Dictionnaire national et anecdotique par M. De l’Épithète/PRÉSIDENT

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

PRÉSIDENT : l’ancien régime avoit bien des chanceliers & des vice-chanceliers ; mais il n’eût point de vice-président : ce vice de plus eût encore hâté la révolution.

On parvenoit à la présidence à force de sacs d’argent, parce que le sac d’argent investissoit alors de toutes les charges, depuis le président jusqu’à l’huissier à verge. Mais la fortune qui avoit l’espiéglerie des aveugles, mettoit quelquefois l’ame d’un recors dans l’embrion destiné à la présidence, & celle du président dans l’embrion plébéien. Indè. La charge du premier-président, sur-tout celle du parlement de Paris, étoit la plus belle de la haute robe. Cette place étoit rarement vacante, quoique très-difficile à remplir[1].

Depuis la révolution, nous avons des présidens dans toutes nos assemblées nationales ou citoyennes. Ces places sont électives, & c’est presque toujours le mérite qui est élu.

La plus belle, la plus ambitionnée des présidences est celle de l’assemblée nationale. Les noms de ceux qui en ont été revêtus passeront à la postérité pour être prononcés avec autant de reconnoissance que de vénération. Ceux-là seuls à qui le fauteuil a été fatal, ceux-là seuls frémissent de l’immortalité qui sera pour eux le réveil des réprouvés.

Les aristocrates qui ont faits de vains efforts pour se tapir dans ce fauteuil, se sont vengés de ceux qui l’ont occupé ou l’occupent avec distinction en essayant de les ridiculiser. Pour être président, ont-ils dit, on fera désormais preuve de force de poignet, parce que la sonnette est lourde, & qu’elle en faut autant que celui qui l’agite. Eh ! messieurs les railleurs, le renard des murs fut toujours l’emblême d’un sot gascon, dont les gascons mêmes se moquent ; personne n’est plus renard que vous, sur-tout depuis cette petite catastrophe qui vous est commune avec cet autre renard pris dans le piege dont parle la Fontaine.

  1. On divise les gens de robe en haute & basse robe. M. Roubaud, qui a fait quatre gros volumes de synonymes, qu’il travaille à réduire à un, a soutenu, dit-on, que pour parler conséquemment, il falloit dire votre hauteur, au lieu de votre grandeur, en parlant à la haute robe. Si la remarque étoit adoptée, il faudroit donc dire aussi votre bassesse, en parlant à la basse robe. C’est à l’usage, qui a l’empire des mots, à prononcer sur ces innovations.