Encyclopédie anarchiste/Milieu

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Collectif
Texte établi par Sébastien Faure, sous la direction de, La Librairie internationale (tome 3p. 1566-1576).


MILIEU. n. m. (préfixe mi et lieu : du latin medius locus). Ce mot est synonyme de centre. Il sert à désigner un endroit à peu près également éloigné des extrémités ou de la périphérie. On dit : le milieu d’un lac, ou d’une route, ou d’un parcours donné. On dit aussi, philosophiquement parlant : le juste milieu, pour situer les thèses, ou les doctrines morales, qui se maintiennent prudemment à égale distance des conceptions extrêmes, en s’efforçant de les concilier. En physique, est dénommé milieu tout corps fluide ou solide pouvant, à l’exemple de l’air ou de l’eau, être traversé par d’autres corps. Par extension, le milieu, du point de vue sociologique, est représenté, non seulement par la société dans laquelle se meut un individu, mais encore par l’ensemble des circonstances ayant contribué à faire de cet individu ce qu’il est, au moment où se porte sur lui notre examen.

Quand les déterministes affirment que l’individu est le produit de son milieu, ils entendent par là que la constitution de son être, au physique et au moral, et toutes les manifestations de son être, sont le résultat de la combinaison de trois facteurs importants : l’hérédité, l’éducation et l’adaptation. Si l’on considère, en effet, un homme appartenant à la plus basse catégorie sociale, tel un criminel endurci, bestial et illettré, on découvre ordinairement : 1° Que ses impulsions violentes et son penchant à la paresse sont dus à une dégénérescence de la famille dont il est issu, dégénérescence ayant souvent pour origine l’alcoolisme et l’insuffisante alimentation ; 2° que son enfance et son adolescence, livrées à peu près au hasard, ne bénéficièrent ni des soins spéciaux, ni de l’entourage favorable que son hérédité chargée eût rendus particulièrement nécessaires ; 3° que le dénuement, joint à son incapacité de se plier avec régularité à des travaux exténuants et mal rétribués, l’a conduit à rechercher, dans le rapt brutal, la satisfaction de besoins qu’il aurait pu contenter sans nuire à personne, si la destinée avait été, pour ses ascendants et pour lui plus clémente, et la société humaine moins marâtre. Il est donc possible de dire que, si cet homme était né de parents normaux, s’il avait profité d’une bonne éducation, d’une hygiène et d’une instruction suffisantes, s’il avait pu avec facilité gagner sa vie, grâce à un travail en rapport avec ses aptitudes, son existence aurait pu être, et eût été probablement, toute différente. Cette constatation nous conduit à professer moins d’admiration pour les favorisés de la vie, mais, en revanche, une large indulgence pour les pires actions de ceux qui en sont les déshérités.

Cependant ce serait une grave erreur de croire que seules la misère et la mauvaise éducation sont génératrices d’êtres antisociaux. Bien qu’elles aient à souhait l’utile et le superflu, les classes riches en produisent de plus redoutables, dont les criminalistes ne font point état dans leurs ouvrages. Ces malfaiteurs ont ordinairement pour eux la loi, la faveur des grands, et il est rare qu’ils aient à subir les rigueurs de l’emprisonnement. Ce n’est pas la faim qui les incite, mais le goût passionné d’une puissance toujours accrue, et d’un luxe sans limites. Et pourtant, que sont les méfaits du banditisme vulgaire auprès des exploits de certains financiers qui, pour augmenter encore leurs scandaleuses fortunes, n’hésitent pas à mettre en péril la sécurité des travailleurs, à frustrer d’un élémentaire bien-être des milliers de familles, ou provoquer les ravages d’une guerre moderne ! On ne peut nier que ces malfaiteurs d’en haut ne soient aussi les produits de leur milieu. Et c’est ce qui complique le problème social, lequel serait relativement simple s’il ne s’agissait que d’assurer à chacun la table et le couvert au prix d’une tâche modérée, pour que l’harmonie régnât parmi les hommes. Aux données philosophiques anciennes de ce problème, il faut adjoindre les possibilités d’une large aisance généralisée, et d’un enseignement moral très sévère qui, dès les premiers ans, atténuera les impulsions des êtres de proie, et disposera ceux qui sont plus modestes et raisonnables à se défendre contre leurs suggestions.

Il ne faut pas oublier que si un homme, puissant ou misérable, étudié isolément, peut être considéré comme déterminé, dans ses actes répréhensibles, par les conditions sociales qu’il est contraint de subir, ce raisonnement ne peut être appliqué à l’humanité tout entière. Il n’est pas, en effet, de loi inique, de coutume barbare, de croyance absurde, d’appareil meurtrier, qui ne soient dû à l’initiative des collectivités humaines, tout au moins de certains hommes, servis, appuyés par ces collectivités, dont ils ne sont pas forcément les tyrans, mais dont ils symbolisent et résument les caractères distinctifs. Le seul milieu dont l’humanité conçue dans son ensemble, puisse être considérée comme le produit, c’est la Nature, qui varie peu. Tout ce qui est d’ordre social est, à toute époque, proportionnel aux besoins, aux passions, aux aspirations plus ou moins généreuses, aux connaissances acquises des groupements humains.

Aussi est-ce du progrès de l’humanité dans son ensemble, en tant que connaissances scientifiques, applications industrielles, ennoblissement physique et moral, que l’on peut attendre seulement une amélioration réelle des conditions de la vie sociale. Mais on ne voit guère l’ensemble de l’humanité s’avancer d’un même pas dans la voie du progrès. C’est une règle communément observée que celle qui consiste en ce que les mieux doués en chaque genre soient appelés, souvent au prix du sacrifice personnel, à servir d’éclaireurs et de pionniers, pour que, grâce à leur effort, soit préparé le milieu social nouveau où se développeront conformément à des normes plus favorables que celles de jadis, ceux qui eussent été incapables d’opérer par eux-mêmes cette substitution. – Jean Marestan.

MILIEU. La notion du milieu, en dehors de son sens géométrique et topographique, s’applique à tout ce qui est en dehors de l’individu, à tout ce qui est distinct de son être. Du point de vue humain, le milieu c’est tout ce qui est en dehors du moi, donc tout ce qui constitue le non moi. Réduite ainsi à une simple désignation de relation de l’être avec ce qui l’entoure cette notion n’aurait que bien peu d’intérêt si, précisément, cette relation ne présentait une importance considérable pour son évolution. En fait, la connaissance exacte de cette relation résume tout la connaissance humaine. L’éternelle opposition de la liberté et du déterminisme (voir ces mots), vient de la négation de l’action efficiente du milieu.

Dans le plan purement abstrait, on peut imaginer un seul des éléments constituant l’univers se mouvant solitairement selon son orientation particulière, sans causes modifiantes objectives. Là, seulement se trouverait la liberté absolue. Mais tout ce que nous savons de la constitution des mondes nous montre la quantité inimaginable de ces éléments le constituant. Comme ces éléments se heurtent en se mouvant, il y a perpétuellement modification de leurs directions et conséquemment déterminisme absolu. Autrement dit l’être n’existant point seul est nécessairement modifié par les autres êtres qui forment le milieu, dont il modifie également l’orientation.

Les êtres organisés présentent cette particularité d’être construits par ces heurts et de former des mécanismes conquérants et conservateurs luttant contre le milieu qui les absorbe finalement dans un cycle sans fin. Cette manière de concevoir les choses explique la co-éternité des êtres élémentaires, donc l’éternelle coexistence de l’un et du milieu, mais elle admet, dans la succession des cycles, l’antériorité du milieu inorganisé à l’être organisé. Celui-ci est donc le produit de celui-là. Les êtres vivants, une fois constitués, se trouvent alors en présence de deux sortes de milieu : le milieu inorganisé, ou physico-chimique, et le milieu organisé ou vital, formé par tous les êtres vivants. Ceux-ci, en se reproduisant, passent par toutes sortes de phases progressivement complexes sous les influences du milieu physico-chimique, de telle sorte que chaque germe nouveau est le double produit du milieu organisé et inorganisé ; celui-ci continuant de déterminer celui-là.

S’il nous est impossible d’assister à ces commencements absolus d’organisation, il est relativement aisé d’en suivre l’évolution conquérante chez la plupart des êtres vivants. Cette évolution s’effectue suivant des plans de plus en plus compliqués formant autant de milieux différents dans lesquels réagit l’individu. Le premier milieu qu’il subit est le milieu physico-chimique contribuant à sa formation et à sa croissance. Cette influence est démontrée par la nécessité absolue de certaines conditions extérieures pour en favoriser l’évolution : chaleur, humidité, azote, oxygène, etc. Des expériences très nombreuses démontrent la dépendance étroite du phénomène vital des actions physico-chimiques le modifiant. Par exemple, dans l’évolution de l’œuf de l’oursin, la plupart des sels contenus dans l’eau de mer se révèlent indispensables de la manière suivante : la fécondation ne peut s’effectuer sans potassium et sans magnésium ; la segmentation exige le chlore et le sodium ; la cohésion des cellules entre elles nécessite la présence du calcium ; la croissance ne peut se réaliser sans potassium et sans calcium ; le tube digestif ne peut se former sans le souffre et le magnésium ; la formation du squelette ne s’effectue point sans carbonate de chaux, etc…, etc…

Les œufs d’un poisson marin, le Fundulus, plongés dans une solution d’eau de mer et de chlorure de magnésium, donnent naissance à de petits poissons n’ayant qu’un seul œil sur la ligne médiane de la face.

