu’elle venait d’expirer. Alors le cardinal de Wincester fit rassembler ces cendres, et ordonna qu’elles fussent jetées dans la Seine. Son cœur, dit-on, fut respecté par les flammes : on le trouva sain et entier. En face du bûcher, s’élevait un tableau portant une inscription qui qualifiait Jeanne de meurderesse, invocatrice des démons, apostate et mal créante de la foi de Jésus-Christ.

Louis XI fit réhabiliter la mémoire de Jeanne d’Arc. Deux de ses juges furent brûlés vifs, deux autres exhumés, pour expier aussi dans les flammes leur jugement inique. Mais le procès de la Pucelle n’en sera pas moins à jamais un sujet d’opprobre pour les Anglais et aussi pour le roi Charles VII[15].

Jeanne Dibisson, sorcière, arrêtée à l’âge de vingt-neuf ans. On l’avait vue plusieurs fois danser au sabbat ; elle disait que ceux qui y vont trouvent le temps si court qu’ils n’en peuvent sortir sans regret. Il ne paraît pas qu’elle ait été brûlée[16]

Jeanne du Hard, sorcière, saisie à l’âge de cinquante-six ans. On la trouve impliquée dans l’affaire de Marie Chorropique, pour lui avoir touché le bras, lequel devint mort. Nous ne dirons pas si elle fut brûlée[17].

Jeanne (Mère). Une vieille fille vénitienne, connue sous le nom de mère Jeanne, infatua tellement Guillaume Postel de ses rêveries qu’il soutint, dans un livre écrit à son sujet, que la rédemption des femmes n’avait pas encore été achevée, et que cette Vénitienne devait accomplir ce grand ouvrage. C’était la mère que cherchent aujourd’hui les saints-simoniens et qu’ils ne retrouvent plus.

Jeanne Southcote. Voy. Southcote.

Jéchiel, rabbin et cabaliste. Voy. Lampe merveilleuse.

Jédaï, divinité peu précise des Tartares de l’Altaï. Ils lui donnent cependant le titre de roi, et ils racontent qu’il possédait un briquet duquel il faisait jaillir des guerriers par centaines ; il en tirait aussi des ponts pour traverser les fleuves, et des vents qui lui frayaient une route à travers les déserts[18].

Jéhovah. Ce nom auguste est employé souvent chez les cabalistes juifs. On le trouve dans les odieuses et absurdes conjurations de la magie noire.

Jénounes. Quelques Arabes nomment ainsi une sorte de génies intermédiaires entre les anges et les diables : ils fréquentent les bosquets et les fontaines, cachés sous la forme de divers reptiles, exposés à être foulés sous les pieds des passants. La plupart des maladies sont le

 
Jénounes
 
résultat de leurs vengeances. Lorsqu’un Arabe est indisposé, il s’imagine avoir outragé un de ces agents invisibles ; il a aussitôt recours aune magicienne qui se rend à quelque source voisine, y brûle de l’encens et sacrifie un coq ou une poule, un bélier ou une brebis, suivant le sexe, la qualité du malade ou la nature de la maladie.

Jérôme (Saint). On a eu le front de lui attribuer des livres de nécromancie, et particulièrement l’Art notoire. Voy. ce mot.

Jérôme, habitant de Plaisance au quinzième siècle. Séduit par une magicienne, il se frotta d’un onguent qu’elle lui donna et fit certains signes qu’elle lui indiquait. Il se sentit aussi enlevé, comme s’il eût été sur un cheval, et emporté au sabbat, autour du noyer de Bénévent. Éclairé ainsi, il renonça à Satan et entra dans l’ordre de Saint-Benoît, où il mourut chrétien.

Jérusalem. Avant la destruction de Jérusalem par Titus, fils de Vespasien, on distingua, dit-on, une éclipse de lune qui se répéta douze nuits de suite. Un soir, vers le coucher du soleil, on aperçut dans l’air des chariots de guerre, des cavaliers, des cohortes de gens armés, qui, mêlés aux nuages, couvraient toute la ville et l’environnaient de leurs bataillons. Pendant le siège, et peu de jours avant la ruine de la ville, on vit tout à coup paraître un homme absolument inconnu, qui se mit à parcourir les rues et les places publiques, criant sans cesse : « Malheur à toi, Jérusalem ! » On le fit battre de verges ; on le déchira de coups, pour lui faire dire d’où il sortait ; mais sans pousser une seule plainte, sans répondre un seul mot, sans donner le moindre témoignage de souffrance, il criait toujours et sans relâche : « Malheur à toi, Jérusalem ! » Enfin, un jour qu’il se trouvait sur le rempart, il s’écria : « Malheur à moi-même !» et un instant après il fut écrasé par une des pierres que lançaient les assiégeants[19].

Jésabel, reine des Israélites, que Jéhu fit manger aux chiens après l’avoir fait précipiter du haut d’une tour, et que Bodin met au nombre des sorcières. Elle mérite cet opprobre, car elle adorait les démons.

