Discours complet de Ferenc Gyurcsány à Balatonőszöd en mai 2006

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Discours de Ferenc Gyurcsány



Balatonőszöd - mai 2006


Ce que j’ai pu vous raconter ici en une heure, ou même un peu plus d’une heure, n’est naturellement pas toute notre politique. Naturellement, il ne peut pas inclure un tas de choses qui doivent être faites, et ne peut pas restituer tous les niveaux de la communication qui par ailleurs est nécessaire pour le succès. Toutefois nous vous remercions des avertissements et conseils à ce sujet.

Si je suis honnête avec vous, alors ce que je peux dire est que nous sommes pleins de doutes. Que derrière la confiance en soi on se consume et se sent meurtri. Je sais très précisément que tout ce que nous ferons ne sera pas parfait. Que dans toute une série d’affaires je n’ai pas la moindre idée, non de ce qu’est le sixième pas, mais je ne connais pas même le troisième. Je connais les deux premiers. Et il faut essayer de faire avancer ces affaires en même temps, maintenir entre nous la collaboration, la bonne foi, assurer le soutien du partenaire de coalition et préparer les directeurs et publicistes prééminents des journaux les plus influents à quoi il peuvent s’attendre. Les inclure dans ce processus. Apprendre à ne pas dire aïe à chaque moment, et aller de l’avant.

Mais bien sûr que je ne peux pas calculer à l’avance les conséquences de chacun de nos pas. Nous n’avons pas tant de ressources. La vérité est que toute l’équipe ne travaille que de 7 heures du matin jusqu’à la nuit, et il n’y a rien à faire, après un point on ne peut plus élargir. On ne peut pas à plus de 12-15 s’asseoir autour de la table où il faut se mettre d’accord avec les gens du gouvernement, les gens des ministères et les experts. On ne peut pas. C’est tout ce qu’on a comme capacités les enfants.

Ce qui pouvait être fait au cours du mois passé, on l’a fait. Ce qui pouvait être fait pendant les mois le précédent en secret, de façon à ce qu’il n’y ait pas dans les dernières semaines de la campagne électorale des papiers qui font surface concernant ce qu’on prépare, on l’avait fait. On avait gardé ce secret, alors que pendant ce temps nous savions et vous le saviez que, si la victoire électorale, arrive après il faudra s’y atteler vraiment, qu’on n’a jamais eu un problème pareil. On a gardé l’unité politique depuis l’été dernier, et derrière disons l’unité professionalo-politique, comme jamais dans ces années passées. Ou peut-être comme jamais. Bien sûr tout ce que nous savons, le degré d’élaboration de notre matériel laisse à désirer. Oui. Vous avez raison. Nous le savons exactement qu’on fait face à énormément de risques. Quand vous me dites de faire attention parce que la Cour Constitutionnelle peut renvoyer des choses, nous le savons. C’est pas grave que vous le disiez, mais croyez-moi, on le sait. Une très petite équipe travaille derrière Jóska Petrétei -- parce ce qu’on ne peut pas encore l’étendre à tout le ministère dans cette phase -- cinq-six-sept personnes. Du matin jusqu’à la nuit. Au sens le plus strict.. Pour qu’il n’y ait pas de pépin. On se pousse dans la folie sur certains points, pour ramasser la quantité nécessaire d’argent. Et moi-même, ce qu’on n’avait pas vu de moi auparavant pendant un an, au cours du mois passé je me suis mis à hurler et crier, peut-être trois fois ne supportant la tension de tout ça pendant les négociations. Pas avec les collègues mais quand se passent les accords politiques, qu’allez déjà vous faire foutre avec ça. Allons en avant.

