Dictionnaire infernal/6e éd., 1863/Vade

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Henri Plon (p. 675-676).
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Vade. La légende de Vade ou Wade et de son fils Véland le Forgeron est célèbre dans la littérature Scandinave. La voici telle que MM. Depping et Francisque Michel, guidés par les monuments de la Suède et de l’Islande, l’ont exposée dans leur Dissertation sur une tradition du moyen âge, publiée à Paris en 1833 :

« Le roi danois Wilkin, ayant rencontré dans une forêt, au bord de la mer, une belle femme, qui était une haffru ou femme de mer, espèce d’êtres marins qui, sur terre, prennent la forme d’une femme, s’unit avec elle, et le fruit de cette union fut un fils géant, qui fut appelé Vade. Wilkin lui donna douze terres en Seeiande. Vade eut à son tour un fils appelé Veland ou Vanlund. Quand ce dernier eut atteint Page de neuf ans, son père le conduisit chez un habile forgeron du Hunaland, appelé Mimer, pour qu’il apprît à forger, tremper et façonner le fer. Après l’avoir laissé trois hivers dans le Hunaland, le géant Vade se rendit avec lui à une montagne appelée Kallova, dont l’intérieur était habité par deux nains qui passaient pour savoir mieux forger le fer que les autres nains et que les hommes ordinaires. Ils fabriquaient des épées, des casques et des cuirasses ; ils savaient aussi travailler l’or et l’argent, et en faire toute sorte de bijoux. Pour un marc d’or, ils rendirent Veland le plus habile forgeron de la terre. Néanmoins ce dernier tua ses maîtres, qui voulaient profiter d’une tempête dans laquelle Vade avait péri pour mettre à mort leur élève. Veland s’empara alors des outils, chargea un cheval d’autant d’or et d’argent qu’il pouvait en porter, et reprit le chemin du Danemark, il arriva près d’un fleuve, nommé Visara ou Viser-Aa ; il s’arrêta sur la rive, y abattit un arbre, le creusa, y déposa ses trésors et ses arbre, le creusa, y déposa ses trésors et ses fermée que l’eau ne pouvait y pénétrer. Après y être entré, il se laissa flotter vers la mer.

» Un jour, ua roi de Jutland, nommé Nidung, pêchait avec sa cour, quand les pêcheurs retirèrent de leur filet un gros tronc d’arbre singulièrement taillé. Pour savoir ce qu’il pouvait contenir, on voulut le mettre en pièces ; mais tout à coup une voix, sortant du tronc, ordonna aux ouvriers de cesser. À cette voix, tous les assistants prirent là fuite, croyant qu’un sorcier était caché dans l’arbre. Veland en sortit ; il dit au roi qu’il n’était pas magicien, et que, si on voulait lui laisser la vie et ses trésors, il rendrait voulait lui laisser la vie et ses trésors, il rendrait cacha ses trésors enterre et entra au service de Nidung. Sa charge fut de prendre soin de trois couteaux que l’on mettait devant le roi a table. Le roi, ayant découvert l’habileté de Veland dans l’art de fabriquer des armes, consentit à ce qu’il l’art de fabriquer des armes, consentit à ce qu’il une armure qu’il croyait impénétrable, mais que Veland fendit en deux d’un seul coup dé l’épée d’or qu’il avait fabriquée en peu d’heures. Depuis lors, Veland fût en grande faveur auprès du roi ; mais ayant été mal récompensé d’un message pénible et dangereux, il ne songea plus qu’à se venger. Il tenta d’empoisonner le roi, qui s’en venger. Il tenta d’empoisonner le roi, qui s’en cette injure, Veland feignit du repentir ; et le roi consentit à lui laisser une forge et les outils nécessaires pour composer de belles armures et des bijoux précieux. Alors le vindicatif artisan sut attirer chez lui les deux fils du roi ; il les tua, et offrit à leur père deux coupes faites avec le crâne de ses enfants. Après quoi il se composa des ailes, s’envola sur la tour la plus élevée, et cria de toutes ses forces pour que le roi vînt et lui parlât. En entendant sa voix, le roi sortit. « Veland, dit-il, est-ce que tu es devenu oiseau ?

» — Seigneur, répondit le forgeron, je suis maintenant oiseau et homme à la fois ; je pars, et tu ne me verras plus. Cependant, avant de partir, je veux t’apprendre quelques secrets. Tu m’as fait couper les jarrets pour m’empêcher de m’en aller : je m’en suis vengé ; je t’ai privé de tes fils, que j’ai égorgés de ma main ; mais tu trouveras leurs ossements dans les vases garnis d’or et d’argent dont j’ai orné la table. »

» Ayant dit ces mots, Veland disparut dans les airs.

» Ce récit est la forme la plus complète qu’ait reçue la légende de Vade et de son fils dans les monuments de la littérature Scandinave. Le chant de l’Edda, qui nous fait connaître Veland, diffère dans plusieurs de ses circonstances. Là, Veland est le troisième fils d’un roi alfe, c’est-à-dire d’espèce surnaturelle. Ces trois princes avaient épousé trois valkiries ou fées qu’ils avaient rencontrées au bord d’un lac, où, après avoir déposé leur robe dé cygne, elles s’amusaient à filer du lin. Au bout de sept années de mariage, les valkiries disparurent, et les deux frères de Veland allèrent à la recherche dé leurs femmes ; mais Veland resta seul dans sa cabane, et s’appliqua à forger les métaux. Le roi Niduth, ayant entendu parler des beaux ouvrages d’or que Veland faisait y s’empara du forgeron pendant qu’il dormait ; et, comme il faisait peur à la reine, celle-ci ordonna qu’on lui coupât les jarrets. Veland, pour se venger, accomplit les actions différentes que nous avons rapportées. »

Cette histoire de Wade et de son fils a été souvent imitée par les anciens poêles allemands et anglo-saxons. Les trouvères français ont parlé plusieurs fois de Veland, de son habileté à forger des armures. Ils se "plaisaient à dire que l’épée du héros qu’ils chantaient avait été trempée par Veland.