Chez certains pucerons vivant sur le rosier, la femelle parthénogénétique donne naissance à des jeunes dont les uns deviennent ailés et les autres restent aptères. Si l’on arrose le rosier avec certaines solutions de sel de magnésium, ou d’antimoine, ou de nickel, de zinc, d’étain, de plomb, de mercure, ou de sucre, tous les jeunes deviennent ailés. L’alcool, l’acide acétique, l’alun, le tannin, les sels de calcium, de strontium, de potassium empêchent, au contraire, la formation des ailes.

On sait enfin que les têtards de grenouille nourris avec de la thyroïde de mammifères se métamorphosent très rapidement, sans attendre leur croissance normale et donnent naissance à des grenouilles naines. Nourris avec du thymus, c’est tout le contraire : les têtards croissent très rapidement et parfois ne se métamorphosent point.

Ainsi, l’être n’est rien sans le milieu qu’il conquiert et dans lequel il puise les éléments pour sa croissance et son évolution, mais il est compréhensible que tous ces éléments ayant formé, par leur hétérogénéité, la diversité des formes vivantes, l’être, à son tour, sera plus ou moins modifié suivant les variations de ce milieu. D’où les différences profondes, même entre les divers individus d’une même espèce.

Ces phénomènes d’assimilation et de désassimilation se passent sur un plan moléculaire peu connu, dont nous ne voyons que les effets. L’ensemble des êtres forme ensuite un autre milieu (milieu social pour les espèces vivant en société) précédant également l’apparition de l’individu et le déterminant psychologiquement, ce qui est déterminé, ici, c’est le système nerveux commandant l’orientation générale et spéciale de l’individu. On a cru nier l’influence du milieu en disant que l’individu faisait le milieu et que celui-ci n’était rien sans celui-là. En nous représentant d’abord chaque individu comme étant le milieu pour autrui, nous pouvons déjà prévoir que l’homme détermine l’homme et que, par conséquent, l’influence du milieu humain sur l’individu ne peut se nier. Si nous observons ensuite l’évolution des individus dans l’espace et dans le temps, nous voyons alors que la notion de milieu prend une importance considérable, parce que, de même que chaque être organisé vit différemment suivant la complication de son organisme, de même chaque forme sociale détermine différemment les individus qui en font partie. Plus le groupement social est limité en quantité et en désirs conquérants, et plus sa forme de coordination est simple et peu organisée. L’influence de chaque membre vis-à-vis des autres n’y est pas très accusée, ainsi en est-il chez la plupart des sociétés animales.

Cela change énormément avec les sociétés humaines. L’imagination, les désirs de conquête, les nécessités de lutte ont groupé les hommes autour des plus valeureux, des chefs, des patriarches, des sorciers, etc., etc., et cette coordination ne s’est point effectuée chaotiquement, mais selon des habitudes, des mœurs, des traditions, des lois, transmises de générations en générations, imposées par les plus forts aux plus faibles et, par conséquent, par les parents à leurs enfants. Comme la mentalité individuelle est fonction de la mentalité héréditaire et de l’éducation reçue, nous voyons que l’enfant est tout entier le produit de son milieu et que devenu homme, il en sera le continuateur. Sa seule chance d’évolution, hors la norme routinière ne peut provenir que d’une modification causée par une variation lors de sa procréation déterminant de virtuelles aptitudes évolutionnelles sous l’influence de l’hétérogénéité sociale. Si, donc, nous suivons le fonctionnement social, nous voyons que l’affirmation, que le milieu fait l’individu, est rigoureusement vraie si on examine les faits dans leur succession dans le temps.

Pour l’enfant, les adultes représentent des réalités déterminantes aussi impérieuses que le froid ou la faim. Pour l’adulte, les autres humains ; artisans, savants, commerçants, guerriers, dirigeants, sexes différents, etc…, etc…, sont autant de réalités déterminantes d’autant plus importantes qu’avec le nombre et le degré d’organisation les comportements individuels se modifient, améliorant ou empirant les relations des humains entre eux. Le milieu social n’est donc pas quelque chose d’abstrait ; il est formé de l’action de tous les êtres ayant précédé l’individu et de celle des êtres coexistant avec lui.

On compare parfois l’évolution sociale à l’évolution individuelle ; l’analyse des deux fonctionnements nous montre que les mêmes causes engendrent les mêmes effets sans qu’il en résulte une similitude parfaite des deux organisations. Autrement dit la division des cellules et leur agglutination s’effectuent selon une complication progressive déterminant parallèlement une modification ou différenciation de chacune d’elle ou de certains groupes, mais l’ensemble constitue un tout très solidaire, très limité, très individualisé, évoluant de la naissance à la mort.

La multiplication des individus crée également une complication du milieu social, lequel, à son tour, détermine diversement l’individu, ou des groupes d’individus, mais l’étendue, la durée de ce milieu n’est point limitée et la solidarité des individus entre eux ne peut se comparer à celle des cellules entre elles. L’évolution individuelle, le moi, suit une courbe physiologique à peu près invariable de la naissance à la mort. L’évolution et la forme sociale ne sont point limitées dans l’espace et dans le temps et l’ensemble des individus ne saurait constituer une unité, un moi social comparable au moi individuel.

Cette différence s’accentue si nous comparons la rapidité de deux évolutions. L’unité individuelle se modifie relativement vite si nous examinons l’être soumis à des causes modifiantes l’écartant de l’influence du milieu. L’évolution sociale est beaucoup plus lente parce que, précisément, les causes modifiantes n’ont point l’amplitude nécessaire pour créer une nouvelle psychologie, une nouvelle coordination collective de tous les individus. Le problème de l’éducation et de la transformation sociale est, de ce fait, très ardu. La comparaison du fonctionnement social avec le fonctionnement individuel, permet tout de même de trouver une certaine similitude entre le rôle conservateur joué par la structure de l’organisation sociale et le même rôle déterminé par la structure de l’organisme individuel. Chez celui-ci la multiplication cellulaire crée la différenciation des cellules par l’accumulation de certaines substances agglutinantes contribuant également à former l’architecture de l’individu, son squelette. Or les combinaisons chimiques de l’œuf sont telles que son évolution est invariablement et spécifiquement déterminée et qu’un œuf de grenouille, par exemple, ne donnera jamais naissance à un aigle ou à un rhinocéros. Ainsi, en se construisant, l’être acquiert des organes qui ne peuvent le faire vivre que selon leur fonctionnement particulier, leur coordination générale qui fait que l’ensemble de l’animal constitue un poisson, un mammifère ou un oiseau menant une existence bien définie. Mais dans le cours de sa vie, l’être subit les influences physico-chimiques du milieu, surtout lors de sa formation, et il se modifie plus ou moins, mais cette différenciation de sa nature est infime si on la compare à celle du jeune être qu’il engendrera à son tour et qui sera très différent de lui. Nous voyons que la structure de l’individu le maintient dans une certaine constance fonctionnelle et qu’un véritable changement ne peut se produire que par la création d’un autre individu.

Le milieu social, dès ses débuts, est également très modifiable et, suivant la cérébralité des individus le composant, il se construit sur un type ou sur un autre ; mais au fur et à mesure de son évolution, les individus, par division du travail, spécialisation, créent des organisations différentes, lesquelles déterminent à leur tour une psychologie particulière, une déformation professionnelle, de telle manière que, l’individu et sa fonction ne sont plus que la partie d un tout : l’individu créant et exécutant la fonction ; la fonction déformant l’individu.

L’organisation du milieu social peut alors se comparer quelque peu à l’organisation animale par ses innombrables constructions matérielles, ses édifices, ses industries, ses routes, etc…, formant un ensemble cohérent, une sorte de squelette déterminant l’aspect particulier qui lui est propre. Ce squelette, par une sorte de cristallisation, produit du fonctionnement social détermine à son tour l’activité collective et s’oppose à toute transformation tendant à modifier profondément sa structure. L’inévolution morale, sa stagnation ne paraissent pas avoir d’autres bases. Le milieu social ne forme pas un tout coordonné harmonieusement, comme cela devrait être ; il crée de multiples milieux à intérêts opposés, développant l’esprit de lutte, l’esprit agressif, inter-humain, et non l’esprit de concorde. Cet esprit de lutte favorise bien l’intelligence, mais nullement le sens moral, continuellement heurté par des éléments contradictoires.

Le problème de l’amélioration et de la transformation des sociétés humaines par l’éducation ou la révolution est donc très difficultueux, car il se heurte à des impossibilités de réalisation dans les deux cas… La révolution (qui peut être considérée comme une mort de l’organisation sociale supprimée) laisse les germes sociaux qui sont les individus avec des mentalités à peu près identiques et peu transformées. Ils donnent donc naissance à d’autres sociétés peu différentes des anciennes, ainsi que nous le montrent tous les événements historiques.

D’autre part, l’éducation véritable s’effectue par ces différents organismes sociaux, ces différents milieux qui tendent à se perpétuer toujours semblables à eux-mêmes. Ainsi se prolongent les milieux bourgeois, ouvriers, commerçants, industriels, militaires, paysans, intellectuels, artistes, etc… etc… Comme il n’est au pouvoir de personne de changer subitement la psychologie de ces milieux, ils influencent et éduquent les jeunes êtres selon leurs concepts moraux opposés les uns aux autres, et contribuent ainsi à prolonger l’immoralité générale tendant à favoriser les intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général. L’évolution morale collective sera donc excessivement longue par cette persistance des causes d’immoralité.