Jetzer. L’affaire des jacobins de Berne a fait un grand bruit ; et les ennemis de la religion l’ont travestie avec une insigne mauvaise foi. Voici toute l’histoire :

Les dominicains ou jacobins ne s’accordaient pas entièrement avec les cordeliers sur le fait auguste de l’immaculée conception de la très-sainte Vierge. Les dominicains ne l’admettaient pas absolument. Or, au commencement du seizième siècle, il y avait au couvent des dominicains de Berne, alors fort relâché, quatre mauvais moines, qui imaginèrent une affreuse jonglerie pour faire croire que la sainte Vierge se prononçait contre les cordeliers, qui défendaient une de ses plus belles et de ses plus incontestables prérogatives. Ils avaient parmi eux un jeune moine, simple et crédule, nommé Jetzer ; ils lui firent apparaître pendant la nuit des âmes du purgatoire et lui persuadèrent qu’il les délivrerait en restant couché en croix dans une chapelle, pendant le temps qu’on célébrerait la sainte messe. On lui fit voir ensuite sainte Barbe, à laquelle il avait beaucoup de dévotion, et qui lui annonça qu’il était destiné à de grandes choses. Par une nouvelle imposture sacrilège, le sous-prieur, qui était un des quatre moines criminels, fit le personnage de la sainte Vierge, s’approcha la nuit de Jetzer et lui donna trois gouttes de sang, disant que c’étaient trois larmes que Jésus-Christ avaient répandues sur Jérusalem. Ces trois larmes signifiaient que la sainte Vierge était restée trois heures dans le péché originel… Cette explication était rehaussée de diatribes contre les cordeliers. Jetzer, qui était de bonne foi et qui avait l’âme droite, s’inquiétait de la passion qui perçait dans cette affaire, et se troublait surtout de reconnaître la voix du sous-prieur dans la voix de la sainte Vierge. Pour le raffermir, on l’endormit avec un breuvage et on voulut le stigmatiser ; puis, comme il ne répondait pas à l’espoir qu’on avait mis en lui, on chercha, dit-on, à l’empoisonner et on l’enferma ; mais il trouva moyen de s’échapper ; il s’enfuit à Rome, où il révéla toute l’intrigue. Le saint-siège fit poursuivre les moines scélérats et les fit livrer au bras séculier. Les quatre dominicains coupables furent brûlés le 31 mars 1509, à la porte de Berne. Mais le malheur de ces grandes profanations, c’est que les ennemis de l’Église oublient la réparation ou la taisent, et n’en gardent que le scandale.

Jeu. Prenez une anguille morte par faute d’eau ; prenez le fiel d’un taureau qui aura été tué par la fureur des chiens ; mettez-le dans la peau de cette anguille, joignez-y une drachme de sang de vautour ; liez la peau d’anguille par les deux bouts avec de la corde de pendu, et cachez cela dans du fumier chaud l’espace de quinze jours ; puis vous le ferez sécher dans un four chauffé avec de la fougère cueillie la veille de la Saint-Jean, et vous en ferez un bracelet, sur lequel vous écrirez avec une plume de corbeau et de votre propre sang ces quatre lettres HVTV, et, portant ce bracelet autour de votre bras, vous ferez fortune dans tous les jeux[20]. Voy. Roitelet.

Jeudi. Les sorciers font ce jour-là un de leurs plus abominables sabbats, s’il faut en croire les démonomanes.

Jézer-Tob, Jézer-Hara. Suivant l’ancienne cabale des Juifs, le monde des esprits est partagé, comme notre monde, en deux catégories : les esprits de lumière et les esprits de ténèbres. Jézer-Tob est le chef ou président des esprits de lumière, et Jézer-Hara le chef des esprits de ténèbres ou démons.

Joachim, abbé de Flore, en Calabre, passa pour prophète pendant sa vie et laissa des livres de prédictions qui ont été condamnés en 1215 par le concile de Latran. On lui attribue aussi l’ouvrage intitulé l’Evangile éternel.

Job. Des alchimistes disent que Job, après son affliction, connut le secret de la pierre philosophale, et devint si puissant qu’il pleuvait chez lui du sel d’or ridée analogue à celle des Arabes, qui tiennent que la neige et les pluies qui tombaient chez lui étaient précieuses.

Isidore place dans l’Idumée la fontaine de Job, claire trois mois de l’année, trouble trois mois, verte trois mois et rouge trois autres mois. C’est peut-être cette fontaine que, selon les musulmans, l’ange Gabriel fit sortir en frappant du pied, et dont il lava Job et le guérit.

Jobard, savant très-spirituel, mort à Bruxelles en 1861. Les spirites de Paris l’ont évoqué ; il a répondu : au moins on l’assure ; et les journaux annonçaient, au commencement de 1862, que sa verve était très-compromettante pour beaucoup de savants restés en vogue.

Jocaba. Voy. Cincinnatulus.

