Encyclopédie anarchiste/Jeunesse - Judaïsme

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Collectif
Texte établi par Sébastien Faure, sous la direction de, La Librairie internationale (tome 2p. 1121-1131).


JEUNESSE n. f. Partie de la vie de l’homme comprise entre l’enfance et l’âge viril. On applique ce mot aux premiers temps des choses : la jeunesse du Monde. Au figuré, jeunesse est un terme qui représente la vigueur et la fraîcheur des sentiments : la jeunesse du cœur. Sous la Convention et le Directoire on désigna, sous l’appellation de Jeunesse dorée, les muscadins, les incroyables et les merveilleuses.

Comme tout organisme vivant, l’homme naît, se développe et meurt. La vie est comparable à une montagne. De la naissance à l’âge viril, il passe par l’enfance, l’adolescence et la jeunesse. Durant ce temps, il gravit les pentes de la montagne. Parvenu au sommet, il reste plus ou moins longtemps sur le plateau de la maturité. Vient ensuite l’approche de la vieillesse, et il descend du sommet plus vite qu’il n’en a fait l’ascension.

La jeunesse est l’âge des projets, des illusions et des rêves. L’homme se projette alors dans l’avenir. C’est aussi l’âge de la fougue, de l’imprudence, de l’impétuosité, de la passion qui ne connaît ni freins, ni obstacles. C’est encore l’âge des entraînements généreux, des exaltations frémissantes, des sublimes dévouements, des sacrifices héroïques.

C’est l’âge où, parvenue à un degré assez avancé de son développement physique, intellectuel et moral, la personnalité se dessine, accusant dans ses lignes essentielles ce qu’elle sera par la suite. L’enfant est la tige, le jeune homme le bouton et l’homme proprement dit la fleur ; en conséquence, l’enfant est le jeune homme de demain et l’homme d’après-demain. Poursuivant cette comparaison juste et poétique entre la fleur et l’homme, on a raison de dire que la fleur étant le résultat de la nature du sol, de la température, du climat et des soins qui lui sont donnés, l’homme est, également, le résultat de l’ascendance, du milieu et de l’éducation. Le jeune homme est appelé à être ce que feront de lui toutes ces influences qui font pression sur lui, conditionnent son développement et sculptent insensiblement, à son insu parfois, sa personnalité complète : hérédité, impressions premières, images et bruits, entraînements subis, conseils donnés, conversations entendues, exemples observés, enseignements reçus, moyens matériels d’existence, etc.

Ces données expliquent la violence et la pérennité des luttes que se livrent des forces rivales d’Autorité, toutes ambitionnant d’atteler à leur char de domination la jeunesse de leur temps. L’enjeu en vaut la peine ; il est aisé d’en mesurer la valeur.

Désireux de s’annexer l’âme de la jeunesse, l’Église y emploie ses moyens de séduction les plus captivants. Elle s’adresse à l’imagination des jeunes portée sans grand effort à l’exagération, voire à l’extravagance ; elle fait appel aux instincts puissants qui poussent la jeunesse à se dépenser en gestes généreux, en actions magnanimes ; elle ne néglige pas les desseins de prospérité et de succès que les jeunes forment impulsivement ; elle recrute, parmi les plus mystiquement exaltés, les apôtres qui porteront haut et feront resplendir le flambeau de la Foi ; elle enrégimente aussi ceux qui, paresseux et médiocres, formeront le personnel ecclésiastique qui encadre la masse croyante et pratiquante.

La société civile n’apporte pas moins d’ardeur à accaparer les forces mêmes de la jeunesse. Ayant partie liée avec les bénéficiaires du régime capitaliste dont il n’est que l’expression politique, l’État adresse, lui aussi, à la jeunesse ses invitations les plus engageantes, ses promesses les plus ensorceleuses, ses sollicitations les plus séduisantes. Aux uns, il offre l’accès des professions libérales ; aux autres des situations enviables dans le commerce et l’industrie ; à tous, il propose, dans l’Armée, la Magistrature, la Police, l’Enseignement, les Administrations publiques, une carrière qu’on peut qualifier de tout repos : avancement garanti, traitement appréciable et progressif, retraite honorable, situation sans tracasserie ni inquiétude sous le signe de l’obéissance aux chefs et de l’observation des règlements.

Ainsi s’emplissent, chaque année, les sacristies et les couvents des milliers et des milliers de jeunes gens que l’Église destine à devenir les pasteurs sous la houlette desquels paîtront les innombrables brebis qui composent le troupeau. Ainsi, chaque année, les Facultés et les Grandes Écoles alimentent le corps social du matériel humain que nécessite son organisation compliquée : industriels, commerçants, ingénieurs, techniciens, spécialistes, porte-galons, porte-hermine, porte-plume, gens de police et de mouchardage, corps enseignant, avocats, avoués, notaires, huissiers et, enfin, fonctionnaires de tous poils et de toutes plumes, toute cette multitude précipitée pêle-mêle, sans tri préalable, les uns pourvus de diplômes et parchemins, comme l’âne chargé de reliques, les autres recommandés, protégés, pistonnés, fonctionnaires de gestion et surtout d’indigestion.

Quant à la jeunesse qui n’a poussé ses études que jusqu’au certificat d’études primaires, elle peuple les champs et les usines, les chantiers et les ateliers, les fabriques et les manufactures, les gares et les bureaux, les magasins et les boutiques, les hôtels, les cafés et les restaurants. Les bribes d’instruction qui lui ont été parcimonieusement départies, les éléments de morale qui lui ont été enseignés à l’école et dans la famille, le travail peu rétribué et sans attrait qu’elle exécute, la vie abrutissante qu’elle mène et que n’élèvent point, tant s’en faut, les divertissements qu’elle trouve au cabaret, au cinéma, au dancing et dans les réunions sportives, toutes ces circonstances en font les serfs dociles du Capital et les sujets obéissants de l’État : bons soldats, bons citoyens, bons travailleurs, bons contribuables et bons électeurs.

Les profiteurs du Régime estiment que tout va bien ainsi, que chacun est à la place qui lui convient et a le sort qu’il mérite ; ils trouvent que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes et leurs vœux seraient entièrement exaucés s’ils avaient la certitude que la jeunesse restera demain ce qu’elle est aujourd’hui : ignorante. disciplinée, soumise, résignée. Ce qui trouble la digestion et le sommeil de ces profiteurs, c’est que, dans une fraction infime encore mais pourtant appréciable de la jeunesse, un nouvel état d’esprit s est fait jour et se propage. Jeunes bourgeois et jeunes ouvriers, un certain nombre ont compris l’iniquité fondamentale qui se trouve à la base de la société actuelle et en pourrit toutes les institutions. Ils étudient, ils réfléchissent, ils discutent. Ils sont travaillés par l’idée d’émancipation dont ils trouvent l’expression dans les journaux qu’ils lisent et dans les propagandistes qu’ils écoutent. Ils saisissent au fond d’eux-mêmes, dans les replis intimes de leur pensée, l’adhésion qu’ils s’apprêtent à donner aux thèses de libération du travail et d’affranchissement des cerveaux.

Chez certains, la conviction est déjà faite. Chez les autres, elle ne tardera pas à succéder à la crise d’aspirations vagues, d’hésitation, de flottement, d’incertitude qu’ils traversent. Les jeunes gens dont je parle sont déjà assez nombreux pour qu’ils aient songé à se grouper entre eux. Ils ont constitué des Jeunesses Syndicalistes, des Jeunesses Socialistes, des Jeunesses Communistes, des Jeunesses Anarchistes. Ils ne s’isolent pas de leurs aînés ; ils restent, au contraire en liaison avec eux et militent avec eux. Mais ils s’entendent mieux entre jeunes ; certaines besognes de propagande et d’action auxquelles boudent les hommes d’un âge plus avancé conviennent à leur impétuosité et à leur besoin d’exercice physique. Jeunes les uns et les autres, ils rivalisent de zèle, d’empressement et de ferveur. Ils puisent dans les multiples et puissants ressorts qui sont l’apanage de la jeunesse l’énergie et l’endurance qu’exige la différence de leurs idées. Il arrive parfois que, emportés par cette témérité, cette fougue, cette intrépidité que modèrent chez leurs aînés l’âge et l’expérience, ils se laissent aller à entreprendre une action en disproportion avec les ressources et la force numérique dont ils disposent. Mais il n’est pas mauvais qu’ils acquièrent, même à leurs dépens, l’expérience qui les guidera dans les combats futurs. Ces escarmouches, dussent-ils en sortir momentanément battus, constituent une gymnastique qui leur est salutaire, un entraînement qui leur est profitable. Ils sont heureux et ils se sentent fiers de s’être évadés de cette jeunesse frivole, indifférente, sans conception sociale, sans cœur et sans volonté qui, sans Idéal, ne vit que pour boire, manger, travailler, dormir et s’amuser. Eux, ils dorment, boivent et mangent, parce que ce sont là des nécessités inexorables et ils travaillent, parce que le travail assure leurs moyens d’existence ; ils se divertissent parce que la jeunesse a besoin de se récréer, mais, pour eux, les heures les meilleures, les seules qui leur soient douces et dont ils conservent précieusement l’agréable souvenir, ce sont celles qu’ils consacrent à poursuivre, par la lecture, la discussion et la méditation, leur culture personnelle et celles où, après s’être ainsi fortifiés dans leurs convictions, ils vont tenter de communiquer à la jeunesse au milieu de laquelle ils vivent la flamme qui les dévore et entretient chez eux le feu sacré.