Il n’y a pas beaucoup de choix. Il n’y en a pas, parce qu’on l’a niqué. Pas un peu mais beaucoup. En Europe pareille ânerie n’a encore été faite par aucun pays, telle que nous en avions faite. On peut l’expliquer. Il est évident qu’on a menti pendant les un ou deux dernières années d’un bout à l’autre. Il était absolument clair que ce que nous disions n’était pas vrai. On est tellement au-delà des possibilités du pays comme on n’aurait pas pu imaginer auparavant que le gouvernement commun du Parti Socialiste Hongrois et des libéraux fasse jamais. Et pendant ce temps là par ailleurs nous n’avons rien fait pendant quatre ans. Rien. Vous ne pouvez pas citer de mesure gouvernementale importante dont nous puissions être fiers, à part qu’on a ramené le gouvernement de la merde pour la fin. Rien. S’il faut rendre compte au pays de ce que nous avons fait pendant quatre ans, que dirons-nous alors ? Bien sûr la chose n’est pas construite bien, calmement, méticuleusement. Non, non. Elle est préparée en marche forcenée, parce que pendant un temps on ne pouvait pas la faire, pour pas que ça se sache, et maintenant il la faut faire vachement au point qu’on en crève presque. Puis bientôt on s’étalera. Parce qu’on ne peut plus ce rythme. C’est la situation. Et pendant tout ça il faut encore se mettre d’accord avec les Démocrates Libéraux, parce qu’il y a encore des problèmes de ministres -- vous connaissez l’histoire.

Regardez. L’état des choses est qu’au plus court terme il n’y a pas de choix. Jani Veres a raison. On peut encore tergiverser ici, mais pas beaucoup. Le moment de vérité est vite arrivé. La providence divine, l’abondance en argent de l’économie mondiale, et des centaines d’astuces dont évidemment vous n’avez pas besoin de savoir les détails, ont aidé qu’on survive à ça. Ça va pas plus loin. Ça va pas. Et bien sûr nous pouvons encore réfléchir pendant très longtemps et on peut faire tout un tas [fucking lot] d’analyses, que quel groupe social sera touché de quelle manière, ça je peux vous le dire. Nous ne pouvons pas analyser encore pendant des semaines, les enfants, on ne peut pas. Il faut dire le premier jour ce qu’il faut faire pour qu’il y ait redressement encore cette année, pour qu’à partir du premier septembre certaines législations de taxes et impôts entrent en vigueur. Je peux encore faire mes petites analyses pendant quelques semaines et puis viendront ceux dont c’est le métier et diront qu’ils ont déjà tout analysé. La Hongrie est donnée mauvaise. Donc tout en prévenant que ce que nous faisons est loin d’être parfait, je ne peux pas vous donner de version B.

Avec ceux dans l’entourage du Parti Socialiste Hongrois qui sont des donneurs d’opinion influents concernant les questions de macroéconomie, de Kornai à Bokros, de Békési à Surányi, de Vértes à qui sais-je encore, on a tout discuté, souffert et hurlé. Et je dois vous dire aussi qu’on a rencontré énormément de grandes idées. Ah, je vous le dis. Et il s’avère que même les plus grands, les plus estimés sont dans des erreurs de le l’ordre de cent milliards. Soumettons tout le monde à la taxe sur l’immobilier. Vous savez combien de recettes on fait si on impose tous les immobiliers d’une valeur supérieure à 5 millions de forint ? Je vous ai donné un seul bas, pas 100 millions mais cinq. Et par ailleurs on donne aux collectivités locales les 52 milliards qui viennent de la taxe communale, parce qu’alors il faudra les leur donner, c’est déjà leur recette. Le bilan du tout est moins de 20 milliards de forint. L’homme d’affaires peut-être le plus important de la Hongrie, Demján Sándor, vient me voir. En grande colère que: mon Feri, je lis dans l’étude Sárközi que si on ferme toutes les institutions de seconde ligne [ndt: institutions travaillant pour le compte de ministères, accomplissant des tâches d’expertise, de recherche, de planification, etc.] alors on économisera 700-800 milliards de forint. Je dis: mon Sanyi, t’es pas bien ? Toi au moins tu pourrais savoir compter, bon sang. Notre ami Gyuri Surány vient me voir, que lui il a trouvé comment il faut transformer l’exemption d’impôts du salaire minimum, tout en pouvant maintenir l’équilibre. Et on travaille un bon bout de temps avec lui. Et enfin quand il a fini de calculer il m’envoie son papier et il se trouve que tout va bien sauf qu’il ne sait pas qu’il existe aujourd’hui en Hongrie l’institution de la déduction d’impôts et qu’il faudrait transformer ça aussi, et qu’au total ceci fait 230 milliards de forint. Ah bon ? Ben si les 200 milliards de forint sont dans le lot alors il n’a plus de solutions. En général il y a beaucoup de bonnes idées jusqu’à ce qu’on en vienne aux calculs. Quand il faut faire les calculs, la science s’épuise.