Jockey des Fées. On a souvent répété, en Écosse, l’histoire d’un audacieux jockey, lequel vendit un cheval à un vieillard très-vénérable d’extérieur, qui lui indiqua, dans les montagnes d’Eildon, Lucken-Hare comme l’endroit où, à minuit sonnant, il recevrait son prix. Le marchand y alla, son argent lui fut payé en pièces antiques, et l’acheteur l’invita à visiter sa résidence. Il suivit avec étonnement plusieurs longues rangées de stalles, dans chacune desquelles un cheval se tenait immobile, tandis qu’un soldat armé de toutes pièces était couché, aussi sans mouvement, aux pieds de chaque noble animal. « Tous ces hommes, dit à voix basse le maître du lieu, s’éveilleront à la bataille de Sheriffmoor. »

À l’extrémité étaient suspendus une épée et un cor qui devait rompre le charme. Le jockey prit le cor et essaya d’en donner. Les chevaux tressaillirent aussitôt dans leurs stalles ; les soldats se levèrent et firent retentir leurs armes. Une voix forte prononça ces mots : « Malheur au lâche qui ne saisit pas le glaive avant d’enfler le cor. » Un tourbillon de vent chassa l’acheteur de la caverne, dont il ne put jamais retrouver l’entrée[21]

Jogonnata. Voy. Jagghernat.

Johannes de Curüs. Voy. Flaxbinber.

Johnson (Samuel). Johnson, incrédule pour tout ce qui n’était qu’extraordinaire, adoptait avec plus de confiance tout ce qui sentait le miracle, traitant de fable, par exemple, un phénomène de la nature, et écoutant volontiers le récit d’un songe ; doutant du tremblement de terre de Lisbonne pendant six mois, et allant à la chasse du revenant de Cock-Lane ; rejetant les généalogies et les poèmes celtiques, et se déclarant prêt à ajouter foi à la seconde vue des montagnards d’Écosse. En religion, plusieurs de ses opinions étaient plus que libres, et en même temps il vivait sous la tyrannie de certaines pratiques superstitieuses[22].

Joli-Bois. Voy. Verdelet.

Jongleurs. Voy. Escamoteurs, Harvis, Charlatans, etc.

Jormungandur, serpent monstrueux de l’enfer

 
Jormungandur
 
Scandinave, né du diable et de la géante Angerbode.

Josefsdal (Vallée de Josef). De nos jours encore, on donne ce nom, en Suède, au lieu où se fait le sabbat des sorciers.

Joseph. On croit dans plusieurs pays que les magiciens et sorciers n’ont aucun pouvoir sur ceux qui ont reçu au baptême le nom de Joseph[23].

Josué Ben-Levi, rabbin si rusé et si sage qu’il trompa le ciel et l’enfer tout ensemble. Comme il était près de trépasser, il gagna si bien le diable qu’il lui fit promettre de le porter jusqu’à l’entrée du paradis, lui disant qu’il ne voulait que voir le lieu de l’habitation divine, et qu’il sortirait du monde plus content. Le diable, ne voulant pas lui refuser cette satisfaction, le porta jusqu’au guichet du paradis ; mais Josué, s’en voyant si près, se jeta dedans avec vitesse, laissant le diable derrière, et jura par le Dieu vivant qu’il n’en sortirait point. Dieu, disent les rabbins, fit conscience que le rabbin se parjurât et consentit à ce qu’il demeurât avec les justes[24].

Jours. Les magiciens et sorciers ne peuvent rien deviner le vendredi ni le dimanche. Quelques-uns disent même que le diable ne fait pas ordinairement ses orgies et ses assemblées ces jours-là ; mais ce sentiment n’est pas général. Si on rogne ses ongles les jours de la semaine qui ont un r, comme le mardi, le mercredi et le vendredi, il viendra des envies aux doigts. Il n’est pas facile d’en donner la raison. Suivant une autre croyance répandue en Hollande, en ne coupant ses ongles que le vendredi, on n’a jamais mal aux dents. On a fait des tables des jours heureux et malheureux pour chaque mois ; mais comme elles varient toutes, le jour heureux de l’une étant malheureux dans l’autre, nous laissons aux amateurs le soin de dresser ces tables à leur gré pour leur usage[25].

Judas Iscariote. Après sa trahison infâme, il fut possédé du diable et se pendit à un sureau. Les Flamands appellent encore les excroissances parasites de l’écorce du sureau sueur de Judas[26].

Jugement de Dieu. Voy. Épreuves, Ordalie, etc.

Jugement dernier. Les musulmans disent que le jour du jugement dernier durera cinquante mille ans. Mais chacun y sera si occupé qu’on ne s’en apercevra pas.

Juif errant. On voit dans la légende du Juif errant que ce personnage était cordonnier de sa profession, et qu’il se nommait Ahasvérus ; mais la complainte l’appelle Isaac Laquedem. À l’âge de dix ans, il avait entendu dire que trois rois cherchaient le nouveau roi d’Israël ; il les suivit et visita avec eux la sainte étable de Bethléem. Il allait souvent entendre Notre-Seigneur. Lorsque Judas eut vendu son maître, Ahasvérus abandonna aussi celui qu’on trahissait.