Je m’excuse de me citer moi-même. Je cède à la tentation de le faire, en plaçant sous les yeux du lecteur l’Appel aux Jeunes Gens paru dans le Libertaire à la date du 3 septembre 1926. La lecture de cet article fera comprendre quel est l’esprit qui anime les anarchistes à l’égard des jeunes gens, et dans quels termes ils font auprès de ceux-ci du prosélytisme.

Le lecteur saisira l’opposition qui existe entre le langage tenu par les libertaires et le langage tenu par les partis politiques : ceux-ci cherchant avant tout à recruter de futurs électeurs et à les enrégimenter ; ceux-là voulant uniquement les libérer des préjugés et de la routine et préparer une jeunesse résolue à ne reculer devant aucun sacrifice pour s’élever jusqu’à la pratique de la liberté.

APPEL AUX JEUNES GENS

On vous a dit souvent : « Vous êtes l’avenir ».

Comme la naissance et la mort, les générations se succèdent sans interruption : enfance, adolescence, maturité, vieillesse, tout s’enchaîne et, marchant avec le temps, chaque génération traverse ces phases successives : la naissance, le développement, la mort.

Donc, mes jeunes amis, « vous êtes l’avenir ».

C’est une vérité aussi banale qu’indiscutable.

On vous a dit aussi : « L’avenir est entre votre mains ; il sera ce que vous voudrez fermement qu’il soit, ce que vous saurez énergiquement le faire. Il dépend de vous qu’il soit d’esclavage ou d’indépendance, de misère ou de bien-être, de guerre ou de paix, d’amour ou de haine, de laideur ou de beauté ».

C’est encore exact.

Vous avez le précieux avantage de recueillir le patrimoine de savoir, de progrès et de richesse que, par leurs efforts archiséculaires, les générations qui vous ont précédés sont parvenues à constituer.

Votre premier devoir consiste à garder intact ce patrimoine, et vous ne devez pas permettre qu’entre vos mains il dépérisse ; vous devez, en outre, travailler à le fortifier pour le transmettre, accru, à ceux qui vous suivront.

Mais dans cet héritage, il n’y a pas qu’un actif de savoir, de progrès, de richesse. Il y a aussi un passif et un passif très lourd d’ignorance, de servitude, de haine et de misère.

Cet héritage, il faut le prendre tel qu’il est ; impossible de le refuser, ni de ne l’accepter que dans ce qu’il a d’avantageux.

Toutefois, vous qui êtes nés avec ce siècle, vous avez la bonne fortune de vous trouver, en pleine jeunesse, à l’époque où le vieux monde d’iniquité, d’esclavage et d’exploitation est sur le point de succomber sous le poids de ses erreurs, de ses turpitudes et de ses crimes.

Cette circonstance vous place dans des conditions exceptionnellement favorables à l’affranchissement que vous avez la magnifique mission de préparer et, peut-être, d’assurer ; mais, par contre, elle vous impose des obligations particulièrement impérieuses et urgentes.

xxxJeunes gens !

Vous voici parvenus au carrefour de la vie, à ce point stratégique où il vous faut choisir entre les diverses routes qui s’ouvrent devant vous.

Ne vous aventurez pas à la légère et, pour ainsi dire, au hasard dans telle voie ou dans telle autre. La décision que vous allez prendre va vraisemblablement engager votre existence, l’inspirer, la diriger. Cela demande réflexion. Examinez à fond la situation : la vôtre, celle de la classe à laquelle vous appartenez, de la génération dont vous faites partie, de l’humanité tout entière. Descendez gravement en vous-mêmes ; faites, plusieurs fois s’il le faut, le tour de vos idées et de vos sentiments ; mesurez vos forces ; enfin, choisissez.

Je ne m’adresse pas à la jeunesse étourdie, frivole et oisive. Celle-là, je la connais : sourde, elle n’entend rien ; aveugle, elle ne voit rien ; elle ne va ni à l’étude ni à la méditation ; elle ne prend goût qu’au sport, à la danse, au cinéma, à la chanson bébête des rues, aux spectacles médiocres et aux distractions malsaines.

Cette jeunesse est, hélas ! je ne le sais que trop, de beaucoup la plus nombreuse et si mon indulgente philosophie m’interdit de prononcer contre elle un réquisitoire sévère et une condamnation implacable, elle ne m’empêche pas de déplorer sa futilité et de m’attrister de son égarement.

Les jeunes gens — hommes et femmes — auxquels j’adresse cet appel sont ceux dont l’esprit est ouvert à l’examen des graves problèmes qui tourmentent notre époque de transition, ceux dont le cœur s’émeut de la détresse matérielle et morale dont souffre la classe laborieuse, ceux dont la haute conscience se révolte au spectacle de la formidable iniquité qui est à la base de l’organisation sociale actuelle et qui courbe sous ses implacables arrêts l’immense majorité.

Je la connais aussi, cette jeunesse ; depuis quarante ans, j’ai senti les généreuses palpitations de son cœur, j’ai saisi ses ardentes aspirations, j’ai été témoin de la noblesse de ses sentiments, et je sais de quel dévouement et de quelle activité elle est capable.

C’est à cette jeunesse que ces lignes sont destinées : jeunesse que n’ont point abêtie les religions, que n’a endoctrinée le patriotisme, que n’ont point aveuglée ni corrompue les luttes stériles de l’électoralisme et qui, les yeux fixés sur l’idéal de Bien-Être et de Liberté dont la réalisation transformera le monde, cherche la route qui y conduit par les voies les plus sûres et les plus directes.

C’est à chacun de ceux qui appartiennent à cette intéressante jeunesse que je dis :

xxx
Mon cher et jeune camarade,

Tu as compris toute l’horreur d’un milieu social où la majorité qui produit tout ne possède rien (on ne le dira jamais assez), tandis que la minorité qui ne produit rien possède tout ; où quelques-uns ne connaissent de la vie que les sourires, les succès et les joies (il faut le répéter sans cesse, en formules simples que tout le monde comprend) tandis que tous les autres traînent une existence de larmes, de déceptions et de tristesses.

L’odieux et le tragique de ces contrastes t’ont bouleversé. C’est bien ; et cela prouve que tu n’es dépourvu ni de sensibilité, ni de compréhension.

Et, maintenant, que vas-tu faire ? Vas-tu, cette constatation faite, en prendre paisiblement ton parti ? Vas-tu, jeune homme sans virilité, laisser les déshérités « se débrouiller, s’ils le peuvent » et, toi, tâcher de grossir le nombre des privilégiés ?

Vas-tu, par prudence ou couardise, étouffer en toi les indignations de ta conscience ?

Si tu faisais cela, mon jeune camarade, sache que tu serais plus coupable que les aveugles et les sourds qui traversent la vie sans rien voir, sans rien entendre ; oui, beaucoup plus coupable qu’eux, puisque, ayant constaté la cynique cruauté des bourreaux et entendu les cris de détresse des victimes, tu resterais indifférent et inactif.

Mais tu ne commettras pas cette insigne lâcheté ; je le sais, j’en suis certain.

Alors, je le répète, que vas-tu faire ?

Tu vas : tout d’abord, exprimer, à toutes occasions, ta manière de voir, faire tout autour de toi, parmi tes camarades de travail, une propagande intense en faveur des convictions qui t’animent ; tu vas parler, écrire, agir loyalement, courageusement, selon tes idées et tes sentiments. Mais tu comprendras vite que seul, si ardent et si capable que tu sois, tu ne peux pas grand chose et que, isolés, tes efforts risquent de rester sans résultat. Tu vas donc rechercher des camarades — des jeunes, comme toi, de préférence — partageant tes convictions et, formant avec ceux-ci des groupements de jeunesse, ou bien entrant dans les groupes déjà existants, tu apporteras à ces organisations le concours inestimable de ton enthousiaste adhésion.

Oui, tu vas batailler avec les anarchistes contre les institutions sociales dont tu as mesuré la malfaisance et dont tu hais l’iniquité.

Mais, avant, écoute bien ceci :

Les anarchistes ne te promettent rien qui soit de nature à flatter ta vanité, à satisfaire ton ambition, à assouvir ta cupidité. Si tu n’es ni vaniteux, ni ambitieux, ni cupide, ta place est parmi nous ; mais si tu es, si peu que ce soit, affligé de ces vilains défauts, abstiens-toi de pénétrer dans nos milieux : tu ne tarderais pas à t’y trouver déplacé, à t’y sentir mal à l’aise et tu n’y resterais pas longtemps.

De plus, mon jeune compagnon, tiens pour certain d’avance que la propagande libertaire exigera de toi les plus durs sacrifices : il faudra, probablement, que tu brises les liens affectueux qui t’unissent à ta famille ; il te faudra, peut-être, rompre avec de vieilles et précieuses amitiés ; tu devras renoncer à la fortune et même à l’aisance qu’on n’acquiert, dans le milieu social actuel, que par l’exploitation de ses semblables.

Mets-toi bien dans la tête que tu auras à affronter les sarcasmes des cuistres et les railleries blessantes des ignorants, à braver les perfidies des méchants, les calomnies des adversaires et les persécutions de l’Autorité.

Voilà ce qui t’attend.

Si tu te sens résolu à tenir tête vaillamment à tous ces assauts, en échange de l’unique satisfaction de t’affirmer bellement et librement, n’hésite plus, décide-toi, viens à nous.

Apporte à notre propagande difficile, périlleuse, parfois ingrate, toujours exigeante, le concours de ton élan, de ta fougue, de ta ferveur, de ton énergie, de ta foi.

Et si tu te donnes sans compter à la cause que tu auras, ainsi, délibérément embrassée, sache, mon jeune camarade, que, quelles que soient les épreuves que te réserve l’avenir, tu n’auras rien à regretter.

Ta part sera la meilleure. — Sébastien Faure.