En général il y a beaucoup de critiques que le système n’est pas assez arrondi, pas assez consistent, tout le monde a des idées sur ce qu’on devrait alors en sortir pour que le reste soit plus consistent, et tout de suite il n’y a plus que le tiers de l’argent qu’on devrait ramasser. Ah bon ? Moi aussi je peux être consistent comme ça. C’est juste que mon problème n’est pas de ramasser 50 milliards mais je ne dirai pas combien. Ben c’est ça le problème. En plus on doit faire tout ça d’une manière que ça ne nuise pas à nos projets à long terme.

Les enfants. Nous ne sommes pas parfaits. Pas du tout. Et nous ne le serons pas. Je ne peux pas vous dire que tout ira bien. Je peux vous dire ce que j’ai dit pendant cette dernière année. Que ce qui peut être fait avec honnêteté, ce qu’on peut avec nos talents, parce qu’on ne joue pas des matches spéciaux, parce qu’on n’utilise pas notre énergie pour s’emmerder les uns les autres, parce qu’il n’y a pas d’intérêts particuliers qui ne supporteraient d’être publics entre nous, parce que ce n’est pas avec vous que je veux régler quelque chose. [ndt: phrase aussi défaite dans l’original]

L’équipe à qui vous avez confié de mener notre côté [ndt: la gauche], cette équipe est à-peu-près capable de cette performance. Elle est capable à-peu-près de donner un programme. Peut-être il y a une autre équipe qui peut autre chose. Nous ne pouvons pas, nous ne pouvons pas plus et mieux que ça. Nous n’en serons pas capables. Même si on en crève. Il y a un grand travail, du travail honnête entre nous. Il est nécessaire de le faire. Je ne parle pas de la Nouvelle Hongrie, des développements, des hongrois outre frontières, des relations avec les églises et d’encore mille choses, parce que comparé au gros ce n’est pas le plus important aujourd’hui. Sur tous ces dossiers on aura des propositions substantielles, significatives et profondes. Quelques unes seront surprenantes. Mais comparé au tout ce qu’on doit décider entre nous ce n’est pas le plus important. Réforme ou chute. Il n’y a rien d’autre. Et quand je dis chute, alors je parle de la Hongrie, je parle de la gauche, et je vous le dis très honnêtement je parle de moi-même aussi.

Et je veux maintenant juste une fois vous parler trois minutes. Je vous le redirai au plus une fois. C’est une chose fantastique que faire de la politique. Fantastique. Il est fantastique de conduire un pays. Personnellement, j’ai pu faire le dernier an et demi parce qu’il y avait une chose qui m’a donné de l’ambition, qui me donnait de l’énergie: rendre à la gauche sa foi, qu’elle peut le faire, qu’elle peut gagner. Qu’elle n’est pas obligée de baisser la tête dans ce putain de pays. Qu’il ne faut pas se conchier à cause de Viktor Orbán, et à cause de la droite, et qu’elle apprenne à se comparer non plus à ceux-ci mais au monde. C’est ce qui a donné la foi, pourquoi il vaut bien faire ceci. C’était grandiose. J’ai adoré. C’était la meilleur part de ma vie. Maintenant ce qui me la donne, c’est que je fais l’histoire. Par pour les livres d’histoire, je les emmerde. Ça ne m’intéresse pas du tout si on sera dedans, et moi personnellement. Ça ne m’intéresse pas du tout. Est-ce qu’on fait quelque chose de grand ? Est-ce qu’on dit que: mais bon sang il y a quelques uns qui sont venus et qui ont osé le faire et qui ne se sont pas emmerdés pour savoir comment leurs frais de mission seront remboursés, putain. Quelques uns sont venus qui ne se sont pas emmerdés pour savoir si dans le conseil départemental ils auront leur place ou non, qui ont compris que dans ce putain de pays il revient de toute autre chose. Qu’ils comprennent que s’il vaut la peine d’être politicien ici au début du 21ème siècle c’est pour faire un autre monde. Seulement pour ça. Une vie confortable, on peut encore en trouver bien d’autres.