On peut entrevoir une issue à ces difficultés par la création de milieux absolument nouveaux, fondés par des individus hardis et novateurs, coordonnés plus harmonieusement, éduquant les êtres selon une morale fraternelle et strictement objective, unifiant les efforts volontaires dans l’intérêt de tous et, conséquemment, de l’individu. – Ixigrec.

MILIEUX [de vie en commun] et [colonies]. Il est de fait que depuis la diffusion sur une grande échelle des idées collectivistes, communistes, coopératives et anarchistes (communistes comme individualistes), il s’est trouvé des partisans de ces doctrines ou de ces conceptions pour tenter de mettre en pratique leurs théories. Différents mobiles les poussaient : tantôt il s’agissait de démontrer la praticabilité de thèses que leurs opposants prétendaient irréalisables, tantôt on se proposait d’anticiper l’avènement de la « Société future » ou du « Royaume des Cieux » dont tarde si longtemps la venue, au gré de l’impatience sincère. Certains chrétiens socialistes ou anarchistes visaient tout simplement à vivre en marge ou en dehors d’une société dont ils ne pouvaient plus supporter la structure antifraternelle, l’oppression capitaliste ou les bases autoritaires, selon le cas.

Les milieux libres, colonies ou communautés ont soulevé maintes discussions dans les journaux et groupes socialistes ou anarchistes. Leurs adversaires – presque toujours doctrinaires orthodoxes – leur ont reproché de ne pas durer indéfiniment ( ?) ; de subir des échecs qui « nuisent à la propagande » ; de créer de petites agglomérations d’indifférents à tout ce qui n’est pas le petit centre où se déroule leur vie.

Au point de vue individualiste anarchiste, il paraît difficile de se montrer hostile à des humains qui, ne comptant que sur leur vitalité individuelle, tentent de réaliser tout ou partie de leurs aspirations. Même s’ils ne croyaient pas à la valeur démonstrative des « tentatives de vie en commun », les individualistes anarchistes font une telle propagande en faveur des « associations volontaires » qu’ils auraient mauvaise grâce à renier les milieux où leur thèse se pratique avec moins de restrictions que n’importe où ailleurs.

En dehors de cette constatation que certaines colonies ont prolongé leur existence pendant plusieurs générations, on peut se demander pour quel motif les adversaires des « colonies » veulent qu’elles durent indéfiniment ? Où en est l’utilité ? Pourquoi serait-ce désirable ? Toute « colonie » fonctionnant dans le milieu actuel est un organisme d’opposition, de résistance dont on peut comparer les constituants à des cellules ; un certain nombre ne sont pas appropriées au milieu, elles s’éliminent, elles disparaissent (ce sont les colons qui abandonnent la colonie après un séjour plus ou moins prolongé). Les cellules qui résistent, aptes à vivre dans le milieu spécial, s’usent plus rapidement que dans le milieu ordinaire, en raison de l’intensité de leur activité. Il ne faut pas oublier que, non seulement, les membres des colonies ont à lutter contre l’ennemi extérieur (le milieu social dont l’effroyable organisation enserre le petit noyau jusqu’à l’étouffer), mais encore, dans les conditions actuelles, contre l’ennemi intérieur : préjugés mal éteints qui renaissent de leurs cendres, lassitude inévitable, parasites avoués ou cachés, etc… Il est donc illogique de demander aux « colonies » autre chose qu’une durée limitée. une durée trop prolongée est un signe infaillible d’amollissement et de relâchement dans la propagande que toute colonie est censée rayonner : telle est du moins l’expérience acquise.

À ceux qui proclament que l’échec, toujours possible, des « colonies » nuit à la propagande socialiste, anarchiste communiste, tolstoïenne, etc…, suivant le cas – les protagonistes et les défenseurs des colonies répliquent : « Est-ce que les échecs des hommes de science les ont empêchés de recommencer des centaines de fois peut-être l’expérience destinée à les conduire à telle découverte scientifique, entrevue en théorie seulement, et à laquelle manquait la consécration de la pratique ? Est-ce que les conférences anarchistes, etc… ont amené aux idées énoncées par les propagandistes un si grand nombre d’auditeurs qu’on puisse affirmer que leur propagande par la parole ait réussi ? Est-ce que les journaux, brochures, livres d’inspiration libertaire, etc… ont produit tant d’êtres conscients qu’on ne puisse les nombrer ? Est-ce que l’agitation dans la rue a amené la révolution dans les cerveaux et les mœurs d’une telle foule de militants que le milieu anarchiste, tolstoïen, communiste ou autre s’en trouve transformé ? Faites-nous l’addition de vos échecs, puis expliquez-nous ensuite pourquoi et comment vous n’avez pas abandonné causeries, conférences, écrits de toute sorte ? Après, nous entendrons vos objections. »

D’ailleurs, on ne comprend plus ce souhait de durée indéfinie, dès qu’on considère la « colonie » pour ce qu’elle est : un moyen, non un but. Nous ignorons absolument si « la colonie » communiste, individualiste ou coopérative a quoi que ce soit de commun avec une société communiste individualiste ou coopérative qui engloberait un vaste territoire ou la planète toute entière ; c’est pour nous pure folie que de présenter « une colonie » comme un modèle, un type de société future. C’est « un exemple » du résultat que peuvent déjà atteindre, dans le milieu capitaliste et archiste actuel des humains déterminés à mener une vie relativement libre, une existence où l’on ignore le moraliste, le patron et le prélèvement des intermédiaires, la souffrance évitable et l’indifférence sociale, etc… C’est également un « moyen » éducatif (une sorte de « propagande par le fait » ), individuel et collectif. On peut être hostile aux « Milieux libres », mais il n’est personne de bonne foi qui ne reconnaisse que la vie, dans une « colonie », porte plus à la réflexion que les déclamations ordinaires et les lieux communs des réunions publiques.

Je viens de parler de résultat ? – « Les partisans des Milieux libres ou Colonies ont-ils à leur actif des résultats ? » – C’est la question que pose toujours n’importe quel adversaire des tentatives de vie en commun.

On peut répondre par l’exemple fourni par les groupes des États-Unis, sur le territoire desquels – surtout de 1830 à 1880-1900 – s’est épandu un véritable semis de colonies ou communautés, s’échelonnant de l’individualiste extrême au communisme absolu ou dictatorial en passant par toutes sortes de tons intermédiaires : coopératisme (oweniste, fouriériste, henry-georgiste) ; communisme libertaire ; collectivisme marxiste ; individualisme associationniste, etc… Tout ce que la flore non conformiste est susceptible d’engendrer a peuplé et constitué ces groupements : sectaires dissidents et hérétiques, et athées ; idéalistes et matérialistes ; puritains et partisans de libres mœurs ; intellectuels et manuels ; abstinents, tempérants, omnivores ou partisans d’une alimentation spéciale, etc…, etc…

Tous les systèmes ont été essayés. Il y a eu le régime de la propriété privée, chacun étant propriétaire de sa parcelle, la cultivant et en gardant les fruits, mais s’associant pour la grosse culture, la vente et l’achat des produits. On a cultivé, vendu, acheté en commun et on a réparti aux associés ce dont ils avaient besoin pour leur consommation, chaque ménage vivant chez soi. On a vécu ensemble dans le même bâtiment, mangé à la même table, parfois dormi dans un dortoir commun.

La répartition des produits peut avoir lieu selon l’effort de chacun, mesuré, par exemple, par son temps de travail. On peut vivre chacun sur sa parcelle, propriété individuelle dans tout le sens du mot, n’avoir affaire économiquement avec les voisins qu’en basant ses rapports sur l’échange ou la vente. Enfin, la propriété du sol peut appartenir à une association dont le siège est au dehors de la colonie, les colons ne possédant la terre qu’à titre de fermage ou de concession à long terme.

Toutes ou presque toutes ces modalités ont été pratiquées dans les « colonies » des États-Unis. Le communisme absolu cependant n’y a pas été expérimenté, je veux dire le communisme poussé jusqu’au communisme sexuel, bien qu’à Oneida, il n’ait pas été très loin de se réaliser. Pourtant, il y a eu des colonies où la liberté des mœurs a été telle qu’elles ont ameuté contre elles la population environnante et provoqué l’intervention des autorités.

Eh bien, que disent de ces établissements et de leur population ceux qui les ont visités ?

Qu’en disait William Alfred Hinds qui y avait séjourné ? Quelles « inductions » tirait-il de ses constatations, malgré les « nombreuses imperfections » des associations ou communautés existant de son temps (American Communities, pp. 425 à 428) : – que le paupérisme et le vagabondage y étaient ignorés – ainsi que les procès et autres actions judiciaires onéreuses – que toutes les possibilités de culture morale, intellectuelle et spirituelle y étaient mises à la portée de tous les membres – que riches et pauvres y étaient inconnus, tous étant à la fois prolétaires et capitalistes – que leur prospérité ne dépendait pas d’une théorie unique des relations sexuelles, les communautés monogames ayant aussi bien réussi que celles admettant le célibat, et celles préconisant le mariage plural n’ayant pas eu moins de succès que les autres. – « Une communauté idéale, concluait-il, est un foyer agrandi – une réunion de familles heureuses, intelligentes, conscientes – un ensemble de demeures, d’ateliers, de jardins vastes, spacieux – de machines destinées à épargner le travail – toutes facilités destinées à améliorer et rendre plus heureuses les conditions dans lesquelles chacun coopère au bien commun. Pareil foyer se montre supérieur au logis ordinaire en tout ce qui rend la vie bonne à vivre, comme il le surpasse par les facilités offertes à ceux qui constituent cette société de camarades. Si, malheureusement, l’esprit de dissension pénètre dans une de ces associations, l’expérience prouve que les difficultés et les misères se multiplient dans la mesure où on le laisse prendre racine ».