JOIE n. f. (du latin gaudium). La joie, satisfaction épanouie de l’être, souligne l’heureuse possession des biens convoités par les hommes et l’étendue confiante de leurs espérances : trésors du sentiment, de l’intelligence, comme menue monnaie des richesses matérielles. Elle accompagne, au niveau de l’individualité, les jouissances passagères autant que la quiétude continue. Parfois toute interne et jalousement cloîtrée en nous, elle épanche souvent au dehors un ravissement difficile à contenir. La joie — incidemment silencieuse et secrète : joyau caressé de l’élite — s’extériorise volontiers en démonstrations expansives et fuse en gaîté parfois débordante. Les âmes simples se livrent avec elle : ils nous la donnent totale et singulièrement communicative. Les traits ouverts, le rire des yeux et des lèvres, en accusent, en avances à la fois provocantes et révélatrices, l’intensité.

Sauf les accidents d’ordre pathologique et certaines exceptions stoïques, la joie dit la santé physique et met en relief un rythme organique, marqué au sceau du tempérament. Elle traduit ces vibrations provisoires, intenses à force de précarité et délicieuses sous la menace de leur fin, que nous appelons bonheur. Elle dit la nature et la proportion des élans — injustes ou généreux, cruels ou pleins de courage, et que la soif guide ou la foi — de l’être profond et tracent, pour les esprits attentifs, le cercle où s’agitent ses ondes d’influence. La joie naît et se meut souvent dans l’inconscience de ses conditions et du bien-fondé de son existence, dans l’inattention de son éloquence, dans l’indifférence aussi de sa mesure…

De la joie intérieure — forme élevée de la passion —qui est une montée vers la sérénité, Spinoza a pu dire qu’ « elle est le passage de l’homme d’une moindre à une plus grande perfection ». Une telle joie est essentiellement bonne et d’une émulation salutaire… Sont désirables par cela même toutes les choses que procurent sainement de la joie, à nous-mêmes et aux autres. Elles augmentent notre puissance réactive et aussi notre rayonnement. Joie physique, joie morale, joie intellectuelle, toutes concourent à la plénitude et à l’harmonie, et si, de quelqu’une, l’un d’entre nous est frustré, s’appuie le domaine de l’ombre dont nos regards souffriront, et le règne de la peine humaine incruste sa recrudescence. Outre notre intérêt évident à la joie multipliée, est-il joie plus délicate et plus pénétrante que de créer de la joie ? Quand les hommes mettront leur rivalité à s’ingénier pour ébranler la joie chez leurs semblables deviendront incompréhensibles les artifices grâce auxquels se maintiennent ces « compatibilités » factices du présent où s’abreuve en douleur le grand nombre…

La joie est aussi l’atmosphère naturelle de l’enfance, que resserrent et rendent irrespirables tant de facteurs hostiles. Cet âge, malheureux, est un non-sens et un danger. Outre le châtiment nocif d’une injustice initiale, il cèle l’anormal en ses replis précoces et ses maturités prématurées. L’enfance joyeuse et libre ! De la joie d’une santé générale (et non des spasmes disproportionnés et intermittents), de l’indépendance des voies personnelles de formation (non d’une tyrannique licence sociale) l’éducation attend ses meilleures conditions. Mais au corps, à l’esprit des jeunes, la vigilance jalouse des familles et des maîtres, à qui l’obéissance promet, ajuste ses tuniques de discipline aux « bienfaits » de morale. Elle jugule, avec méthode, ces curiosités gourmandes qui risqueraient, accrues dans la détente, de faire, au temps d’homme, des unités menaçantes. En éteignant au ventre, au cerveau la joie des petits, la société tue au berceau l’appel des mâles exigences. Et elle s’assure, des grands dévirilisés, la docilité gémissante…

Parmi les vices d’un état social que nous dénonçons ici obstinément, multiples sont les joies dont les circonstances et l’aliment sont la privation, la souffrance ou la détresse d’autrui. Innombrables aussi les joies paralysées dès l’aube et qui cèdent la place à d’affreuses crises, à des crispations, à des sanglots. C’est le propre d’un milieu désordonné que la fréquence de ces joies de proie d’une part, autour de nous, et, par ailleurs, de tant d’amères consternations. Telles sont, du reste, l’altération des consciences et les déviations de la morale que ces joies surgissent et s’affirment dans la conviction de la légitimité, et hors des titillations du remords et des inquiétudes de l’usurpation, la peine d’autres humains en fût-elle la base ou la rançon. De même, dans la pensée, dans le cœur des victimes, anéanties en leur infériorité normalisée, rien ne bondit vers les joies logiquement méritées…

La joie — une des formes du bonheur et une de ses claires manifestations — seule la rendra accessible à tous un régime équitable. Car elle ne peut librement naître et se déployer que dans un cadre d’où seront bannis ses ennemis compressibles, dans un social détendu dont seront écartés, parmi les facteurs de trouble et d’angoisse, ceux au moins réductibles. La joie, pour être pleine, loyale et juste, doit être l’expression d’une intime harmonie dont l’équilibre des unités voisines garantit la richesse et le droit de cité. Et notre tâche, ainsi, vise à préparer, par delà les maux évitables, son règne à l’universelle joie de vivre. — Lanarque.


JOUET n. m. (de jocus, jeu). Petit objet qui sert à l’amusement des enfants. On en trouve la trace, dans l’antiquité, dès l’époque égyptienne. Les Romains avaient déjà des poupées articulées, des figurines en terre cuite. De bonne heure les Grecs déployèrent, autour du jouet, un esprit inventif et un art souvent délicat. La poupée — le jouet classique par excellence — était chez nous fabriquée et vendue par les merciers-bimbelotiers dont les plus fameux tenaient, au xviiie siècle, boutique dans les salles du Palais de Justice et aux foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent. En 1862, un industriel, Jumeau, modela un type de tête habilement colorié qu’adoptèrent rapidement les autres fabricants et d’où dérivent les poupées modernes : perfectionnées, animées et parlantes, aux tons émaillés, aux costumes habiles et aux parures de clinquant. De nos jours, l’industrie du jouet — dont Paris et Nuremberg sont parmi les berceaux et les centres les plus célèbres — s’est considérablement développée, en France et en Allemagne notamment. Avant 1914, les jouets de production germanique avaient, avec toute la bimbeloterie, grâce à leurs prix infimes, conquis le marché populaire.

Parmi les jouets universellement répandus, citons les hochets, les jouets en caoutchouc, en métal et en bois (bonshommes, animaux, véhicules, etc.), les articles en baudruche, les ménages, les montres, les instruments de musique, les boîtes de couleur et de mercerie, les personnages en carton, en étoffe, en porcelaine (poupées, bébés, clowns, poupards, polichinelles, etc.), les jouets militaires (soldats, armes, équipements, etc.), les jouets scientifiques, etc. Les jouets travaillés et constamment agrémentés d’attributs nouveaux perdent de plus en plus leur caractère général et en quelque sorte schématique, leur « âme » fruste et enfantine pour devenir, parallèlement aux progrès mécaniques, des miniatures savantes et des reproductions complexes, des œuvres achevées. Les poupées, avec leurs toilettes somptueuses et leurs gestes guindés — dames coquettes et prétentieuses ! — rappellent, avec une insistance insolente et pénible, de « grandes personnes » affranchies de l’ère riante du jeu…

On a vu — au mot jeu — l’importance du jouet en éducation et l’esquisse de sa nature et de son rôle… Nous y revenons pour quelques compléments. Il faut — répétons-le — à défaut de la cour ou du jardin, du coin de nature où l’on s’ébat, de la chambre de jeu quand la pluie survient (car les jeux de plein air demeurent les meilleurs), à défaut, hélas ! de tout ce qui manque à la famille ouvrière des cités, il faut, au moins, des jouets pour les petits. Don aisé, s’il sait être intelligent. Car les parents écarteront — ils y tombent, c’est leur travers de vanité et d’imitation — les jouets chers, qui font une brèche au budget du foyer et de l’ombre sur l’enfance. D’abord, sur son terrain de jeu, l’enfant est chez lui. Libres y seront ses mouvements, libre la disposition des bagatelles dont il peuple ses divertissements. N’allez pas intervenir si, par expérience ou par malheur, il les brise. Que nulle autorité tracassière —le regard lui-même aura l’observation discrète — ne vienne violer le refuge où la personnalité se dilate et s’essaie. Contre la dépense inquiétante vous avez l’assurance facile : n’apportez pas de jouets coûteux. Répandez les plus simples au contraire — et maints objets : pierres, morceaux de bois, menus ustensiles qui ne vous paraissent pas des jouets — mais délivrés de vos défenses et de vos menaces, de vos reprises. Rassurez-vous : vous n’aurez pas privé l’enfant, vous aurez élargi son bonheur…

« Les vrais jouets, les jouets éternels, ceux qui se retrouvent presque semblables dans les fouilles de Pompéi et dans les bazars contemporains, sont toujours des objets très simples, pareils à ceux qu’emploient les grandes personnes dans la vie pratique, mais ramenés à la taille et à la mesure de l’enfant. » (Léon Moy : Enfants et joujoux). Laissez ces jouets habiles, ces mécaniques ingénieuses. Ce jouet trop complet — au cycle défini, à l’horizon fermé — dont il ne peut changer à son gré la nature ou la disposition, bousculer l’identité par une figuration idéale, il enveloppe l’enfant d’un malaise. Il ferme d’ailleurs son champ d’action, ses randonnées imaginatives. L’enfant lui préfère ceux qui pourront (un bâton même : tour à tour meuble, clôture, instrument de musique, coursier à l’écurie ou chevauché, compagnon humain et partenaire de ses conversations improvisées) ceux qui pourront, au gré de ses jeux changeants, supporter sans contradiction évidente les adaptations les plus inattendues. Le jouet aux structures précises, compliquées, définitives, s’il répond un instant à sa curiosité, le distrait quelque temps par sa nouveauté, emplit bientôt de trop d’exactitude sa pensée bâtisseuse et vagabonde. Il est un démenti à ses échafaudages multipliés. Il encombre d’ailleurs de magnificence toute prête un champ qu’il faudrait libre pour le jeune créateur. Le jouet savant entrave l’essor puéril par ses réalisations anticipées, prend la place aux constructions toutes neuves, et si vastes, et si pleines de charme que l’enfant, à mi-chemin du réel et du rêve, édifie. Le jouet rudimentaire demeure la matière primitive qu’il modèle, étoffe et anime. Et l’enfant l’aime pour la souplesse anonyme avec laquelle il se prête à ses fantaisies divergentes.