 
Juif errant
 

Comme on conduisait Jésus au Calvaire chargé de l’instrument de sa mort, le bon Sauveur voulut se reposer un instant devant la boutique du cordonnier, qui, craignant de se compromettre, lui dit : « Allez plus loin, je ne veux pas qu’un criminel se repose à ma porte. » Jésus le regarda et lui répondit : « Je vais et reposerai ; mais vous marcherez et vous ne reposerez pas ; vous marcherez tant que le monde durera, et au jugement dernier vous me verrez assis à la droite de mon Père. » Le cordonnier prit aussitôt un bâton à la main et se mit à marcher sans pouvoir s’arrêter nulle part. Depuis dix-huit siècles il a parcouru toutes les contrées du globe sous le nom de Juif errant. Il a affronté les combats, les naufrages, les incendies. Il a cherché partout la mort et ne l’a pas trouvée. Il a toujours cinq sous dans sa bourse. Personne ne peut se vanter de l’avoir vu ; mais nos grands-pères nous disent que leurs grands-pères l’ont connu, et qu’il a paru, il y a plus de cent ans, dans certaines villes. Les aïeux de nos grands-pères en disaient autant, et les bonnes gens croient à l’existence personnelle du Juif errant.

Ce n’est pourtant qu’une allégorie ingénieuse, qui représente toute la nation juive, errante et dispersée depuis l’anathème tombé sur elle. Leur race ne se perd point, quoique confondue avec les nations diverses, et leurs richesses sont à peu près les mêmes dans tous les temps aussi bien que leurs forces. M. Edgar Quinet a fait sur Ahasvérus un poëme humanitaire ; M. le baron de Reiffenberg une chronique[27].

Juifs. Indépendamment de ce coup de foudre qui marque partout les juifs et les fait partout reconnaître, il y a sur eux plusieurs signes d’abandon. Tant qu’ils ont été le peuple fidèle, ils ont conservé intact le dépôt des saintes Écritures. Depuis leur crime, les enseignements de Moïse et des prophètes se sont étouffés chez eux sous les incroyables absurdités du Talmud ; et le sens n’est plus avec eux. La terre sainte, qui était le plus fertile et le plus beau pays du monde, maudite depuis dix-huit siècles, est devenue si misérable qu’elle ne nourrit plus ses rares habitants. Partout les juifs se sont vus mal tolérés. Souvent on les poursuivit pour des crimes imaginaires ; mais leur histoire est souvent chargée de crimes trop réels. On les chassa de l’Espagne, qu’ils voulaient dominer ; et sans cette mesure la Péninsule serait aujourd’hui la proie des juifs et des Maures. Souvent, sans doute, on mit peu d’humanité dans les poursuites exercées contre eux ; mais on ne les bannissait pas sans leur donner trois mois pour s’expatrier, et ils s’obstinaient à demeurer dans les pays où leurs têtes étaient proscrites.

Parmi les moyens que l’on employait pour les découvrir, il en est un singulier que rapporte Tostat dans son livre des Démons : c’était une tête d’airain, une androïde, qui, en Espagne, dit-il, révélait les juifs cachés…

Ils faisaient l’usure et dépouillaient les chrétiens dans les contrées où ils étaient soufferts ; puis, quand ils avaient tout ravi, les princes qui avaient besoin d’argent les faisaient regorger avec violence. Dans de tels cas, ils essuyèrent surtout de grandes vexations chez les Anglais. Le roi Jean fit un jour emprisonner les riches juifs de son royaume pour les forcer à lui donner de l’argent ; un d’eux, à qui on arracha sept dents l’une après l’autre, en l’engageant de la sorte à contribuer, paya mille marcs d’argent à la

 
Des Juifs, à Constantinople, dirent qu’ils seraient les seuls qui entreraient au paradis — Page 381
Des Juifs, à Constantinople, dirent qu’ils seraient les seuls qui entreraient au paradis — Page 381.
 
huitième. Henri III tira d’Aaron, juif d’York, quarante mille marcs d’argent et dix mille pour la reine. Il vendit les autres Juifs de son pays à son frère Richard pour le terme d’une année, afin que ce comte éventrât ceux qu’il avait déjà écorchés, comme dit Matthieu Paris… En général, lorsqu’on tolérait les juifs, on les distinguait des autres habitants par des marques infamantes.

« Avant de quitter Jaffa, dit un illustre voyageur, je ne vous parlerai pas d’une coutume que vous ignorez peut-être et qui est établie chez les Grecs de cette ville. Chaque soir, pendant le carême, les petits enfants des familles grecques vont à la porte des maisons chrétiennes et demandent avec des cris monotones, qu’on prendrait pour une complainte, du bois ou des paras (liards) pour acheter du bois. — Donnez, donnez, disent-ils ; et l’an prochain vos enfants seront mariés ; et leurs jours seront heureux ; et vous jouirez longtemps de leur bonheur.

