Dictionnaire national et anecdotique par M. De l’Épithète/JURÉS

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JURÉS : dans l’ancien régime, on entendoit par Jurés les officiers d’une communauté de marchands, qui couroient sus, ou saisissoient les malheureux chambrelans qui croyoient que, pour faite habit, veste & culotte, il ne s’agissoit que de prendre mesure & couper en conséquence ; mais qui, douloureusement trompés, perdoient par la saisie l’étoffe qui ne leur appartenoit pas, & à laquelle ils alloient faire prendre des formes plus proportionnés, peut-être, que n’auroient fait les saisissans. Cette tyrannie n’est plus, les gens à maîtrise qui ont payé des droits vont cesser d’en payer, parce qu’il n’y aura plus de maîtrise ; qui saura coudre, coudra ; qui chauffer, chauffera ; qui poudrer, poudrera ; le chaircuitier même, qui ne vendoit les œuvres de Car. que parce qu’elles enveloppoient son petit-salé, pourra les rendre à leur forme primitive, les vendre en livre, ou, en cas de non-débit, les rapporter à son petit-salé, & le gouvernement ne viendra pas contrarier toutes ses spéculations industrieuses.

Les jurés dont il est question dans le nouveau régime sont d’une espece toute différente ; ils seront aussi bien vu du peuple que les autres lui étoient en horreur ; ce seront des juges populaires dont les anglois nous ont donné l’idée. Chez eux on appelle jurés douze ou vingt-quatre hommes, qui s’engagent par serment à vérifier une accusation de fait, sur les preuves qu’on leur fournit. Le juré doit être du même rang que l’accusé ; si celui-ci est étranger, il peut demander que la moitié des jurés soient étranger & la moitié anglois. On en nomme alors trente-six, sur lesquels il en choisit douze à son gré, qui doivent unanimement le déclarer innocent ou coupable ; c’est d’après leur rapport que le juge prononce la sentence qui est réglée par la loi. bonnes gens qu’on traînoit de tribunaux en tribunaux, voilà les jurés que le nouveau code vous promet.