« Jouer, dit Léon Moy, c’est, pour l’enfant, prendre dans la réalité quelques pauvres objets matériels mais que son imagination transforme. La valeur réelle d’un jouet est dans la somme d’invention, d’illusion, de rêve que l’enfant peut en tirer. Vous vous demandez, vous grandes personnes raisonnables, quel plaisir il trouve à se trémousser sur sa petite chaise, criant et secouant une ficelle passée dans les barreaux d’un tabouret qu’il a couché par terre devant lui ? — Quel plaisir ? Mais, en ce moment, il est sur le siège d’une grande voiture ; derrière lui, il y a les voyageurs ; devant lui il y a un vrai cheval ; des pays se déroulent, fuyant derrière le galop de l’équipage ; et sur une grande route imaginaire, il aperçoit des gens. La preuve, c’est qu’il leur crie : Gare ! »

« Sa puissance d’imagination est telle qu’il voit ses jouets, non pas tels qu’ils sont, mais tels qu’il les transforme pour l’histoire où il leur fait jouer un rôle. Un grand cheval s’attelle à une petite voiture ; une armoire trop grande s’harmonise avec une table trop petite dans une chambre de poupée. La proportion se rétablit dans la petite cervelle de ce poète primitif ; de même que nos arrière-grands-pères, plus candides, donc plus poètes que nous, trouvaient fort naturels les bas-reliefs de Saint-Firmin d’Amiens, où les remparts de la ville ont à peu près la même taille que les hommes… »

Ne croyez pas que les jouets devront être, à toute occasion, remplacés. Une discrète profusion suffit, une sorte d’abondance naturelle au sein duquel l’enfant fixera l’actualité, désignera les unités en exercice. Vous qui cherchez à éblouir vos proches, et l’enfant lui-même, par des cadeaux munificents, voyez ses favoris : « Les vieux jouets sont souvent ceux que l’enfant préfère. Ceux-là il ne les voit pas vieillir ; il ne les voit pas s’enlaidir… J’ai connu, oh ! qu’il y a longtemps ! une famille de bonshommes en papier, dessinés et peinturlurés à la main… Ils avaient fini par avoir des noms fixes, des caractères, des positions sociales. Il y avait entre eux des liens de parenté ; ils se visitaient, voyageaient, avaient des aventures. D’autres jouets neufs se succédaient dans la faveur passagère. Eux, ils étaient devenus lamentables, piteux, rapiécés, recollés. C’est à eux toujours qu’on revenait. – Pourquoi ? c’est que le jouet, souvent manié a une prise habituelle et plus facile sur l’imagination ; avec lui, le rêve que bâtit l’enfant est plus vite complet et précisé. » (L. Moy).

Parents — que le snobisme égare, ou l’opinion d’autrui, le penchant à vouloir imposer, — les jouets sont faits pour la joie de vos enfants, non pour votre admiration, ni l’envie de votre entourage… L’enfant, lui, admire comme les autres, de confiance vos cadeaux somptueux. Mais revoyez-le demain, en tête-à-tête avec sa mécanique au rythme monotone, à la vie limitée, que le ressort ébranle. « Une pensée lui vient, qu’il ne va pas dire : « Eh bien, et après ? » — Après ? mon petit, mais c’est tout ; et ce sera toujours la même chose. — Or, pour l’enfant, ce petit poète, le vrai jouet, c’est ce qui peut servir d’accessoire ou d’armature au roman qu’il bâtit. Il faut que le jouet soit bien dans sa main, docile, maniable, prêt aux transformations. Ce qu’il aime dans son jouet, c’est la vie qu’il lui donne. Il faut que le jouet lui soit inférieur, comme la glaise dans la main de l’artiste qui la façonne. Cette mécanique qui produit, elle-même, son mouvement mystérieux, dépasse, domine l’enfant, lui fait un peu peur… J’ai connu un joli petit coupé mécanique, avec un joli chevalet un joli cocher, et qui faisait, tout seul, le tour d’une grande chambre. Très vite, l’enfant le relégua dans un coin, soit ennui, soit défiance. Un jour, par bonheur ! le ressort fit : Couic ! et la mécanique mourut. Alors la voiture redevint un jouet vivant, un vrai jouet qui ne devait son mouvement qu’à son petit propriétaire, et qu’il pouvait promener lui-même, à sa guise, sur je ne sais quelle route imaginaire, à travers je ne sais quelles aventures. » (L. Moy). Le jouet grandiose et distant avait fait un pas vers l’enfant, il se dépouillait de ses vertus étrangères et hostiles, il redescendait à son niveau…

Ce jouet coûteux d’ailleurs, abandonné au caprice de l’enfant, ne va-t-il pas déformer son jugement et son cœur, détruire en lui le respect futur — si sain — des œuvres du travail ? « S’il allait prendre là, cet enfant, cette idée odieuse qu’il peut bien gâter les belles choses, parce qu’il est plus riche que les autres enfants, qu’il peut bien casser les joujoux qui coûtent cher, parce qu’il y a, dans le tiroir de papa, de quoi en acheter d’autres ? » Et si vous la tirez de l’armoire, cette machine délicate, par intermittence despotique, avec votre bon plaisir de maître. Et si vous la sortez, un jour de visite, avec solennité, comme une pièce à sensation ? « Si votre enfant allait sentir cet orgueil précoce de faire envie aux autres, d’étaler un beau joujou qu’il peut avoir, lui, et que les autres n’ont pas ?… » Les jouets chers — et plus encore lorsqu’ils sont facilement renouvelés — provoquent la lassitude, l’insatisfaction croissante, la satiété désabusée. Ils engendrent un besoin de luxe stérile, après avoir paralysé les sensations du jeu. Dans les circonstances néfastes que crée l’affection sans fermeté, la direction sans boussole — ou la pédante libéralité qui, ailleurs, la supplée — l’enfant, désorienté, ne voit plus la variété qu’à travers l’expression d’un désir dévoyé et le jeu que dans l’acquisition d’un jouet plus riche et différent. Il ne goûte en lui que le plaisir fugitif du changement et, dans cette plénitude qui le submerge, sa juvénilité s’achemine vers un tombeau précoce. Sur la voie d’une tyrannie qui s’éveille à la faveur d’exigences toujours plus impérieuses et imprudemment satisfaites, le caprice de la progéniture refoule le contrôle des ascendants, subjugue leur faiblesse abandonnée. Ainsi « gâté » (l’expression populaire est dure mais, comme instinctivement, adéquate), non seulement l’enfant prépare, pour les siens, le tourment qui châtie leur carence, mais il piétine, aidé par eux, les joies vivantes, si précieuses, de sa propre existence et en tarit, pour demain, les meilleures sources…

Laissez, derrière les vitrines, les babioles impressionnantes. Pour l’enfant, elles ne sont pas qu’importunes, ces merveilles extérieures — aérolithes modèles d’un monde encore étranger — tombées trop tôt sur sa planète en formation. Elles se substituent, écrasant l’âge et la somme des biens qu’il recèle, aux bâtisses imaginaires qu’il allait pétrir avec ses matériaux mouvants, et bientôt, pour d’autres, jeter bas. Les jouets trop beaux demeurent comme des intrus incongédiables, embarrassant tout un grand pan du chantier d’idéal. Ils paralysent la liberté de l’enfant, cette liberté avide d’espace délivré, et leur technique — cette science empressée qui ravit les parents — met un certain de plus sur un chemin à tout propos enchaîné par nos jalons mûris. Ils rendent superflus cet effort, tour à tour constructif et démolisseur, qui ébranle et prodigue — inconsciente et forte — la jouissance vivifiante du plaisir normal. Et deviennent sans emploi ces recherches enrichisseuses qui sont un délice, et rapetissées encore ces conquêtes personnelles qui, à la faveur du jeu, forgent l’homme. Les jouets sérieux et pleins s’unissent à tout ce qui empêche l’enfant de s’ouvrir à ses joies propres, dans une atmosphère à lui, parmi les éléments appropriés qu’il manie. Ils font aussi l’enfant grand, ce monstre !…

Effleurant, en un de ses aspects secondaires, le problème du choix, dirai-je, mères égoïstes et de sensibilité unilatérale, ce qu’a d’odieux votre empressement quand il pousse — ou simplement tolère — entre les mains de vos enfants, « pour servir d’amusette », ces jouets souffre-douleur que sont des êtres vivants : insectes, grenouilles, oiseau, jeune chat ou chien, quelque pauvre animal prisonnier ? Avez-vous jamais mesuré, outre la torture infligée injustement — n’est-elle pas toujours injuste, la souffrance ? — quels penchants de cruauté, d’arbitraire, d’abus de la force vous favorisiez dans votre descendance et combien vous la rabaissiez, et vous-mêmes, par cette indifférence aux angoisses et aux tourments d’autrui ? Penserez-vous à quelque retour sévère des situations « d’ici-bas » lorsque, vieillards infirmes peut-être, s’exercera sur vous (jouant avec votre impuissance, de longue date éprouvée) la froideur détachée, la méchanceté parfois de ceux dont vous avez, par de serviles esquisses, contribué à refouler si tôt la pitié, à dessécher la sève du cœur ? Reverrez-vous les yeux d’effroi d’innocentes victimes, réentendrez-vous, comme un remords, vos rires complices sonnant le glas des bêtes lapidées ?