Charls Nordhoff qui avait visité, quelque vingt-cinq ans auparavant, les colonies américaines, ne fait pas entendre un autre son de cloche. Son enquête avait été très consciencieuse (The Communistic Societies of the United States, 1875). Il reconnaît que les colons, pris en général, ne se surmènent pas – qu’ils n’ont pas de domestiques – qu’ils ne sont pas paresseux – qu’ils sont honnêtes – humains et bienveillants – qu’ils vivent bien, de façon beaucoup plus saine que le fermier moyen – qu’ils sont ceux des habitants de l’Amérique du Nord qui montrent le plus de longévité – que personne, parmi eux, ne fait de l’acquisition des richesses un des buts principaux de la vie. Le système des colonies libère la vie individuelle d’une masse de soucis rongeurs…, de la crainte d’une vieillesse malheureuse. « En comparant la vie d’un « colon » heureux et prospère (c’est-à-dire d’un colon ayant réussi) à celle d’un mécanicien ou d’un fermier ordinaire des États-Unis, renommés cependant pour leur prospérité – plus spécialement aux existences que mènent les familles ouvrières de nos grandes villes, j’avoue – conclut Nordhoff – que la vie d’un colon est débarrassée à un tel point des soucis et des risques ; qu’elle est si facile, si préférable à tant de points de vue, et dans tous les aspects matériels de la vie ; j’avoue que je souhaite de voir ces associations se développer de plus en plus dans nos contrée ».

Dans son « Histoire du Socialisme aux États-Unis », le socialiste orthodoxe Morris Hillquit ne donnera pas une autre note. C’est pourtant un adversaire de ces expériences qu’il qualifie de « socialisme utopique » ; il en proclame hautement l’inutilité. Malgré tout, il ne peut nier l’influence bienfaisante de la vie en commun sur le caractère de ses pratiquants.

Nous citerons quelques-unes de ses conclusions (History of the Socialism in the United States, 1903, pp. 141-145) :

« Quiconque visite une colonie existant depuis quelque temps déjà ne peut manquer d’être frappé de la somme d’ingéniosité, d’habileté inventive et, de talent montrée par des hommes chez lesquels, à en juger par l’extérieur, on ne se serait pas attendu à rencontrer pareilles qualités… Rien ne m’avait surpris davantage, avait constaté Nordhoff, observateur très impartial, que la variété d’habileté mécanique et pratique que j’ai rencontrée dans chaque colonie, quelque fût le caractère ou l’intelligence de ses membres. »

« En règle générale, les colons se montraient très industrieux, bien que la contrainte fût ignorée dans leurs associations. » « Le plaisir du travail en commun est un des traits remarquables de cette vie spéciale, considérée dans sa phase la meilleure. »

« Que faites-vous de vos paresseux ? » ai-je demandé, en maints endroits, – écrit Nordhoff – « Mais on ne rencontre pas de fainéants dans les colonies… Même les « Shakers d’hiver », ces lamentables va-nu-pieds qui, à l’approche de l’hiver, se réfugient chez les Shakers ou dans quelque autre milieu similaire, exprimant le désir d’en faire partie, ces pauvres hères qui viennent au commencement de la mauvaise saison, comme un « ancien » Shaker me le racontait, « la malle et l’estomac vides et s’en vont, l’une et l’autre remplis, dès que les roses se mettent à fleurir ». Eh bien ! ces malheureux ne peuvent résister à l’atmosphère d’activité et de méthode de l’ambiance et ils accomplissent leur part de travail sans aucun murmure, jusqu’à ce que le soleil printanier les pousse à nouveau à courir les routes. »

« Contrairement à l’impression générale, la vie dans les colonies était loin d’être monotone. Les colons s’efforçaient d’introduire dans leurs habitudes et leurs occupations autant de variété que possible. Les Harmonistes, les Perfectionnistes, les Icariens, les Shakers changèrent plusieurs fois de localité. Parlant des habitants d’Onéida, Nordhoff écrivait : « Ils semblent nourrir une horreur presque fanatique des formes ; c’est ainsi qu’ils changent fréquemment de métiers, qu’ils modifient très soigneusement l’ordre de leurs récréations et de leurs réunions du soir ; ils changeaient jusqu’à l’heure de leurs repas. » Dans les phalanges fouriéristes, la diversité d’occupations était l’un des principes fondamentaux, et il en était de même pour presque toutes les autres « colonies ».

« L’apparente quiétude des colons cachait une gaieté et un entrain appréciables ; ils étaient rarement malades et on n’a jamais signalé chez eux un seul cas de folie ou de suicide. Ce n’est donc pas surprenant que leur longévité n’ait point été surpassée par les autres Américains[1] ».

« L’influence de la vie en commun semble avoir eu un effet aussi bienfaisant sur l’intellect et le moral que sur la vie physique des colons. Amana, qui consiste en sept villages qui dépassèrent à un moment donné 2000 habitants, ne compta jamais un avocat dans son sein. Amana, Bethel, Aurora, Wisconsin Phalanx, Brook Farm et nombre d’autres colonies déclaraient avec fierté qu’elles n’avaient jamais eu à subir un procès ni vu un de leurs membres en poursuivre un autre devant les tribunaux. »

« La comptabilité était tenue de la façon la plus simple ; bien qu’aucune caution ne fût exigée des administrateurs de ces associations, on ne cite pas un cas de détournement de fonds ou de mauvaise gestion. »

« Il faut noter que les colons apportaient invariablement une grande attention, tant à l’éducation de leurs enfants qu’à leur propre culture intellectuelle. En règle générale, leurs écoles étaient supérieures à celles des villes et villages des environs ; la plupart des colonies possédaient des bibliothèques et des salles de lecture, et leurs membres étaient plus éduqués et plus affinés que les autres gens de l’extérieur, d’une situation sociale égale. »

Il a existé une colonie individualiste anarchiste fondée par l’initiateur de Benjamin R. Tucker, le fameux proudhonien Josiah Warren. Cette colonie nommée Modern Times était située aux environs de New-York. Un essayiste américain assez connu, M. Daniel Conway, la visita vers 1860. Nous extrayons de ses Mémoires, publiés à Chicago, en 1905, certaines des impressions que lui laissa sa visite :

« La base économique, à « Modern Times » était que le coût (la somme des efforts) détermine le prix et que le temps passé à la fabrication détermine la valeur ; cette détermination se réglait sur le cours du blé et suivait ses variations. Un autre principe était que le travail le plus désagréable recevait la rémunération la plus élevée… La base sociale s’exprimait en deux mots : « Souveraineté individuelle » ; le principe de la non intervention dans la liberté personnelle était poussé à un point qui aurait transporté de joie un Stuart Mill et un Herbert Spencer. On encourageait vivement l’autonomie de l’individu. Rien n’était plus voué au discrédit que l’uniformité, rien n’était plus applaudi que la variété, nulle faute n’était moins censurée que l’excentricité… Le « mariage » était une question purement individuelle ; on pouvait se marier cérémonieusement ou non, vivre sous le même toit ou dans des demeures séparées, faire connaître ses relations ou non ; la séparation pouvait s’opérer sans la moindre formalité. Certaines coutumes avaient surgi de cette absence de réglementation en manière d’union sexuelle : il n’était pas poli de demander quel était le père d’un enfant nouveau-né ou encore quel était le « mari » ou quelle était la « femme » de celle-ci ou celui-là… « Modern Times » comptait une cinquantaine de cottages, proprets et gais sous leur robe mi-blanche et mi-verte dont les habitants s’assemblèrent dans leur petite salle de réunions… car on avait annoncé, pour l’après-midi, une réunion de conversation… la discussion roula sur l’éducation, la loi, la politique, le problème sexuel, la question économique, le mariage : ces sujets furent examinés avec beaucoup d’intelligence et, témoignage rendu à l’individualisme, pas un mot de déplacé, ou une dispute, ne s’éleva ; si toutes les vues exprimées étaient « hérétiques », chaque personne avait une opinion à elle, si franchement exprimée, qu’elle faisait entrevoir un horizon de rares expériences… Josiah Warren me fit voir l’imprimerie et quelques autres bâtiments remarquables du village. Il me remit une des petites coupures employées comme monnaie entre eux. Elles étaient ornées d’allégories diverses et portaient les inscriptions suivantes : Le temps, c’est la richesse. – Travail pour Travail. – Non transférable. – Limite d’émission : deux cents heures. – Le travail le plus désagréable a droit à la rémunération la plus élevée… Je n’ai jamais revu « Modern Times », mais j’ai entendu dire que, dès que la guerre civile eut éclaté (en 1866), la plupart de ceux que j’avais vus avait quitté la colonie sur un petit bâtiment et s’en étaient allés fixer leur tente sur quelque rive paisible du Sud-Amérique. »

On me dira qu’il s’agit de colonies créées par des nordiques qui passent, de par constatation et tradition, pour plus persévérants que les latins et méridionaux en général. Il y a eu, au Brésil, une colonie fondée exclusivement par et pour des communistes anarchistes italiens c’est la fameuse Cecilia, qui dura de 1890 à 1891. Son initiateur, le Dr Giovanni Rossi, écrivait à son sujet, dans l’Università Popolare de novembre-décembre 1916, les lignes suivantes :