» Le bois que sollicitent ces enfants est destiné à brûler les juifs. C’est le soir du jeudi saint des Grecs qu’on allume les feux ; chaque petite troupe allume le sien. On fabrique un homme de paille avec le costume juif, et la victime en effigie est ainsi conduite devant le feu, au milieu des clameurs et des huées. Les enfants délibèrent gravement sur le genre de supplice auquel il faut condamner l’Israélite ; les uns disent : Crucifions-le, il a crucifié Jésus-Christ ; les autres : Coupons-lui la barbe et les bras ; puis la tête ; d’autres enfin : Fendons-le, déchirons-lui les entrailles, car il a tué notre Dieu. Le chef de la troupe, prenant alors la parole : — Qu’est-il besoin, dit-il, de recourir à tous ces supplices ? Il y a là un feu tout allumé ; brûlons le juif. — Et le juif est jeté dans les flammes. — Feu, feu, s’écrient les enfants, ne l’épargne pas, dévore-le ; il a souffleté Jésus-Christ ; il lui a cloué les pieds et les mains. — Les enfants énumèrent ainsi toutes les souffrances que les juifs firent endurer au Sauveur. Quand la victime est consumée, on jette au vent ses cendres avec des imprécations ; et puis chacun se retire, satisfait d’avoir puni le bourreau du Christ. — De semblables coutumes portent avec elles leur caractère, et n’ont pas besoin d’être accompagnées de réflexions[28]. »

Les diverses religions sont plus ou moins tolérées dans les États des Turcs et des Persans. Des juifs, à Constantinople, s’avisèrent de dire, en conversation, qu’ils seraient les seuls qui entreraient dans le paradis. — Où serons-nous donc, nous autres ? leur demandèrent quelques Turcs avec qui ils s’entretenaient. — Les juifs, n’osant pas leur dire ouvertement qu’ils en seraient exclus, leur répondirent qu’ils seraient dans les cours. Le grand vizir, informé de cette dispute, envoya chercher les chefs de la synagogue et leur dit que, puisqu’ils plaçaient les musulmans dans les cours du paradis, il était juste qu’ils leur fournissent des tentes, afin qu’ils ne fussent pas éternellement exposés aux injures de l’air. On prétend que c’est depuis ce temps-là que les juifs, outre le tribut ordinaire, payent une somme considérable pour les tentes du grand seigneur et de toute sa maison, quand il va à l’armée[29].

Nous ne réveillerons pas ici les accusations portées contre les juifs à propos de l’assassinat commis à Damas, le 5 février 1840, contre le père Thomas et son domestique. Ceux qui ont lu les pièces officielles de ce triste procès savent ce qu’ils doivent en penser. Mais nous extrairons du savant Journal historique et littéraire de Liège (janvier 1841) un passage relatif à la doctrine des juifs sur le meurtre :

« Le célèbre rabbin Maimonides, mort en 1205, écrivait à l’époque où les juifs furent le plus accusés de meurtres sur les chrétiens. Un de ses principaux ouvrages est le Jad Chazakah ou la Main forte, qui est un abrégé substantiel du Talmud. Voici ce qu’il dit :

« Il nous est ordonné de tuer les hérétiques (minim), c’est-à-dire ceux des Israélites qui se livrent à l’idolâtrie, ou celui qui pêche pour irriter le Seigneur, et les épicuriens, c’est-à-dire ceux des Israélites qui n’ajoutent pas foi à la loi et à la prophétie. Si quelqu’un a la puissance de les tuer publiquement par le duel, qu’il les tue de cette manière. S’il ne peut faire ainsi, qu’il tâche de les circonvenir par fraude jusqu’à ce qu’il leur ait donné la mort. Mais de quelle manière ? Je réponds : S’il voit l’un d’eux tombé au fond d’un puits dans lequel une échelle avait été placée auparavant, qu’il la retire et dise : Je suis obligé de faire descendre du toit mon fils qui est en danger ; quand je l’aurai sauvé, je vous remettrai l’échelle. Et ainsi des autres circonstances. »

» Ce passage n’est qu’une paraphrase du texte talmudique de l’Avoda-Sara, chap, II, qui prescrit les mêmes manœuvres pour faire périr les hérétiques. Il ajoute un autre expédient, celui de fermer le puits au moyen d’une pierre, et de dire qu’on l’a couvert de crainte que le bétail n’y tombât. L’objet de ces homicides est moins déterminé dans le Talmud que dans le passage de Maimonides ; il laisse plus de latitude aux coups meurtriers. Tous les minim sont désignés au fer assassin ; et il est notoire que les chrétiens sont appelés de ce nom. Le Talmud appelle les Évangiles le livre des minim. Maimonides compte parmi les hérétiques (minim) ceux qui prétendent que Dieu a pris un corps et qui adorent, outre le Seigneur, un médiateur entre lui et nous, c’est-à-dire les chrétiens.

