Dictionnaire national et anecdotique par M. De l’Épithète/Section complète - B

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

B.

BANQUEROUTE : mot qui n'a plus d'acception que parmi le particulier : impropre lorsqu'il est appliqué à la dette nationale ou royale. Nos représentans ont déclaré que ce mot infame ne devoit plus être prononcé dans ce sens.

BATAILLON DU CENTRE : terme de tactique nationale. C'est ainsi qu'on appelle dans les divisions de la milice parisienne le bataillon soldé.

BILLETS : billets de la caisse d’escompte, ou simplement billets de caisse, il y a deux ans papier-monnoie, aujourd’hui papier à négocier, & dont la négociation devient plus difficile tous les jours. Il y a un quartier à Paris où l’on dit que cela ne durera pas, & un autre où l’on souhaite que cela dure.

Les boulangers prennent les billets de caisse de leurs pratiques ; les meûniers refusent de les prendre des boulangers. Un refus conduira à un autre refus, & les refus au mot infame… Ah ! ce n’est pas le tout que de faire des billets…

On assure que les filles ne veulent plus de billets de caisse. MM. les capitalistes, si cette nouvelle est vraie, il faudra bien que vous fassiez circuler votre argent.

BONS : bons d’état, bons sur les fermes, bons sur le trésor royal, &c. papiers très-connus dans l’ancien régime, & qui ont à présent une valeur telle quelle. Il y a une infinité d’honnêtes citoyens qui n’ont jamais vu de ces bons ; mais les prostituées, mais les chanteurs, mais les valets, mais les valets de ces valets en ont toujours regorgé. Ceux qu’on fera pour les nouvelles caisses seront sans doute présentés par des mains plus pures. Voyez Caisse nationale.

BOUCLES : boucles d’argent : ornement superflu, qui désigne un aristocrate ou un égoïste au cœur de bronze. Un patriote calcula un jour que si tous les François se défaisoient de leurs boucles d’argent en faveur de la patrie, on procureroit six millions au trésor national. Cette idée vraiment patriotique fermenta quelques jours dans la tête de nos citoyens, & nos augustes représentans allerent d’un commun accord faire le sacrifice des leurs à la patrie. Cet exemple est imité dans les districts, qu’un zele civique anime en tous les temps, & les boucles abondent de toutes parts sur l’autel de la patrie. Du zele on passe à l’enthousiasme ; dans les rues, tous les citoyens embouclés de larges boucles à la d’Artois sont obligés au même sacrifice ; mais aux enthousiastes se joignent d’infames spoliateurs ; le désordre, la rapine s’en mêlent, & les femmes sont outragées, &c. &c. &c. C’est au milieu de ce désordre que parurent les boucles nationales ; elles sont de cuivre ; c’est un vil métal, mais il honore le pied patriotique qui le porte. François ! maintenez-vous libres, & vous serez bientôt de vertueux Spartiates. Recommandez cependant à vos femmes de ne point porter de chiffres d’or à leurs fichus… Des citoyennes petites-maîtresses… Eh ! sommes-nous donc encore en 1788 ?

BOURSE : dans l’ancien régime, place où l’on vendoit les effets-royaux. L’emplacement subsiste encore, il est rue Vivienne ; & contigu à celui où se tiennent aujourd’hui les marchands d’argent.

Bourse rue du Hurepoix : depuis le nouveau régime, place où s’assemblent à sept heures du matin, jours fériés ou non fériés, les agens des journalistes, pour y négocier les papiers publics. Cette négociation n’est point faite avec astuce comme dans la rue Vivienne. Le cours des effets de la rue du Hurepoix ne varie jamais, & est toujours le même pour tous. Le fameux ami du peuple que tout le monde veut encore avoir, quelquefois ne vaut pas plus que la séance dont personne ne se soucie. La négociation consiste dans l’assortiment : à l’heure de la bourse, vous entendez l’air reterie de qui veut de la Séance ? Qui veut du Courier Véridique ? Qu’est-ce qui a de l’Observateur, &c. Lorsque ces papiers parlent de M. de Mirabeau ou de M. l’abbé Maury, ils ont un débit affreux. On se les arrache quand ils parlent d’un complot ou de brigands. Industrie ! industrie ! la liberté est ta mere.

BRIGANDS : les aristocrates appellerent ainsi les incendiaires qui éclairerent leurs châteaux & les dévasterent[1], & les aristocrates n’eurent point tort. On appella à Paris brigands les malheureux qui pillerent Reveillon & les Lazaristes, & à Paris on n’eut point tort. Mais quand les aristocrates armés du Champ-de-Mars, des environs de Saint-Cloud, &c. &c. disoient à leurs soldats : nous allons combattre une ville populace, qui a osé arborer une cocarde qu’elle appelle nationale ; ces séditieux sont des brigands & ne méritent pas que vous les épargniez ; certes, ces aristocrates avoient tort. Quand, dans les petites villes autour de Paris, des fermiers prenoient des troupeaux de vaches pour des brigands, & qu’ils venoient répandre l’alarme, ils avoient tort, si des hommes qui ont peur peuvent avoir tort. Quand on prit le prétexte des brigands pour faire venir le régiment de Flandres à Versailles, un mangeur de saints que je ne nomme pas, avoit le plus grand tort, &c. &c.

BUREAUCRATIE : mot grœco-françois, qui signifie administration, où toute l’autorité est répartie entre les différents chefs de bureaux. Comme un comité est un bureau, si ce comité se permet de donner des ordres sans les avoir reçus de ses commettans, il y a bureaucratie. Il y a eu bureaucratie toutes les fois que la commune de Paris a adressé à l’assemblée nationale le projet d’un décret que cette commune n’avoir point communiqué aux districts ; il y a aussi maintes & maintes bureaucraties dans des districts. C’est un vice dans l’administration, qui se propage : observez qu’il est engendré par l’aristocratie, jugez du monstre !

  1. Voyez le mot éclairer.