« Pour moi, qui en ai fait partie, la colonie La Cecilia ne fut pas un fiasco… Elle se proposait un but de caractère expérimental : se rendre compte si les hommes actuels sont aptes à vivre sans lois et sans propriété individuelle… À ce moment-là, à l’exposé doctrinaire de l’anarchie, on objectait : – Ce sont des idées très belles mais impraticables aux hommes actuels. La Colonie Cecilia montra qu’une centaine de personnes, dans des conditions économiques plutôt défavorables avaient pu vivre deux ans avec de petits différends, et une satisfaction réciproque sans lois, sans règlements, sans chefs, sans codes, sous le régime de la propriété commune, en travaillant spontanément en commun… Le compte rendu, opuscule publié sous le titre de « Cecilla communauté anarchique expérimentale », aboutissait à cette conclusion. Il fut rédigé par moi et approuvé par l’unanimité des colons. »

Est-ce à dire que nous niions les jalousies, les désaccords les luttes d’influences, les scissions et tant d’autres formes des guerres intestines de plus ou moins noble aloi, qui ont dévasté, déchiré, ruiné prématurément trop de Colonies ou Milieux Libres ? Certes, non, mais nous prétendons que ces difficultés ou ces traîtrises se rencontrent partout où des humains d’esprit avancé s’assemblent, même quand leur réunion a en vue un objet purement intellectuel. Dans les colonies ces taches ou ces souillures sont plus évidentes, plus visibles, voilà tout.

Je nie si peu les ombres du tableau que trente ans d’études et d’observations m’ont amené a considérer, au point de vue éthique (je ne dis pas économique) les circonstances ou les états de comportements ci-dessous, comme les plus propices à faire prospérer et se prolonger les milieux de vie en commun, leurs membres fussent-ils individualistes ou communistes :

a) le colon est un type spécial de militant. Tout le, monde n’est pas apte à vivre la vie en commun, à être un milieu-libriste. Le « colon-type » idéal est un homme débarrassé des défauts et des petitesses qui rendent si difficile la vie sur un terrain ou espace resserré : il ignore donc les préjugés sociaux et moraux des bourgeois et petits bourgeois. Bon compagnon, il n’est ni envieux, ni curieux, ni jaloux, ni « mal embouché ». Conciliant, il se montre fort sévère envers lui-même et très coulant à l’égard des autres. Toujours sur le guet pour comprendre autrui, il supporte volontiers de ne pas l’être ou de l’être peu. Il ne « juge » aucun de ses coassociés, s’examine d’abord lui-même et, avant d’émettre la moindre opinion sur tel ou telle, tourne, selon l’antique adage, sept fois sa langue dans sa bouche. Je ne prétends pas qu’il soit nécessaire que tous les aspirants colons aient atteint ce niveau pour instaurer un « milieu libre ». Je maintiens qu’en général le « colon-type » aura en vue ce but individuel et que s’efforçant de s’y conformer, il ne lui restera que peu de temps pour se préoccuper des imperfections d’autrui. Avant d’être un colon extérieur, il convient d’être un colon intérieur ;

b) la pratique du stage préparatoire a toujours donné de bons résultats ;

c) le nombre permet le groupement par affinités ; il vous est plus facile de rencontrer parmi deux cents que parmi dix personnes seulement quelques tempéraments qui cadrent avec le vôtre. L’isolement individuel est logiquement funeste à l’existence des milieux de vie en commun ;

d) une grande difficulté est la femme mariée, légalement ou librement, et entrant dans le milieu avec son « mari » ou « compagnon » ; avec des enfants, la situation est pire. Le « colon-type » est célibataire en entrant dans la colonie ou se sépare de sa compagne en y pénétrant (ou vice-versa, bien entendu) ;

e) point de cohabitation régulière entre les compagnons et les compagnes, et le milieu a d’autant plus de chances de durée. Il en est de même lorsque les « compagnes » sont économiquement indépendantes des « compagnons », c’est-à-dire quand il n’est pas une seule compagne qui ne produise et consomme en dehors de toute protection ou intervention d’un compagnon, quel qu’il soit ;

f) tout milieu de vie en commun doit être un champ d’expériences idéal pour la pratique de la « camaraderie amoureuse », du « pluralisme amoureux », de tout système tendant à réduire à zéro la souffrance sentimentale. Tout milieu de vie en commun, où les naissances sont limitées, où les mères confient leurs enfants dès le sevrage (au moins pendant la journée) à des éducateurs de vocation, où l’enfant ne rend pas esclave celle qui l’a mis au monde, a de grandes chances de durer plus longtemps ;

g) toute colonie constituant un foyer intensif de propagande – même simplement au point de vue industriel : fabrication d’un article spécial, par exemple – augmente ses chances de durée ; toute colonie qui se renferme en soi, se replie sur elle-même, au point de ne plus rayonner à l’extérieur, se dessèche et périt bientôt ;

h) il est bon que les participants des milieux de vie en commun se fréquentent, surtout entre sexes opposés ; qu’ils se rencontrent en des réunions de distraction ou de conversation, repas en commun, etc… ;

i) le régime parlementaire ne s’est montré d’aucune valeur pour la bonne marche des colonies, qui exigent de la décision, non de la discussion. Le système de l’animateur, de l’arbitre, inspirant confiance aux associés, gardant cette confiance, quelle que fût d’ailleurs la méthode d’administration adoptée, semble, de préférence, avoir réussi. C’est une constatation que je ne suis pas seul à faire. Dans son ouvrage « Les Colonies Communistes et Coopératives », M. Charles Gide écrit : « Toute association quelle qu’elle soit – non seulement les associations communistes mais la plus modeste société de secours mutuels, tout syndicat, toute coopérative – doit sa naissance à quelque individu qui l’a créée, qui la soutient, qui la fait vivre ; et si elles ne trouvent pas l’homme qu’il faut, elles ne germent pas ». Paroles à méditer et que confirme l’histoire étudiée des colonies ;

f) la durée de toute colonie est facteur d’un pacte ou contrat, peu importe le nom de l’instrument, précisant ce que le Milieu attend de ceux qui participent à son fonctionnement et ce que ceux-ci sont en droit d’attendre de lui. Les charges et les profits doivent s’équilibrer et il est nécessaire que l’on s’entende d’avance sur le cas de résiliation et les conséquences impliquées ; enfin, le « contrat » définira, en cas de litige ou différend, à quelle personne est confiée le règlement du désaccord.

L’étude attentive des « colonies » et « milieux de vie en commun » – et c’est impliqué dans les remarques ci-dessus – me pousse à conclure que la durée d’un milieu de ce genre est fonction des réalisations particulières qu’il offre à ses membres et qu’il est impossible à ceux-ci de rencontrer dans le milieu extérieur. Ces réalisations peuvent être d’un ordre ou d’un autre, mais la poursuite de la réussite purement économique ne suffit pas, l’extérieur offrant beaucoup plus d’occasions d’y parvenir que la colonie la mieux organisée. C’est ce qui explique le succès des colonies à base religieuse, toujours composées de sectaires, dont les adhérents ne se rencontraient que dans ces groupements, ou dont les croyances ou le mode de vie ne pouvaient se manifester ou se pratiquer qu’en « vase clos ».

Je souhaite simplement que ces remarques soient prises en considération par quiconque songe à fonder une colonie, milieu libre ou centre de vie en commun : ce ne sera pas du temps perdu. – E. Armand.

LISTE DES COLONIES ET MILIEUX DE VIE EN COMMUN. — Il est excessivement difficile de se procurer des documents relatifs aux « Colonies », non pas que ces associations n’aient publié des journaux – ils abondent, tout au contraire – et des brochures de propagande, mais tirés à un nombre restreint d’exemplaires, journaux et publications deviennent pratiquement introuvables. Arthur M. Baker, de Londres, qui avait commencé à éditer une série de brochures ayant trait aux colonies et qui possédait, selon son expression « une masse immense de matériaux », m’écrivait déjà en 1904 qu’il fallait consacrer force argent à l’achat d’imprimés et de périodiques très rares. Chaque fois qu’il tombait sur un numéro intéressant, il y trouvait des informations sur une ou deux colonies dont il n’avait jamais entendu parler. On ignore exactement combien de milieux de ce genre ont été créés. La liste ci-dessous n’est donc que très approximative, sa valeur réside en ce qu’elle est établie pour la première fois et je serais heureux que cet essai, si imparfait soit-il, servît de point de départ à de nouvelles recherches.

Lorsque je l’ai pu, j’ai indiqué la durée de la colonie, son effectif en membres, etc. Souvent, j’ai dû me contenter d’un nom, d’une date, d’une information.

E. A.

Afrique du Sud. – Ile de Tristan d’Acunha : îlot isolé ; population ayant varié de 75 à 150 habitants, vivant relativement en communisme, depuis le début du 19e siècle.

Allemagne. – « Eden », à Oranienburg, près Berlin, comptait, en 1905, 110 membres ; existe encore.

« Die Neue Gemeinschaft », à Schluchtensee, près Berlin, en 1902 comptait 40 membres.

« Volks-Landsheim », dans la colonie de Walter Mett (idéaliste) à Born auf dem Marss, en Poméranie. En plein fonctionnement.

Il a existé en 1903 une communauté moniste près de Hambourg dont W. Ostwald était l’inspirateur.

Angleterre. – « Clowsden Hill » près Newcastle, 1891-98, débuta avec une douzaine de membres.

« Harmony Hall », Hampshire, 1839 (dernière tentative de Robert Owen).