Évoquerai-je enfin l’inconscience et l’aveuglement qui ramènent devant l’enfant les jouets de la brutalité, du rapt et du meurtre, qui donnent l’aliment aux instincts de violence, les jouets, entre autres, qui actionnent, en raccourci, le « jeu » terrible de la guerre ? De quelle aberration témoignent les victimes encore saignantes des conflits d’hier (et dont la progéniture aimée est la proie désignée des hécatombes pendantes) et qui, la gaîté dans le regard et les propos, et comme poussés par quelque fatalisme morbide, font se tendre ces bras, les petits bras de leurs enfants, tout chauds encore des caresses maternelles, vers les jouets multipliés du combat, armes classiques et nouveautés prometteuses. Du sabre et du fusil — gloires antiques montées aux panoplies — aux auto-mitrailleuses et aux aéros blindés : « as » des tueries modernes, encortégeant la cible traditionnelle : le « bon » peuple-hachis des boîtes de soldats, quel concours la générosité de la famille apporte aux éducations perfidement barbares, quel appoint aux régimes pourvoyeurs de charniers ! Le jouet — ce symbole — que n’est-il, ô mères, promesse de sain plaisir, image de douceur, exercice à point juvénile, instrument de pacifique fécondité, levier d’amour ?…



On dit, au figuré, être le jouet des vents, du flot, des éléments, du sort, de la fortune, des événements. L’homme faible, l’être sans volonté est le jouet de ses passions, des sollicitations souvent sans suite qui se disputent son moi ; socialement aussi, le jouet de ses maîtres, des habiles et des durs. S’il est riche, il va, tiraillé entre les vices, dans un désœuvrement ou des excès qui l’épuisent. S’il doit, par le labeur disproportionné du pauvre, conquérir chaque jour l’existence, il est le jouet douloureux des privilégiés… « Si jamais vous substituez dans son esprit l’autorité à la raison, disait Rousseau de son Émile, il ne raisonnera plus ; il ne sera plus que le jouet de l’opinion des autres. » De cette mise en garde de l’éducateur solitaire, les peuples nous montrent tous les jours la pressante opportunité. Ainsi que des calebasses légères flottent d’innombrables têtes sur l’océan des valeurs humaines ; le souffle des tyrans les fait s’entrechoquer comme des jouets d’enfants… — Stephen Mac Say.


JOUG n. m. C’est la pièce de bois qu’on place sur la tête des bœufs pour les attacher. Au figuré joug a le même sens que domination. Avant 1789, le roi faisait peser sur les seigneurs devenus ses vassaux le joug de sa puissance et les seigneurs faisaient peser sur les manants le joug de leur domination. De nos jours, les titres de rente ayant remplacé les titres de noblesse, l’aristocratie de l’argent impose son joug à la roture ouvrière. Lasse de subir l’autorité des nobles, la bourgeoisie a secoué le joug. Sans être prophète, on peut prédire que le prolétariat finira par secouer à son tour, le joug sous lequel les détenteurs de la richesse tiennent les masses travailleuses.


