Du devoir des catholiques dans la question de la liberté d’enseignement/Chapitre VI

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Du devoir des catholiques dans la question de la liberté d’enseignement
Au bureau de l’univers (p. 21-22).
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VI


Mais, avant tout, il faut dissiper les sophismes et les illusions qui nous abusent et nous endorment.

On nous dit que tout n’est pu si mauvais dans l’Université ; on cite des professeurs, des chefs, des maisons entières qui font exception à la règle. Eh ! qui ne les connaît, ces exceptions, et qui ne les admire d’autant plus que la position des hommes dont je parle est plus délicate et les services qu’ils rendent plus méritoires ? Mais aussi qui ne sait que ce sont des exceptions aussi rares qu’éclatantes ? Sur dix maîtres formés et employés par l’Université, y en a-t-il deux qui croient à la religion ? y en a-t-il un qui la pratique ? Sur toute cette masse d’enfants qui peuplent les collèges royaux de Paris, d’après le jugement unanime de leurs aumôniers, en saurait-on compter plus d’un seul par année et par collège qui ait conservé la foi jusqu’à la fin de ses études[1] ? Oui, certes, il y a au sein de l’Université, depuis le Collége de France et la Sorbonne jusque parmi les régents des collèges communaux, il y a un petit nombre de cœurs droits et honnêtes, d’hommes qui ont plus que du talent, qui ont de la foi, et qui, comme M. Lenormant et M. Ozanam, protestent par la franchise de leur christianisme et la solidité de leur science contre les scandales de l’enseignement de leurs collègues. Mais ces hommes forment-ils la majorité dans les établissements universitaires ? Non. Sont-ils d’accord avec leurs collègues ? Non. Est-ce à eux que l’Université confie la direction de ses conseils, le choix de ses méthodes, l’éducation de ses maîtres ? Non, encore. Est-ce leur esprit qui se reflète dans celui de la jeunesse qu’elle déverse chaque année au sein de la société ? Non, mille fois non.



  1. Rapport des aumôniers des colléges royaux de Paris à M. l’Archevêque de Paris, en 1829, à une époque où le gouvernement faisait tous ses efforts pour introduire un esprit religieux dans l’Université.