» La haine des juifs contre les chrétiens est ancienne. Sans remonter au premier siècle, tout plein d’exemples sanglants, Khosroès, roi de Perse, fit, en 615, une irruption sur la Palestine ; il comptait sur les juifs pour se défaire des chrétiens. Il prit Jérusalem et fit une multitude de prisonniers chrétiens qu’il vendit aux juifs. Leur empressement fut tel que chacun consacrait une partie de son patrimoine à l’achat des prisonniers chrétiens, qu’il massacrait aussitôt. Mais est-ce vrai ? Basnage, dans son Histoire des juifs, raconte ces massacres sans élever le moindre doute sur leur authenticité. Des Juifs convertis ont avoué plusieurs fois que chez eux on massacrait des enfants volés ou achetés, sous prétexte qu’en les tuant on empêchait toute une race idolâtre de naître. On peut aller loin avec ce principe.

» Leurs rabbins disent que le précepte du Décalogue : Non occides, vous ne tuerez point, n’oblige qu’à l’égard des Israélites. Lévi ben Gersom, dans son commentaire sur le Pentateuque, dit : « Les paroles Vous ne tuerez point signifient : vous ne tuerez point parmi les Israélites ; car il nous est permis de tuer les animaux ; il nous est aussi ordonné de tuer une partie des nations, comme Amalech et les autres nations à qui il nous est commandé de ne pas laisser la vie. Il est donc clair que le commandement défend seulement de tuer les Israélites. »

» Maimonides dit aussi qu’on viole ce commandement lorsqu’on tue un Israélite, laissant assez entendre qu’on ne le viole pas en tuant un chrétien ou un gentil. « Un Israélite qui a tué un étranger habitant parmi nous, dit-il ailleurs, ne peut d’aucune manière être condamné à mort. » Dans le Bava mezia, il est encore dit que les juifs sont des hommes et que les autres peuples du monde sont des brutes. Les rabbins enseignent que les autres peuples du monde n’ont pas d’âme humaine ; et ils les traitent, surtout les chrétiens, de porcs, de bœufs, de chiens, d’ânes et de sangliers. Dès lors le précepte : Vous ne tuerez point, n’obligeant point envers les animaux, n’oblige pas envers les chrétiens.

» Ces doctrines ne sont ni celles de Moïse, ni celles des autres livres saints. Ce sont les doctrines des talmudistes, rabbins ou scribes. Mais Buxtorf assure (in Synagoga Judaïca) que cet axiome est vulgaire : Mon fils, faites plus attention aux paroles des scribes (ou rabbins) qu’à celles de la loi. Salomon Jarchi, un des plus fameux docteurs juifs, écrit dans ses commentaires sur le Deutéronome : « Vous ne vous écarterez pas des paroles des rabbins, quand même ils vous diraient que votre main droite est votre main gauche, ou que votre gauche est votre droite. Vous le ferez donc bien moins lorsqu’ils appelleront votre droite, droite, et votre gauche, gauche. »

Cependant, de nos jours et chez nous, les juifs, non plus tolérés seulement, mais devenus citoyens, ne s’occupent plus de la magie comme autrefois et abandonnent complètement les doctrines désolantes de leurs vieux talmudistes. Nous pourrions en citer plusieurs parmi les notables qui comprennent le lien des deux testaments et qui sont beaucoup plus près du catholicisme que les philosophes et quelques protestants. Dieu veuille qu’ils deviennent tous bientôt nos frères en Jésus-Christ !

Julien l’Apostat, né en 331, empereur romain, mort en 363. Variable dans sa philosophie, inconstant dans sa manière de penser, après avoir été chrétien, il retomba dans le paganisme. Les ennemis seuls de l’Église ont trouvé dans quelques qualités apparentes des prétextes pour faire son éloge. Ce sage consultait Apollon et sacrifiait aux dieux de pierre, quoiqu’il connut la vérité. Les démonomanes l’ont mis au nombre des magiciens ; et il est vrai qu’il croyait fermement à la magie, qu’il attribuait à cette puissance les miracles de Notre-Seigneur, dont il n’était pas assez stupide pour nier l’évidence, et il expliquait de la même manière les prodiges que Dieu accordait alors encore à la foi ferme des chrétiens. Enfin, avec Maximus et Jamblique, il évoquait les esprits, consultait les entrailles des victimes et cherchait l’avenir par la nécromancie. Il avait des visions : Ammien Marcellin rapporte que peu avant sa mort, comme il écrivait dans sa tente, à Limitation de Jules César, il vit paraître devant lui le génie de Rome avec un visage blême.

