Dictionnaire national et anecdotique par M. De l’Épithète/CONSTITUTION

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Politicopolis (p. 47-50).

CONSTITUTION : l’auteur du dictionnaire raisonné est embarrassé de savoir si ce mot est étranger ou françois. Il étoit étranger avant la révolution ; l’assemblée nationale travaille à le rendre françois. La constitution formera le corps de loi qui convient à un peuple libre pour vivre sous un roi sans cesser d’être libre. Ce sera le pacte fait entre le pere & ses enfans : on remarque seulement que les enfans sont majeurs, & stipulent comme tels.

Abandonnons le mot pour ne penser qu’à la chose. Lorsque l’assemblée nationale, malgré vents & marées, sera parvenue à la confection de cette constitution, nos maux seront finis, & les beaux jours de la France commenceront. Nous n’avons point d’autres vœux à former, & l’assemblée point d’autre affaire qui doive l’occuper. Ce sera sur le frontispice de ce code fameux que les noms des représentans seront inscrits pour parvenir à la postérité, qui aura plus à se louer de la révolution que nous ; parce qu’une révolution ne se fait point sans que la machine ne s’en ressente un peu. Le cultivateur qui, exposé aux rayons du soleil, plante l’arbre qui doit ombrager ses enfans, est le type de notre situation.

L’édifice de la constitution s’éleve sur les démolitions du repaire où s’étoient réfugiés les abus ; & les vaines clameurs des hommes que ces abus faisoient subsister ne détourneront point l’attention des ouvriers qui travaillent à ce glorieux monument. Je plains les malheureux qui se trouveront pris sous les décombres de cette démolition, si c’est le poids des années qui les empêche de fuir ; mais je ne dois aucune commisération à celui qui, au lieu de se dégager, s’en tient au clabaudage. — Qu’avoit-il à faire ? — Se rendre utile dans le nouveau bâtiment. Avocats de greniers qui criez que tout est perdu, écoutez Louis XIV, dans son discours du 4 février, lorsqu’il vout dit : j’aurois bien des pertes à compter aussi moi, si, au milieu des plus grands intérêts de l’état, je m’arrêtois à des calculs personnels ; & ce prince qui trouve une pleine & entiere compensation dans l’accroissement du bonheur de la nation ; (dont vous ne vous souciez gueres) vous donne le seul conseil que vous ayez à suivre, au lieu de bavarder, c’est de cesser d’être malfaisans pour devenir utiles.

La démarche faite par le roi, démarche qui l’immortalise à jamais, vient de donner à la constitution un caractere sacré que sans doute elle avoit déja aux yeux des bons citoyens, mais que les aristocrates s’efforçoient de lui contester. Pour les confondre, le prince jure de défendre, de maintenir cette constitution, & d’élever son fils dans ces principes. Ennemis de vos freres, odieux libellistes, qui avez cherché à semer la division dans les provinces, en faisant accroire au peuple que le vœu de l’assemblée n’étoit pas celui du prince, écoutez, calomniateurs, écoutez votre arrêt prononcé par le monarque lui-même, lorsqu’il se plaint aux représentans de la nation des funestes résultats de vos menées incendiaires : « Vous qui pouvez influer par tant de moyens sur la confiance publique, leur dit ce prince, éclairez sur ses véritables intérêts le peuple qu’on égare… ce bon peuple qui m’est si cher, & dont on m’assure que je suis aimé quand on veut me consoler de mes peines. Ah ! s’il savoit à quel point je suis malheureux à la nouvelle d’un attentat contre les fortunes, ou d’un acte de violence contre les personnes, peut-être il m’épargneroit cette douloureuse amertume[1] » !

Ah sire ! s’il vous l’épargnera ! en pouvez-vous douter, quand vous venez de déchirer le voile que de vils démagogues avoient placé entre vous & ce peuple dont vous avez toujours été adoré ! Vous allez le voir tomber à vos pieds, fondre en larmes, & abjurer un moment d’erreur en maudissant les scélérats qui l’avoient égaré.

  1. Ce morceau est extrait du discours du roi, prononcé le 4 février, jour à jamais fatal pour nos ennemis & les siens ; car les siens sont les nôtres.