Je sais que pour moi c’est facile de le dire. Je le sais. Ne me le renvoyez pas toujours dans la figure. Mais c’est uniquement pour ça que ça vaut la peine. J’ai failli en crever que pendant un an et demi il fallait faire semblant de gouverner. À la place on a menti le matin, la nuit et le soir. Je ne veux plus le faire. Soit on le fait et vous avez pour ça un homme, soit le faire avec quelqu’un d’autre. Jamais je ne donnerai un seul interview quand j’aurai fini, si on se quitte avec des désaccords. Jamais. Jamais je ne nuirai à la gauche hongroise. Jamais. Mais ça vaut la peine de faire uniquement pour toucher aux grandes choses. Expliquer puis passer de longues heures avec des commissions et ensuite tenir une nouvelle réunion de travail de la commission puis découvrir que nous ne pouvons jamais mettre d’accord sur une seule loi, parce que à nouveau les mêmes compromis naissent, ce qui est essentiellement le compromis de l’inaction, pour que persiste ce qui existait jusqu’ici. Parce que toute autre chose se heurte contre les intérêts de quelqu’un. Pour ça il faut une autre « madame » [ndt: tenancière de bordel]. Cela ne changera pas mon affection, pas du tout. Je ne me lèverai pas tous les jours. Gyula Horn avait un tel ministre qui voulait donner sa résignation tout le temps. J’avais un prédécesseur aussi, un premier ministre qui répétait à souhait qu’il, que je ne suis pas un tel type. Tant qu’il y a de la force dedans et que nous avançons, alors oui, et sinon à un moment je m’en irai très discrètement. Ça ne vaut pas le peine pour autre chose. Que tout le monde décide intérieurement s’il fait la chose pour 4-500 mille forint, ce qui est vachement important, surtout si l’on n’a plus d’autre métier par ailleurs que celui-là, je le sais. S’il est capable de surmonter toute l’histoire des 15 dernières années et lier de nouveaux [ndt: mot manquant dans l’original], ou s’il pense que ces quatre ans seront aussi du genre eh merde, on a survécu les actuels aussi, on survivra cette fois-ci aussi. On a eu déjà assez de premier ministres, on survivra bien à ce gars aussi. Nous, on a de toute façon l’habitude de rester. Peut-être. Et je le dis aussi que c’est un raisonnement légitime, et ça ne me blesse pas non plus, pas du tout, pas du tout. Il y a dans notre groupe parlementaire plus d’une personne capable d’être premier ministre. Ce que je dis, c’est que tout le monde respire profondément, et boive putain de beaucoup de vin ...

[ndGyF: lacune dans le texte parce que la casette d’enregistrement a dû être changée, je suis incapable de reconstituer l’original]

... on n’a pas réussi à se mettre d’accord. Parce que si tous les 190 disent les mêmes phrases que pendant les années passées, alors il ne se passera à nouveau rien, parce qu’on ne pourra se mettre d’accord de la même façon. Putain de merde [fuck], je suis pas d’accord mais je laisse passer. Ils le font pour la première fois. D’autres fois ... que ... qu’il laisse passer pour qu’ils puissent le faire [ndt: texte manquant dans l’original]. C’est pas une réforme quand les autres doivent changer. C’est pas une réforme qu’on sort devant le peuple et on leur dit le mantra. La réforme c’est que nous aussi nous sommes prêts à réévaluer sur une série de questions ce que nous avons pensé et fait. Par rapport à ça le travail des premiers mois, le travail du redressement, ce n’est que simple nécessité, je dois lä avouer. Votre erreur est là, si vous pensez que vous avez le choix. Vous ne l’avez pas. Moi non plus. Aujourd’hui le choix est au plus de savoir si on essaie, nous, d’influencer ce qui se passe, ou si tout s’effondre sur nous, merde. Notre solution n’est sûrement pas parfaite, vous avez raison, sûrement pas, sauf que nous n’en connaissons pas de meilleur. Une telle sur laquelle on peut se mettre d’accord avec la majorité de la profession, une qu’on peut faire accepter aux marchés et aux partenaires de coalition. Chez nous, ceux qui chez nous le font tout en haut, de Béla à Jani Veres, de Péter Kiss à Ildikó, de Imre Szekeres à Hiller, et disons moi inclus, on y croit en gros que c’est bien. Parce que ceux-ci le doivent, tous doivent le croire. Seuls, chacun dans son coin on pourrait faire autre chose aussi, sauf qu’on n’est pas chacun dans son coin mais nous sommes assis une dizaine autour de la table et il faut l’accepter.

