Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle/Palissade

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher

Palier <
Index alphabétique - P
> Pan de bois
Index par tome

PALISSADE, s. f. Palis, Plaseis, Pel, Peus, Picois. Enceinte formée de pieux fichés en terre et aiguisés à leur partie supérieure.

Beaucoup de bourgades, de villages et d’habitations rurales, manoirs, granges, etc., n’étaient, pendant le moyen âge, fermés que de palissades. Les dépendances des châteaux, basses-cours, jardins, garennes, n’avaient souvent d’autre défense qu’une palissade avec haie vive.

« Là ù li Griu recuevrent de plascis
Fu mult fors li estors et durs li fereis[1] ;
.   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .
Ne l’puet garir castiaus, tant soit clos de palis,
Fossés, ne murs entor, dognons, ne plascis[2]. »

Il était d’usage aussi de planter des palissades au pied des remparts des villes, de manière à laisser entre la muraille et l’enceinte de pieux un espace servant de chemin de ronde, de lice, ainsi qu’alors on appelait ces espaces. C’était un moyen d’empêcher les assaillants de saper le pied des remparts, lorsqu’il n’y avait pas de fossés, de prolonger la défense, et de permettre aux assiégés de faire des sorties. Lorsqu’une troupe investissait un château ou une ville fortifiée, il y avait d’abord de furieux combats livrés pour s’emparer des palissades et des lices, afin de pouvoir attacher les mineurs aux murs, ou faire approcher les galeries et tours roulantes.

« Aportez mei cet pel dont cel chastel est clos :
Com ainz l’arez tolli, ainz sarez à repos[3].
.   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .
Li Dus a Herloin mult bien asseuré,
Monsteroil a bien clos, enforchié è fermé.
De pel à hérichon, de mur è de fossé[4].
.   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .
N’i poent pel ne mur remeindre[5]. »

Ces ouvrages de bois autour des places avaient souvent une grande importance ; ils formaient de véritables barbacanes, ou défendaient de longues caponnières. Les assiégés faisaient du mieux qu’ils pouvaient pour les conserver, car ces palissades forçaient les assaillants à étendre leur contrevallation, permettaient l’entrée des secours et des provisions, et rendaient la défense du haut des remparts plus efficace en ce qu’elle découvrait un champ plus étendu. (Voy. Architecture militaire, Siége.)

  1. Li Romans d’Alixandre : Combat de Perdicas et d’Akin. Édit. de Stuttgard, 1846, p. 140.
  2. Ibid. : Message à Darius, p. 251.
  3. Le Roman de Rou, vers 2 600.
  4. Ibid., vers 2 628.
  5. Ibid., vers 7 352.