« Manea Free », « Queenwood », vers 1840 : citées par M. A. Baker.

« Purleigh » : 1896-1902 ; 20 membres (tolstoïenne).

« The Sanctuary », dans le Sussex, 1923 (socialiste-chrétienne). Existe encore. William C. Owen y est mort en 1929.

« Starnthwaite », cité par M. A. Baker.

« Whiteway Colony », dans le Gloucestershire depuis 1902 ; communiste puis individualiste. Population cosmopolite variant de 75 à 150, croyons-nous (27 en 1906).

Argentine. – « Colonia Libertà » province de Misiones (1923) : composée de sectaires sabbatistes russoallemands.

En 1903, il existait aux environs de Buenos-Aires une colonie communiste chrétienne nombrant 70 membres.

Il doit exister en Argentine des colonies mennonites et de sectaires russes.

« La Protesta » du 15 novembre 1927 a parlé d’une colonie agricole aux expériences mouvementées qui avait récemment existé ou existait encore dans le Grand Chaco. Sans détails de lieu, de date, d’effectif.

Australie. – « The New Australia » : fut abandonnée en 1893 pour « Cosme » au Paraguay.

Autriche. – En 1913, il existait une colonie tolstoïenne à Semriach (Styrie).

Les « Vardanieri » : 200 membres, pratiqueraient la communauté des femmes (1928). Pas de nouvelles.

Colonie « idéaliste » de Waldhofen an der Ybbs (1927).

Belgique. – « Milieu libre d’Eeckeren », près Anvers (1903).

« Stockel Bois » : 1905–1906, une douzaine de membres inspirateur : Émile Chapelier.

Brésil. – « Cecilia », dans l’État de Parana, 1890-1891 : une centaine de participants, Dr Giovanni Rossi Inspirateur.

« Kosmos » disparue en 1904, ayant donné naissance à une autre colonie « Hansa » dont les membres habitaient Blumenau et Joinville (État de Ste-Catherine).

« Guararema », dans l’État de S. Paul, sous l’inspiration de Neblind, les colons vont et viennent sans faire de séjour prolongé.

« Monte Sol » (1905) : pas de nouvelles.

En 1912, il existait dans l’État de Rio Grande do Sul des colonies allemandes plus ou moins communistes et il s’en trouve certainement encore dans l’État de S. Catherina. Il a été aussi question de colonies naturistes dont nous n’avons plus entendu parler.

Bulgarie. – Il a existé vers 1922-1923 une colonie communiste libertaire aux environs de Roustchouk. Elle a dû sa chute à ce qu’elle a été trop souvent considérée par des illégalistes comme un lieu de refuge.

Canada. – « Christian Community of Universal Brotherhood » (Doukhobors) : depuis 1899, répandus dans le Saskatchewan, l’Alberta, la Colombie britannique ; 10 à 12000 membres ; sous la direction de Pierre Vérighine, puis de son fils. Les Doukhobors comprennent des groupes scissionnistes ; une aile gauche, en lutte avec le gouvernement canadien ; plus ou moins partisans – au moins idéalement – de la « pluralité amoureuse » ou de la « camaraderie amoureuse », le recours à l’anudation publique est une de leurs formes de manifestations fréquentes (1930) ; communistes au point de vue économique.

« Hutterites » : colonies moraves, venues de l’Allemagne, 16 colonies dans l’État d’Alberta, 3000 membres.

« Redder Alta » (1906), communiste libertaire, débutant avec une quarantaine de colons, ne savons comment elle a fini.

Les « Colonies mennonites », très importantes, ont dû quitter le Canada, ne s’entendant plus avec le gouvernement.

Chili. – Au début de 1904, « La Protesta », de Buenos-Aires, faisait remarquer qu’il existait des colonies communistes au Chili.

Costa-Rica. – « Granja Far Away » : existe depuis un certain nombre d’années (1919 ou 1920 peut-être) ; quelques familles, que rejoignent de temps à autre des camarades venant des États-Unis ou d’Europe, lesquels s’en vont après un séjour peu prolongé, à tendance individualiste associationniste. L’un des inspirateurs (Palomarès), édite (ou éditait) jusqu’en ces derniers temps (1930) une revue dactylographiée : « Le Semeur ».

Cuba. – « La Gloria Colony » 1904, passait pour individualiste.

Écosse. – « Orbiston », 1824-28, première tentative oweniste.

Espagne. – « Tampul », en Andalousie (entre 1840 et 1850), fouriériste, dissoute par le gouvernement.

Il doit ou a dû exister en ce pays, de fondation récente, des colonies « naturistes ».

États-Unis. – « Adonai Shamo », Massachussetts, 1861-96, 30 membres.

« Altruist Community of Gibsonville », Michigan, 1894— ?, individualiste-communiste.

« Amana », New-York, puis Iowa, fondée en 1714 en Allemagne, émigrée en Amérique en 1842, comptait encore 1500 membres en 1908 (l’un de ses animateurs, Christian Metz, est resté célèbre dans l’histoire des colonies).

(En 1903, « Amana » comptait sept villages : « Amana », « East Amana », « Middle Amana », « Amana near the hill », « West Amana », « South Amana », « Homestead » et 1800 habitants.)

« Alphadelphia Phalanx », Michigan, 1844-47, 200 membres, fouriériste.

« Anaheim », Californie, 1857. Une cinquantaine de familles. Coopérative, puis individualiste.

« April Farm », en Pennsylvanie, fondée par le millionnaire Garland, qui avait renoncé à son héritage, une douzaine de participants, la question de la liberté sexuelle y jouait un rôle important, dissoute de ce fait en 1926.

(À ce sujet, des journaux américains ont parlé d’une colonie qui existait vers 1865, dans les mêmes parages et qui fut dissoute pour les mêmes raisons, les biens mobiliers des colons auraient été dispersés aux enchères publiques. Impossible de savoir de quel milieu il s’agissait.)

« Arden », Delaware, 1900, six ans après comptait 80 familles, henry-georgiste.

« Army of Industry », Californie, 1914— ?, 30 à 40 membres au début.

« Aurora », 1856-1911, dans l’Oregon, 250 membres.

« Aurora Colony », en Californie, 1910, fut créée par l’un des Isaac, éditeur de « Free Society », individualiste.

« The Barbara Fellowship Colony », Californie, 1923, n’existe plus.

« Bethel », Missouri, 1844-80, population ayant varié de 175 à 1000.

« Bishop Hill Community », dans l’Illinois, 1846-62, comptait 1000 membres en 1848.

« Bloomfield Association », New-York, 1844-46, 148 membres, fouriériste.

« British Colony », Californie, 1919— ?

« Brook Farm Community », Massachusetts, 1841-47, 115 membres, à tendance fouriériste. A compté parmi ses membres des orateurs, des poètes, des philosophes comme Emerson, des romanciers comme Nathaniel Hawthorne.

« Brotherhood Cooperative Community of Equality », 1898–1906, Washington, d’abord socialiste, puis individualiste, 300 membres. Chute due au défaut d’un leader énergique.

« Brotherhood of New Life », Virginie, 1851, puis New-York, 1862. Disparue vers 1870. 100 membres.

« Bruederhoff Communities », South Dakota, 1862, plusieurs centaines de membres en 1900.

« Bureau County Phalanx ». Illinois, 1843, fouriériste.

« Celesta Second Adventists », Pensylvanie, 1843, 20 membres.

« Cheltenham », Missouri, 1856-64, de 180 membres à 42, icarienne.

« Christian Commonwalth », Georgie, 1896-1900, 500 membres.

« Clarkson Industrial Association », New-York, 1844, 2000 membres, fouriériste.

« Clermont Phalanx », Ohio, 1844-47, 120 membres, fouriériste.

« Coburn Township », ? —1910.

« Colorado Cooperative Colony », Colorado, 1894-1910.

« Columbia Phalanx », Ohio, 1848, 128 membres, fouriériste.

« Burley Cooperative Brotherhood », Tacoma, 1903- ?

« Coopolis », ?, anarchiste chrétienne, avait peine à vivre fin du xixe siècle.

« Dos Palos », Californie, 1910.

« El Capitan », Californie, 1910.

« Ephrata », 1728, existait encore en 1900, a compté jusqu’à 300 membres, basée sur le célibat.

« Fairhope », fondée en 1904, a compté 400, 700 membres, henry-georgiste, la « colonie de l’impôt unique », dans l’Alabama, a donné naissance à une dizaine de colonies semblables.

« Feiba Peven », 1826, oweniste, fusionna avec « New Harmony ».

« Fellowship Farm Colony », Massachusetts, 1906. A compté 26, 40 membres, avait établi une filiale à Norwood Inspirateur : George Elmer Littlefield.

« Free Acres », New-Jersey, 1910, une douzaine de familles, henry-georgiste, Bolton Hall, inspirateur ou participant.

« Fruitlands », Massachusetts, ? (A succédé à « Brook Farm ».)

« George Land », Massachusetts, 1910, henry-georgiste.

« Germania Colony », ?, 1856-79, une quinzaine de familles.

« Golden Life », Minnesota, 1902-1903, 8 camarades au début, communiste anarchiste.

« Goose Pond Community », Pennsylvanie, 1844, 60 membres, fouriériste.

« Halidon », ?

« Harmonists (the) », Pennsylvanie (1804), puis Indiana, puis retour en Pennsylvanie, 1894-1900, 1000 membres en 1825 ; Rapp, inspirateur et animateur.