Il fut tué par un trait que personne ne vit venir, à l’âge de trente-deux ans. Ennemi acharné de Jésus-Christ, il recueillit, dit-on, en tombant, un peu de son sang dans sa main et le lança vers le ciel en disant : « Tu as vaincu, Galiléen ! »

Après sa mort, on trouva dans le palais qu’il habitait des charniers et des cercueils pleins de têtes et de corps morts. En la ville de Carres de Mésopotamie, dans un temple d’idoles, on trouva une femme morte pendue par les cheveux, les bras étendus, le ventre ouvert et vide. On prétend que Julien l’avait immolée pour apaiser les dieux infernaux auxquels il s’était voué, et pour apprendre par l’inspection du foie de cette femme le résultat de la guerre qu’il faisait alors contre les Perses.

La mort de l’Apostat fut signifiée, dit-on, dans plusieurs lieux à la fois, et au même moment qu’elle advint. Un de ses domestiques, qui allait le trouver en Perse, ayant été surpris par la nuit et obligé de s’arrêter dans une église, faute d’auberge, vit en songe des apôtres et des prophètes assemblés qui déploraient les calamités de l’Église sous un prince aussi impie que Julien ; et un d’entre eux, s’étant levé, assura les autres qu’il allait y porter remède. La nuit suivante, ce valet, ayant vu dans son sommeil la même assemblée, vit venir l’homme de la veille qui annonça la mort de Julien. Le philosophe Di-dyme d’Alexandrie vit aussi en songe des hommes montés sur des chevaux blancs, et courant dans les airs en disant ; « Annoncez à Didyme qu’à cette heure Julien l’Apostat est tué. »

Jung, auteur allemand, vivant encore peut-être. Il a écrit sur les esprits un ouvrage intitulé Théorie de Geister-Kunder, Nuremberg, 1808, in-8°.

Junier, démon invoqué comme prince des anges dans les litanies du sabbat.

Jupiter-Ammon. Les Égyptiens portaient sur le cœur, comme un puissant préservatif, une amulette ou philactère, qui était une lame sur laquelle ils écrivaient le nom de Jupiter-Ammon. Ce nom était si grand dans leur esprit, et même chez les Romains, qu’on en croyait l’invocation suffisante pour obtenir toutes sortes de biens. On sait que Jupiter-Ammon avait des cornes de bélier. Sa statue, adorée àThèbes, dans la haute Égypte, était un automate qui faisait des signes de tête.

Jurement. « C’est une chose honteuse, dit un bon légendaire, que d’entendre si souvent répéter le nom du diable sans nécessité. Un père en colère dit à ses enfants : — Venez ici, mauvais diables ! Un autre s’écrie : — Te voilà, bon diable ! Celui-ci qui a froid vous l’apprend en disant : — Diable ! le temps est rude. Celui-là qui soupire après la table dit qu’il a une faim de diable. Un autre qui s’impatiente souhaite que le diable l’emporté. Un savant de société, quand il a proposé une énigme, s’écrie bravement : — Je me donne au diable si vous devinez cela. Une chose paraît-elle embrouillée, on vous avertit que le diable s’en mêle. Une bagatelle est-elle perdue, on dit qu’elle est à tous les diables. Un homme laborieux prend-il quelques moments de sommeil, un plaisant vient vous dire que le diable le berce. — Ce qu’il y a de pis, c’est que des gens emploient le nom du diable en bonne part ; ainsi on vous dira d’une chose médiocre : — Ce n’est pas le diable. Un homme fait-il plus qu’on ne demande, on dit qu’il travaille comme le valet du diable. Que l’on voie passer un grenadier de cinq pieds dix pouces, on s’écrie : — Quel grand diable ! D’un homme qui vous étonne par son esprit, par son adresse ou par ses talents, vous dites : — Quel diable d’homme ! On dit encore : Une force de diable, un esprit de diable, un courage de diable ; un homme franc est un bon diable ; un homme qu’on plaint, un pauvre diable ; un homme divertissant a de l’esprit en diable, etc., et une foule de mots semblables. Ce sont de grandes aberrations. »

Un père en colère dit un jour à son fils : — Va-t’en au diable ! Le fils, étant sorti peu après, rencontra le diable, qui l’emmena, et on ne le revit plus[30]. Un autre homme, irrité contre sa fille qui mangeait trop avidement une écuelle de lait, eut l’imprudence de lui dire : — Puisses-tu avaler le diable dans ton ventre ! La jeune fille sentit aussitôt la présence du démon, et elle fut possédée plusieurs mois[31]. Un mari de mauvaise humeur donna sa femme au diable ; au même instant, comme s’il fût sorti de la bouche de l’époux, le démon entra par l’oreille dans le corps de cette pauvre dame[31]. Ces contes vous font rire ; puissent-ils vous corriger !