Je pense qu’il est possible de le faire. Je pense qu’il y aura des conflits, les enfants, oui, il y en aura. Il y aura des manifestations, il y en aura. On peut manifester devant le Parlement. Tôt ou tard ils en auront marre et rentreront. Seulement, on peut le faire jusqu’au bout seulement si vous croyez en l’essentiel, en l’essentiel et il y a accord sur l’essentiel. Contourner les conflits entre nous, avoir peur de heurter par ailleurs des rapports intérêts, alors on ne doit pas commencer, on ne doit pas. Je ne tiens à rien. Il n’est pas vrai que je tienne à une chose qui est dans ma tête, que telle chose doit se passer dans le secteur de la santé, que telle chose doit se passer ... Mais pas du tout. J’organise ces discussions et fais l’intermédiaire, j’ouvre ces gars pour qu’ils racontent ce qu’il y a en eux. Je ne dicte pas. Ce n’est pas vrai. Si je dicte, c’est quand ils veulent se ralentir et ne veulent pas se mettre d’accord, qu’allons, tonnerre. C’est ce que je considère être mon boulot. Et quand on s’est mis d’accord de ne pas les laisser se ralentir. Il ne s’agit pas de ce que j’ai un scénario écrit pour la Hongrie de A à Z et que je dis que je vous battrai jusqu’à l’accepter. C’est une foutaise. J’ai un scénario de A à Z pour comment utiliser l’énergie incroyable présente dans les socialistes pour qu’ils changent le pays, pour qu’ils s’attelle enfin, pour qu’ils maîtrisent enfin leur manque de confiance en soi et qu’ils surmontent leurs vieilles vérités. Pour ceci j’en ai. Et puis quand je n’en peux plus alors je crie un coup. Je n’ai pas d’histoire personnelle dans cette affaire, je n’en ai pas du tout. J’ai reçu une grande chose de ce que j’ai pu faire dans l’an passé et demi. Mon histoire personnelle, c’est qu’on change ce putain de pays parce que qui le changera ? Viktor Orbán le changera avec son équipe ? Ou variante C: il ne se passe rien. On peut encore vivoter comme ça pendant un temps. Bien sûr que le boulot se la santé est compliqué. Mais celui d’entre nous qui entre dans un établissement de santé le sait qu’il est construit sur une multitude de mensonges. Bien sûr que dans l’éducation il est très difficile de toucher à quoi que ce soit. Mais si, on voit qu’elle ne distribue pas le savoir uniformément. L’un d’entre vous a dit que tout de même -- c’était peut-être Gergõ Arató -- que tout de même la plus grande injustice, je vous en prie, que le système éducatif hongrois amplifie d’un côté les différences sociales entre nous, plutôt que de les diminuer, et puis il fait de la ségrégation aussi. Eh bien c’est ça le vrai grand problème, le vrai gros souci. Et le gros souci c’est qu’on donne l’éducation nationale gratuite, je vous en prie, aux ceux qui viennent des meilleurs familles. Eh bien par rapport à ça le scandale n’est pas qu’il faut le payer par 3 pour cents. S’il y a un scandale social c’est que les dix milles de la classes supérieure se reproduisent sur l’argent public. Et nous n’osons pas le dire, et on se chie dans le froc pour dire que par ailleurs veuillez donc payer les 7 pour cent. Ne faisons pas semblant. C’est ça le vrai scandale. Le vrai scandale c’est que les gens dont Laci parle, ses gens tsiganes reçoivent un service de santé dix fois moins bon que ce que je reçois. Et depuis que ma mère, depuis qu’on connaît le nom de ma mère à Pápa, et elle s’appelle Katuska Gyurcsány, depuis elle aussi en reçoit un meilleur, mais putain! Elle ne savait pas ce qui se passait. Le système de santé s’est amélioré, mon fils ? Je dis, mais merde !, maman. La vérité c’est qu’ils reconnaissent ton nom. C’est un scandale. Par rapport à ça, au sens social l’argent de visite [ndt: somme relativement importante qu’on glisse au médecin dans une enveloppe, inévitable pour recevoir de bons soins] c’est rien. C’est pas un scandale, c’est juste désagréable politiquement et pour le payer. Parce que politiquement ça peut avoir des conséquences sérieuses. Mais à vrai dire cette conséquence ne touchera que nous, si on est des idiots. La conséquence sociale, elle touche tout le monde. Si nous n’osons pas toucher à une série de mensonges sociales évidentes, c’est parce que nous avons peur des conséquences politiques qui nous affecteraient.