JOURNALISME n. m. Très peu de gens sachant lire autrefois, c’est par la parole surtout qu’on endoctrinait les simples ; d’où l’importance attachée par le prêtre et ses pareils à l’art de persuader oralement. Aujourd’hui, près du grand nombre, le discours a cédé la place au journal, vrai maître de l’opinion. L’éditeur de la première gazette française, Théophraste Renaudot, le protégé de Richelieu, ne soupçonnait point assurément l’importance future de son innovation. Sans remplacer l’éloquence, les journaux eurent un rôle déjà considérable pendant la Révolution ; et les plus violents ne furent pas toujours les plus avancés, comme on le croit communément. Si Marat publiait l’Ami du Peuple, Hébert le Père Duchêne, la droite déversait sa rage dans les Actes des Apôtres et le Petit Gauthier, qui voulait régénérer la nation dans un bain de sang. Malgré le silence forcé de l’Empire et les tracasseries de la Restauration, l’influence des feuilles périodiques ne cessa de croître au cours du xixe siècle ; le succès obtenu par la Lanterne, sous Napoléon III, est resté légendaire. Un Ranc, un Maret et d’autres esprits loyaux honorèrent le journalisme à une époque plus voisine de la nôtre. Une Séverine y brille comme un anachronisme. Car depuis la guerre, hélas ! les journalistes sincères et dignes, militants probes et écrivains passionnés pour les causes justes sont devenus rarissimes, et la presse d’avant-garde est seule d’ordinaire à s’élever contre l’injustice ou la tyrannie. Financiers, prêtres, politiciens malpropres se sont en effet rendus compte de l’action profonde exercée par les journaux ; comme les millions ne leur manquaient pas, ils ont acheté méthodiquement ceux qui étaient à vendre et de préférence les organes avancés. A l’heure actuelle l’accaparement de la presse — voir ce mot — par les puissances de réaction, son asservissement presque total sont, en France, chose accomplie. Cinéma et radiophonie, jugés eux aussi de précieux auxiliaires pour la diffusion des idées, sont en passe d’être escamotés de même façon. Distributeurs d’opinions toutes faites, à l’usage du peuple ou de la bourgeoisie, les journaux s’avèrent l’une des plaies du monde contemporain. D’un instrument qui permettait de libérer les cerveaux en diffusant la lumière, nos dirigeants ont fait un immense éteignoir, d’où fuse quotidiennement l’âcre fumée du mensonge et de la calomnie. Au peuple l’on destine la grande presse d’information, empoisonneuse habile qui s’affirme impartiale pour corrompre plus facilement. Traîtresse et perfide, elle dissimule son venin sous les formes innocentes du fait-divers, de la dépêche impersonnelle, de l’interview, de la relation objective. Le miel de la surface dérobe, au lecteur ordinaire, la nocivité du produit qu’il avale chaque matin. Discrète ou silencieuse lorsqu’elle craint de peiner ces messieurs de la banque, du gouvernement et de l’évêché, elle invente à plaisir dès qu’il s’agit de vilipender les causes généreuses et les esprits libres. En deux lignes dissimulées à la fin, elle démentira les calomnies qui occupaient trois colonnes de sa première page, moins de quinze jours avant. Pour détourner l’attention des affaires sérieuses, elle montera en épingle les déboires d’un amoureux et les meurtres des Landrus grands ou petits ; tout barbouilleur devient pour elle un homme de talent, un digne citoyen, s’il s’applique à détruire la race honnie des mécréants. Les journaux dits « d’opinion », thuriféraires patentés d’un homme ou d’un parti, s’adressent de préférence à la bourgeoisie et aux professionnels de la politique ; ils indiquent les idées qu’il faut croire, les sentiments qu’il convient d’adopter, fournisseurs de pensées confectionnées d’avance comme d’autres le sont de robes ou de vestons. Et beaucoup de citoyens même très diplômés, les suivent simples girouettes que l’on tourne et retourne à volonté. Sur un ton doctoral autant que narcotique, des sorbonards, des académiciens, des parlementaires gâteux conseillent de s’en tenir à la rigide orthodoxie et aux préjugés saugrenus de nos pères. Mais qu’il s’agisse du Temps ou du Matin, que l’auteur soit illustre ou obscur, dans la presse « d’information » comme dans celle « d’idée », c’est la direction qui d’avance impose la conclusion des articles insérés. A la boîte aux ordures le papier qui s’écarte du credo professé dans la maison, même et surtout s’il émane d’un esprit puissant ou engendre la conviction. De simples porte-plumes, des machines à pondre une prose au goût du patron, voilà ce qu’on a fait des journalistes, autrefois fiers de leur profession comme d’un sacerdoce. Combien pourtant doivent souffrir en soumettant leur copie au chef tout-puissant, mais borné d’ordinaire et ignare, instruit seulement des visées mercantiles ou politiques des bailleurs de fonds. Art, poésie, vérité, justice sont bagatelles insignifiantes pour ce majordome, il connaît seulement la consigne donnée par les maîtres qui le placèrent là ; et inexorablement il biffe toute pensée indépendante, menaçant de renvoi le scribe assez imprudent pour tenir compte de ses convictions personnelles. En fait de beauté littéraire, il n’apprécie que les formules insipides d’un style sans originalité : insignifiance des idées, banalité de l’expression, voilà ce qu’il exige de ses domestiques. Jette à ces malheureux — les pires peut-être des esclaves parce qu’ils livrent, enchaînés, leur cerveau — la pierre qui voudra ; pour moi, frôlé à maintes reprises par l’aile sombre et glacée de la faim, sachant ce qu’il en coûte de choisir l’aléa d’un lendemain sans espérance, je ne m’en sens point le courage. Puis j’en ai connu et pauvres et jeunes et pleins de talent qui, plutôt que de souiller leur plume, l’ont brisée. Comme j’aurais voulu avoir la toute-puissance que les croyants prêtent à leur dieu, pour témoigner à ces héros mon affection sans bornes. Qui dira par contre le degré d’abjection de ces larbins, décorés, satisfaits, chiens de garde des profiteurs, dont les appointements princiers ont la couleur sanguinolente des deniers de Judas. Et le prêtre leur promet en surplus entrée gratuite au paradis ! Chaque matin, en passant à la caisse, ils prennent le mot d’ordre émané des officines ministérielles ou financières ; disposés d’avance à pourfendre ceux qu’ils cajolaient hier, à renier leurs anciens serments, à trahir toutes leurs convictions, si l’exigent les commanditaires. Une idée leur semble bonne dès qu’on la paye largement, eût-elle pour conséquence la misère ou la mort de milliers d’êtres humains ; et, dût-il conduire un innocent à l’échafaud, le silence leur paraît légitime quand on l’achète au prix fort. D’où ces incroyables conversions qui, dans une brusque volte-face ou par de savants détours, permettent à un journal de s’endormir dans l’opposition et de se réveiller gouvernemental. Pour que se taisent les grands quotidiens radicaux, il a suffi, tout près de nous, à l’homme de la Meuse de faire un ministre d’Hennessy, leur riche et imbécile propriétaire. Car la direction sait que tout marche pour le mieux dans le meilleur des mondes quand messieurs les commanditaires sont satisfaits. Elle sait encore que si l’argent afflue dans les caisses du journal, obtenu sous couleur de publicité commerciale, dégorgé des fonds secrets ou fourni par la hideuse camarilla des banquiers, des moines et des militaires, il importe fort peu que meurent de misère des chômeurs affamés, que les prisons soient remplies d’innocentes victimes, que des milliers d’adolescents tombent sous les balles des Druses ou des Marocains. Un silence méthodique arrête toutes les plaintes, étouffe tous les cris ; les plus misérables sont, au dire de la presse, satisfaits de leur sort ; ceux qui gouvernent ont la sagesse infinie des dieux descendus ici-bas. Et contre l’infâme qui trouble un si bel ordre en dénonçant les crimes cachés, on requiert la rigueur des foudres gouvernementales. De l’or, toujours plus d’or pour leurs maîtres, voilà ce que réclament les serviteurs du capitalisme. Avant-guerre la Maison Krupp payait, par le moyen d’intermédiaires, les articles ultra-chauvins du Fiqaro ; ces articles annonciateurs d’une guerre prochaine lui valaient, en effet, des commandes nouvelles de la part du Reich. Nos industriels super-patriotes usèrent de procédés identiques ; des canons, des munitions, clamaient leurs hommes de paille, et, pour que se prolongeât la tuerie, ces mobilisés de l’arrière hurlèrent incessamment, de 1914 à 1918, que le soldat n’avait qu’à tenir jusqu’au bout. Aujourd’hui le jeu continue, transposé dans un plan nouveau. Que des requins désirent mines ou concessions agricoles, soit en Afrique, soit en Asie, et les journaux de proclamer nécessaire une nouvelle extension de notre activité colonisatrice ; que les fabricants d’acier écoulent difficilement leurs produits et les mêmes vous démontrent qu’il est urgent de doter les déserts africains de voies ferrées ou nos frontières du nord d’un réseau de fortifications ; qu’un État lance un emprunt, ils affirmeront l’affaire excellente et sans aucun risque : ceux qui prêtèrent au tzar, séduits par leurs fallacieuses assurances, en savent quelque chose. Ajoutons que, même s’il s’agit d’une pure duperie, la presse récolte des fruits d’or, car, moins confiante que ses lecteurs, elle exige au préalable d’être arrosée. Ses enthousiasmes comme ses indignations sont livrés sur commande ; ils demeurent proportionnels aux sommes consenties et toujours payables d’avance. Au dire des ambassadeurs russes, nos journaux patriotes avaient un goût prononcé, avant-guerre, pour ces combinaisons-là ; certains, paraît-il, étaient insatiables. Présentement, c’est aux guichets anglo-saxons qu’ils passent de préférence ; et, naturellement, ils estiment traître au pays quiconque ne partage point leur admiration pour la générosité américaine ou britannique. Tout politicien influent, tout roi de l’or veut avoir lui aussi un organe à sa dévotion ; un Coty, parfumeur multimillionnaire, en possède une demi-douzaine. Comité des Forges, Chemins de Fer, Compagnies Maritimes, Associations Commerciales et Trusts Industriels divers, ont leurs défenseurs attitrés dans la presse. C’est à qui pourra s’emparer des grands quotidiens de Paris et de province, non pour éclairer l’opinion mais pour l’égarer. A l’heure propice, quand on voudra forcer la main aux ministres ou peupler le parlement de larbins de la Banque et de l’Église, la convergence, vers un même point, de ces multiples bouches à feu : artillerie lourde genre Figaro, Temps et Débats, canons à longue portée du Matin, du Petit Journal, du Petit Parisien, du Journal, batteries légères des départements, permettra d’obtenir le résultat visé. Le peuple s’étonne, le peuple s’indigne, le peuple condamne, s’écrient les plats valets de la bourgeoisie ; avec audace ils se disent les fidèles interprètes de l’opinion commune et de la volonté des travailleurs. Naturellement les chefs d’Etat feignent de les croire ; ils en profitent pour ajouter une chaîne nouvelle à celles dont la plèbe est déjà chargée ou pour confier le pouvoir aux dictateurs Clemenceau, Poincaré et consorts. Afin d’opérer à coup sûr, les brasseurs de millions deviennent souvent propriétaires secrets des organes d’allure indépendante, même teintés d’esprit révolutionnaire. Ainsi l’on capte la clientèle de gauche et l’on colore d’apparences jacobines les pires entreprises de la réaction ; depuis la guerre surtout, ces procédés chers à l’Église s’avèrent d’usage courant. En matière de publications littéraires, la bourgeoisie dévote détient presque le monopole. Grâce à l’argent des Lebaudy, Brunetière s’empara de la Revue des Deux-Mondes ; un certain comte de Fels est devenu propriétaire de la Revue de Paris. Quant aux journaux qui prétendent nous renseigner sur l’ensemble du mouvement littéraire contemporain, chacun sait qu’on y cite les auteurs sur présentation de billets de banque ou de billets de confession, Interminablement l’on y parle du fourbe Maritain, de Josse le jésuite, de Claudel et des autres pieds-plats dont s’honorent les sacristies. Un silence glacial accueille tout écrit dont la pensée inquiète messieurs les bien-pensants ; une petite exception parfois si l’auteur ou celui qui l’édite a un portefeuille suffisamment garni. Au point de vue de l’art n’est-ce pas le suprême argument ! Et les protestations de lecteurs indignés pleuvent à la direction, dès qu’un journal s’avise de trouver de l’esprit à quelque affreux mécréant !… La règle suprême en matière de presse, c’est de plaire au client, non de l’instruire ; et pour plaire aujourd’hui il faut devenir serviteur du dieu Argent !

Organes socialistes et communistes ne méritent pas tous ces reproches ; si rares sont les défenseurs des humbles et les journalistes propres qu’il convient même de passer avec quelque indulgence sur de regrettables défauts. Sauf dans quelques périodiques courageux et réfractaires aux mots d’ordre, partants exceptionnels, une chose y déplaira toujours aux libres esprits : l’impeccable orthodoxie exigée des collaborateurs et l’absence de contradiction ; combien choquantes aussi les louanges sans fin décernées aux manitous du parti, équilibristes professionnels de la corde électorale ou traîtres secrets souvent ; puis, préoccupés seulement des problèmes économiques, ils négligent de travailler à la libération des esprits. Et nous ne disons rien de leurs tendances autoritaires et centralisatrices ! Reste la presse anti-autoritaire, libre-penseuse, qui répugne à toutes les formes d’oppression. Dernier rempart contre la tyrannie envahissante, elle est plus que jamais la porteuse de flambeau, le guide et le soutien des cerveaux non asservis. Mais sa flamme est bien faible, hélas ! et sa lumière perce avec peine les épaisses ténèbres environnantes. Non que le talent manque aux écrivains d’avant-garde ou que les feuilles de mentalité libertaire soient dépourvues d’intérêt ; mais leurs ressources sont insignifiantes et, pour que le grand nombre les ignore, périodiques de gauche comme de droite s’obstinent à ne les point citer. Un étouffement discret, voilà le traitement qu’on leur réserve depuis maintes années. En butte à l’universelle malveillance des exploiteurs humains coalisés, le journaliste d’avant-garde voit se fermer devant lui toutes les portes ; un Gohier, un Hervé, un Buré et tant d’autres, las de leur maigre pitance, ont gagné les gras pâturages de la réaction. Et celui qui reste fidèle, celui que l’or et les honneurs ne tentent pas, souffre parfois de ne point rencontrer chez ses frères une affection consolatrice de bien des maux. Songeons qu’il est par excellence le semeur de bon grain ; pardonnons-lui des travers inévitables, aidons-le dans sa tâche ingrate ! Car la presse, aujourd’hui maîtresse d’erreur, redeviendra ce qu’elle fut en des temps héroïques : un instrument de libération, si nous savons harmoniser nos efforts. Comprenons que la multiplicité des tendances est une force non une faiblesse ; ainsi la nature est rendue plus belle par la diversité de ses fleurs. Restons fraternels entre nous, et réservons aux tortionnaires du genre humain la totalité de nos coups. — L. Barbedette.


JUDAÏSME n. m. (du latin judaïsmus, rad. Juda). Les dictionnaires définissent le mot judaïsme par les mots : religion des juifs, ou bien par recueil des préceptes et cérémonials des hébreux ou israélites. Ce nom viendrait de Judas ou Juda fils de Léa. (Genèse 29, v. 35). Des milliers de volumes ont été écrits en allemand, en français, en hollandais, en anglais sur cette religion.

Il est impossible de les résumer en quelques pages pour notre encyclopédie ; nous nous contenterons donc de citer quelques faits, et nous en tirerons les conclusions qui nous paraîtront justifiées.