Un avocat gascon avait recours aux grandes figures pour émouvoir ses juges. Il plaidait au quinzième siècle, dans ces temps où les jugements de Dieu étaient encore en usage. Un jour qu’il défendait la cause d’un Manceau cité en justice pour une somme d’argent dont il niait la dette, comme il n’y avait aucun témoin pour éclaircir l’affaire, les juges déclarèrent qu’on aurait recours à une épreuve judiciaire. L’avocat de la partie adverse, connaissant l’humeur peu belliqueuse du Gascon, demanda que les avocats subissent l’épreuve, aussi bien que leurs clients ; le Gascon n’y consentit qu’à condition que l’épreuve fût à son choix. — La chose se passait au Mans. Le jour venu, l’avocat gascon, ayant longuement réfléchi sur les moyens qu’il avait à prendre pour ne courir aucun péril, s’avança devant les juges et demanda qu’avant de recourir à une plus violente ordalie on lui permît d’abord d’essayer celle-ci, c’est-à-dire qu’il se donnait hautement et fermement au diable, lui et sa partie, s’ils avaient touché l’argent dont ils niaient la dette. Les juges, étonnés de l’audace du Gascon, se persuadèrent là-dessus qu’il était nécessairement fort de son innocence et se disposaient à l’absoudre ; mais auparavant ils ordonnèrent à l’avocat de la partie adverse de prononcer le même dévouement que venait de faire l’avocat gascon. — Il n’en est pas besoin, s’écria aussitôt du fond de la salle une voix rauque.

En même temps on vit paraître un monstre noir, hideux, ayant des cornes au front, des ailes de chauve-souris aux épaules, et avançant les griffes sur l’avocat gascon… Le champion, tremblant, se hâta de révoquer sa parole, en suppliant les juges et les assistants de le tirer des griffes de l’ange des ténèbres. — Je ne céderai, répondit le diable, que quand le crime sera révélé…

Disant ces mots, il s’avança encore sur le plaideur manceau et sur l’avocat gascon… Les deux menteurs, interdits, se hâtèrent d’avouer, l’un, qu’il devait la somme qu’on lui demandait, l’autre, qu’il soutenait sciemment une mauvaise cause. Alors le diable se retira ; mais on sut par la suite que le second avocat, sachant combien le Gascon était peureux, avait été instruit de son idée ; qu’il avait en conséquence affublé son domestique d’un habit noir bizarrement taillé et l’avait équipé d’ailes et de cornes pour découvrir la vérité par ce ministère. Voy. Imprécations.

Jurieu, ministre protestant, né en 1637, mort en 1713. Il prit ses désirs pour des inspirations et se fit prophète. Dans son livre, De l’accomplissement des prophéties, il annonçait en 1685, avec la ferme assurance d’un oracle, que dans cinq ans le calvinisme triompherait par toute la France. Mais 1690 arriva et n’eut pas la complaisance de lui donner raison. Ce qui l’aplatit un peu.


  1. Emprunté à la Quarterly Review.
  2. Extrait de la Foreign Quarterly Review, juillet 1830.
  3. Eros et Antéros.
  4. Histoire des spectres ou apparitions des esprits, liv. IV, p. 312.
  5. Jamblicus, De mysteriis Ægyptiorum, Chaldæorum, Assyriorum, avec d’autres opuscules. In-16, 1607.
  6. Leloyer, Histoire des spectres ou apparitions des esprits, liv. II, p. 129.
  7. Secrets du Petit Albert, p. 90.
  8. Salgues, Des erreurs et des préjugés, t. I, p. 272.
  9. Tableau de l’inconstance des démons, etc., liv. V, p. 343.
  10. Leloyer, Histoire des spectres ou apparitions des esprits, liv. IV, p. 301.
  11. Legall, Calend. véritab., p. 140.
  12. Voyez, dans la légende du Juif errant et des seize reines de Münster, toute l’histoire de Jean de Leyde.
  13. Manuscrit de la bibliothèque impériale, cité dans les Remarques de Joly sur Bayle.
  14. Manuscrit de la bibliothèque impériale, extrait du livre de Joly.
  15. Voyez, dans les Légendes des femmes, la vie de Jeanne d’Arc.
  16. Delancre. Tabl. de l’inconstance des démons, etc., liv. III, p. 127.
  17. Delancre, Tabl. de l’inconstance des démons, etc., liv. II, p. 107.
  18. Revue germanique, août 1860, p. 449.
  19. Voyez Josèphe, Histoire de la guerre de Judée ; Bossuet, Discours sur l’histoire universelle, deuxième partie, ch. viii.
  20. Admirables secrets du Petit Albert, p. 25.
  21. Walter Scott, Démonologie.
  22. J. Macaulay, Samuel Johnson et ses contemporains.
  23. L’alliance de saint Joseph, Bruxelles, 1695. p. 16.
  24. Voyez aussi, dans les Légendes infernales, le maréchal de Tamine.
  25. Voyez sur les jours les Légendes du calendrier.
  26. Voyez les traditions sur Judas dans les Légendes du Nouveau Testament.
  27. Voyez les Légendes du Juif errant et des seize reines de Munster.
  28. Michaud et Poujoulat, Correspondance de l’Orient.
  29. Saint-Foix, Essais, t. II.
  30. Cæsarii Heisterb. miracul., lib. V, cap. xii.
  31. a et b Ejusdem, cap. ii, ibid.