Mais Messieurs Dames! C’est le problème de quelques centaines de personnes, et de leurs familles et de leurs entourages, c’est le nôtre. Mais il ne faut pas être politicien parce qu’on en vit si vachement [fucking] bien. Parce qu’on a déjà oublié ce que c’est que d’être polisseur de voiture. Mais parce que on résoudre ceci. Par ailleurs justement l’expérience des quatre dernières années, justement l’expérience du gouvernement de Gyula Horn, que la déchéance des gens n’est pas causée parce qu’ils font quelque chose ou ne font pas. Mais bordel, alors c’est quoi la cause ? Il faut se lancer. Il faut savoir ce qu’on veut faire. Les quelques premières années seront affreuses, bien sûr. Il est totalement sans importance que les 20 pour cent de la population vont voter pour nous. L’été dernier, pour la première fois dans les huit dernières années, de 100 personnes seulement 18 ont dit qu’ils voteront pour nous, selon Szonda-Ipsos. L’été dernier, les enfants! Un an après nous avons gagné. Que se passerait-il si nous perdions notre popularité non pas parce qu’on déconne entre nous mais parce qu’on fait des grandes causes sociales ? Et ce n’est pas alors un problème qu’on perd alors pour un temps la société, notre soutien. Après on le récupérera. Parce qu’ils vont comprendre. Et on pourra aller en province tranquillement et dire qu’on l’avait fait, tonnerre. N’est-il pas vrai que tous vont mieux ? Vous avez raison. Mais pour lui et pour lui et pour lui, et des internats ont été construits dans ce foutu pays enfin à nouveau. C’est de ça qu’il s’agit en politique. Non de qui d’entre nous sera maire d’arrondissement et tout de même combien de suppléants il aura. C’est important aussi, je le sais, je ne suis pas naïf. Mais ce n’est pas parmi les cents affaires les plus importantes du pays. Et c’est nous qui décidons desquelles on s’occupe. Et le pays, je pense, le mériterait, et nous aussi, qu’on fasses de telles choses.

En somme ce que je peux vous dire c’est qu’on s’arrête là-dessus, qu’on le fasse. Vous avez beaucoup de vérité dans les avertissements, dans la crainte, concernant les détails. Je peux seulement dire que je ne jouerai pas de jeu ni comme ci, ni comme ça. Nous faisons notre boulot. Tant que peut avancer à bon rythme, nous avancerons. Si on ne peut pas y aller et vous m’expliquez que oui mais ... Pour ça vous n’avez pas besoin de moi je crois. Pour ça il faut quelqu’un d’autre. Et j’écrirai de putain [fucking] de bons bouquins sur la gauche hongroise moderne.

Les enfants!

Quoi? Je dois encore dire quelque chose, Ildikó ?