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Messein (p. 7-8).

LES DIEUX[1]


Vaincus, mais non domptés, exilés, mais vivants,
Et malgré les édits de l’Homme et ses menaces,
Ils n’ont point abdiqué, crispant leurs mains tenaces
Sur des tronçons de sceptre, et rôdent dans les vents.

Les nuages coureurs aux caprices mouvants
Sont la poudre des pieds de ces spectres rapaces
Et la foudre hurlant à travers les espaces
N’est qu’un écho lointain de leurs durs olifants.

Ils sonnent la révolte à leur tour contre l’Homme,
Leur vainqueur stupéfait encore et mal remis
D’un tel combat avec de pareils ennemis.

Du Coran, des Védas et du Deutéronome,
De tous les dogmes, pleins de rage, tous les dieux
Sont sortis en campagne : Alerte ! et veillons mieux.


TORQUATO TASSO


Le poète est un fou perdu dans l’aventure,
Qui rêve sans repos de combats anciens,
De fabuleux exploits sans nombre qu’il fait siens,
Puis chante pour soi-même et la race future.

Plus tard, indifférent aux soucis qu’il endure,
Pauvreté, gloire lente, ennuis élyséens,
Il se prend en les lacs d’amours patriciens,
Et son prénom est comme une arrhe de torture.

Mais son nom, c’est bonheur ! Ah ! qu’il souffre et jouit,
Extasié le jour, halluciné la nuit
Ou, réciproquement, jusqu’à ce qu’il en meure !

Armide, Éléonore, ô songe, ô vérité !
Et voici qu’il est fou pour en mourir sur l’heure
Et pour ressusciter dans l’immortalité !

  1. Sonnet de jeunesse publié sur une copie.