« Haverstraw », New-York, 1826, 80 membres. Puis Kendal, Ohio, 150 membres. Oweniste.

« Heaven everywhere ». Illinois, 1923.

« Home Colony », Washington, dans la première décade de ce siècle, a compté une cinquantaine de familles, non compris force jeunes gens des deux sexes. Individualiste anarchiste. La question de la liberté sexuelle y a joué un rôle important et lui a attiré maints désagréments. A été un centre actif de propagande, où s’est publié « Discontent », « The Demonstrator » et des brochures.

« Hopedale Colorry », Massachusetts, 1842-58, 275 membres, fouriériste.

« House of David », Michigan, fondée en 1903, 1000 membres en 1926, petite filiale en Australie. Son animateur, Benjamin Purnell, plusieurs fois poursuivi sous prétexte d’immoralité. Mystique.

« Icaria Speranza », Californie, 1883-1886, 54 membres, icarienne.

« Icarie », Texas, Louisiane, puis Iowa, 1848-78. 1000 à 1500, au Texas ; 250 à 500 à Nauvoo, en Louisiane ; 250 au début à Corning, dans l’Iowa, 35 en 1863, 83 membres en 1876. Colonie fondée par Cabet.

« Integral Phalanx », Illinois, 1845–47, 120 membres, fouriériste.

« Jefferson County Industrial Association », New-York, 1843, 400 membres, fouriériste.

« Kaweah » ?

« Koreshan Unity », Floride, fondée en 1889, 200 membres. Ces sectaires ont créé des filiales à Washington Heights et à Englewood, non loin de Chicago (60 personnes).

« La Grange Phalanx », Indiana, 1844-46, 120 membres, fouriériste.

« Leraysville Phalanx », Pennsylvanie, 1844-46, 40 membres, fouriériste.

« Llano Cooperative Colony », Californie, puis Louisiane. Fondée en 1884 par Job Harriman, a compté 800 participants en 1920, 350 en 1923, 188 en 1927, publie un hebdomadaire : « The Llano Colonist », Administrateur actuel : Geo Pickett. Coopérative.

« The Lord’s Farm », New-Jersey, a duré 18 ans, et nourri 2000 personnes. Existait encore en 1919. Colonie de passage.

« Mac Kean County Association », Pennsylvanie, 1843, fouriériste.

« Mme Modjeska’s Colony », Californie, colonie d’intellectuels polonais fondée à Cracovie en 1876, puis transplantée en Amérique.

« Machuria », 150 membres, fusionna avec « New Harmony ». Oweniste.

« Modern Times », New-York, une cinquantaine de cottages en 1860, disparue en 1866, lorsque a éclaté la guerre de Sécession. Individualiste-anarchisante, fondée par Josiah A. Warren.

« Marlboro Association », Ohio, 1841–45, 24 membres, fouriériste.

« Mohegan Colony », New-York, fondée par Soldes, dure depuis plusieurs années, à tendance anarchisante.

« Moorehouse Union », New-York, 1843, fouriériste.

« Nevada Colony », 1916–18, Nevada. 100 membres.

« New Harmony », dans l’Indiana, créée par Robert Owen, dura deux ans, de 1825 à 1827, a compté 800 membres. Cette colonie engendra huit ou neuf filiales qui ont vécu peu de temps, parmi lesquelles :

« Nashoba Colony », dans le Tennessee, destinée aux noirs. ( « Nashoha » fut créée par une écossaise, Frances Wright, que son échec ne découragea pas, car nous la trouvons mêlée à toutes sortes de mouvements émancipateurs.)

« North American Phalanx », New-Jersey, 1843-56, 112 membres, fouriériste.

« Northampton Association », Massachusetts, 1842-46, 130 membres, fouriériste.

« Nouvelle Icarie », Iowa, 1878-98, comptait encore 21 membres en 1895, la dernière colonie icarienne.

« Ohio Phalanx », Ohio, 1844, 100 membres, fouriériste.

« Oklahoma Colony », Oklahoma, comptait, en 1928, 34 membres, coopérative.

« Oneida », d’abord à Putney (Vermont), puis à Oneida (New-York), après réunion avec la colonie de Wallingford. La colonie des Perfectionnistes, du « complex marriage » par lequel chaque homme était marié à toutes les femmes de la colonie et chaque femme à tous les hommes, de l’éducation en commun des enfants considérés comme les enfants de la colonie, de la limitation des naissances, de l’auto-critique. Fondée par John Humphrey Noyes. 87 membres en 1849, 295 en 1851, 298 en 1875, 306 en 1878. Ce qui restait d’Oneida, qui avait abandonné en 1879 et, en même temps, la vie en commun et le mariage complexe, s’est transporté en 1917 à Sherill, à 400 kilomètres à l’est.

« One-mention Community », Pennsylvanie, 1843, 40 membres, fouriériste.

« Ontario Community », New-York, 1844, 150 membres, fouriériste.

« Prairie Home Community », Ohio, 1843, 130 membres, fouriériste.

« Raritan Bay Union », New-Jersey, 1853, fouriériste.

« Rose Valley », Pennsylvanie, existait en 1904, colonie artistique.

« Rosicrucian Fellowship », Californie, colonie de Rosicruciens existant depuis plusieurs années et publiant un journal : « Rays from the Red Cross », Il a été question d’un établissement en Égypte.

« The Roycroft Shop », à East Aurora, créée en 1895 par un homme très original, Elbert Hubbard, d’abord disciple de William Morris et de Walt Whitman et qui devint très personnaliste. A été parmi les victimes du torpillage du « Lusitania ». Avait édité « The Philistine », « The Fra ». Son fils a repris « la suite des affaires ».

« The Ruskin Colony », Tennessee, puis Géorgie, 1894-1901, 300 membres.

« The Separatiste of Zoar », Ohio, 1819-98, 500 membres. Colonie où l’on vivait très vieux, la plus démocratique des « colonies à base religieuse ».

« Saint-Naziaz Colony », Wisconsin, basée sur le célibat, constituée de catholiques romains.

« Skaneateles Community », 1844-46, New-York, 90 membres.

« The Shakers », New-York, fondée en 1776, ont compté jusqu’à 21 établissements et 5000 membres, il doit rester une colonie et 200 membres à Mount Lebanon.

(Les Shakers ont compté jusqu’à 17 établissements : « Mount Lebanon » et « Watervliet », New-York ; « Hencock », « Harvard » et « Shirley », Massachusetts ; « Enfield », Connecticut ; « Canterbury » et « Enfield », New Hampshire ; « Alfred » et « New Gloucester », Maine ; « Union Village », « Whitewater » et « Watervliet », Ohio ; « Pleasanthill » et « South Union », Kentuck ; « White oak », Géorgie ; « Narcoosee », Floride.)

« Shalam », New Mexico, 1884-1901, colonie d’enfants.

« Social reform Unity », Pennsylvanie, 1842, 20 membres, fouriériste.

« Sodus Bay Phalanx », New-York, 1844, 300 membres, fouriériste.

« Spring Farm Association », Wisconsin, 1846-49, 40 membres, fouriériste.

« Sylvania Association », Pennsylvanie, 1842-45, 145 membres, fouriériste.

« Temple Home Colony », Californie, 1903.

« Trumbull Phalanx », Ohio, 1844-47, 200 membres, fouriériste.

« Tuscarawas », Ohio, vers 1840, fondée par le proudhonien Josiah Warren.

« Unitarian Association », Wisconsin, 1844, 200 membres, fouriériste.

« United Cooperative Industries », fondée en 1923.

« Utopia Colony », New-Jersey, créée par Upton Sinclair, incendiée en 1907 ; 70 membres, socialo-fouriériste.

« Van Eeden Colony », Caroline du Nord, 1912, pas de nouvelles.

« Vineland », New-Jersey, comptait 12000 habitants en 1861, créée par Charles K. Lundis. Type du milieu autonome de création purement personnelle.

« Wayne Produce Association », Géorgie, fondée en 1921, 75 membres, composée exclusivement de Finlandais.

« Western New-York Industrial Association », 1844, 359 membres, fouriériste.

« Wisconsin Phalanx », 1844-50, 180 membres, fouriériste.

« Women’s Commonwealth ». Texas, 1876-1906, composée uniquement de femmes célibataires.

« Yellow Springs », Ohio, 1824, 75 à 100 familles. Colonie swédenborgienne.

– Victor Considérant avait également fondé, en 1852, une colonie fouriériste au Texas, qui échoua après avoir englouti 2 millions (12 à 15 millions actuels).

– Un mystique, Bill Simpson, s’inspirant de François d’Assise, a créé récemment un mouvement qui a donné naissance à plusieurs colonies, parmi lesquelles on cite « Stepping Stones », « Wellington », « New Hope ».

France. – « Famille Saint-Simonienne », à Ménilmontant, Paris, 1828-29. A compté 40 à 50 participants, fondée par Enfantin.

« Colonie sociétaire de Condé-sur-Vesgre », Seine-et-Oise. Commencée avec 600 participants. N’en reste que des vestiges : une maison de campagne où vont prendre des vacances les rares fouriéristes qui demeurent encore.

« Colonie de Citeaux », Côte-d’Or, 1841-42, fondée par un Anglais, Young ; fouriériste.

« Milieu libre de Vaux », près Château-Thierry, Aisne, 1902-04, n’a pas dépassé 20 membres. Fondé par Butaud et Sofia Zaïkowska. Plus tard, il y eut un autre milieu libre à Bascon ; créé en 1911, il a plus ou moins duré jusqu’à ce jour, s’affirmant de plus en plus végétalien.