Si quelque chrétien, accoutumé aux pompes de l’Église austère du culte protestant, entre pour la première fois dans une synagogue ou temple juif au moment du service, il est pris d’une forte envie de rire. Lorsqu’on le force à rester coiffé et qu’il voit tous les assistants, hauts de forme sur la tête, une écharpe sur les épaules, chanter, ou plutôt ânonner dans une langue inconnue, c’est avec peine qu’en homme poli il réprime cette envie saugrenue.

Mais le protestant ressent la même envie quand il assiste pour la première fois à une messe, lorsqu’il voit des prêtres vêtus de chasubles brodées, faire mille contorsions devant l’autel, s’agenouiller, faire des génuflexions ; puis des enfants de chœur vêtus de rouge et de blanc balancer des encensoirs d’où s’échappent des fumées malodorantes et encensant l’autel, les images, etc., etc. A la porte, des bénitiers où des enfants non catholiques viennent, dans leur ignorance, se laver les mains. Dans les processions, par les rues, les prêtres sous des dais et portant un dieu dans une boite, des reposoirs ou autels improvisés, comme on en voit encore dans les pays catholiques hors de France ; les rogations, dans lesquelles on entend des cris adressés à Dieu, comme si ce Dieu était sourd : « Donne-nous de l’eau ! », comme je l’ai entendu bien des fois en Valais. Les costumes des évêques, des archevêques, des cardinaux avec leurs étranges mitres ou chapeaux cardinalices, etc.

Tout cela n’est-il pas plus risible que le culte de la synagogue ? Et les églises orthodoxes russes, avec leurs évêques à mitres d’argent couvertes de pierreries, les baisers de mains que les prêtres font aux évêques qu’ils habillent comme des mannequins ; je dois avouer que libre penseur, anarchiste comme j’étais, j’ai eu souvent des besoins de rire de ces comédies qui, pourtant, continuent à attirer les foules.

Cette introduction servira à prouver que si je décris la religion judaïque avec quelque soin, elle ne m’est pas moins odieuse, car c’est au judaïsme que nous devons en héritage funeste le christianisme, religion atroce qui a fait couler des torrents de sang pendant des siècles, et qui en répandrait encore si la science, l’éducation n’y mettaient bon ordre. Persécutions, guerres incessantes, effrayantes tortures de l’Inquisition, obstacle au progrès de la civilisation toutes les fois que le christianisme a eu le pouvoir, — voilà le bilan du christianisme.

Le judaïsme et le christianisme doivent être honnis par tous les hommes de cœur. Néanmoins il est bon de connaître l’histoire de ces religions et d’en étudier les dogmes et les cérémonies.

Le remarquable historien des religions, le Professeur Vernes, dans son Histoire des Juifs, très libérale, cherche à démontrer que cette religions n’est pas, comme beaucoup le croient, originaire de la Mésopotamie, mélange des doctrines des Sumériens, les antiques habitants de ce pays, et du paganisme oriental que les juifs se seraient appropriés lors de l’exil.

Pour le professeur Vernes, la religion juive serait autochtone ; il dit qu’elle s’est formée graduellement en Palestine, grâce à la littérature nationale. Il affirme que le Pentateuque, — livre de la loi, — la Thora, comme l’appellent les juifs, est un recueil de poèmes sans aucune base historique, mais qui a servi de fondement à l’idée nationale des Hébreux. « Jamais la Palestine n’a été, dit-il, conquise par les juifs venus de l’Égypte, où la science moderne a démontré qu’ils n’avaient jamais habité en nombre, mais que la branche arabe des langues à laquelle appartiennent l’hébreu proprement dit et l’aramien, et les tribus qui les parlaient, toujours en guerre, se massacraient mutuellement jusqu’à l’époque des Macchabées telle qu’elle nous est racontée par les livres apocryphes. »

Le Pentateuque ne serait donc qu’un recueil de récits fantastiques, des chansons de geste ou des contes de fées, qui n’auraient pas plus de fondement que « Huon de Bordeaux », « Les quatre fils d’Aymon », etc.

Les cinq livres dits de Moïse (pure image mystique) et celui de Josué seraient devenus le trésor historique des juifs, quoique ces œuvres n’aient été écrites que plus de mille ans après les événements qu’elles racontent. Les atroces récits des massacres commis par les juifs sur les tribus qui leur avaient accordé l’hospitalité, puis la conquête plus épouvantable encore d’un petit pays par des milliers de juifs qui n’épargnaient que les filles vierges et anéantissaient des peuples entiers sur l’ordre du Dieu d’Israël, sont heureusement mensongers, mais ils ont servi d’excuses aux plus noires actions des Constantin, des Vladimir, des Torquemada, des Pizarre, des Cortez, actions près desquelles les crimes attribués à Néron ne sont que des bagatelles. Les cruautés de ce genre, l’extermination des Peaux-Rouges, des Australiens ont continué jusqu’à nos jours, et notre esprit de conquête, notre militarisme, sont tout prêts à continuer d’appliquer les préceptes du mosaïsme ou judaïsme. On entend encore parmi nous raconter les hauts faits d’un Moïse, d’un Josué, etc. ; on enseigne dans nos écoles la belle morale d’un David — l’ancêtre du mystique Jésus — qui permet à un frère de violer sa sœur et qui lui-même fait tuer un mari pour lui voler sa femme. Quelles belles leçons à tirer de l’histoire d’un Samson, d’un Goliath, d’une Judith, etc. Mais passons. L’histoire des juifs et de leur religion en Palestine vous donne le cauchemar.

Les juifs n’étaient pas monothéistes dès l’origine, comme on le dit souvent. Comme tous les peuples de l’Orient ils ont commencé par adorer le soleil et les autres astres, mais chaque tribu avait son dieu particulier, chaque profession aussi, comme chez les catholiques tout village, tout métier a son petit dieu, son saint patron.

Chaque tribu juive avait un saint patron qu’on adorait sur les hauteurs et qu’on appelait El, Baal, Moloch, Adôn, Chaddaï ; plus tard est venu Yarch ou Yahou (Jéhowah), dieu particulier de la tribu de Juda, la plus puissante des tribus juives, qui a imposé son dieu particulier aux autres tribus. Ce Yaveh n’était pourtant qu’un dieu étranger, car on ne savait pas la prononciation exacte de ce nom auguste, et pour cacher cette ignorance les prêtres faisaient croire que quiconque le prononçait mourait aussitôt ; c’est pourquoi les juifs en lisant le titragamme (les quatre lettres hébraïques de ce nom) remplaçaient Yaveh pat Elohim (les dieux) ou Adonaï.

Les juifs ont continué à honorer plusieurs dieux ; même au commencement de notre ère il y avait des sanctuaires des dieux à Jérusalem malgré le Décalogue. « Je suis l’Éternel ton Dieu, qui t’ai retiré du pays d’Égypte, tu n’auras pas d’autre dieu devant ma face » — c’est-à-dire dans le temple. — Josué (Ch. 24, v. 2) dit que les juifs au delà de l’Euphrate adoraient d’autres dieux ; même en Palestine on voyait des images représentant un taureau, probablement personnification du Phallus. Les téraphins étaient des dieux domestiques à forme humaine (Genèse 31, v. 19-30), etc.

Quand la caste sacerdotale qui s’était formée dans le cours des temps se fut fortifiée, elle imposa par la violence un dieu Yaveh à tout le peuple. Ce fut la rhéacratie en plein, avec toutes ses cérémonies et son code, civil et pénal.

Les juifs croyants parlent toujours de la loi et des prophètes. Nous ne nous arrêterons pas aux œuvres de ces hurluberlus hallucinés que tout un peuple a regardés comme les messagers de Dieu. Ils n’ont guère été inspirés que par la folie naturaliste et religieuse, comme les anachorètes du désert catholique, les théologiens moyenâgeux ou les prophèlures protestantes des Cévennes.

L’important c’est la loi.

On trouve déjà dans l’Exode toutes cartes de commandements sur l’alliance avec Dieu, sur la construction de tabernacles, sur les offrandes, sur l’arche, sur le chandelier à 7 branches, sur l’autel des holocaustes, sur la cuve d’airain, sur les vêtements sacerdotaux, etc., mais les principaux chapitres de la loi commencent dans le Lévitique.

La plus importante des ordonnances sont les holocaustes. Ce devait être un spectacle bien écœurant que de voir les fidèles amener, pour le faire égorger, leur plus beau bétail, devant l’autel que le prêtre arrosait de sang et couvrait de graisse, de chair et d’intestins ; les agneaux, les boucs, les chèvres sans défaut, les tourterelles, tout était agréable à ce Dieu glouton, qui aimait voir le sang dégouliner. On pouvait aussi offrir de la fleur de farine, de l’huile, de l’encens…

Si quelqu’un avait péché involontairement contre un commandement divin, il devait sacrifier un jeune taureau, une chèvre, un bélier, etc. Pour un faux serment on devait sacrifier un bélier, et le péché était pardonné.

Quiconque, excepté les prêtres, aurait mangé de la chair d’un animal sacrifié, devait être retranché du peuple, c’est-à-dire périr.

Dieu se faisait costumier, il commandait les vêtements d’Aaron et de ses fils, les prêtres, il leur mettait sur la tête une tiare d’or et aspergeait d’huile et de sang ces mêmes prêtres. Ainsi « parés », ils devaient être attrayants, ces serviteurs de Dieu !

Le feu de l’Éternel brûla deux fils d’Aaron qui avaient apporté sur l’autel un brasier étranger. Dieu défendit au peuple de pleurer la mort de ces jeunes gens. Dieu défend, sous peine de mort, de boire vin ou boisson avant d’entrer dans la tente d’assignation.

