En 17

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Œuvres posthumesMessein1 (p. 17-18).

EN 17…


Le parc rit de rayons tamisés,
De baisers, d’éclats de voix de femmes…
L’air sent bon, il est tout feu tout flammes,
Et les cœurs, aussi, vont, embrasés.

Une flûte au loin sonne la charge
Des amours altières et frivoles,
Des amours sincères et des folles,
Et de l’Amour multiforme et large.

Décor charmant, peuple aimable et fier :
Tout n’est là que jeunesse et que joie,
On perçoit des frôlements de soie,
On entend des croisements de fer.

Maintes guitares bourdonnent, guêpes
Du désir élégant et farouche :
— « Beau masque, on sait tes yeux et ta bouche ».
Des mots lents flottent comme des crêpes.


Pourtant, c’est trop beau, pour dire franc…
Un pressentiment fait connue une ombre
À ce tableau d’extases sans nombre,
Et du noir rampe au nuage blanc !

Ô l’incroyable mélancolie
Tombant soudain sur la noble fête !
De l’orage ? ô non, c’est la tempête !
L’ennui, le souci ? — C’est la folie !


15 janvier 1889.