« Hautes-Rivières », Ardennes, 1904, 2 mois. 4 membres, communiste-anarchiste.

« Glisy », près Amiens, Somme, début de 1905, 5 ou 6 colons, communiste libertaire.

« Ciorfoli », Corse, 1906-07, une demi-douzaine de membres, communiste libertaire.

« La Rize », Rhône, 1907, une demi-douzaine de membres, communiste libertaire.

« Aiglemont », Ardennes, a débuté, créée par Fortuné Henry, en 1904, avec 5 colons et s’est pratiquement éteinte en 1907. Communiste anarchiste.

« Liéfra », à Fontette, Aube, créée en 1908, sous l’inspiration de M. Paul Passy, 77 membres, socialiste chrétienne, rattachée aux associations « enclaviennes », autrement dit « henry-georgiste ».

« Colonie de Saint-Germain », 1906-1908, créée par E. Girault et André Lorulot, une douzaine de membres, communiste libertaire.

« Pavillons sous Bois », Seine, 1910-12 ; colonie communiste libertaire qui a compté parmi ses membres les quatre frères Rimbault et Garnier, des « bandits tragiques ». Cette dernière affaire y mit fin.

« L’Intégrale », à Puch, Lot-et-Garonne, fondée en 1910 par Victor Coissac, s’est maintenue autour d’une dizaine de membres, collectiviste.

« Milieu libre de La Pie », à Saint-Maur, Seine, créée début 1913, par G. Butaud et Sofia Zaïkowska. A compté 20, puis 30, puis 52 participants (sept, 1913), Dispersé par la guerre de 1914.

« Terre Libérée », colonie végétalienne, fondée en 1924, par Louis Rimbault, à Luynes, près de Tours.

« La Kaverno di Zaratustra ». Établie d’abord à Spreenhagen, par le Dr Goldberg, un idiste qui a adopté le pseudonyme de Filareto Kavernido, puis transportée à Rotes Luch, l’une et l’autre localités aux environs de Berlin (avec filiale à Dusseldorf Eller). Se trouvait transplantée, en 1923, à Le Villars, par Tourettes-sur-Loup (Alpes-Maritimes), où elle a compté jusqu’à une quarantaine de membres ; émigrée en Corse, près d’Ajaccio, vers 1927, où est venue la rejoindre une bonne partie du milieu allemand, mais où elle a été décimée par la malaria et les dissensions. Communiste anarchiste, naturiste, nudiste. Le Dr Goldberg a toujours eu maille à partir avec les autorités des régions où il a établi ses colonies. Au moment où paraissent ces lignes, il se trouve à Saint-Domingue, où il s’efforce de reformer une colonie (1930).

« Le Ray », près de Contes, Alpes-Maritimes, 8 à 10 membres, s’est terminée par la mort de Gardey, son fondateur, juin 1922.

« Terre Nouvelle », à Oraison, Basses-Alpes, fondée par Freytag, colonie agricole adventiste ou néo-adventiste, à base foncièrement évangélique et messianique. Remarquable par l’abstention de « commerce charnel » entre colons des deux sexes, qui s’aiment « en amis », mais pas plus. La vie étant éternelle, la procréation est inutile. Ne doit pas dépasser 20 à 30 membres.

« L’Universalité Pratique », aux portes de Nice, Alpes-Maritimes, créée par Gothland (1912), plus ou moins théosophe. Agriculture et élevage. Végétaliens. Ne dépasse par une dizaine de membres (1930).

« Le Phalanstère », essai de colonie, créée par Philippon, disciple de Robin, près d’Alès, Gard : en est à sa période constructive (1930).

Inde. – Il a existé dans l’Inde deux colonies owenistes de peu de durée et dont l’histoire n’est pas connue (1826— ?).

Irlande. – « Ralahine », 1833-36, oweniste, la colonie des « bons de travail », fondée par Arthur Vandeleur, qui se ruina au jeu ; comme la colonie était érigée sur ses terres, elle fut dissoute par ses créanciers qui, d’accord avec la loi anglaise, ne voulurent pas admettre qu’elle fût propriété commune de ses membres.

Il a existé d’autres colonies en Irlande, dont l’une aux environs de Dublin, en 1819, et une autre qui vécut longtemps à Dublin même, administrée par les Quakers.

Italie. – « Abbaye de Santa Barbara », colonie de Thélémites, dans l’Italie méridionale, dissoute par le gouvernement italien en 1927.

« Colonia Arnaldi », sur les rives de la mer Tyrrhénienne, existait en 1922.

Il a certainement existé d’autres colonies en Italie.

Japon. – « Itto-En », colonie dont l’animateur est le mystique Tenko Nishida (existait en 1928).

Mexique. – « Topobolampo Colony », sur la côte occidentale du Mexique, 1891–1900, a compté 6 à 700 membres au début, oweniste, fouriériste. Fondée par Albert K. Owen.

Il y a eu d’autres colonies au Mexique. En 1903, il existait des colonies mormones, qui n’avaient pas voulu accepter la suppression de la polygamie.

À la suite de leur désaccord avec le gouvernement canadien, un certain nombre de « mennonites » se sont transportés dans l’État de Chihuahua et y ont établi des colonies.

En 1927, Alfred Sors a réuni 4 ou 5 camarades dans l’État de Durango, petite colonie à laquelle a mis fin la révolution.

Océanie. – Il est d’usage de compter parmi les colonies communistes les établissements créés par les mutins du « Bounty » (1825) à Pitcairn Island, Norfolk Islands, Lord Howe Island et qui, en fait, se gouvernent à leur façon, avec une ingérence minimum du gouvernement de la Métropole ou de l’Australie.

Panama. – « Cooperative Colony », 1916.

Palestine. – « Colonies sionistes », individualistes, communistes, coopératives. Les plus démonstratives sont pour les coopératives la colonie de « Nahalla » (80 familles) et pour les communistes celle de « Nures ». Au début de 1927, il aurait existé, en Palestine, 35 groupes communistes israélites, dont la population variait de 10 à 800 personnes.

Paraguay. – « Cosme Colony », près Caazapa, 1893–1904, a compté de 65 à 150 participants, communiste, fondée par William Lane, la colonie des distractions et l’une de celles qui a rendu ses membres les plus heureux.

« Colonies mennonites ». – Dans le « Chaco Paraguayen ». Ont obtenu une charte spéciale du gouvernement. Sont établis en 15 villages, avec leurs temples, leurs écoles, leurs champs communaux, sans intrusion garantie des autorités judiciaires ou policières du pays. Aux dernières nouvelles (1930), des mennonites de Pologne, Allemagne et Russie se proposaient de les rejoindre.

En 1913, un essai de colonie a été tenté par des anarchistes communistes, à quelques kilomètres du fleuve Paraguay, mais a échoué complètement.

Pays-Bas. – Au début du siècle, il y a eu un mouvement en faveur des colonies assez important, comprenant deux tendances : l’une ayant en vue la possession communiste du sol, qu’animait le socialiste-idéaliste et écrivain van Eeden (plus tard converti au catholicisme) ; l’autre, tolstoïenne, inspirée par le pasteur Kijlstra, communiste.

Les tolstoïens, ou anarchistes-chrétiens, ont créé la colonie de Blarikum (1899–1903) où résida Kijlstra et qui a été incendiée le lundi de Pâques 1903 par les gens du pays – et la colonie d’Amersfoort, qui consistait en une imprimerie.

L’autre tendance coopérative a créé « Walden » en 1898, où résidait F. van Eeden et qui comptait 35 membres.

« Huizen », 1902.

« Nieuw Harmonie », 1902, à Nederhost den Berg.

Il y avait également à Blarikum, où se sont trouvées réunies, à un moment, de 30 à 40 personnes, des partisans de la tendance de la possession communiste du sol.

« De Ploeg » (1920-1928), colonie agricole, dans la povince du Noord Brabant, créée par des camarades qui voulaient vivre, en coopération, du travail de leurs mains. Composée d’individualistes et de communistes, les uns et les autres s’accusent mutuellement d’être la cause de sa chute.

Pérou. – « Les Buenos Amigos », 1853, ?

Russie. – En 1914, il existait une colonie agricole, à tendance tolstoïenne-communiste à « Linbovka », à 25 kilomètres de Kharkov, 65 membres. En 1924, il existait deux colonies du même genre : l’une au bord de la Mer Noire, entre Novorossik et Batoum, l’autre en Ukraine, tout près de Poltava.

« Kuzba », 1922, aurait compté jusqu’à 2000 membres, dont plusieurs centaines d’Américains. Colonie coopérative dont l’intervention du gouvernement soviétique a amené le déclin.

« Uhlfeld », colonie communiste composée d’Autrichiens, établie dans la province d’Orenburg, mais que le gouvernement des Soviets a obligé à émigrer, en 1927, dans la steppe des Khirgiz.

Il a existé, et il existe encore, en Russie de nombreuses colonies de « sectaires » occultes ou publiques.

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  1. Morris Hillquit cite, dans un autre endroit de son ouvrage, qu’a Amana, chez les Hartmonistes, les Zoaristes, nombre de personnes atteignent 70, 80 ans et davantage. Chez les Shakers, il n’est pas rare de depasser 90 ans et, à Onéida, on atteignait facilement cet âge. Parmi les fondateurs ou animateurs de colonies, Rapp arriva à 90 ans, Baumeler et Noyes a 75 ans. A 87 ans (en 1903), l’Icarien Marchant militait encore activement.