Ordonnances sur la nourriture. — Dieu permet de manger tout animal qui a le pied fourchu et qui rumine, mais pas le lapin (qui rumine et n’a pas le pied fourchu), pas le chameau. Défense de manger des animaux aquatiques qui n’ont pas de nageoires et d’écailles. Hérissons, grenouilles, escargots, sont impurs et interdits. Toucher même à ces animaux souillait et quiconque les maniait restait souillé jusqu’au soir ; il fallait faire des ablutions pour se purifier. Même les outils devaient être purifiés.

Le judaïsme a toujours regardé la femme comme un être inférieur. Le Décalogue la met au même rang que le bétail. « Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain, ni sa femme, ni son âne, etc. » Il a le mépris de la plus noble fonction de l’être humain : la maternité. Le Lévitique dit : « La femme qui engendrera un mâle sera impure pendant 7 jours, puis après la circoncision de l’enfant elle restera 33 jours impure, ne touchera aucune chose sainte et n’ira pas à la synagogue. Si elle enfante une fille elle restera impure pendant 15 jours et elle restera 66 jours à se purifier. » (Lévitique XII). Aussi même une fille est considérée avec mépris à sa naissance. Et il y a des femmes pour aimer une religion pareille, comme il y a des fanatiques du catholicisme, lequel regarde aussi une jeune mère comme impure.

Le juif qui abat un animal domestique loin du temple est expulsé de l’assemblée des fidèles (Lévitique XIII). Défense de manger du sang ; un oiseau tué à la chasse sera vidé de sang et couvert de poussière ! ! Le chapitre XIV du Lévitique contient des principes de morale assez bons, mais il approuve l’esclavage et défend de porter des vêtements tissus de deux espèces de fil. Au xxe chapitre la peine de mort est commandée contre celui qui livre son enfant à Moloch, c’est-à-dire qui le fait élever dans la religion des peuples voisins ; peine de mort pour l’adultère, pour la bougrerie, pour l’union consanguine…

La terre pourra être cultivée pendant 6 ans, la septième année elle restera en jachère, les arbres ne seront pas taillés, le raisin ne sera pas cueilli.

Les juifs posséderont des esclaves pris dans les nations étrangères et qui seront esclaves à perpétuité, pourtant un esclave pourra se racheter à prix d’or. Un père pourra vendre sa fille.

Les fils de Kehath seront tous lévites, ils porteront l’arche mais ne toucheront pas les choses saintes, sinon ils mourront.

Le chapitre VI des Nombres édite de curieuses ordonnances sur le Nazareat, sorte de considération à Dieu. Le nazaréen ne doit boire ni vin, ni vinaigre, ne doit manger ni raisin frais, ni raisin sec.

Il ne se rasera pas la tête jusqu’à l’expiration de son nazaréat. C’est probablement de cette espèce d’ordre monastique temporaire qu’est venu le nom de nazaréen attribué à Jésus dans les Évangiles, et ce serait de ce nom qu’on aurait fait Nazareth, où l’Evangile fait élever Jésus, quoique jusqu’au viie siècle on n’ait jamais été d’accord sur l’emplacement de cette localité.

Un homme travaillant le jour du Sabbat, même pour ramasser du bois, sera mis à mort.

J’en ai dit assez pour faire comprendre la cruauté du judaïsme ancien. Il faudrait reproduire le Pentateuque pour bien exposer la morale de cette religion de terreur.

Voici des paragraphes du XXVIIIe chapitre du Deuteronome :

« Si tu n’obéis point à la voix de l’Éternel ton Dieu, si tu n’observes pas tous ses commandements, tu seras maudit dans la ville, tu seras maudit dans les champs, le fruit de tes entrailles, le fruit de ton sol, les portées de ton gros et menu bétail seront maudits. L’Éternel enverra contre toi la malédiction, le trouble et la menace au milieu de toutes tes entreprises, jusqu’à ce que tu sois détruit, jusqu’à ce que tu périsses promptement parce que tu auras abandonné l’Éternel. Il attachera à toi la peste, l’Éternel te frappera de consomption, de fièvre, d’inflammation, de desséchement, de jaunisse, de gangrène, etc. »

Le judaïsme devint surtout influent après la construction du temple dit de Salomon, temple dont les proportions étaient minuscules, si l’on tient compte des chiffres donnés par l’Ancien Testament. Il avait été construit par des artistes, des architectes étrangers, car les juifs ne pouvaient cultiver les arts, excepté la musique, et jusqu’au xive siècle les israélites n’ont produit ni peintres, ni sculpteurs, ni architectes.

Le temple construit pour la troisième fois et qui existait au commencement de l’ère chrétienne, jusqu’à la destruction de Jérusalem par Titus, ne devait pas non plus être bien grand, car on ne sait pas même quelle en était la situation sur la colline de Sion.

C’est dans ce temple que se célébraient les cérémonies commandées par l’Ancien Testament. C’est là que se faisaient voir les deux grandes sectes tant insultées par le Nouveau Testament : les Pharisiens aux strictes observations de la Loi, et les Saduccéens à tendances plus libérales et parfois révolutionnaires. La secte des Erséniens, à laquelle on a prétendu que Jésus appartenait, était plutôt un ordre monastique à tendances radicales.

La dispersion après la chute de Jérusalem a amené de grands changements dans le judaïsme. Les juifs ne peuvent plus faire de sacrifices, des holocaustes, mais ils ont conservé un grand nombre de pratiques imposées par les doctrines talmadistes. Ainsi un juif ne peut lui-même remonter sa montre le samedi, il peut la porter à son voisin pour le prier de la remonter ; il ne peut pas ouvrir une lettre, mais il peut la lire ; il ne peut pas manger de la chair d’un animal assommé ; un rabbin doit saigner la bête et la viande devient casher, c’est-à-dire pure ; il ne doit pas non plus manger de la partie postérieure de l’animal à moins que les tendons des cuisses aient été enlevés. La viande doit, avant d’être cuite, être placée une demi-heure dans l’eau, puis une heure dans le sel pour en extraire tout le sang, alors le sel est enlevé, la viande rincée, et elle peut être cuite. Toute parcelle de sang doit avoir disparu.

A l’époque de Pâques la famille doit manger sous des tentes ou des imitations de tentes. La vaisselle employée à cette époque-là ne doit jamais être employée à un autre temps, on la casse ou on la serre précieusement.

Si, à Pâques, on trouve dans le corps d’une oie ne fût-ce qu’un grain d’orge, la bête doit être rejetée, même si les pauvres diables doivent rester affamés ces jours de fêtes. Dans la grande fête « Yom kipour », les croyants doivent rester toute la journée dans le temple et jeûner jusqu’au soir.

Les femmes ne se mêlent jamais aux hommes dans les temples, elles occupent une galerie séparée ou sont derrière des grilles. Les strictes croyantes ne doivent jamais laisser voir leurs cheveux, elles portent des perruques.

Les juifs polonais, ou galiciens, sont très stricts dans l’observation des règles talmunates. J’ai vu, dans une grande huilerie de Fiume, dirigée par un Français, un rabbin spécial venir inspecter toutes les machines pour voir si on ne les graissait pas avec du suif ou du saindoux. Autrement des centaines de tonneaux d’huile d’olive ou de sésame auraient dû être jetés, car cette huile devait être expédiée aux juifs de Galicie.

Un juif de ma connaissance, à Fiume, avait reçu d’énormes fûts de vins de Dalmatie qui devaient être envoyés en Galicie ; un rabbin était là pour voir comment on mettait le vin en futailles. Un ouvrier ayant, par mégarde, en voulant mettre en perce, touché de son vilebrequin le vin du grand fût, celui-ci a été « blakboulé » et pas une goutte n’a pu être expédiée aux juifs.

On voit, par ce fait, à quelles absurdités peut conduire l’observation d’une religion formaliste.

Les juifs de France, affranchis par la Révolution française, abandonnent peu à peu ces méticuleuses pratiques. La plupart des jeunes juifs deviennent nettement libres penseurs, socialistes ou anarchistes ; il y en a beaucoup qui épousent des chrétiennes — surtout si elles sont riches. Il n’en est pas de même dans l’Europe orientale ; pourtant les jeunes communistes russes, très communs parmi les juifs, sont — la plupart — athées, même ceux qui, par esprit nationaliste, sont sionistes et vont coloniser en Palestine. — G. Brocher.

Ouvrages consultés : 1° En allemand : Budde : Religion des Volkes Israël bis zur Verbannung (1900) ; Goldziher : Der Mythus bei den Hebraern und seine geschichtliche Entwickelung ; Dillmann : Handbuch des alttestament. Theologie ; Schutz : Altt. Theologie (5e éd.) ; Grueneisen : Der Ahnenkultus und die Urreligion Israëls (1900) ; Smend : Altt. Religionsgeschichte ; Winckler : Geschichte Israëls ; Graetz : Geschichte der Juden (10 vol.) ; Bandissin : Geschichte des altt. Priestertums.

En anglais : Sayer : Religion and Patriarchal Palestine ; Steinthal : Semitic Studies ; Rob. Smith : Religion of the Semites ; The Prophets of Israel and their Place in History ; The Old Testament in the Jewish Church ; Bible Dictionary ; The Faiths of the World (8 vol.).

En français : Revue des Etudes juives ; Revue biblique ; Chantepie de La Saussaye : Manuel d’histoire des Religions (trad. franç.) ; Darmstetter : Les Prophètes d’Israël ; M. Vernes : Histoire des Juifs.

En hollandais : De Profeten en de Profetie ; Valeton : Voorlezingen over Profeten ; Geschledenfs van Israels Godsdienst.