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Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle/Joint

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JOINT s. m. Séparation verticale remplie de mortier ou de plâtre entre deux pierres d’appareil. Chaque pierre d’appareil est toujours placée entre deux lits horizontaux AB, CD (1) et deux joints verticaux AC, BD (voy. Construction).

Dans les constructions du moyen âge, les joints, d’abord très-épais jusqu’au XIe siècle, deviennent alors très-minces, particulièrement dans les provinces méridionales et en Bourgogne, et sont presque dépourvus de mortier ; ils s’épaississent vers le milieu du XIIe siècle, et les pierres étant posées à bain de mortier sans être ravalées après la pose, ces joints en mortier ne sont pas repassés au fer, mais simplement coupés à la truelle. Les constructeurs ne faisant pas de ravalements ne faisaient pas non plus de rejointoiements.

Cependant il est quelques provinces, comme l’Auvergne, où, pendant les XIe et XIIe siècles, on faisait des joints en mortier légèrement saillants sur les parements et coupés vifs aux arêtes, ainsi que l’indique le profil (2) ; mais ces joints ne s’appliquent généralement qu’à de petits appareils. Ils sertissent, par exemple, les imbrications composées de matériaux de diverses couleurs, en formant autour de chaque pierre un filet d’un centimètre de largeur environ, saillant d’un millimètre sur le nu du mur. Ces sortes de joints étaient faits après la pose, repassés et soigneusement recoupés au fer. Le mortier en est fort dur, mais n’a pas toujours une parfaite adhérence avec celui qui a servi à la pose et qu’il a fallu dégrader à une certaine profondeur pour rejointoyer.

On voit aussi, dans des édifices de la fin du XIe siècle des provinces méridionales voisines du Centre, comme l’église Saint-Sernin de Toulouse, par exemple, des joints saillants, mais à section convexe (3).

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Ceux-ci, en n’arrêtant pas l’humidité qui coule le long des parements, sont moins sujets à se dégrader par l’effet de la gelée.

La durée des joints dépend beaucoup de la qualité de la pierre employée. Avec les calcaires poreux, avec les calcaires siliceux très-rugueux, on fait d’excellents joints ; il n’en peut-être de même avec le grès, qui jamais n’adhère parfaitement au mortier par suite de son aptitude particulière à absorber l’humidité. Alors les mortiers se dessèchent et se dégradent promptement. Aussi avons-nous observé, dans quelques monuments de l’Alsace, comme à la cathédrale de Strasbourg, par exemple[1], que les constructeurs (pour éviter, sur des plans inclinés ou des parements directement exposés à la pluie, la dégradation des joints de mortier, toujours pulvérulents, surtout près de la surface extérieure), avaient pratiqué, des deux côtés de ces joints, de petites saignées pour conduire les eaux sur les parements et préserver le mortier du lavage (4).

En principe, du moment qu’on ne peut poser les pierres absolument jointives, comme le faisaient les Grecs et même les Romains lorsqu’ils employaient le grand appareil, mieux vaut un joint épais qu’un joint mince, le mortier ne se conservant qu’à la condition de former un volume assez considérable. Les plus mauvais joints sont les joints coulés soit en mortier, soit en plâtre. L’eau s’évaporant ou étant absorbée par la pierre, le coulis subit un retrait, et il reste des vides dans lesquels vient se loger la poussière qui engendre des végétaux. La seule méthode à employer quand on élève des constructions en pierre, c’est de poser les pierres à la louve et à bain de mortier ; le fichage est quelquefois commandé, comme, par exemple, dans les reprises en sous-œuvre ; mais il demande à être fait avec un soin extrême. Dans ce cas, dès que le mortier fiché commence à prendre, il faut le bourrer avec des palettes de fer jusqu’au refus ; puis on rejointoie quelque temps après jusqu’à une profondeur de cinq à six centimètres. Bien entendu, ce que nous disons ici s’applique encore plus aux lits qu’aux joints.

Les architectes du moyen âge ont souvent simulé des joints en peinture dans les intérieurs, soit en rouge sur fond blanc ou jaune, soit en blanc sur fond ocre (voy. Peinture).

  1. Face des contre-forts du transsept exposée au vent de pluie.